LA DISPERSION PROJETÉE DES HABITANTS DE LA NOUVELLE-YORK
On était en 1689 ; l’astre de Louis XIV avait atteint son apogée ; une aurore radieuse lui avait assuré des jours sereins ; mais le crépuscule menaçait de se faire — lui apportant ses ombres.
= M LeMOINE
Le prince d'Orange, son implacable ennemi, venait de gravir de la Grande-Bretagne
Versailles, il est vrai, n'avait pas cessé d'éblouir le monde par l'éclat de ses fôtes, de
richesses artistiques. Trois fois pur semaine, dans des soirées d'un éclat sans pareil, Louis
le Grand, s'étalait magnifiquement au milieu de sa cour, duns son lécrique palais, dans ses
sulons fastuoux, dits salles de l'1bo ulance, de Vénus, de Diane, de Mars, de Minerve d'Apollon ; iuts, il semblait moins enjoué quelquefois même préoccupé, se méêlait moins aux bril-
lants groupes de grands seigneurs, aux essaims de jolies femmes, aux cercles d'hommes
de lettres ; son front était soucieux : il consucrait plus d'heures à son cal inet de travail et
à ses ministres
[y avait un coin de ses Etats où son astre n'avait pas le même éclat, Cette contrée, c'était la France nouvelle d'au-delà des mers, pour laquelle il avait tant fuit, De ce lointin pays, il ne lui venait que bruits sinistres, rumeurs de guerre avec les indigènes, ave
les colonics anvluises VoOlsines Ses lorts etaient SUCCALÉS, st colonie chérie ravaree par
le féroce, l'insaisissable [roquois, Les dépéches de Denonville devenaient de jour en jour plus sombres, alarmantes
même, bien que la nouvelle du terrible massacre, à Lachine pres de Montréal, le 4 août 1689, n'eut pas encore traversé l'océan
Pour rétablir son prestige, il Jui falluit frapper un grand coup. Le chevalier de Callicres, qui commandait en second sous le marquis de Denonville, Jui prépara un plan
de campagne à la fois neuf et audacieux ,
Le roi l'adopta avec des modifications,
I ne s'agissait de rien moins que de la conquete el de la dispersion de lu colonie anglaise avoisinante : Manhatte, sur l'Hudson. la Nouvelle- York, comme elle fut nommée plus tard.
Au dire de Callières, la chose était facile: la force militaire au Canada sullisuit, avec
l'aide de deux vaisseaux de guarre, pour coopérer sur les rives de l'Atlantique, c'est-à-dire 1,600 hommes, dont 1,000 de es régulières et 600 miliciens
L'armée traverserait en pirogues et en bateaux le lue Champlain et le lac George, S'emparerait d'abord d'Albany, l
us descendrait le couts de l'ITudson, et tomberait à] improviste sur la Nouvelle-Y
ork, bourgade d'à peu pres 200 hommes en état de porter les armes,
Emprantons à un document oiliciel le texte même des instructions envoyées par le roi de France à son
brave lientenant, le comte de Frontens
[el
ac, en juin 1689: #$i parmy les hubitans de la Nouvelle York, il se trouve
des Catholi tels il croye se pouvoir assourer, il
ues de la fidélité des
pourra les lisser dans leurs habitations après
leur avoir fit prester serment de f
à Sa Majesté... I pourra aussi garder, s'il le juge à propos, des artisans etautres gens de service nécessaires pour la culture d
es terres où pour travailler aux fortifications en qualité de prisonniers... Il faut retenir
en prison les oiliciers et les principaux habitar
desquels on pourra retirer des raneons, À l'essard de tous les uut
tes estrangers (eur quine sont pus Français), hommes, femmes et enfans. su Majesté trouve à propes q
soient mis hors de la Colonie et « nvoyez à la Nouvelle Angleterre, à la Pennsylvanie, où en d’autres endroits qu'il jugera à propos, pur mer ou par terre, ensemble où séparément, le tout suivant qu'il trouvera plus seur pour les dissiper et empêscher qu'en se se réunissant ils ne puissent donner occasion à des entreprises de la part des ennemis contre cette Colonie. 11 envoyera en France les Françuis fugitifs qu'il ÿ pourra rliculièrement ceux de la Religion Prétendue Réformée.” ME le Comte de Frontenue sur l'Entreprise de ta Nouvel
trouver, et,] l
oire pour screir d'Instruction à Monsieur Fork, 7 juin, 1689.
Pour les détails de l'attaque sur New-York, consulter les dépêches: Le Roy à Denonrille, 7 juin 1689; Ministre à Den: le, même date; Le Ministre à Frontena
Ron au Sicur di
, luôme date; Ordre du Foy û Paudreuil, même dat ES ? la Cuginière, même date; Ch onpigny au Ministre, 16 novembre, 1689, etc,
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Les vaisseaux de guerre en croisière à l'entrée du port altendraient l'arrivée des troupes
de terre ot leur préteraient main forte
La campagne ne durerait au plus qu'un mois ; elle promettait d'importants résultats D'abord les Anglais seraient écrasés et ne seraient plus à même de fournir, comme par le les armes aux implacables ennemis des Canadiens, aux Iroquois: ensuite, New-
\ X mains des Français, on aurait accès par eau en toutes saisons, et une entrée au Canada plus commod: jue le Saint-Laurent; finalement, la chute de ln Nouvelle-York,
inerait-elle pas plus turd celle des colonies anglaises de la Nouvelle-Angleterre ? On spérail
\ux velléités de conquête de Louis XIV se mélaient des sentiments qui font peu
honneur à ce grand prince: la cruauté envers les vaineus et l'intolérance en matière de ince religieuse,
[y avait, en 16K9, en France, un homme de guerre capable de se charger de l'exécution de cet étrange projet : l'ancien vice-roi du Canada, le brave vieux comte de Frontenae, Louis XIV s'adressa à Jui,
L'énergique sepluagénaire fit voile en août pour le Canada, avec deux frévates ; c'était deux mois trop tard,
Le roi lui-même préparu les instructions que Frontenac devait suivre, après la prise de la Nouvelle-York.
On lui enjoignit de disperser aux quatre vents la colonie anglaise : de la détruire de fond en comble ; de séparer, s'il le fallait, et déporter les familles ; d'emprisonner et rançonner ceux qui refuseraient de renier leur foi; de confisquer leurs biens au profit de la couronne ; de réduire les ouvriers et gens de métier à la condition de foreats, et les obliger de travailler aux fortifications, si le commandant de l'expédition le jugeait à propos; de saccager le territoire de la Nouvelle-Angleterre, voisin du Canada, et de prélever des contributions sur les territoires plus éloignés.
Plusieurs causes contribuèrent à faire échouer l’entreprise des Français contre la Nouvelle. York.
D'abord d'interminables retards dans l'équipement des deux frégates armées pour cette expédition; puis, des tempêtes et des vents contraires sur l'océan, qui prolongèrent tellement la durée de la traversée, que la saison fut jugée trop avancée, à l'arrivée des vaisseaux, pour songer à mettre en marche l'armée de terre,
L'affreux massacre de Lachine, la présence des Iroquois sur la frontière, la nécessité de protéger la colonie contre une nouvelle irruption de ces barberes, ainsi que d'autres causes firent ajourner à d'autres temps le projet criminel du grand nonarque. New-York fut laissé à sa destinée.