Dans ce grand discours saint Matthieu et saint Mare
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Saint Luc observe (xxi, 37-38) que « durant ces jours, il enseignait dans le Temple ; puis sortant de la ville, il passait les nuits sur la montagne appelée des Oliviers. Et tout le peuple venait de grand matin à lui dans le Temple pour l'entendre ».
Après le jour des Rameaux, saint Jean ne signale jusqu'au mercredi soir qu'un seul fait, omis par les synoptiques, et encore ne le raconte-t-il pas pour lui-même, mais à cause des sentiments qu'il fit jaillir du cœur de Jésus : c'est la tentative de quelques Gentils de s'entretenir avec le divin Maître. On était au mercredi ; Jésus enseignait dans le parvis des femmes, interdit aux Gentils. Ces prosélytes s'adressèrent à Philippe dans le parvis extérieur, pour qu'il allât porter leur demande au Sauveur. L'évangéliste ne dit pas ce qui advint de cette requête ; mais il rapporte les paroles de Jésus, qui dans sa mort proclame la glorification du Fils de Dieu et du Père par l'entrée des Gentils dans le royaume (Joàn., XII, 20-36).
ont fait entrer une partie des enseignements donnés par Jésus dans une autre circonslance (cf. Luc, vu, 20 et suiv.). Cette insertion (Matth., xxiv, 28-28 et Marc, xiii, 21-28; fait le pendant du temps des nations de saint Luc (xxi, il\) et permet de séparer les deux parties relatives aux signe^ de la ruine de Jérusalem et aux signes du second avènement. Voir à l'appendice, p. 297.
Cet incident ne peut avoir eu lieu au soir de l'entrée triomphale. Ce jour est exclu par la remarque de saint Marc (xi, 11) : « Il entra dans le Temple etaprès avoir regardé toutes choses, comme il était déjà tard, il s'en alla à Béthanie avec les douze. » La conclusion de saint Jean (xit, 36) nous invite à le placer au mercredi soir : « Jésus, après ces paroles, s'en alla et se cacha d'eux. »
Pendant que Jésus voyait sa mission achevée et se montrait attristé des maux que l'incrédulité juive allait attirer sur Jérusalem, les apôtres n@ sont occupés que de l'extérieur du Temple, d© oa splendeur et de sa richesse. Par s©n discours sur la ruine de Jérusalem, le divin Maître les ramena à la réalité.
C'est dans la même soirée du mercredi
\^Matth., xxvi, 1), deux jours avant la Pâque, que
les princes des prêtres et les anciens du peuple
se réunirent dans ia maison de GaïDhe et déli-
bérérent sur les moyens de se saisir de Jésus
par ruse. Un secours inespéré leur vint d'un
des disciples mêmes du Chs-i^c, de Judas, qui, moyennant une somme d'argent, promit de li-
'Vrer son maître (Matth., xxvi, 3-5 et 14-16; Marc, xiv, 1-2 et 10-11; Luc.,xxii, 1-2 et 3-6). Jésus ne revint point à Jérusalem pendant la journée du jeudi ; tandis que le peuple l'attendait dans le Tei'^'e, de grand matin, comme
les jours précédents (Luc, xxi, 38), il resta à Béthanie.
12* Le jour de la dernière cène
Cette question est considérée comme l'une des plus compliquées de Fexégèse évangélique. La simple étude comparative des synoptiques et de saint Jean peut cependant offrir une solution, sans aller chercher des considérations étrangères à TEvangile.
Il est certain, d'après les quatre Évangiles, que la mort de Jésus est arrivée un vendredi, dans l'après-midi. Quelques heures après sa mort s'ouvrait le sabbat, et le Sauveur est ressuscité à l'aube du premier jour de la semaine.
En second lieu, il n'y a pas de doute possible sur l'identification du repas auquel fait aliusion le quatrième Evangile avec la cène des synoptiques. Car dans l'un et l'autre a lieu la révélation du traître, et l'un comme Fautre est suivi immédiatement de la sortie au jardin des Oliviers, et de la Passion. Pour le quatrième évangéliste, comme pour les trois premiers,
ce repas est pris la veille de la mort.
Mais voici le point, où, au premier abord,
les synoptiques et saint Jean ne paraissent pas
s'accorder. Saint Matthieu (xxvi, 17) dit : Or le
premier ^our des Azymes les disciples vinrent à
Jésus^ en disant : Où voulez-vous que nous préparions la Pâque? Saint Marc (xiv, 12) s'exprime à peu près de même : Le premier jour des Azymes, où Von immolait la Pâque^ les disciples lui dirent : Où voulez-vous que nous allions vous préparer la Pâque? Saint Luc (xxii, 7-9) écrit en termes équivalents : Cependant arriva le jour des Azymes^ oit Von devait immoler la Pâque, Et Jésus envoya Pierre et Jean en disant : allez et préparez-nous la Pâque^ afin que nous la mangions. Ils lui dirent : Où voulez^ vous que nous la préparions? Cette question est posée la veille de la mort, donc le jeudi, à notre manière de compter; et le soir venu, Jésus se mit à table avec les douze (Matth., xxvi, 20 ; Marc, xiv, 17; Luc, xxii, 14).
