‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 54 sur 61 · VAN MAF.RI.ANT · texte numérisé non relu

VAN MAF.RI.ANT

« Quand un bénéfice devient vacant, tonte l'Eglise est sur pied; l'un supplie, l'autre flatte, la simonie s'agite au grand jour. Qui l'emporte et obtient la place? Les hommes pleins de l'esprit de Renard. C'est par la ruse et l'intrigue qu'on entre dans la vigne du Seigneur! Et les avares accaparent et dévorent les biens de l'Église et des pauvres du Christ.

« Pleure et gémis, ô chrétienté! te voilà en péril.»

Uneautre complainte surles malheurs de l'Église suivit la première. M. Kervyn de Lettenhove l'a traduite en partie, dans son Histoire de Flandre; voici sa traduction :

« Près d'un mauvais pasteur, les brebis s'égarent et c'est en vain qu'au milieu des ronces on cherche le miel. Là où s'élevaient la vigne et le pur froment, croissent les épines et les chardons.

« Tout tend à la fin du monde; l'Antéchrist est déjà né et ses disciples le précèdent. Existe-l-il quelque serf sans honneur et sans foi? il suffit qu'il ait de l'or à donner pour qu'on l'entende parler au conseil des princes. Le fou se fait raser la tête jusqu'aux oreilles- (c'est une allusion aux moines qui portent la tête rasée), mais en vaut-il mieux? Est sage qui bien comprend.

« Combien de loups sont devenus pasteurs au milieu de ces précieuses brebis pour lesquelles fut répandu le sang du Sauveur!... Aux vêtements courts, larges et noirs, ont succédé les habits somptueux et de hauts destriers, symboles de l'avarice et de l'orgueil. Hélas ! ceux qui tremblent de froid et gémissent de faim éprouvent rarement leurs bienfaits. De là toutes ces plaintes des pauvres : « Ah! Seigneur, ne nous aiderez-vous point? ne daignerez-vous pas nous nourrir? » — Ils crient, l'estomac vide, les membres affaiblis, les bras nus. Et vous, vous êtes as.Ms dans les délices, près de vos brasiers; vous leur défendez même de se réchauffer auprès de vous ; vous repoussez ceux que vous devez protéger; mais votre orgueil sera puni comme celui du riche que Lazare suppliait inutilement de rafraîchir ses lèvres.

« Ils demandent à haute voix des épices de la saveur la plus exquise, ils font acheter les meilleurs vins, et, lorsque Jésus était suspendu à la croix, le flanc percé, plein d'angoisses, on ne lui offrit que du fiel et du vinaigre.

«Ah! je voudrais quitter ce pays plutôt que de nommer celui qui outrage la sainte Eglise. Irai-je adresser mes conseils à uu tyran avide? Oui, oui, je veux dévouer sa honte aux flammes éternelles et l'y suivre pour la lui reprocher à jamais. »

On trouve ces idées partout dans cette époque, mais on les trouve rarement exprimées avec cette vigueur :

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ce Rien dans notre ancienne littérature flamande, dit un écrivain, n'égale l'énergie de la pensée, la force du sentiment et la vigueur de l'expression que l'on rencontre dans ces stances. »

D'autres malheurs cependant devaient tomber sur la Flandre. Bientôt Marguerite de Constantinople meurt, et Gui de Dampierre inaugure un règne de désastres, en s'aliénant les communes par des prétentions contraires à leurs privilèges. Les premières émeutes de Bruges, le grand soulèvement d'Ypres, la citation du comte de Flandre à la cour du roi de France, par les bourgeois de Gand, pour défaut de droit, annoncent à la fois la chute de la Flandre, des mains du comte, dans les serres du roi de France, et l'insurrection des communes qui sauvera le pays. Époque d'épouvante et de deuil ! A voir les désastres de Gui de Dampierre, à voir les villes de Flandre tomber une à une sous les armes de la France, on dirait d'un édifice qui croule pierre à pierre sous les lentes secousses d'un tremblement de terre. Un moment vint où la conquête fut consommée : le libre pays de Flandre était annexé à la France! la terre des communes appartenait à Philippe le Bel! L'invasion, la guerre, la conquête, l'annexion, l'occupation militaire, la domination des exacteurs et des proconsuls, plus lourde encore que les rigueurs de la défaite, tous ces maux pesaient sur la Flandre.

