FETE DES TABERNACLES (IP ANNEE
paraît bien avoir duré au moins plusieurs semaiîies. En rentrant par la Pérée, le divin Maître rejoignit les disciples, qu'à son départ pour la Ville sainte il avait envoyés prêcher dans cette région. Il est vrai que, dans le récit de l'évangéliste, leur retour est placé aussitôt après leur enYoi. Cependant un intervalle assez notable a dû évidemment séparer les deux moments. Un simple lien logique les unit dans le récit : saint Luc ne veut pas avoir à revenir sur cette mission et traite d'un seul coup tout ce qui la concerne.
En rejoignant leur divin Maîî:re, les disciples sont tout à la joie du succès de leur prédication et des miracles qu'ils ont accomplis en son nom. Ces petits et ces humbles ont trouvé la vraie sagesse, tandis que les scribes orgueilleux et les hypocrites pharisiens, «qu'il vient de laisser à Jérusalem, demeurent dans leur aveuglement ! Ce contraste fait jaillir du cœur de Jésus, dans un cri de reconnaissance, cet admirable Corifiteor tibi^ Pater , etc., où nous remarquons la fameuse sentence (Luc, x, 21) de saveur tout à fait johannique, que saint Matthieu reproduit également, mais, par suite de son plan, met dans un autre contexte (Matth., xi, 25-27).
En rentrant dans la Galilée, Jésus y retrouve également les quelques apôtres qu'il y avait
Nos quatre Evangili^s. 9
id) NOS QUATRE ÉVANGILES
laissés ; et pour leur permettre de se reposer de leurs premiers travaux, il les emmène avec lui dans un lieu désert, proche de Bethsaïde. Il dut vraisemblablement y consacrer quelque temps à l'instruction et à la formation de ses apôtres. Mais les foules, ayant bientôt appris sa présence en ce lieu, se rassemblèrent de tous côtés et l'entourèrent au nombre de plus de cinq mille hommes. C'est alors qu'il accomplit le grand miracle de la multiplication des pains. On était au temps de la Pâque.
1° De la troisième Pâque à la fête des Tabernacles (.5" année]
Avec le récit de la multiplication des pains, saint Jean rejoint les trois synoptiques. Ils donnent également le récit du miracle et la marche sur les eaux. Si le quatrième évangéliste reprend le récit des faits déjà racontés par les autres, c'est qu'il en a besoin pour introduire le discours sur le pain de vie et en faire mieux saisir la portée. D'autre part les difficultés qu'on a soulevées contre sa narration s'évanouissent par le simple rapprochement des synoptiques*.
I. Pour montrer les impossibilités et les contradictions du récit de saint Jean, dans l'intention d'en faire une composition purement symbolique, des exégètes à la suite d'Holtzmann (Réville, Loisy) s'arrêtent à deux circonstances. L'évangéliste, dit-on, fait rester la foule sur le rivage de ce
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De Capharnaûm, où il était retourné après la multiplication des pains, Jésus fit plusieurs excursions, dont saint Luc ne dit pas un mot, mais qui sont nettement marquées par saint Marc.
côté du lac et n'a pas l'air de se douter de la difficulté de faire passer en barques environ 5. ooo hommes. « Une petite flotte aurait été nécessaire. » Mais où est la nécessité de laisser toute la foule sur le bord de la mer, toute la nuit, et de la faire passer toute, en barque, pour venir à Capharnaûm. Holtzmann et ses disciples expliquent d'ordinaire les récits de saint Jean par un simple travail de réflexion et de combinaison allégorique sur les données des synoptiques. Pourquoi les laisse-t-on de côté pour ce fait particulier? Saint Marc et saint Matthieu nous disent qu'*»n se retirant sur la montagne Jésus congédia la foule. Ceux qui n'étaient pas de Capharnaûm ou dans la direction de cette ville n'avaient pas besoin d'y revenir. N'ayant point nos préoccupations de précision et d'explication de tous les détails, l'évangéîiste se contente de ramener en barque à Capharnaiim, après la tempête et de bon m^atin, une partie des gens témoins du miracle; d'autres arrivent à pied : oyj.oc^ la foule, est une formule populaire qui ne suppose pas, à tous les moments du récit, absolument le même contenu. Et encore ne dit-on pas toute la foule : ce qui cependant pourrait n'avoir pas plus de précision que notre expression tout le monde.
