‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 34 sur 94 · SECOND RETOUR EN GALILÉE IH · texte numérisé non relu

SECOND RETOUR EN GALILÉE IH

quadripartite ne permettait pas de parler en cet endroit.

Pour remplir l'intervalle de trois mois jusqu'à la seconde Pâque, les synoptiques, en dehors des allusions à l'activité générale du Sauveur comme prédicateur et thaumaturge, nous racontent en détail quelques faits. C'est d'abord la guérison du paralytique de Gapharnaùm* (Marc, ii, 1-12 et Luc, v, 17-26). Il s'agit bien du temps qui suivit le long séjour à Jérusalem et en Judée ; car nous voyons ici les docteurs pharisiens, venus non seulement des diverses parties de la Galilée, mais jusque de la Ville sainte et de ses environs, où avait déjà retenti, pendant plusieurs mois, la parole de J^ésus.

Vient ensuite la vocation de Léviou Matthieu, et le festin dans la maison du nouveau disciple. Les pharisiens commencent à se scandaliser d'y voir le Sauveur s'asseoir à table avec des publicains. Puis ce sont les questions sur le jeûne posées par des disciples de Jean et par des pharisiens (Marc, ii, 13-22; Luc., v, 27-39; cf.

Matth., IX, 9-17).

La guérison du paralytique ne fut pas le seul

miracle de cette époque : la puissance du Seigneur, dit S. Luc (v,17) se montrait dans les guérisons qu'il opérait. L'appel de Matthieu ne fut

1. Saint Matthieu a renvoyé ce fait, conformément à son plan didactique, dans le groupe des miracles du chapitre ix

pas non plus le seul : d'autres disciples durent alors être invités par le Maître à se joindre à lui. Car les faits qui vont suivre la seconde Pâque supposent déjà de nombreux disciples.

Ces premiers mois après le retour durent être employés à ces divers appels. Suivant leur coutume, comme pour les miracles, les S3^noptiques se sont bornés à signaler un exemple, la vocation de Lévi ou Matthieu.

5° De la seconde Pâque jusqu'à la fête des Tabernacles de la deuxième année.

Jésus était revenu de Judée depuis tr^p peu de temps, pour que l'animosité des pharisiens, occasion de son retour en Galilée, fût suffisamment apaisée. Le temps qui change tout^ change aussi nos humeurs, a-t-on dit. C'est vrai : mais pour attiédir la haine pharisaïque,de long mois n'étaient pas de trop. D'autre part, Févangélisation de la Galilée retenait le divin Maître et exigeait un assez long temps de travail continu^ Aussi ne paraît-il pas que Jésus soit alléà Jérusalem célébrer la seconde Pâque.

Sans doute bon nombre de critiques ont interprété le dies festus Judseorum de saint Jean (v,l), comme d'une fête de Pâque. Quelques-uns même, commenous Pavons dit (p. 87), ont voulu voir dans cette expression une fête antérieure

. II« PX^m — TABERNACLES 113

à la Pâque, la fête des Purim. L'expression de saint Jean reste trop indéterminée, pour qu'on soit par elle seule à même de fixer la fête qu'il veut désigner. Au^si les Pères et les exégètes modernes ont-ils tour à tour proposé toutes les fêtes juives^. La comparaison avec les synoptiques peut seule permettre cette détermination.

Dans son récit du voyage à Jérusalem au chapitre V, le quatrième évangéliste rapporte une parole de Jésus qui peut servir de point de repère. En faisant Féloge du précurseur il dit de lui : Ille erat lucerna ardens et lucens (v, 35). Donc, à Fépôque de ce voyage, cette lampe avait cessé de briller. Même dans sa prison, il n'avait pas moins continué d'éclairer ses disciples.

Mais à cette heure, Jean n'est plus, il a consommé son sacrifice.

Or, la mort de Jean-Baptiste nous reporte à une période plus avancée du récit synoptique. Car, en suivant ce récit, nous trouvons, au delà de la 2^ Pâque, l'arrivée des disciples que Jean envoie de sa prison, et, plus loin encore, l'annonce de sa mort. Force est donc de placer le s voyage de ce chapitre v du quatrième Évangile après la nouvelle de cette mort : ce qui exclut la date de Pâque et même de la Pentecôte de cette année et nous renvoie, comme nous

114 NOS QUATRE ÉVAiNGILÈS

verrons plus loin, à la fête des Tabernacles de la deuxième année.

