‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 13 sur 94 · Par exemple le récit des disciples d'Emmaûs · texte numérisé non relu

Par exemple le récit des disciples d'Emmaûs

3. On prétend assez généralement que saint Luc s'est servi de l'Évangile de saint Marc. Qu'il ait connu la catéchèse romaine, rien de plus vraisemblable, puisqu'il a séjourné à Rome durant la première captivité de saint Paul.

A-t-il connu le second évangile lui-même? c'est probable; mais ce ne fut pas avant d'avoir composé le sien, s'il le fit durant la captivité de saint Paul à Gésarée. Quant à affirmer que saint Luc s'est directement servi du second Evangile comme source pour la composition de son œuvre, c'est plus que douteux. On ne peut nier sans doute qu'il n'y ait entre certaines parties des deux Évangiles des ressemblances très étroites qui ont incliné à

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adopté le même plan général : le baptême, la Galilée, le voyage à Jérusalem, la dernière semaine dans la Ville sainte terminée par la mort et la résurrection. Cette division quadri^ partite^ ils l'ont prj^se à la même source, la catéchèse orale. Ils l'ont religieusement gardée

croire à un emprunt. Cependant, il reste plus d'une difBcuUé qui n'a point encore reçu de solution favorable à cette dépendance. Dans les récits ou cycles de récits parallèles, saint Luc présente fréquemment des expressions plus araméennes que saint Marc. Sans vouloir traiter ici cette question qui demanderait de longs développements, prenons un exemple. L'expression zai h/évsxo, traduction de l'hébraïsme si connu, vayehi^ « et il arriva que », si fréquent dans les récits de l'Ancien Testament, se rencontre 6 foisseulement dans saint Matthieu et 4 ^^is dans saint Marc,, tandis qu'on la trouve l\o fois dans saint Luc (8 fois dansles deux premiers chapitres et Sa fois dans le reste). On pourrait citer beaucoup d'autres hébraïsmes, absents des récits parallèles de Marc et de saint Matthieu. On ne conçoit guère un écrivain, aussi grec que saint Luc, saupoudrant d'expressions araméennes. le récit de son devancier,, qui lui servirait de source.

Saint Luc nous dit qu'il s'est informé des témoins mêmes et prédicateurs de la bonne nouvelle. Reproduisant d'abord leur catéchèse, dans la forme qu'elle avait revêtue dans son milieu, il a eu aussi ses informations particulières qui lui ont permis de compléter, de préciser, de coordonner cette catéchèse. Il a consulté et fait parler ceux qui avaient entendu le divin Maître. Dans son prologue il fait aussi allusion à des écrits assez nombreux qui avaient tenté defixer des parties plus ou moins complètes delà prédicationapostolique. Ils peuvent comprendre des essais de traduction grecque de la catéchèse de Jérusalem ou du premier

et SOUS aucun prétexte ils n'ont voulu la briser, bien qu'elle eût ses inconvénients au point de vue historique.

Ni les prédicateurs de cet Evangile, ni nos synoptiques n'ont jamais pensé que la vie publique de Jésus s'était déroulée dans une seule année. Les événements qu'ils racontent n'ont évidemment pu s'accomplir en un si court espace de temps. Leur récit du reste fait une allusion voilée à plusieurs Pâques. Ils ont tous l'épisode des épis froissés (Matth., xii, i ;Marc., II, 23; Luc, VI, i) et, un notable laps de temps après, le miracle de la multiplication des pains (Matth., xiv, 13; Marc.,vï, 31; Luc, ix, 10). Or, les épis mûrs, non encore moissonnés, supposent l'époque de la fin de mars ou commencement d'avril. Le récit de la multiplication des pains, dans saint Marc (vi, 39), nous fournit

évangile pour l'usage des Juifs hellénistes, et d'autres recueils contenant des fragments plus ou moins étendus qui ont pu servir à la prédication romaine. Ces écrits utiliséî à Rome y ont perdu peu à peu les hébraïsmes et se soni imprégnés de traits particuliers, à l'audition dé Pierre Rien n'empêche que saint Luc ne s'en soit servi à titre de source secondaire ou aide-mémoire. En cette matière il ne faut non plus oublier qu'un évangile tel qu'est chacun d< nos synoptiques, étant destiné avant tout à recueillir h catéchèse élémentaire de son milieu, ne vise pas à être complet, et à réunir tout ce qui a pu se dire dans un autre milieu : le choix des matériaux est déterminé par le but, 1< plan, et aussi l'intention de ne pas être trop étendu.

