II
Car pour l'honneur de France me veux aventurer. (H, 348.)
Courage et lâcheté, embûches, trahison et prière, tout est vain. Bauduin est franc et loyal, courageux et inflexible : le traître, vaincu, en aveu, est pendu à Montfaucon, comme Enguerrand de Marigny.
BAUDUIN DE SElîOIRC
Respirons, messieurs, le poète n'a pas quitté la plume, mais on peut s'arrêter ici, et que de fois n*ai-je pas dû suivre le conseil de Boileau :
Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin, Et je me sauve à peine au travers du jardin.
Jamais ces vers du poète du bon sens n'ont été mieux applicables qu'aux derniers romans de chevalerie. Cependant on peut faire grâce à Bauduin de Sebourc de ses éblouissantes longueries, comme dit Montaigne. Car, si le trouvère anonyme du Hainaut n'apporte aucune mesure, ni dans l'invention, ni dans le récit, ni dans le style, il a des qualités qui le distinguent dans une époque de décadence. Il donne à son sujet une portée morale, il fouille profondément et peint hardiment son époque et il s'inspire des plus nobles tendances de son siècle. Ce qui lui manque est ce qui manque à l'enfance des lettres, comme à leur décadence. Mais n'accusons pas trop notre trouvère de n'avoir pas su distinguer la richesse choisie et vivante de l'abondance stérile. Le génie a-t-il échappé tout à fait, dans son époque, à l'influence mauvaise? Une vigueur de forme qui crée la langue a-t-elle empêché Dante de sacrifier au goût de l'allégorie et de la controverse? L'Arioste évitera-t-il plus tard la profusion et la licence? et, si notre trouvère pour peindre son époque a emprunté ses types aux romans de chevalerie , le Tasse, — talent et style à part — n'a-t-il pas, pour poétiser l'histoire, demandé ses modèle à Homère et à Virgile?
Écoutez l'auteur de la Jérusalem conquise :
« Pour les caractères, j'ai cherché à me rapprocher d'Homère. J'ai imité l'amiral Jean, du Nestor de l'Iliade ; Rupert d'Ansa ressemble à Patrocle, les deux Robert, aux Ajax défendant les vaisseaux, Guillaume, chef des archers anglais, à l'archer Teucer, Tancrède à Diomède, et Raymond à Ulysse. Richard est égal en valeur au lier Achille; Godefroid égale Agamemnon en dignité et le surpasse en vertu. Bauduin a quelque rapport avec Ménélas....
« Quant au pathétique, je me rapproche d'Homère et de Virgile. Dans la mort d'Arganl, j'ai imité celle d'Hector; dans celle de Soliman et d'Amurat, celle de Lausus et de Mesence. Argant défendant sa religion et sa patrie ressemble beaucoup à Hector... »