ARCHIVES DU CANADA
ment ceux qui étaient en forme de roulcaux, étaient tellement collés ensemble, qu'il était impossible de les dérouler. On y trouva empâtés cinq ou six squelettes de rats, et des os de cette vermine étaient distribués dans toute In masse; c'était un véritable charnier, et lorsque on commença à remuer ces archives nntionales, on employa un chien pour faire la chasse aux rats que l'on avait dérangés dans leurs retraites.” Sons des formes non moins déplorables, la même incurie, les mêmes désastres ont frappé, ont détruit même en Canada. une majeure partie des matériaux les plus indispensables pour compiler nos annales.
Vous connaissez l'hittoire du MS$SS. du Journal des Jésuites, arraché à In boîte au bois du gardiea de l'ancien parlement à Québec, juste au moment où il allait servir de combustible : une partie au moins, comme par miracle, a échappé au vandalisme.
Je me rappellerai toujours, quoiqu'avec regret, un petit incident dont je fus témoin dans mes tournées oflicielles, dans le comté de Portneuf. On m'avait invité à inspecter le site et les ruines de l'historique Fort Jacques-Cartier sur la rive escarpée de la rivière qui porte ce nom, à vingt-sept milles en haut de Québec,
J'étais en eflet bien curieux d'aller étudier, sur les lieux même, le fier donjon où l'héroique Lévis, après la terrible journée du 13 septembre 1759, était allé caserner sa poignée de braves, et où les troupes françaises sous le marquis d'Albergotti avaient tenu bon jusqu'au ler septembre 1760; plusieurs familles françaises occupaient les environs du fort, et communiquaient chaque jour par lettre où autrement avec la garnison. Il y avait, m'avait-on dit, chez une famille des environs, portant un vieux nom historique, des liasses de lettres se rattachant à cette désastreuse période, Après avoir sernté les fossés, les ravelins, les ouvrages en terre du fameux fort, j'allai cogner à la porte d'une opulente métairie qui était censée posséder les trésors que je viens d'indiquer. Je demandai ce que l'on avait fait de toutes ces lettres, ete. On me répondit que le temps avait été où le grenier regorseait de lettres et paperasses écrites avec cette antique calligraphie française que vous connaissez tous, mais qu'il n'en restait plus ; que la portion que la vicille ménagère de eéans n'avait pas employée à allumer son feu, un marchand de guenilles de Québec, M. Reed, l'avait achetée à trois centins la livre pour le convertir en papier.
Voilà la triste histoire de mille et un documents historiques de valeur qui existaient naguère chez nous, et qui maintenant sont introuvables,
Messieurs, les temps ont changé; une ère nouvelle, une ère de réhabilitation a lui pour les lettres. Nos hommes d'Etat pris d'un beau zèle pour tout ce qui se rattache au progrès intellectuel ou moral, se sont donné la main, ont déclaré la guerre aux préjugés du passé ; voilà, comment, il se fait que depuis dix ans, d'innombrables séries de lettres, de mémoires, de documents officiels, de papiers de famille même, oubliés dans les grands dépôts d'archives au-delà des mers, ont repris le chemin de la patrie et n'attendent dans les Toutes du bureau à Ottawa, que la main ou l'œil scrutateur de l'archéologue ou de l'historien, pour les mettre au grand jour. Avant bien longtemps, le reproche que l'on nous jette à la figure qu'il est impossible d'écrire une histoire complète du Canada, n'aura plus de raison d'être.
L'avenir nous prépare, osons le croire, de douces surprises: la collection de documents, classés et soigneusement gardés à Ottawa, se développera avec le concours des provinces en un vaste dépôt d'archives nationales, et préparera, pour nos historiens, le couronnement du majestueux édifice auquel servent d'appuis et de colonnes, les noms vénérés de Bibaud, de Garneau, de Ferland, de Faillon.