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également une autre indication de temps : « On fit asseoir les foules par groupes sur Therbe verte (;^>&)/5Ôç). » Ce gazon vert et frais suppose le miracle accompli aux environs de la Paquet C'est donc une Pâque, différente de la Pâque des épis froissés : ce qui donne, à tout le moins, un peu plus de deux ans pour le ministère de Jésus-Christ. La comparaison des synoptiques avec saint Jean, comme nous le verrons plus loin, nous obligera à réconnaître une autre Pâque, avant les deux dont nous venons de parler. Nous pourrons ainsi compter, pour la vie publique de Jésus-Christ, environ trois ans et demi.

Ces trois ans et demi ramènent plusieurs fois la célébration d'un certain nombre de fêtes religieuses : Pâque, la Pentecôte, la fête des Tabernacles, la Dédicace, etc. Selon les coutumes juives, les habitants de la Palestine avaient à cœur de venir à Jérusalem pour assister chaque année au moins à quelqu'une de ces solennités. Ces pèlerinages son| si connus que les synoptiques n'ont pu les ignorer, et d'autre part, reconnaissant en Jésus un fidèle observateur de la loi de Moïse, ils ne pouvaient leur venir à l'idée qu'il se fût abstenu de les célébrer. Une parole prononcée par le Sauveur vers la fin de son

1 . Saint Jean (vi. 4)» qui raconte la multiplication des pains, nous dit en elfet que l'on était proche de la Pàquc,

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ministère et relevée par saint Matthieu (xxiii, 37) et saint Luc (xiii, 34), fait allusion à diverses tentatives de prédication dans la Ville sainte : « Jérusalem... combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule.rassemble ses petits sous ses ailes et tu ne l'as pas voulu ! » On ne comprendrait pas non plus, comment Jésus, s'il n'était pas venu plusieurs fois déjà à Jérusalem, aurait pu, dès son entrée pendant la dernière semaine, y trouver parmi ses habitants des amis et des disciples*.

Si les synoptiques n'ont pas mentionné ces pèlerinages à Jérusalem, aux différentes fêtes, qui auraient été des points de repère dans le cours des trois années, c'est que ces allées et venues auraient brisé le plan de la catéchèse primitive. Le second point, dans ce plan, développait l'œuvre galiléenne en son entier sans aucune sortie pour aller à Jérusalem. A l'achèvement de cette œuvre seulement, le Christ s'y rend pour

la dernière pâque et consommer son sacrifice. Il est utile d'insister sur ce plan quadripar*

tite et sur les nécessités qu'il a imposées aux

synoptiques. L'apologétique peut y trouver la

solution de maintes difficultés, qui arrêtent dans

la lecture de ces trois Évangiles, et une ré^

ponse aux objections que, sous prétexte de

I . Gomme Nicodème, Joseph d' Arimathie, et le disciple hez lequel se ût la dernière pàque.

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contradiclions, on a soulevées contre leurs récits. Donnons quelques exemples.

1° Le retour en Galilée. — La narration de saint Jean nous ofTre un premier retour de Jésus en Galilée après son baptême (i, 43; ii, 12) et un second, plusieurs mois, près d'un an après (lY, 2, 25), Les synoptiques ne peuvent mentionner les deux retours : les allées et venues à Jérusalem briseraient le cadre du second poii)t, consacré par la catéchèse au ministère galiléeij en un seul tout. Force est donc de choisir pour la rentrée en Galilée; saint Matthieu (iv, 12), et saint Marc (i, 14) choisissent le second retour, saint Luc (iv, 14) le premier.

Le retour, dont parlent saint Matthieu et saint Marc, coïncide avec le moment où Jean-Baptiste estllvré à Hérode Antipas ef emprisonné. x4près avoir terminé le récit de la tentation, le premier évangile (iv, 12) continue en ces termes : Or JésuSy ayant appris que Jean avait été livrée se retira en Galilée. Le second évangéliste (i, 14) s'exprime de même : Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Or, d'après le quatrième évangile (m, 24, et iv, 1-4), l'emprisonnement de Jean-Baptiste n'eut pas lieu vers l'époque du premier retour en Galilée, mais plusieurs mois après la première Pâque, pour laquelle Jésus était venu de Capharnaûm à Jérusalem.