Au premier abord, la Pâque paraît donc tomber le vendredi, la manducation de l'agneau se faisant la veille au soir, c'est-à-dire le jeudi selon notre façon de parler. Mais à la manière juive de compter (les jours commençant vers les 6 heures, au soleil couché), cette soirée fait partie du même jour que le vendredi.
D'autre part saint Jean (xiii, 1), en parlant de ce dernier repas du Sauveur, rapporte qu'il eut lieu : ante diem festum Paschse, Il ne se serait donc pas fait le jour de la Pâque, mais le jour précédent. Plus loin, xviii, 28, on lit : Les Juifs n' entrèrent point dans le prétoire pour ne pas se
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souiller et afin de pouvoir manger la PâqueK Le vendredi matin, la Pâque juive n'était donc pas mangée ; elle ne devait l'être qu'après six heures du soir, ce jour-là. L'agneau pascal était immolé entre trois et six heures; et après six heures, c'est-à-dire, à la façon juive de compter, aux premières heures du samedi, on devait manger la Pâque. La célébration de Pâque tombait donc le samedi (avec la manducation la veille au soir, c'est-à-dire le vendredi selon notre manière de compter). '
Enfin la suite du récit (Joan., xix, 14) montre que le jour où Pilate s'assit sur son tribunal était le jour de la préparation de la Pâque. Et
I. On a prétendu que « manger la Pâque s ne signifierait pas ici manger l'agneau pascal, mais participer aux autres victimes qu'on immolait le i5 Nisan et durant les jours de la fête. On allègue en faveur de ce sentiment quelques textes de l'Ancien Testament {Deut.^ xvi, 2j II Par., xxx, 22 et XXXV, >;), où immoler la Pâque, manger la Pâque s'entendrait des autres victimes offertes pendant les fêtes pascales. Le texte hébreu (la traduction de la Vulgate est inexacte) ne comporte pas ce sens. Dans De ut,, xvi, 2, on distingue trois sortes de victimes : l'agneau pascal, le petit bétail et le gros bétail. Dans II Par., xxx, 22, il ne faut pas lire avec la leçon massorétiqiie, yôkelou, ils mangèrent: ce qui ne peut s'accorder avec le complément hammôéd, temps fixé, solennité; mais bien yekallou, comme les Septante, a-w£T£J>.e7av, accomplirent, achevèrent les sept jours de la solennité des azymes. Dans II Par., xxxv. 7, Josias donne au peuple, pour la célébration de la Pâque, des agneaux et des chevreaux (pour la Pâque), du bétail pour les sacrifices pacifiques.
LA DERiNlÈRE CÈNE 159
plus loin (xix, 31), c'était un grand jour que ce sabbat-là. Il suit également de ces textes que la Pâque tombait le samedi.
Comme la Pâque se célébrait le 15 Nisan, il semble, d'après les synoptiques, que le 15 cette année-là tombait le vendredi (ou plus exactement, selon la manière juive, allait du jeudi soir au vendredi soir). D'après saint Jean, au contraire, le 15 serait le samedi (ou plus exactement irait du vendredi soir au samedi soir).
Le dernier repas du Seigneur ayant eu lieu le jeudi, selon notre manière de compter, Jésus aurait donc, d'après les synoptiques, mangé la Pâque le jeudi soir. D'après saint Jean ce serait un repas anticipé.
La contradiction ne saurait être plus flagrante, semble-t-il. Aussi, d'après les exégètes symbolistes, c'est le passage de saint Jean où le sens symbolique a le plus de vraisemblance. Le quatrième évangéliste aurait voulu, dans une intention mystique, faire coïncider la mort de Jésus avec l'immolation de l'agneau pascal.
La solution de cette difficulté peut cependant sortir de la seule étude des textes évangé^ liques et de leur comparaison.
Laissons de côté pour le moment l'expression, qui paraît créer la difficulté : Primo die azymorum ou Dies azymorum^ donnée par les
synoptiques pour marquer le jour où les disciples interrogent leur divin Maître et vont préparer le repas pascal. Examinons les faits et gestes des Juifs pendant cette journée du vendredi, qui, d'après les mêmes synoptiques, serait, dit-on, le 15 Nisan, jour de Pâque.
Le repas pascal ne pouvait commencer avant le coucher du soleil, et se prolongeait assez avant dans la nuit, au milieu des rites divers de la fête et de la récitation des psaumes du Hallel. Or, c'est à ce moment sacré pour tous de la manducation de Pagneau, que les serviteurs i^ du Temple auraient quitté leur famille, la table pascale, pour concerter les moyens les plus sûrs de s'emparer de Jésus et pour en venir à l'exécution à Gethsémani.
Il faut remarquer qu'au jour de Pâque il était défendu de tenir une séance de tribunal*. Or, un tel jour aurait vu deux séances de tribunal, chez Anne et Gaïphe, puis devant Pilate et devant Hérode; et tout cela, le grand jour de Pâque !
Ce jour-là tout travail devait cesser. Le premier jour et le septième étaient sabbatiques : ce repos était aussi strict que durant le sabbat, sauf pour la préparation de la nourriture. Le chemin qu'il était permis'de parcourir en dehors