Notre poète était vieux alors, il était greffier de Damme. Poète, il avait servi la civilisation de son pays par la langue nationale et par la science universelle. Greffier, il avait sans doute pris part à la rédaction des Couf urnes maritimes de Damme, célèbres comme un des plus anciens monuments du droit commercial. Toute cette grandeur disparaissait devant les soldats étrangers, et la langue elle-même faisait place à l'idiome de la conquête. Van Maerlant avait vu de près la corruption des nobles et leurs divisions, si funestes à Gui de Dampierre; il avait lutté contre l'ignorance des masses et il connaissait les rivalités des villes et des métiers. La position du vainqueur lui parut effrayante; il maudit les causes du malheur de sa patrie.

Déjà, au milieu des premières luttes qui présageaient tant de revers, il avait abordé la situation en face et dans un dialogue, divisé en trois parties, entre lui et son ami Martin, il avait donné un libre cours à ses pensées, à ses sentiments sur

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les questions les plus brûlantes du temps. Le Wapene Martyn est un poème philosophique, moral, politique et social ; le ton y varie selon le sujet que traitent les deux amis ; tantôt il s'élève au lyrisme le plus large pour embrasser les idées de justice et d'humanité; tantôt il s'anime de toutes les passions de la satire pour flétrir les abus : l'inégalité des classes, la corruption et te -despotisme des nobles et des prêtres. « Le Wapene Martyn n'a guère plus de mille vers, dit M. Sneliaert, mais il y a une ample compensation dans l'importance du but et dans la noblesse de l'expression. »

Quand le désastre fut complet, le poète annonça la fin du monde :

« Le monde va finir, s'écrie le vieillard avec amertume. Nous sommes aux jours prédits par l'apôtre.. Les hommes n'aiment qu'eux-mêmes! Pourvu qu'ils possèdent, peu leur importe l'origine honnête ou malhonnête de leur fortune. Pourvu qu'ils jouissent, ils ne s'inquiètent ni de l'erreur ni de la vérité. Pourvu qu'ils soient richement parés, fassent bonne chère, sablent le vin et se reposent dans la mollesse, tout est bien l Ainsi sont les prêtres et les laïques, et l'égoïsme règne! »

Le poète portail le deuil de sa patrie, et il descendit dans la tombe avant d'avoir pu saluer l'aube de sa renaissance. Est-il à supposer cependant que l'infatigable propagandiste, le poète de la science, ait désespéré d'une civilisation à laquelle il avait travaillé avec tant d'ardeur? Non-, messieurs! La satire la seule bonne, la 6eule grande, celle de Maerlant comme celle de Tyrtée, suppose une foi inébranlable, dans le succès de la justice et dans la force des peuples. Si le poète châtiait les vices et les abus, c'était autant pour relever sa patrie que pour flétrir ses assassins; son fouet poussait au réveil des braves et au combat de l'indépendance.

Van Maerlant mourut à Damme en l'an 1300. Ne croyons pas qu'à la veille de la bataille des Éperons d'or, ce citoyen intelligent et dévoué ait douté de sa patrie. C'est déjà une mort terrible que celle qui nous frappe avant le jour de la réparation et au milieu de l'abaissement du pays! Mais, si les lutteurs qui tombent à celte heure mauvaise meurent avec le regret de ne pas pouvoir assister et concourir ià la délivrance, ils ont au moins une consolation suprême, celle de prédire des jours meil-

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leurs et d'affirmer, en mourant, le salut, le salut prochain de là •patrie.