Saint Luc, voulant parler du premier accueil fait à Jésus par ses compatriotes, 'raconte la rentrée qui suivit le baptême : Jésus, sous VaC" tion puissante de V Esprit , s^en retourna en Galilée (Luc, IV, 14). Ayant choisi ce premier retour» il ne peut, d'après le plan de la catéchèse, mentionner le second, que signalent saint Matthieu et saint Marc. Il n'a plus alors la même occasion de remarquer la coïncidence de ce second retour de Jésus avec l'emprisonnement de Jean- Baptiste. Il placera la mention de ce dernier fait, par anticipation, à la fin de la section concernant la prédication du précurseur (Luc, m, 19).

C'est bien en effet le premier retour de Jésus à Nazareth que S. Luc a l'intention de raconter. Les faits de son chapitre iv sont dans une étroite dépendance les uns des autres. Après le baptême Jésus, plein de l'Esprit, remonte du Jourdain et est conduit par TEsprit dans le désert (iv, 1). Après sa victoire sur le démon, il retourne en Galilée sous l'action puissante de l'Esprit (IV, 14).

Le premier discours dans la synagogue de Nazareth se présente comme l'inauguration de son ministère. Après avoir lu le passage d'isaïe, qui décrit la restauration messianique sous les traits de l'année jubilaire, Jésus en fait Papplication à la situation présente. « Aujourd'hui

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cette parole de l'Ecriture s'accomplit à vos oreilles. » A l'heure même il proclame donc l'ouverture du jubilé messianique.

Tout s'explique à merveille si nous avons là le tout premier début du ministère de Noire- Seigneur. Quant à l'étonnement des auditeurs en entendant une telle déclaration de sa bouche, il s'explique mieux, si le divin Maître n'a point encore prêché en Galilée, ni à Jérusalem. Au verset 22 de ce chapitre iv s'arrête le récit delà première visite à Nazareth. Ses compatriotes, qui l'avaient vu, jusqu'à l'âge de trente ans, travailler avec Joseph sans qu'il attirât sur lui l'attention par des marques extérieures d'une sagesse et d'une puissance exceptionnelles, ne reviennent pas de leur étonnement en l'écoutant parler dans la synagogue et expliquer avec tant d'à-propos et de grâce le célèbre passage d'Isaïe en rapport si parfait avec le ministère qu'il inaugurait.

La seconde partie du discours dans ce récit (iv, 23-30) nous fait assister sans transition ^ aux sentiments malveillants de ces mêmes compatriotes, qui contrastent étrangement avec les dispositions du début. On s'explique difficilement comment, dans une même séance, les

1. Un simple xa< sTttsv sépareles deux parties du discours. Nous verrons plus loin dans un exemple semblable p. 200, que cet aoriste indique Un changement de situation.

dispositions des assistants ont pu changer d'une façon si brusque et si complète. Plus grave difficulté : la seconde partie du discours fait allusion à des miracles opérés à Gapharnaûm et cependant le séjour dans cette ville est manifestement postérieur à la première venue de Jésus à Nazareth, quelques semaines après le baptême. On verra plus loin, p. 105, la place à assigner à cette seconde partie du récit.

Saint Luc aurait; donc réuni dans un même discours les paroles prononcées par Jésus à son double passage à Nazareth. Comme le second suivit le premier de près, quelques semaines plus tard, la préoccupation de simplifier son récit et de se rapprocher de la catéchèse primitive, lui a fait adopter ce procédé ^ Il rapporte bien ce que Jésus a dit dans la synagogue de cette ville, mais il ne distingue pas les situations différentes des deux parties du discours. Un tel procédé n'est pas plus extraordinaire que celui de saint Matthieu, qui, dans les grandes instructions sur le royaume de Dieu, ne fait pas difficulté d'ajouter aux paroles, pronancées dans la situation marquée, d'autres paroles empruntées à des circonstances diverses, mais rapprochées des premières par l'analogie des idées et pouvantleur servir de complément.

i.S. Matthieu et S. Marc ont de même groupé trois visites à Nazareth. Voir appendice ii, p. âCo.

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2^ Les vendeuî^s chassés du temple. — La place donnée à ce fait par les synoptiques est un exemple plus frappant de leur fidélité au plan quadripartite de la catéchèse. D'après S. Jean (il, 13-22) c'est dès son premier voyage que Jésus chassa ces profanateurs du temple.

