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saint Bonaventure; par la vie de sa fille en religion, sainte Claire, et par des légendes catholiques rimées.
Cette publication de la Bible n'était pas sans quelque danger. Les conciles défendaient toute traduction vulgaire des livres saints. Le poète fait allusion aux persécutions qu'il eut à subir, et une chronique nous apprend qu'il dut se justifier devant le pape. Néanmoins son orthodoxie ingénue, son zèle religieux, sa vénération pour la Vierge imposèrent silence aux persécuteurs ; mais un écrivain catholique hollandais moderne, M. Alberdingh TUijm, dit encore :
« Le brave homme ne se doutait certainement pas qu'il répandait pour sa part, à grandes poignées, dans le champ de l'Église, les semences révolutionnaires que le seizième siècle a vues en fleurs... »
L'accuser d'avoir été, même involontairement, un précurseur de Luther, c'est faire vraiment trop d'honneur au poète.
Après l'histoire sainte, l'histoire des hommes : Van Maerlant entreprit de traduire librement en vers flamands l'histoire du monde depuis sa création, d'après le Spéculum historiale latin de Vincent de Beauvais, et il lui donna le même titre : Miroir historique, Spiegel histoiïael, œuvre qu'il laissa inachevée et que continuèrent plusieurs poètes.
L'histoire naturelle avait produit des œuvres nombreuses au moyen âge. On a des bestiaires dans toutes les langues, dont plusieurs sont du dixième siècle. Ces œuvres, qui prétendaient faire remonter la généalogie de la science jusqu'à Maître Aristote, n'ont guère de la science que le nom; mais les esprits s'intéressaient aux choses de la nature, voulaient savoir les noms des bêtes, les vertus des plantes et des métaux, se plaisaient à entendre raconter les histoires les plus étranges sur les animaux, autant qu'à les voir agir dans des fables. Ces livres étaient illustrés de miniatures où l'enlumineur ne reculait devant la représentation ni des monstres les plus fautastiques, ni du système du monde. Van Maerlant nous apprend qu'avant lui un poète d'Ardembourg, Guillaume Utenhove, avait déjà rimé en flamand un bestiaire, et l'on conserve des Images du monde eu vers français de la même époque. Notre poète choisit pour l'imiter l'ouvrage latin de Thomas de Catim-
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pré : De Naturis rerum, et il intitula sa traduction : Les Fleurs de la nature. Les Naturen bloeme contiennent treize livres, traitant : des hommes, — des animaux, — des oiseaux, — des merveilles de la mer, — des poissons, — des serpents venimeux, — des insectes, — des arbres, — des plantes médicales, — des végétaux, — des rivières, — des pierres — et enfin des sept métaux. Nous voyons aujourd'hui quel intérêt Ton attache aux petits livres qui mettent à la portée de tous la science moderne. Le même attrait devait entourer alors les bestiaires, et le poète ne manquait pas d'y mêler, comme de bonnes épices, des sentences, des allégories, des satires et des fables.
Religion, histoire, science naturelle, il manquait à cette encyclopédie ce qu'on appelait alors les Sept arts, depuis la grammaire jusqu'à la rhétorique, depuis les mathématiques jusqu'à l'astronomie, l'art suprême. Van Maerlant ne semble avoir imité ou traduit, ni un doctrinal, ni une imago mundi. Mais il n'a pas négligé de demander au prétendu Aristote la règle de la vie humaine. Les Distiques de Caton, traduits dans toutes les langues, étaient depuis longtemps un ouvrage classique; ils servaient en Hollande, depuis un demi-siècle, dans les écoles. Plus tard, Martin de Thourout, le poète mystique, les traduisit encore. Van Maerlant préféra un autre traité, le Secret des secrets, qu'on disait écrit par Aristote pour donner à Alexandre des préceptes d'hygiène et des notions de morale et de politique : espèce d'art de vivre et de régner.
Histoire sainte, histoire profane, histoire naturelle, préceptes pour l'esprit et pour le corps, pour les princes et pour les sujets, l'infatigable travailleur embrassait toutes les connaissances humaines et donnait à la Flandre une encyclopédie rimée.
Van Maerlant présente son œuvre comme une réforme dirigée à la fois contre la poésie chevaleresque et contre les poètes français. C'était de bonne guerre. Mais les romans de chevalerie commençaient à entrer en décadence partout; partout les poètes cherchaient des genres ou des sujets nouveaux, et la poésie française n'avait pas négligé le genre didactique ; elle avait eu, avaut le poète flamand, des chroniques, dos bibles limées, des doctrinaires, des bestiaires et des images du inonde. Ce genre lui-même, d'ailleurs, était rempli de fables, et les chroniqueurs français ne devaient pas larder à porter contre l'his-