IIISTOIHR DES LETTRES EN BELGIQUE
Jausénins est le précurseur de Pascal. Une morale perverse est battue en brèche, et les Etats de Brabant refuseront de publier l'excommunication de l'auteur des Provinciales.
ïi'ullramontanismc politique est un autre danger de l'armée de Loyola : une école de jurisconsultes libéraux se forme en Belgique contre ces doctrines.
Honneur aux Stokmans et aux Van Espen, messieurs; c'est dans le droit qu'ils ont cherché la vie du pays!
Alors, un Belge encore, dom Maur d'Ântines, proleste en France contre la bulle Unigenitus.
Ainsi la Belgique, l'œil fixé sur les lumières de la France, demandait encore à son antique génie le mot d'ordre de la civilisation ; et, vienne la révolution brabançonne, à côté des masses habituées par un long despotisme au joug du passé, nous verrons un parti d'esprits éclairés et libres, capables d'entrevoir et dignes de fonder la vie nouvelle! Vienne la révolution française, il se trouvera des Belges pour suivre le mouvement, et, lorsqu'il s'égarera dans les annexions, pour parler en hommes libres à la terrible république de 95.
L'Empire dévora tout. Mais l'Empire voulait être glorifié dans toutes les langues; il n'eut garde de dédaigner notre vieil esprit littéraire; il releva les chambres de rhétorique. Alors encore, la plupart de nos écrivains sont fidèles à la patrie. C'est dans une de ces fêles où les chambres de rhétorique étaient appelées à célébrer une campagne du nouveau César, que l'on trouve un premier essai de réhabilitation de Jacques d'Arteveld, par M. Cornélissen. En 1809, le concours d'Ypres propose de célébrer un « héros du pays. » En 1810, Alost demande aux poêles de chanter « la gloire des Belges. » Un autre concours en langue française produit une œuvre de valeur : tandis que les courtisans prodiguent au maître un encens banal et que le président va jusqu'à vanter la disparition de la Belgique, un jeune poète parle de la patrie avec amour, parle de la France avec indépendance, met fièrement en scène la résistance des Nerviens à César, trace un vigoureux portrait de Philippe II, s'étend sur le tableau de notre prospérité avant les derniers désastres, et appelle de ses vœux le jour où
Raucoux ol Fontenoy, Ramillie et Fleuras Du sans des nations no s'ensjraissoront plus.
APERÇU 0ÉNÉRAL
Ce poète obtint le prix : ln Belgique couronnait, en 1810, un généreux écho de son esprit national.
Je m'arrête ici, messieurs, car ce poète lauréat, M. Lesbroussart, est mort depuis quelques années à peine Je m'arrête, et après ce faible aperçu, trop succinct pour être exact, trop rapide pour être complet, je puis déjà répéter, avec une première connaissance de cause : Oui, les lettres en Belgique ont toujours été utiles, souvent glorieuses! Nos écrivains se sont toujours maintenus au niveau de leur époque, ils se sont souvent élevés au poste de vedettes du progrès. Même dans la défaite, même sous le rayonnement des gloires étrangères ou dans l'entraînement des révolutions voisines, il s'est toujours trouvé des Belges attachés aux traditions nationales et qui conservaient, dans leblouissement comme dans les ténèbres, une étincelle de notre génie. Opprimés et vaincus, ils donnent encore Van Espen à la patrie, Jansénius au monde.
Libres aujourd'hui, les Belges vont-ils se réduire a l'état de tributaires de In pensée d'autrui? Ah ! ce serait l'abdication do soi-même! Quoi! pnree que nous avons ndmiré In France libératrice de Pascal, de Voltaire, de Rousseau et de Mirabeau, nous devrions oublier la Belgique de Georges Strailhe, des d'Arlevelds et du Taciturne ! la Belgique de Siegebert de Gembloux, de Henri de Gand, de Van Espen et de Marnix ! Parce que nous aimons la France de 1789 et de 1850, qui nous a aidés à redevenir libres, est-ce une raison pour nous faire les esclaves des romans du quartier Bréda et du répertoire du demi-monde? Non, cent fois non! La prévention, aussi injuste qu'incontestable, qui livre nos librairies, nos théâtres, nos chaires littéraires aux lettres françaises, continue, sans le savoir, l'œuvre de nos oppresseurs qui ont voulu nous empêcher de penser, I œuvre de nos ennemis qui ont voulu nous conquérir, pendant des siècles. Mais la prévention ne sera pas plus forte que le despotisme et que la conquête : la Belgique ne se suicidera point! La vitalité renaissante, dont elle a fait preuve, depuis un demi-siècle, dans les arts, dans l'industrie, dans la politique, triomphera aussi dans les arts de la pensée! La Belgique ne négligera, ne dédaignera jamais les lumières des nations ses sœurs, mais elle ne mettra pas son génie sous le boisseau d'un monopole étranger! Bientôt, oui, bientôt ! à qui voudra nier ses facultés intellectuelles et littéraires, elle