Un tel acte d'autorité se comprend au début de son ministère : il se pose résolument, à la première occasion, en défenseur des droits de Dieu. Les paroles qu'il prononça, en accomplissant cet acte vengeur de la sainteté du temple, étonnèrent ses auditeurs. Trois ans plus tard, ses ennemis voulurent en tirer parti contre lui; mais le souvenir de ce qu'il avait dit était passablement brouillé dans la mémoire des témoins, en sorte qu'ils ne purent se mettre d'accord dans leur déposition. Si le fait a eu lieu au commencement du ministère de Jésus, alors que la haine des pharisiens n'avait pas encore eu l'occasion de s'éveiller contre lui, on comprend ces oublis et ces confusions, à trois ans de distance. Mais vient-on à supposer le fait placé deux ou trois jours seulement avant l'arrestation et le jugement de Jésus, à un moment où ses ennemis épiaient ses moindres paroles et ses démarches, on s'explique difficilement que leur haine ait eu si peu d'attention et de mémoire.

Cependant, à lire les synoptiques, il semble, au premier abord, que les vendeurs ont été chassés du temple, quelques jours seulement

avant la Passion. Remarquons toutefois qu'ils ne sont pas d'accord pour le moment précis de cet événement. Saint Matthieu et saint Luc le placent au soir de l'entrée triomphale de Jésus; saint Marc au lendemain. Si l'on adopte la place des deux premiers, comment justifier l'exactitude de saint Marc? Si l'on préfère la disposition adoptée par saint Marc, comment également ne pas reconnaître une contradiction dans les deux autres ? Mais que l'on fasse attention au plan des synoptiques, on se convaincra que ce n'est ni au premier jour, ni au second de la dernière semaine, que l'épisode doit être placé, mais bien, d'après saint Jean, au premier voyage à Jérusalem. Dans les synoptiques, fidèles à la division quadripartite de la catéchèse primitive, ce fait, ne pouvant trouver place dans les trois premières parties, devait nécessairement être rejeté dans la dernière.

Quand il s'agit de paroles du Christ prononcées en dehors de Galilée et avant le dernier voyage à Jérusalem, saint Matthieu, qui, comme nous le verrons, en recueille un certain nombre, a la ressource de les unir à d'autres discours tenus vraiment en Galilée etdans lesquels elles peuvent entrer, à titre de compliment par une certaine analogie d'idées. La comparaison avec saint Luc, et le plan du discours nous avertissent qu'elles ne sont pas à leuf* place

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véritable. Ces transpositions sont dans les procédés du premier évangéliste et conviennent sans difficulté au but didactique de son œuvre , . Mais, dans le cas présent, le temple, où se passe l'épisode des vendeurs, est à Jérusalem, et ne peut se supposer ailleurs. Impossible donc de mettre le fait autre part que dans la section dernière ; et il ne reste pas d'autre moyen d'en parler que de le rattacher aux événements de la dernière semaine. Les synoptiques choisissent peur cela un moment, où ces événements amènent Jésus dans le temple. Pour les uns (Matth, XXI, 12-17 ; Luc. , XIX, 45), ce sera au soir de son entrée triomphale ; pour saint Marc (xi, 15), il préfère reporter Tépisode au lendemain. Saint Luc et saint Marc rattacheront aussi à un autre jour la question des Juifs demandant au Sauveur en vertu de quelle autorité il agissait de la sorte. Pour les trois évangélistes le lien est purement logique-. Saint Jean, qui, comme nous

1. Voir en appendice : Z. es procédés littéraires de saint Matthieu^ p. 276.

2. Lorsque saint Matthieu montre Jésus, accompagné des foules qui lui font triomphe, entrant dans le temple (xxi,

, 1 2), il profite de la mention du temple pour y rattacher la scène des vendeurs qu'il ne pouvait placer plus tôt. Les versets 12 et i3, qui la racontent, séparent singulièrement l'enthousiasme du peuple à l'occasion de l'entrée triomphale du Sauveur (enthousiasme décrit 9 à 1 1), de la question des pharisiens se plaignant à Jésus de cette manifestation populaire {^ i5). Saint Marc observe que, au moment

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le verrons, tient à préciser les dates et veut nous apprendre à lire les synoptiques, nous avertit que l'expulsion des vendeurs eut lieu au premier voyage à Jérusalem. En reprenant le fait raconté par ses devanciers pour lui donner sa vraie place^ il ajoute des détails-négligés par ceux-ci et qui conviennent parfaitement au but particulier de son Evangile ^.

