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I. Voir plus loin, p. 23i

LA PREMIÈRE PRÉDIGATIOiN 25

Mais au delà de cet enseignement qui servait à la conversion de ses auditeurs et à la première formation des fidèles, l'Apôtre nous dit qu'il prêche jine sagesse pour les parfaits, c'està-dire pour les chrétiens déjà instruits par la catéchèse élémentaire et capables d'une science plus profonde des mystères de l'Evangile (1 Cor. , II, 1, 16). Les premiers sont à ses yeux des enfants auxquels convient le lait de la doctrine, et les seconds sont les hommes faits, les spirituels, capables d'une nourriture plus solide.

Cette distinction est plus nettement marquée encore dans TEpître aux Hébreux, où la première catéchèse est également comparée au lait donné aux enfants et le second enseignement est dit la parole de perfection, nourriture solide destinée aux hommes faits (v. 12-14; vi, i). Le premier enseignement est appelé « la parole du commencement du Christ », c'est-à-dire l'enseignement élémentaire sur le Christ, et il est mis en opposition avec les sommets ou la per~ fection de la doctrine ^ .

Cette catéchèse élémentaire sur la vie et la doctrine du Christ, ramenée , comme nous l'avons

I. Gomme nous le verrons plus loin, les synoptiques, qui reproduisent exactement la catéclièse élémentaire, se sont gardés d'y faire entrer l'enseignement supérieur, qui est pourtant contemporain du premier, et qui se trouvait déjà ercueilli dans les Épitres.

VU, à un plan très simple et restreinte dans son étendue et dans sa portée, était substantiellement la même à Jérusalem, à Rome et dans les églises grecques. Elle avait cependant dans chacun de ces milieux un caractère particulier. En Palestine, la prédication commence cinquante jours après la mort de Jésus-Christ; le souvenir de ses actions ne pouvait donc être encore obscurci. Beaucoup d'auditeurs des Apôtres avaient vu le Christ, avaient été témoins de ses miracles ; mais leur attachement étroit à la loi de Moïse, l'influence des directions pharisiennes avaient formé en leur esprit des préjugés qui les avaient empêchés d'adhérer à sa doctrine et de le reconnaître pour le Messie. Dans un tel milieu il y avait intérêt à insister sur les enseignements plus que sur les faits, et, en rapportant les uns et les autres, il était moins utile de les situer exactement que de les grouper, pour en tirer une preuve plus frappante du caractère messianique de Jésus, Le point de vue apologétique prenait une importance plus grande que le point de vue historique. Montrer que Jésus, l'envoyé de Dieu, était bien le vrai Messie, annoncé par les prophètes, qu'il avait fondé le royaume promis et attendu : tel était le but principal de la prédication à Jérusalem. Il convenait sans doute de montrer aussi que si les chefs d'Israël et la masse de la nation à

leur suite n'avaient pas reconnu en Jésus le Messie, ce n'était pas faute de preuves, mais par suite des préjugés de leur esprit et des passions de leur cœur. Tel est le caractère particulierqueprit à Jérusalem la catéchèse primitive. Quand les prédicateurs de la Bonne Nouvelle se rendirent de Jndée à Rome, ils conservèrent le cadre général de l'Évangile oral palestinien ; ils gardèrent en substance les mêmes matériaux, disposés selon la même division en quatre parties. Mais dans ce nouveau milieu les esprits étaient très différents du caractère des habitants de la Judée. Ces Romains, ces païens ^ auxquels on annonçait la bonne Nouvelle ne connaissaient pas, ou à peine, les livres de l'Ancien

I . La première entrée du christianisme à Rome fut sans doute (de la même façon qu'à Antioche) le fait de simples chrétiens, juifs romains, venus à Jérusalem pour les fêtes et retournés convertis (Act., ii, lo). Des indices font justement supposer que Pierre y est venu une première fois entre 46 et 49 ; mais l'édit de Claude dispersa complètement cette première église. (Paul Allard, Histoire des persécutions^ 1. 1, p. 1 5.) L'Eglise, qui se reforma plusieurs années après, paraît s'être plutôt développée dans le milieu païen, grâce à Finfluenee d'amis ou disciples de Paul (Rom., i et xvi). C'est dans ce milieu de gentils convertis que Pierre revenu à Rome, peut-être vers 6o, a prêché son évangile adapté à ses nouveaux auditeurs, qui a été recueilli par son disciple, Marc. Il y serait demeuré jusque vers la persécution de 64, et serait reparti alors en Orient comme Paul (S. Irénée, Hasr., m, 2), pour revenir un peu plus tard à Rome et y mourir vers 67.

