NÉPULTURE AÉRIENNE DANS LES ARBRES OU SUR DES ÉCIAFAUDS
Ce mode de sépulture est fort usité, même de nos jours, parmi certaines tribus de Sioux et de Dakotals.
On place les cadavres, couchés sur le dos et emmaillotés dans des peaux ou des couvertures assujetties par des lanières, dans des arbres, si les rameaux offrent des appuis convenables ; et l'on n'a recours à des échafauds que lorsqu'il n'y a pas d'arbres dans le voisinage. Ces échafauds sont des objets sacrés, et quand une tribu ennemie ne les respectait pas, la mort des coupables seule expiait l'offense, Quand le cadavre a passé deux ans ainsi exposé, quelquefois on le met en terre. Ce sont des femmes — les femmes les plus âgées — qui se chargent des préparatifs de l'inhumation et du deuil.
M. William J. Cleveland a fourni une description fort détaillée de ce genre de sépulture chez une tribu de Sioux, au Nébraska.
I y ajoute des détails très intéressants sur une autre coutume funéraire de ces peuplades, laquelle, sans être générale, nous semble fort curieuse. Il ln nomme keeping the ghost, ce qui pourrait se traduire par conserver l'esprit du mort. L'on enlève du crâne du trepassé un peu de cheveux que lon enveloppe dans un morceau d'indienne ou autre tissu, jusqu'à ce que le rouleau atteigne an moins deux pieds de longueur et dix pouces en diamétre: puis l'on enferme le tout ans un étui fait de peaux, badigeonné en couleurs variées et voyantes. On dépose l'étui sur deux supports croisés comme suit
offrandes de toute espèce que l'on distribue en dons, lorsqu'il y en a suffisamment.
\, en face d'une hutte réservée à cet objet. On aceumule dans cette hutte des
Quelquefois il s'écoule une ou plusieurs années avant cette dernière cérémonie. On entasse les offrandes en pile, à l'extrémité de la hutte. Elle ne doivent pas être dérangées avant le moment de leur distmbution. Les homines et les enfant: mâles sont seuls admis dans cette hutte, hormis l'épouse du défunt, à qui il est permis d'y pénétrer, pourvu que ce soit de grand matin. Les hommes peuvent y entrer pour fumer et causer. Les femmes sont tenues de verser la cendre de leur pipe au centre de la hutte; et elle y demeure intacte, tant que la distribution des offrandes n'a pas eu lien. Ceux qui mangent en ce lieu n'oublient jamais de déposer quelque met sous l'étui mortuaire, pour l'esprit du trépassé. Il n'est loisible à personne d'enlever ces comestibles, à moins d'y être contraint par la faim : en ce cas, il est même permis à un étranger qui ne connaissait pas le défunt d'enlever ces mets.
L'époque de la distribution venue, les amis du défunt ainsi que ceux qui devaient avoir leur part des présents, sont convoqués à la hatte, et le gardien — généralement un proche parent — leur distribue les dons. Le rouleau contenant les cheveux du mort est ouvert, et l'on ajoute aux offrandes quelques petites mèches de cheveux du mort.
La cérémonie se répète quelquefois à diverses reprises. Tout le temps qui précède la distribution des cheveux, la hutte aussi bien que le rouleau, est regardée comme un objet sacré, mais pas au delà. Il semble que les parents et amis du défunt ne veulent ni voir ni retenir aucun objet en leur possession qui aurait appartenu au mort pendant sa vie, et qui leur en rappellerait le souvenir. On dirait qu'il s'agit de bannir aussi vite que possible la mémoire du trépassé, M. Cleveland ajoute nonobstant que ces Indiens croient tous que chacun est doué d'un esprit qui survit à la dissolution du corps; le corps meurt,
mais l'esprit se réunit, dans le pays des âmes, aux autres esprits amis qu'il a connus
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en ce monde, Pour eux la mort est un profond sommeil. “IL s'est endormi à telle ou telle époque,” vous diront-ils, en parlant des morts; mais ces coutumes comme bien d'autres s'affaiblissent sensiblement, # Les Dakotas confient leurs morts aux cimes des arbres, quand les rameaux inférieurs ne leur offrent pas des appuis convenables,” dit le Dr LS. Turner, chirurgien dans l'armée américaine, et qui a passé six années de sa vie parmi ces sauvages. “Dans tout le cours de mon existence, ajoute-t-il, j'ai vu peu de chose plus navrant que le spectacle d'un des anciens de la tribu s'acheminant chaque jour, au déclin du soleil, vers la tombe de son enfant, et donnant libre cours à sa douleur avec des accents à fondre les pierres, puis de voir, à la nuit tombante, le vieillard attristé reprendre, comme un morne fantome, le sentier qui le ramène à son wigwam solitaire. Quelquefois il y avait à ce tableau une teinte de tristesse additionnelle, c'est lorsque je voyais un père inconsolable allumer en sanglotant un petit feu sous la tombe aérienne de son fils, puis interrompre ses lamentations pour fumer en silence.”
