‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 53 sur 61 · VAN MAE HU NT · texte numérisé non relu

VAN MAE HU NT

«loups devenus bergers» qui s'appellent prêtres du Christ. Il est croyant, et sa foi va jusqu'à la superstition ; mais il est du pays des communes, il vante les élections populaires, il flétrit les prétentions des nobles qui font fi du paysan et il se prend de saintes indignations chaque fois qu'il pense aux misères du peuple. Ainsi , sous l'enveloppe que donne l'orthodoxie catholique, perce une âme généreuse, un esprit d'homme, un cœur de poète !

Ces sentiments, que nous avons trouvés chez la plupart des trouvères, devaient se faire jour ailleurs que dans des digressions intercalées au milieu de récits d'histoire, sainte, profane ou naturelle. Van Maerlant mêla sa voix aux événements de son siècle. Lorsqu'il écrivit, d'après Flavius Josèphe, un petit poème sur la Vengeance ou la Destruction de Jérusalem^ il avait en vue surtout, dit-il, de faire mieux connaître les lieux saints, et il s'adressait sans aucun doute à des auditeurs qui devaient devenir des croisés. Saint Louis avait été deux fois en Palestine et il était mort de la peste devant Tunis. C'est en 1271, après la mort du roi croisé, que les critiques placent la rédaction delà Vengeance de Jérusalem. Pendant que Bauduin de Condé lançait sa vigoureuse satire contre la débandade de l'armée d'Orient et l'avarice des croisés, Van Maerlant semble s'être contenu et n'avoir plaidé qu'indirectement la cause des croisades.

Plus tard, la prise de Saint-Jean d'Acre menace l'empire chrétien de Jérusalem; alors le poète s'indigne et s'écrie, comme Bauduin de Coudé :

« Du temps de Godefroid de Bouillon et de Charlemagne, l'Église ne se laissait pas ainsi percer de coups! »

Habitué à suivre un modèle, il imite la Complainte d'outremer de Rutebœuf et écrit une belle page d'un lyrisme satirique, plein d'abondance et de verve :

« Quand le cerveau s'emplit des vapeurs du vin , tous les «nombres s'en ressentent; alors le moine crie et frappe, met tout à l'envers; ses jambes chancellent sous lui. De même, l'église romaine, tète de la chrétienté, est tombée dans l'ivresse et l'impuissance. Aucun de ses membres ne peut lui prêter secours. Empereurs, roisiet:pr*M>a4s, l'avarice a tout perdu.

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