‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 48 sur 61 · DAVID DE DINANT FT HENRI DE GANU · texte numérisé non relu

DAVID DE DINANT FT HENRI DE GANU

fend l'université ; Odon de Douai et Siger de Brabant font partie de la pléiade.

Siger, le maître du Dante, et dont le grand poète célèbre « l'éternelle lumière », fut taxé d'hérésie, avecBernier ou Bernard de Nivelles, et forcé de s'amender. Il passa à saintThomas.

Saint Thomas avait avec lui Gilles de Lessines, qui écrivit, en 1278, un traité De Vunité de forme : II y prend « pour guide son propre jugement, » dit-il, et il soutient que le principe que l'école appelle la forme substantielle est un et indivisible et n'est autre que le principe de vie : l'âme elle-même. « Cette démonstration, dit un historien moderne de la scolastique, M. Hauréau, est faite par notre docteur avec une remarquable énergie, avec une sûreté de jugement, et une précision de langage qui suffiraient pour la recommander. Saint Thomas est bien dans le même sentiment, mais il ne s'exprime pas en des termes aussi résolus. Descartes lui-même est loin d'avoir eu cette décision. » Voilà un bel éloge du moine dominicain et du philosophe de Lessines.

Cependant saint Thomas va-t-il régner seul? Le philosophe n'aura-t-il pas un émule? L'Ange de l'école ne verra-t-il pas devant lui un homme, capable de lever et de conduire, contre son despotisme magistral, une école opposée? Le dominicain ne rencontrera-t-il aucun ordre pour contre-balancer les envahissements de son ordre? C'est un Belge qui répond à cet appel de la liberté.

Un jeune seigneur flamand, de la famille des Goethals, fils d'un chevalier qui avait combattu à Bouvines, était né au château de Mude près de Gand, vers l'an 1217. On l'appelait Henri Goethals, en latin Henricus Bonicollius; on ajoutait à son nom le nom du château paternel : Henri Goethals van der Mude. Son frère devait devenir un des Trente-neuf magistrats deGand, et sa sœur, abbesse de la Byloke. Henri se fit prêtre, étudia la théologie sous Albert le Grand à Cologne, et en revint docteur, pour ouvrir, à Gand, la première chaire de théologie et de philosophie. Mais un plus vaste théâtre le sollicite; il se rend à Paris, y prend de nouveaux grades de la faculté, y est proclamé Docteur solennel, reçoit du pape, à trente ans, le titre de protonotaire apostolique, et enseigne pendant de longues années en Sorbonne, d'où son école rayonne jusqu'en Italie et en Allemagne. Plus tard, en 1275, le philosophe est nommé archidiacre

LA PHILOSOPHIE AU MOYEN A CH

de Tournai en même temps que le eélèbre chroniqueur, Philippe Mouskes, en était nommé évêque. On le voilà Tournai en 1286 ei en 1290. Il y mourut en 1293 et fut enterré dans la cathédrale de Notre-Dame, où le chapitre lui éleva un monument en marbre blanc, surmonté de sa statue, qui a été rétabli de nos jours par les soins de la famille Goetbals.

Quand Hun ri de Gand vint à Paris, saint Thomas commençait à y exercer ce pouvoir que Ton a comparé à une dictature. La première lutte, conduite par Guillaume de Saint-Amour, se termina par la condamnation de l'ennemi des moines; mais les envahissements des moines étaient arrêtés. On pense que Henri de Gand apporta, dans le débat, ces distinctions prudentes, cette modération ennemie des extrêmes et cette fermeté mesurée qu'on retrouve dans tous ses écrits.

Cet esprit de conciliation dut conquérir au philosophe une influence dont il se servit avec les mêmes réserves dans les débats pacifiques de l'école. Saint Thomas s'était vu longtemps refuser le doctorat, Henri de Gand avait reçu cet honneur plus de dix ans avant lui. Henri de Gand, dans son enseignement, oppose Richard de Saint-Victor à saint Thomas, qu'il nomme à peine et qu'il n'a pas fait figurer dans son Catalogue des hommes illustres, composé pour continuer Sigebert de Gembloux. Mais il cherche à concilier Platon et Aristote, et c'est ainsi surtout qu'il combat tAnge de l'école, ou plutôt qu'il fait acte d'indépendance vis-à-vis de son autocratie intellectuelle, et donne, en face du sien, un enseignement libre. Néanmoins, il tint cette indépendance dans une telle mesure, il fit cet enseignement tellement étranger à une opposition systématique, que l'ordre des dominicains, dont saint Thomas était l'idole, dont Henri de Gand étail membre, s'y laissa prendre et s'honora d'avoir dans son sein les deux penseurs. Ce ne fut que plus tard, — après la mort de l'un et de l'autre et surtout lorsque Duns Scot vint renouveler les thèses de Henri de Gand et montrer que le Docteur Solennel était bien plus opposé que lui à saint Thomas, — que Henri de Gand, reconnu comme platonicien, fut vive* ment réfuté, et qu'on le considéra comme traître à son ordre.

Lorsque saint Thomas mourut, une assemblée de docteurs, réunie par l'évéque de Paris, eut l'audace de décider, — j'emprunte les expressions de Du Boulay — qu'il « était loisible à chacun de disputer et de prononcer contre saint Thomas sur

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