Van Maerlant, s'il mourut ainsi, ne fut pas un mauvais prophète. Sa tombe était à peine fermée, que la langue du poète, -proscrite par le vainqueur, servait aux Matines de Bruges, et que le cri de délivrance ralliait la Flandre et ses anciens, ses 'éternels alliés sous le drapeau qui devait triompher à Courtrai.

Les époques où Ton instruit le peuple, les temps d'activité politique et littéraire, ne préparent ni la décadence ni la défaite. L'instruction dn peuple est le premier intérêt, le plus grand devoir d'une société. De tout temps, les hommes de cœur se sont ^émus des souffrances de leurs semblables ; ils ont senti la dignité humaine froissée, la civilisation compromise par la misère et par l'ignorance. Et la raison ne parle pas autrement que le cœur; la raison nous dit qu'une nation ne peut vivre avec de pareils ulcères au flanc ; que, sans le concours des masses, il n'y a ni prospérité dans la paix, ni salut dans la guerre, et qu'un pays libre surtout, quelles que soient les lumières et la puis- -sance des classes élevées, ne peut progresser ni se défendre que par le développement physique et intellectuel de ce peuple qui fait les ateliers et les armées. Aussi, que de grandes choses ce problème vital n'a-t-il pas inspirées! Ce génie du bien-être général, je le vois présider aux veilles des savants, aux entreprises des inventeurs, aux luttes des martyrs ; c'est lui ^ui crée la fable et qui inspire Socrate et le Christ; c'est lui qui découvre la pomme de terre et qui fait inventer à Jacquart son métier; c'est lui, je m'imagine, qui poussa les inventeurs de l'imprimerie à faire au profit des masses cette multiplication du pain de l'intelligence ; c'est lui qui dictait à Franklin ses petits chefs-d'œuvre de bon sens , et qui veillait aux longues études, aux patientes épreuves qui enfantèrent la méthode Frœbel.

Œuvre sainte, messieurs, dans son utilité suprême! Car ces hommes qui se dévouent ainsi savent qu'en faisant l'instruction, ils font la civilisation, qu'en émancipant les masses, ils fondent tin peuple, qu'en éclairant les hommes, ils créent l'humanité. Cest ce génie qui présida à la transformation de Jacques van Maerlant; -c'est la sainte pitié qu'on éprouve à voir des hommes dans l'ignorance, c'est l'amour des malheureux, c'est le sentiment de la nécessité de l'instruction pour tous, qui ont di-

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rigé, soutenu le poète flamand dans cette voie nouvelle. Il chercha à se faire petit avec les petits, et il a préparé la grandeur de sa patrie. Deux écrivains français» MM. Ménard, ont dit avec raison que l'éclat du siècle de Périclès fut « la récompense de Marathon et de Salamine »; on peut dire de même — car l'influence de ces grandes choses est réciproque, — on peut dire que la récompense du mouvement intellectuel et démocratique de la Flandre au treizième siècle, auquel le vieux poète a pris une si grande part, fut la victoire de Courtrai.

Loin de mourir avec sa patrie, Van Maerlant se survécut avec elle, et son nom vivra autant que celui de la Flandre. Un de ses contemporains l'appelle déjà du beau nom qui lui est resté : père des poètes flamands. Une tombe lui fut élevée dans l'église principale de Damme, on y avait gravé les symboles de la sagesse humaine : le miroir de la vérité et le hibou, oiseau de Minerve. Une inscription en vers latins y célébrait la gloire de ce poète « ingénieux et savant entre tous, dont la gloire a passé les Alpes et dont la renommée est immortelle. » Une autre sculpture du quatorzième siècle rappelait le poète encyclopédiste aux habitants de Damme : une poutre de l'hôtel de ville le représentait à son pupitre, « en habit de philosophe », comme dit Paquot, et occupé à écrire un de ces livres qui faisaient école.

Mais le poète se survivait autrement que dans la pierre ou le bois sculptés : sa pensée se multipliait dans des élèves qui continuaient son œuvre : Philippe Utenbroek et Louis van Velthem achevaient son Miroir historique ; Jean Boendael, Van Heelu et toute une série de chroniqueurs rimèrent l'histoire jusqu'au seizième siècle. La poésie du moraliste formait aussi école : Jean Boendale écrivit un Miroir des laïques et un Doctrinal flamand. L'histoire naturelle à son tour eut ses continuateurs : on cite Gérard de Linthout et Henri de Hollande.

