‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 21 sur 94 · IM W ÉVANGILE · texte numérisé non relu

IM W ÉVANGILE

éloigna ; sans transition la fête de là Dédicîace est introduite (x, 22).

Tout le ministère de Jésus en Galilée, à part le miracle de la multiplication des pains, se résume donc dans ces indications générales :

Manseruiit nonmultis diebus (ii, \.2);Post hœc (v, 1) ; Post hœc ahiit (vi, 1) ; Post lia&c amhulahat (vil, i). Ces simples formules relient entre eux les traits particuliers (miracles et discours) qui composent tout FEvangile de saint Jean. Malgré les dates de fêtes qui forment un cadre si bieu tracé, iè récit reste donc intentionnellement fragmentaire. Les intervalles ne sont pas remplis. Tine telle disposition, étrange si l'on isole l'Évangile de saint Jean, se comprend par le rapprochement des synoptiques. L'auteur suppose évidemment leur récit connu de tous, et sa propre narration ne peut s'explicjuer sans leur secours.

Une des premières questions qui se posent, ' en examinant les fêtes que mentionne saint Jean et qui forment lé cadre de son récit et de celui des synoptiques, est de savoir combien d'années elles supposent au ministère public de Jésus- Ghrist.

L'expérience montre que les idées les plus sujettes à caution finissent par trouver des défenseurs. Quelques exégètes ont tenté de ramener à une année les sept fêtes du quatrième Evangile

afin d'y trouver « Tan de grâce du Seigneur » (Is., LXi, 2 et Luc, lY, 19), auquel se réduirait pour eux l'Evangile synoptique. Saint Irénée (Hœr., II, xxxu, 6) s'élevait déjà fortement contre cette fausse interprétation et en montrait les inconséquences. Il n'y a pas lieu d'en douter; comme nous l'avons vu, l'Evangile synoptique, derrière une première apparence, suppose en réalité plusieurs Pâques, qu'il n'était pas dans son plan de signaler expressément. Le texte de saint Jean ne se prête pas davantage à une telle contraction. On a tenté de la rendre possible en supprimant la mention de la Pâque au chapitre VI, 4. Cette suppression est arbitraire, les manuscrits ne l'autorisent pas ; et en tout cas elle ne servirait à rien. En effet dans le récit de saint Jean, comme dans le récit de saint Marc, l'herbe sur laquelle s'asseoient les foules pour recevoir les pains multipliés, est dite verte, fraîche, abondante : observation qui nous ramène au printemps, et par conséquent suppose le temps de la Pâque peu éloigné. Nous avons donc là, indirectement signalée, une seconde Pâque différente de celle du chapitre i, 13.

Ces deux Pâques, avec celle de la dernière semaine du Christ, donnent donc pour son ministère au moins deux années.

Faut-il donc réduire à ces deux ans ou deux ans et demîlaviepubliquedeJésusPBonnombre

id'exégètes s'y croient autorisés, en supposant que le aies festus Judmorum du chapitre y est ane fête antérieure à la Pâque, par exemple lia fête des Sorts (Piirim) qui se célèbre un mois avant (14 et 15 d'adar). Dans cette hypothèse la seconde Pâque serait celle du chapitre vi, 4. On a ainsi trois Pâques seulement, et par conséquent deux ans ou deux ans et demi pour la durée du ministère de Jésus.

Sans doute Fexpression de saint Jean, éopr-h twv lou§«t«v (sans article), « une fête juive » comme portent les meilleurs manuscrits, est indéterminée et peut convenir à d'autres fêtes que la Pâque. Mais, parmi ces fêtes, iixer son choix sur celle des Sorts {Piirim) trahit un grand embarras. Cette fête n'était pas à proprement parler religieuse ; elle n'amenait pas de pèlerins à Jérusalem, puisqu'elle pouvait se célébrer partout. Rien n'oblige, comme nous le verrons, de faire revenir sitôt à Jérusalem Jésus rentré en Galilée depuis deux mois à peine. Le faire revenir pour la Pâque serait déjà assez hâtif; au moins y aurait-il une raison dans l'importance de la fête.

Mais, même si le texte devait se lire : -h èopzYi Twv louSatwv (avec l'article) « la fête des juifs », comme portent d'assez nombreux manuscrits, l'expression ne désignerait pas nécessairement la Pâque. La fête des Tabernacles s'appelait « la

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l'ête » par excellence, « la fête de beaucoup la pins sainte et la plus grande » (Josèphe, Ant, Jud,^ VIII, IV, I ; XV, m, 3). La comparaison avec les synoptiques nous permettra plus loin de déterminer quel est ce dies fesius Judœorum du chapitre y.

Pour le moment, il nous suffît d'établir que, quelque interprétation qu'on donne à cette expression ^, il faut nécessairement supposer une Pâque intermédiaire entre ]a première Pâque du chapitre ii, 13, et la Pâque de la multiplication des pains (ch. yi). En effet après la première Pâque (il, 13) Jésus séjourna à Jérusalem et en Judée ou sur les bords du Jourdain, environ huit à neuf mois. En décembre^, il se trouve en Samarie sur le chemin de la Galilée.

1. Toutes les fêtes juives ont eu leurs partisans : la fête de Pâque avec saint Irénée, la Pentecôte avec saint Jean Ghrysostome, et aussi la fête des Tabernacles, la fête des trompettes, la fête de l'expiation, la fête de la dédicace, sans parler de la fête des Purim.

2. La date est indirectement marquée par la question de Notre-Seigneur à ses ax)ôtres : Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à ce qu^on fasse la moîsso/i(iv, 35)? Il est vrai, quelques exég'ètes anciens et modernes ont voulu voir dans cette question une maxime proverbiale qui ne préjugerait rien sur l'époque à laquelle elle a été faite. Après qu'on a semé, dirait Notre-Seigneur, il faut attendre quatre mois jusqu'à ce qu'on puisse moissonner. Ce proverbe signifierait que les fruit^ d'un travail ne se recueillent qu'après une longue attente. Mais en Palestine, l'intervalle qui sépare les semailles de la moisson n'est pas de quatre mois : il est de six (d'octobre au mois d'avril). De j^lus, l'adverbe èrt, « encore », suppose qu'un certain temps s'est déjà écoulé

Depuis ce retour jusqu'à Fépoqxie de la multiplication des pains qui serait, dans l'hypothèse, la seconde Pâque, on ne compterait que trois ou quatre mois : temps insuffisant pour expliquer les faits énumérés par les synoptiques avant ce grand miracle. Mais surtout quand saint Marc et saint Luc nous racontent Fépisode des épis mûrs froissés, ils supposent clairement un autre printemps antérieur à celui de la Multiplication des pains, et séparé de ce miracle par un intervalle très notable ^

A cette raison principale on pourrait ajouter la considération suivante. Réduire à deux ans et demi la vie publique de Jésus-Christ ne permet pas de trouver un temps de séjour en Galilée assez prolongé pour rendre raison du sentiment de la catéchèse primitive regardant cette période comme la partie la plus considérable de son ministère^.

En effet on compte après le premier retour en Galilée environ trois m.ois de séjour. Venu à Jérusalem pour la première Pâque il ne rentre qu'au mois de décembre. De cette époque jusqu'à la Pâque suivante, qui, dans l'hypothèse^

depuis les semailles et qu'il reste encore quatre mois pour attendre la moisson. Il ne s'agit donc pas d'une maxime générale, mais d une constatation de fait.

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