Si saint Jean ne dit rien de la Pâque de cette année, c'est que, Notre-Seigneur n'ayant pas été à Jérusalem, il n'avait pas à en parler. Le récit synoptique au contraire fait allusion au temps de cette Pâque.

L'épisode des épis mûrs froissés (Marc, ii, 23-28; Luc, vi, 1-5) nous transporte au printemps et même un peu après la Pâque^. C'était, dit saint Luc, qui a l'habitude de préciser les dates (vi, 1), un jour de sabbat second-premier, c'est-à-dire probablement le premier sabbat à compter du second jour de Pâque^. Vient en-

1 . Il faut donc admettre entre la Pâque des vendeurs du temple et la Pàque de la multiplication des pains, un xirintemps : par conséquent une pâque intermédiaire (cf. p. 62).

2. L'intention de saint Luc est certainement de préciser. Mais l'expression qu'il emploie, bien connue de son temps, est demeurée pour nous assez obscure. Parmi les nombreuses explications avancées jusqu'ici la plus simple et celle qui s'accorde le mieux avec l'époque de l'année que supposent les épis mûrs non encore moissonnés, est celle de Scaliger.

A partir du second jour de la Pâque, jour où se faisait l'offrande des premiers épis mûrs, la loi ordonnait de compter jusqu'à la Pentecôte sept sabbats. On aurait désigné ces sept sabbats par le numéro d'ordre, auquel on aurait ajouté le mot qui indiquait leur point de départ et qui par là les distinguait des autres sabbats de l'année. Sahbat second-premier, c'est-à-dire le premier sabbat après le second jour de la Pàque.

II« PAQUE — TABERNACLES tl5

suite le miracle de la main desséchée (Marc, m, 1-6; Luc, VI, 6-4). L'opposition des pharisiens s'accentue centre Jésus : on prend prétexte de la violation du sabbat.

Vers le temps de la Pentecôte, quand les moissons récoltées laissent plus de loisir aux gens de la campagne, les foules s'ébranlent et se rassemblent de toute la Galilée, et jusque des régions de Tyr et de Sidon, et même de la Judée et de Jérusalem.

Voilà déjà près de six mois que Jésus annonce en Galilée le royaume de Dieu et qu'il recrute des disciples ^ Dans leur nombre il songe déjà à en choisir douze et à se les unir plus étroitement que les autres.

L'élection des douze et le sermon sur la Montagne sont bien à leur place chronologique dans saint Luc (vi, 12-49). 11 en est de même dans saint Marc pour le rassemblement de la foule et le choix des apôtres : mais le sermon est omis, conformément au plan de cet évangéliste. Saint Matthieu, pour avancer le sermon sur la Montague au début de la prédication en

I. Il ne s'agit pas de simples croyants à sa parole. Beaucoup de Galiléens acceptaient ses enseignements et continuaient à vivre dans leur condition précédente, et ne quittaient point leur métier. Il est question de ceux que le Sauveur appelait à tout quitter, pour lui servir de collaborateurs, de disciples proprement dits.

Ii6 NOS QUATRE ÉVANGILES

Galilée, a été obligé de renvoyer plusloin Félection des apôtres : les foules, pour entendre le discours, gravissent la montagne à la suite du divin Maître. Saint Luc fait monter Jésus sur le sommet de la montagne, où il passe la nuit en ]>rière, et choisit les douze Apôtres. 11 redescend ensuite mixonov TTsôtvou, sur un lieu plan, un plateau (vi, 17), où les foules sont réunies. Gen'est pas sur le plus haut sommet qu'elles pouvaient commodément se tenir, mais dans un endroit plus vaste, à mi-côte. Il n'y a pas lieu de démontrer ici qu'on ne saurait distinguer le sermon recueilli par saint Matthieu du discours donné par saint Luc ^ Quand on constate, de part et d'autre, les mêmes auditeurs, le même exorde, la même partie positive du discours, la distinction n'est pas naturelle ^. La seule partie relative à la loi mosaïque, au monde juif et pharisien, est exclue à dessein par saint Luc, comme ne convenant pas à son but. Et, d'autre part, les additions d'éléments, étrangers au discours primitif tel qu'il a été prononcé par le divin Maître, et introduits par saint Matthieu à titre d'explication ou de développement, sont placées plus convenablement par saint Luc dans un autre contexte qui explique mieux le sens précis des paroles.

Page 1