On allègue une autre prétendue contradiction. D'après le verset ôg, le aiscours a été prononcé dans une réunion du culte juif. Or le début de l'entretien avait été près de la mer; comment le discours a-t-il été prononcé en synagogue? Mais où vôit-on que le discours ait commencé sur le rivage pour continuer dans la synagogue? Saint Jean dit : Vayaii trouvé de Vautre coté de la mer^ -répocv ryji 9odcc7iT7iç, ce qui désigne aussi bien l'intérieur de Garpharnaûm et la synagogue
Le second évangéliste signale d'abord, en général, de nombreux miracles dans la ville même et dans les bourgades et les villages des environs (vi, 53-57). Des pharisiens et des scribes viennent de Jérusalem pour Pépier et accusent ses disciples de violer les traditions juives; le divin Maître, prenant la défense des siens, flagelle l'hypocrisie des pharisiens et leur reproche, sous prétexte de vaines traditions humaines, de violer les plus graves commandements de Dieu (vu, 1, 23).
Une excursion, qui dut prendre un temps notable, amène Jésus et ses disciples dans le nord-ouest de la Galilée, vers Tyr et Sidon; un
que la rive même du lac. Hépccf c'est tout le pays au delà d'un fleuve, d'un lac, de la mer, par rapport à l'endroit où l'on se trouve. Babylone est dite au delà (tts'/skv) du Jourdain, on ne la suppose pas pour cela sur la rive même du fleuve. Pourquoi vouloir à plaisir que le Sauveur, arrivé, à la quatrième veille de la nuit, demeure sur le rivage même, à attendre les gens qui devaient venir par barque, dans la matinée. En se répandant dans la ville, un certain nombre d'entre eux rencontrèrent Jésus, soit à l'entrée, soit à l'intérieur de la synagogue. C'est dans la réunion que fut prononcé le discours. La remarque de l'évangéliste n'est pas précisément destinée à fixer le lieu de ce discours, dans la synagogue de Gapharnaûm, Mais, il dit, sans article, en synagogue, c'està-dire en pleine assemblée, en réunion officielle, pour relerer l'importance des déclarations faites dans ce discours. Ces deux détails, pris à contresens, sont tout ce que Holtzmann et ses disciples ont pu trouver pour attaquer l'historicité du récit de saint Jean.
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seul fait particulier .est signalé, la guérison de la fille de la Ghananéenne (vu, 24-31).
Le retour des environs de Tyr et de Sidon se fit par des régions qui séparent cette dernière ville des pays au nord du lac de Génésareth. De là Jésus descendit à l'est du même lac, pour gagner le milieu de la Décapole (vu, 31). De ce long voyage un seul fait particulier est noté, la guérison d'un sourd-muet (vu, 32-37). G'est dans ces parages, sur des hauteurs vers le sudest du lac, que Jésus multiplia une seconde fois les pains et nourrit quatre mille personnes.
Cet éclatant miracle dut exciter, comme à la première multiplication, l'enthousiasme populaire. Pour en éviter les conséquences, Jésus monta sur une barque et se fît conduire vers le sud-ouest du lac; et de là il descendit à Dalmanutha, dans la contrée de Magedan. Il se trouvait dans la région traversée par les caravanes de fidèles juifs se rendant aux solennités de Jérusalem. La fête des Tabernacles était proche.
8*^ La fête des Tabernacles de la 5* année
L'impression produite sur le peuple par le miracle de la seconde multiplication des pains explique l'invitation faite à Jésus par quelquesuns de ses parents de se manifester à Jérusalem, à l'occasion de la fête des Tabernacles.
Quand on fait de tels prodiges, c'est dans la capitale de la théocratie, devant les autorités de la nation, qu'il faut se montrer ! Là sa mission pourra être reconnue officiellement. Mais ce n'est pas encore pour Jésus le moment opportun de faire la démonstration m.essianique qu'on réclamait de lui. Il ne veut pas se joindre aux caravanes galiléennes qui se rendent à Jérusalem pour la fête et se prêter à une manifestation populaire qui lui ferait une entrée digne du Messie.
Jésus connaît l'état des esprits à Jérusalem. La foule est partagée à son sujet. Les principaux de la nation lui sont ouvertement hostiles et on les craint (vu, 11-13). Par les précautions qu'il prend il prévient le danger. Il arrive à rimproviste à Jérusalem, quand la fête est à moitié écoulée, quand on ne comptait déjà plus le voir. Il apparaît tout à coup dans le temple et il se met à enseigner. Il s'explique sur l'origiue de sa doctrine, sur le miracle de sa dernière visite (Tabernacles, 2® année) qui lui a été si fortement reproché. Puis, au dernier grand jour de la solennité, il s'affirme comme la réalité des symboles historiques que rappelaient les cérémonies de la fête. Le sanhédrin s'émeut, mais ne peut rien faire, au milieu de la solennité, en face des sentiments favorables d'une partie de la multitude. L'éclatant miracle de