de son entrée triomphale dans le temple, Jésus considéra tout et se retira. Ge n'est que le lendemain, à son entrée dans le temple que le second évangéliste rattache l'expul^ sion des A'^^endeurs. Mais on ne comprend pas l)i^>n, comment, ayant vu la veille la profanation du temple, Jésus l'aurait laissée impunie. On ne voit pas non plus comment il aurait toléré cet abus aux fètesi où il avait assisté précède inmenti I. Pour expliquer la divergence de date entre saint Jean el les synoptiques, on a dit souvent que le fait avait eu lieu deux fois et on a essayé de faire ressortir les différences entre les récils. Mais an. ne peut guère raisonnablement soutenir celte répétition. De tels événements ne se passent pas deux fois avec les mêmes particularités et les mêmes paroles. Et, à la fin de la vie du Sauveur, le fait n'a pas, cora.m.e nous l'avons dit plus haut, sa place naturelle. Quant à certaines différences des récils, elles s'expliquent aisément. Aucun des synoptiques ne donne ordinairement tous les détails d'un fait : dans la catéchèse élémentaire primitive, chacun prend les choses en substance et relève ce qui va à son but. Saint Jean a repris le fait pour lui donner sa vraie place: ce que ne pouvaient faire les synoptiques en suivant leur plan. Et en même temps il fait ressortir les aspects de cette scène évangélique qui vont à un but plus élevé et qti'avait négligés l'enseignement élémenlaii-e de ses devanciers. Ces détails d'ailleurs servent à expliquer les dépositions des témoins, rapportées parles synoptiques dans leur

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3° Le triple voyage des ch. ix-52 ^ xix-78, dans saint Luc. — Les recherches de saisi Luc lui avaient permis de recueillir un bon nombre de faits qui ne s'étaient pas passés en Galilée et qui, d'autre part, étaient antérieurs au dernier séjour à Jérusalem, et même au dernier voyage vers la Ville sainte. Pour les faire entre rdans son récit, sans briser le plan quadripartite, il a recours à un curieux procédé.

La seconde partie de son plan quadripartite renferme, comme dans les deux autres synoptiques, le ministère public de Jésus-Christ en Galilée. Cette partie se termine dans saint Luc par cette phrase (ix, 51) : Quand les jours^ où Jésus devait être enlevé du monde^ furent près de s'accompW\ il manifesta résolument Vintenlion d^ aller à Jérusalem, Après cette indication, il semblerait que la troisième partie de son évangile devrait, comme en saint Matthieu et en saint Marc, contenir simplement le récit du dernier voyage à Jérusalem. Mais le lecteur qui entendrait ainsi cette section (ix-52 à xix-^28) serait vite dérouté. Car le voyage qui conamence au chapitre ix, 52, recommence deux autres fois (ch. XIII, 22 et ch. xvii, ii). A deux reprises, au

récit de l'interrogatoire de Jésus devant le grand prêtre. Sans les additions de Jean, nous ne saurions, où, ni quand auraient été prononcées les paroles auxquels ces témoins font allusion.

6t NOS QUATRE ÉVANGILES

moment où l'on voit le Christ rendu à Jérusalem \ on se trouve brusquement ramené au début du voyage.

D'autre part, en comparant ce voyage dans saint Luc avec le récit des deux autres synoptiques, nous constatons que les faits parallèles au récit de saint Matthieu et de saint Marc se trouvent seulement à la fin de cette section de saint Luc, c'est-à-dire au chapitre xviii.

A part quelques versets du commencement de ce dernier voyage en saint Matthieu {xix, 2. 12) et en saint Marc (x, 2-12), relatifs à un enseignement sur le mariage indissoluble, et auxquels saint Luc fait allusion, mais qu'il place dans un voyage antérieur (xvi, 18), on peut suivre parallèlement les trois récits. Les synoptiques sont assez régulièrement d'accord pour les faits racontés et pour leur ordre. Voici l'indication des lieux parallèles :

1® La bénédiction des petits enfants : Matth., XIX, 13-15; Marc, x, 13-16; Luci., xviii, 15-17.

2° Le jeune homme qui refuse d^être disciple : Matth., XIX, 16-26 ; Marc.,x, 17-27 ; Luc, xviii, 18-27.

3® Récompense des Apôtres : Mktth., xix, 27- 30; Marc, x, 28-31 ; Luc, xviii, 28-30.

4® La passion prédite : Matth., xx, 17-19 î Marc, x, 32-34 ; Luc, xviii, 31-34.

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