Au reste, Messieurs, ces tombeaux aériens mollement bercés par le zéphir, sous la verte ramée des bois, le poète Delille vous les a fait connaitre encore mieux que ne le sauraient
faire les archéologues de l'Amérique entière :
Là, d’un fils qui n'est plus, la tendre mère en deuil A des rameaux voisins vient pendre le cercueil. Eh ! quel soin pouvait mieux consoler sa jeune ombre | Au lieu d’être enfermé dans la demeure sombre, Suspendu sur la terre et regardant les cieux, Quoique mort, des vivants il attire les yeux.
Là, souvent sous le fils vient reposer le père ;
Là, ses sœurs en pleurant accompagnent leur mère; L'oiseau vient y chanter, l'arbre y verse des pleurs, Lui prête son abri, l'embaume de ses fleurs ;
Des premiers feux du jour sa tombe se colore ;
Les doux zéphirs du soir, le doux vent de l'aurore, Balancent mollement ce précieux fardeau,
Et sa tombe riante est encore un berceau :
De l'amour maternel illusion touchante !
Messieurs, je crains avoir dépassé les limites que j'ai dû me tracer pour cette conférence, et cependant je n'ai fait qu'eflleurer mon sujet.
Sans prétendre vous avoir ouvert en cette matière de nouveaux horizons, j'ai cru que le temps était venu d'attirer votre attention sur les études faites par des archéologues américains ainsi que sur les intéressantes recherches, de même que sur les travaux importants de ce groupe de savants et d'antiquaires alimentés par le Bureau d'ethnologie dans la république voisine, et auxquels le Smihsonian Institution de Washington prête son prestige et sa puissante protection.
Bien que l’archtologue, au Canad it privé de bien des avantages accessibles à son confrère des Etats-Unis, il n'est pas tout à fait sans ressources, sans aide. L'exploration géologique et scientifique de notre sol, qui se poursuit sans relâche chaque année, les rapports publiés par le bureau des sauvages, sur l'état des races indiennes, voilà des sources de renseignements, une coopération font acquise, qu'il ne saurait négliger, L'idée heureuse du marquis de Lorne de doter cette Société d'un musée national, à Ottawa, où seront recueillis les antiquités, les monuments, les restes des races primitives, aussi bien
que des specimens d'histoire naturelle, va
chaque phase de notre obseur passé
Avec l'intelligence que Dieu nous a départie, les enscionements puisés dans nos lycées, et l'amour de la science implanté dans nos cœurs, rien n'empêche que cette société ‘emboite au moins le pas derrière la florissante association que James Smithson fondait à Washington en 1846 —dans la voie du progrès intellectuel et des découvertes curienses
où utiles qui distingue si éminemment l'époque où nous vivons
Depuis que ces lignes ont 6t6 tracées, un savant distinené, de Saint-Jean, NB, M, GE, Matthew,
vient de signaler la découverte des
ruines d'une bourgade indienne, sur les rivos de la rivière Bocabec, dans le qui datent de l'âge préhistorique, L'érudit délégué de le professeur Bryce, mentionne des sépultures
Nouveau-Brunswiel à Société historique de Winnipeg, indiennes a Manitoba, de l'âge des mound builders, et lo Canad
a savant attond avoc impatience la publication des re
herches du Dr L:C Taché sur les sépultures indiennes décou« vertes par lui sur les rives du lac Simcoe,
nous assurer des facilités nouvelles pour étudier