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Testament. Leur ignorance des Propnètes les tenait étrangers à l'espérance du Messie et du nouveau royaume d'Israël. Avec eux Tapologétique juive n'aurait eu aucune utilité. Il fallait donc, en prêchant les mêmes faits, se placer à un autre point de vue. Le Romain était plus homme d'action que de paroles ; les œuvres de force le touchaient particulièrement.

En montrant en Jésus le Fils de Dieu *, disposant de la toute-puissance divine, maître de la nature et commandant aux esprits invisibles, on trouvait le meilleur chemin pour atteindre ces païens et le moyen de gagner l'adhésion de ceux qui avaient le cœur droit. On ne le présente donc plus comme le Messie promis à Israël, mais comme l'envoyé divin à qui le Tout- Puissant a remis tousses pouvoirs. Cette direction spéciale de la prédication romaine écartait nécessairement de son programme beaucoup de choses qui convenaient spécialement à la catéchèse palestinienne : les rapports entre la

I . Au premier abord le sens théologique de cette appellation, que saint Jean met en relief, ne devait pas se présenter aux esprits habitués au polythéisme. On y voyait le sens plus indéterminé d'une relation particulière, exceptionnelle, avec Dieu. Cette expression, dont l'auditeur de la première catéchèse ne saisissait pas toute la portée, sera reconnue par lui plus tard dans sa pleine signification,; quand il aura reçu l'enseignement plus complet.

vie de Jésus et les prophéties de TAncien Tes- . tament, les longs discours dirigés contre l'esprit et Tattitude des Pharisiens. On conservera cependant à peu près les mêmes faits, on en recueillera un très petit nombre d'autres, et tout cela sera présenté dans une prédication brève, vivante, allant droit au but.

Dans le milieu grec, évangélisé par saint Paul et ses disciples, on avait d'autres préoccupations, d'autres besoins. Tout en préchant les mêmes faits, les mêmes paroles du Christ, du moins en substance, il fallait s'adapter à l'esprit grec, et dans ces églises, formées d'éléments juifs et d'éléments païens, prendre un caractère plus universel. Saint Paul, apôtre des Gentils, arrivant dans une ville, allait d'abord à la synagogue et prêchait aux Juifs, puis aux Gentils, Judseo primum et Greeco. Peu écouté des Juifs, il trouvait un auditoire plus docile chez les païens. La catéchèse évangélique, dans les Églises fondées par lui, présentait Jésus comme le Sauveur, le Sauveur de tous : lumen ad revelationem gentium et gloriam plehis tuae Israël.

Dans ces trois milieux différents, il se forma donc une catéchèse élémentaire sur la vie du Christ, contenant en substance les mêmes faits et la même doctrine, disposés selon le plan quadripartite, adopté d'abord à Jérusalem, porté

à Rome ou dans les Églises grecques par les mêmes prédicateurs, et conservé à cause de sa simplicité et de sa commodité.

Cette prédication de témoins autorisés, répétée chaque jour, prenait, avons-nous dit, une forme de plus en plus fixe par le fait même de cette répétition journalière, et devenait comme stéréotypée dans une certaine mesure. Lorsque ceux que saint Paul appelle Évangélistes redisaient le témoignage apostolique sur le Christ, ils tenaient à le faire de la façon la plus exacte possible, dans les termes mêmes adoptés par l'apôtre qui les envoyait.

Le temps n'affaiblissait pas la valeur de ce témoignage. La répétition, loin d'altérer la fidélité de la transmission, ne faisait que la fixer davantage. A en croire plus d'un critique moderne, « la tradition évangélique était en pleine voie de désagrégation et de déformation, quand on sentit le besoin de la fixer par l'écriture* ». Nos synoptiques seraient le résultat d'un travail de rédaction fait au plus tôt trente ou quarante ans après les événements, à l'aide de traditions isolées ou d'écrits anonymes sans autorité reconnue, si bien qu'on se demande quelle garantie de fidélité peuvent avoir des compositions

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