Van Maerlant avait demandé à ses devanciers les éléments de son œuvre; il n'avait pas hésité à se faire le traducteur d'ouvrages latins et français pour communiquer à son pays la science de son temps. Cet échange fraternel fut imité en sa faveur, il fut traduit à son tour en latin et en français : un prêtre du quatorzième siècle, nommé Jean Buckelare, mit son Wapene Martyn en vers latins, malheureusement trop obscurs ; et dans les premiers temps de l'imprimerie, le môme poème fut im-

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primé en vers français. La Flandre continuait à faire fraterniser les deux idiomes.

Cette dualité de langue n'appartient pas seulement à la Flandre; elle caractérise presque toutes nos provinces. Le Brabant aussi est divisé en Brabant wallon et en Brabant thiois, ei les deux langues y ont leurs archives politiques et leurs monuments littéraires. Liège, cette démocratie aussi puissante et aussi agitée que la Flandre, offre le même phénomène. Le voyage de saint Bernard, en 1146, nous montre que la ligne de démarcation y était déjà alors la même qu'aujourd'hui. L'entente des hommes des deux langues faisait si bien la force des Liégeois qu'à chaque victoire remportée sur le peuple, les évêques défendent l'union des bonnes villes wallonnes et allemandes. Le Hainaut n'a guère de population flamande; mais, pendant presque tout le moyen âge, les comtes de Hainaut régnèrent sur des pays germaniques; à deux reprises, une même dynastie gouverna le Hainaut et la Flandre, et les maisons d'Avesnes et de Bavière réunirent la Hollande au Hainaut jusqu'à l'avènement des ducs de Bourgogne. Ce ne serait pas un paradoxe de soutenir que nos communes doivent beaucoup à ce frottement de deux races.

Cette fraternisation des langues, cet échange d'idées se sont perpétués. La Bibliothèque bleue conserve les mêmes sujets dans les deux langues : Ulenspiegel comme les Quatre fils Aymond, Fortunatus comme Maugis, Obèron comme Valentin et Ourson. Les deux langues qu'écrivait Marnix ont lutté de concert pour la liberté de conscience. Le dix-huitième siècle a trouvé la muse flamande prête à traduire les écrivains français, et la même ligne de démarcation, constatée par le poète de Philippe Auguste au douzième siècle et par saint Bernard au onzième, laisse encore de nos jours son domaine intact à la langue germanique.

Aujourd'hui qu'une double littérature signale et couronne la renaissance du pays, le même travail utile de traduction a recommencé, demandant à nos frères du dehors le concours de leur science. Gervinus, Motley, Prescott sont traduits en français, le self help est mis en flamand, et nos deux littératures n'ont pas oublié de fraterniser. Faut-il cifcr le poème d'Helmers : la Nation hollandaise, traduit par Clavareau, YAmbiorix de M. Nollet, mis en vers français par Denis Sottiau, le Roman

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du Renard, des poésies de Van Kyswyck, de Ledeganck, de Van Beers, mises aussi en vers français par des Belges, et nos écnvains wallons donnant à la France l'exemple de traduire les romanciers flamands, tandis que nos ouvrages historiques et quelquefois poétiques, commencent à être traduits en -Flandre?

Plus d'une fois, cependant, les maîtres du pays, rois étrangers, souverains nationaux ou partis régnants, ont révé, tantôt 'en faveur de Tune, tantôt en laveur de l'autre langue, cette unité si favorable à l'autorité monarchique; alors, les dénis de justice ont soulevé des oppositions vives, une révolution même; -des cris de division ont été entendus et la haine de race a été -fomentée entre des peuples frères. Mais toujours, comme Jean d'Avesnes qui prononce avant Pierre de Goninc une sorte 'de Schild ende vrindt contre l'immixtion -des étrangers dans nos luttes intestines, toujours des Wallons ont pris parti pour la cause flamande et des Flamands pour la liberté de langue des Wallons, de sorte que, au dessus de ces luttes passagères, de ces passions trop souvent légitimées par des empiétements autoritaires, l'histoire générale constate l'entente des deux races, pour imposer à l'Europe l'indépendance de la patrie ♦commune et pour maintenir et pratiquer dans cette patrie l'égalité des droits de tous.

