‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 5 sur 61 · IIISTOIIIK DES LET1KES EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

IIISTOIIIK DES LET1KES EN BELGIQUE

première à jeter le cri de réprobation contre la doctrine des inquisiteurs. Érasme la tourna en ridicule ; le Maliens maleficttrum, de Sprenger, fut vivement attaqué, d'abord par un petit livre publié à Gand, eu 1512; puis par deux ouvrages d'un prêtre, Jean Wier ; puis par Corneille Loos de Gouda, qui fut jeté en prison pour son audace; enfin par la muse du peuple. L'histoire cite deux pièces jouées par les Chambres de rhétorique flamandes contre l'odieux préjugé, avide de sang humain.

On ne voulait d'Inquisition en Belgique, ni contre les hérétiques, ni contre les sorciers.

J'ai nommé les Chambres de rhétorique. Nous y verrons un puissant organe de l'opinion. Molley ne trouve à leur comparer que l'influence de la presse. Ces confréries poétiques, créées pour le plaisir intellectuel, devinrent bientôt la manifestation la plus hardie de la pensée du pays. Deux faits vous prouveront leur esprit : Charles-Quint les persécuta, Philippe II les abolit. Un grand nombre de rhétoriciens montèrent sur lechafaud avec le bourgmestre d'Anvers, après la prise de cette ville, au lendemain de la Saint -Barthélemv.

Donc, quand je vois l'esprit public se prononcer avec une vivacité unanime contre l'Inquisition et le prétendu crime de magie; quand je vois tout un pays revendiquer la tolérance religieuse et réclamer, pour l'Église comme pour l'État, l'imprescriptible droit de représentation, dans les conciles et dans les États-Généraux ; quand je vois que, pour lui imposer le despotisme religieux et politique, pour pouvoir continuer à brûler les sorcière et les hérétiques, nos souverains, depuis le violent Charles-Quint, jusqu'aux doucereux archiducs Albert et Isabelle, sont obligés d'interdire, sous peine de mort, la lecture de nos écrivains, même catholiques, de condamner à mort nos poêles comme nos prédicateurs, de fermer nos Chambres de rhétorique comme nos États-Généraux, d'imposer silence à tous les organes de la pensée du pays, et d'écraser, comme une hydre, toutes les têtes de l'opinion publique ; pour ma part, messieurs, je crois en toute sécurité de conscience, dans toute la loyauté impartiale de l'historien jugeant des violences qui ont cessé d'être à craindre, je crois pouvoir flétrir les bourreaux d'un peuple éclairé.

AI'EIW L UKNKKAL.

L'histoire littéraire sert à quelque chose, vous le voyez.

Littérairement, les Chambres de rhétorique ont entretenu le goût des lettres dans toutes les classes du pays; elles ont créé de charmants poêles; elles ont commencé de fonder le théâtre, et, pour bien apprécier ce dernier point, il faut se souvenir qu'à l'époque où elles prenaient un rôle politique assez important pour porter ombrage à de puissants souverains, le théâtre n'existait guère nulle part : ni Shakspeare, ni Calderon, ni Corneille n'étaient nés.

Enfin, les Chambres de rhétorique, proscrites, créent le théâtre en Hollande et donnent à la jeune république son Corneille : Vondel.

Celte époque a de grands historiens, de grands poètes, de grands pamphlétaires, dont la plupart attendent encore d'être rendus à la patrie. D'Athenus est auprès d Hembyse, comme Marnix auprès de Guillaume d'Orange; et Houwart et Vandervoort, l'un resté catholique, l'autre luthérien, sont amis du Taciturne.

N'oublions pas la muse du peuple,, didactique et douce, sage et gaie, mêlant la naïveté du fabuliste à l'onction paternelle du prédicateur, alliant la Fontaine et Massillon : n'oublions pas le poêle qui a mérité et qui conserve dans le cœur du peuple le nom de pèrv des Flamands, le vieux Cals.

La révolution du \\ f siècle fut vaincue dans nos provinces; c'est en Hollande que la Belgique doit chercher alors sa gloire littéraire et scientifique. Nos prédicanls et nos pamphlétaires sont moils sur le bûcher; Guillaume le Taciturne, grand écrivain et grand homme d'Élat, est tombé sous l'assassinat; Marnix, le Rabelais, le Pascal et le Tyrtée de la révolulion religieuse, est mort dans l'exil. Tout ce qui survit, tout ce qui surgit dans les arts de la pensée, cherche au dehors une atmosphère libre. Vondel, Vanzevecote, De Decker, Vau Ilclmont, Van Metleren, les Elzevir et les Laensberg, Mercator, Dodonée : autant de noms célèbres, autant de noms d'exilés. La pensée du pays a suivi la liberlé chez nos frères du Nord. Quelques-uns sont catholiques, mais la Belgique de Philippe II n'est habitable ni pour les lettres, ni pour les sciences. Nous aurons à juger ceux qui restent, pour faire de leur art le courtisan de l'Inquisition.

Une période nouvelle s'ouvre sur un champ de ruines et

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