€e caractère général qui ressort de notre histoire est d'autant plus remarquable qu'aucune direction n'y a présidé et qu'il résulte de l'action individuelle de chaque province libre.

« Parmi nous, a dit très bien M. Moke, les institutions sem- -blent surgir le plus souvent de causes locales. Chaque province a ses propres lois, chaque ville ses libertés; et la vie commune, loin de résulter de l'action suprême et incessante d'un pouvoir dominant, consiste au contraire dans les rapports généraux de caractère, de tendance, de mœurs et de civilisation, qui rapprochent graduellement des populations indépendantes. L'unité qui succède ainsi à leur isolement n'est point imposée ni subie, elle naît de la force des choses par le développement régulier d'éléments similaires. »

Nous retrouverons cet esprit de fraternisation sur la tombe de Van Maerlant. Après plusieurs siècles de renommée, le poète flamand avait été négligé, sinon oublié. Les biographes

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citaient encore, et lorsque, à la fin du dix-huitième siècle, Paquot rassembla nos titres de gloire littéraire, il consacra une notice au poète, dont Van Vaernewyck avait fait l'éloge et que ni Sanderus, dans sa FlandHa illustrata, ni Foppens, dans sa Bibliotheca Belgica, n'avaient oublié. Mais ses œuvres étaient enfouies dans les manuscrits et son nom avait perdu sa popularité!

La renaissance des études du moyen âge devait rendre au poète s* renommée. Les Hoffmann von Fallersleben et le* Willems le firent mieux connaître. Tout aussitôt, avant 4830, un Essai sur Ihtstaire- de la littérature néerlandaise , écrit en fran* çais par M* De s'Gravenweert , vulgarise le nom de « cet homme extraordinaire devant lequel pâlissent tous ses devanciers »; à peine sea œuvres étaient-elles étudiées par les revues spéciales flamandes, que la Revue belge, de Liège, consacrait un article étendu à la vie et aux œuvres du poète. C'était en 1837, et déjà M. Marinier l'avait signalé comme « le premier poète néerlandais ». Lorsque les Chambres belges votèrent les subsides nécessaires pour la publication de nos monuments littéraires dans les deux langues, ses petits poèmes avaient paru, le Spiegel historiael était publié. La commission flamande ouvrit sa collection par les œuvres de Van Maerlant; les Fleurs de la nature, la Bible rimée, la Geste d'Alexandre parurent successivement. Enfin, le 48 mai 4859, un arrêté royal décrétait qu'une statue serait érigée au poète sur la place communale de Damme* et l'œuvre d'un sculpteur de Bruges, M. Pickery, fut inaugurée le 40 septembre 1860*

C'était par une belle journée d'automne; le cortège, arrivé de Bruges par le canal de l'Écluse, avait réuni les représentants officiels, politiques et littéraires, de la Belgique et de la Hollande; une centaine de sociétés littéraires flamandes y déployaient leurs bannières, et oe fut un singulier contraste, pour les esprits qui se reportaient à une époque de prospérité, de voir défiler ce splendide et nombreux cortège dans une petite ville presque déserte. Le port de mer n'était plus; il ne restait rien des richesses chantées par le poète de Philippe Auguste; l'hôtel de ville avait servi de caserne; on venait de le restaurer et il servait de cabaret. La tour de l'église restait debout, mais la tombe du poète, qui se voyait encore au siècle dernier sous le clocher* avait disparu. Quelques colonnes, quelques arceaux indiquaient les ruines de la cathédrale, dont le chœur seul est

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