‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 52 sur 94 · I. s. Marc (xiii, 35) a rappelé précédemment arec pré · texte numérisé non relu

I. s. Marc (xiii, 35) a rappelé précédemment arec pré

■' cision les quatre veilles de la nuit : le soir, le milieu de la

nuit, le chant du coq, le matin. Chaque veille, d'une durée

de trois heures, tirait son nom de l'heure qui la termine.

Trois heures, c'est le chant du coq.

de condamnation et son exécution rapide avant l'ouverture de la fête. Saint Luc, qui avait passé sous silence la séance de nuit, raconte celle du matin en des termes qui rappellent la précédente. Sans parler des autres irrégularités commises dans ce procès, la sentence pour un jugement capital ne pouvait légalement être prononcée qu'un jour après celui de l'interrogatoire. Or la nuit où l'on s'était réuni, malgré la défense de siéger durant les heures de ténèbres, et le matin où l'on prétendait ratifier le jugement, ne formaient qu'un seul et même jour, selon la manière de compter des Juifs. Mais la conscience des pharisiens, habitués « à filtrer le moucheron en avalant le chameau » (Matth., xxiii, 24), se contenta de cette distinction entre le jour et la nuit et pensa suppléer à cette illégalité en multipliant les séances.

En cette dernière séance matinale on ne dut faire autre chose que de reprendre ou simplement relire les chefs d'accusation, surtout celui de blasphème pour s'être dit le Fils de Dieu, afin de permettre au sanhédrin, réuni cette fois tout entier, de prononcer à nouveau la sentence de mort. Saint Luc peut donc rappeler en cette séance les interrogatoires et les réponses, qui plus exactement appartiennent à la séance de nuit. Quant à saint Jean, il a omis les deux séances proprement dites, celle de nuit et celle

de jour, comme déjà suffisamment connues par les récits synoptiques, et il s'est contenté de rapporter l'enquête préalable chez Anne dont ils n'avaient point parlé. Il suppose cependant, durant le procès porté devant Pilate, qu'un jugement a eu lieu et qu'une sentence de mort a été portée, dont les Juifs ne demandent que la ratification.

Ce n'est pas le lieu d'entrer dans le détail du procès devant Pilate, il suffit de remarquer qu'en rapprochant le quatrième Evangile des trois premiers on se rend mieux compte de ses phases diverses.

Dans la première phase^ les sanhédrites, en amenant Jésus devant Pilate, espéraient qu'il confirmerait leur sentence sans examen. Gomme il s'y refuse, ils articulent une accusation politique : Jésus s'est dit Roi et il a empêché de payer le tribut à César (LtJG.,xxiii, 2). Le gouverneur romain juge non fondée cette accusation (JoAN., xviii, 28-38); les princes des prêtres insistent en mentionnant la Galilée comme le lieu où l'accusé aurait commencé à soulever le peuple. Saisissant l'occasion de se tirer de cette mauvaise affaire, Pilate s'empresse d'envoyer Jésus à Hérode, puisqu'il est de Galilée : expédient, qui d'ailleurs paraîtra une déférence et lui gagnera l'amitié d'Antipas (Luc, xxiu, 6-12). Mais après s'être moqué de l'accusé, Hérode le renvoie au tribunal du gouverneur.

Contrarié de ce renvoi et convaincu de l'implacable animosité des sanhédrites, Pilate fait deux tentatives (2® phase) pour délivrer Jésus en tâchant de gagner la foule assemblée : la délivrance d'un condamné au choix du peuple (Matth., XXVII, 15-23; Marc, xv, 6-14; Luc, xxiii, 13-25; JoAif.,xvm, 39-40) et la flagellation par laquelle il espérait émouvoir la sensibilité populaire (Matth., xxvii, 24-30 ; Marc, xv, 15-19; JoAN., XIX, 1-6). Ces deux tentatives échouenL

Pilate déclare de nouveau qu'il ne trouve aucun crime digne de mort. C'est alors {3^ phase) que les Juifs articulent un grief religieux : il s'est déclaré Fils de Dieu, selon la loi juive il doit mourir (Joan., xix, 4-12). Une accusation de cette nature avait peu de prise sur un gouverneur romain : le procurateur tente encore de délivrer Jésus.

Mais les princes des prêtres et les pharisiens trouvent l'endroit sensible, en recourant à l'intimidation et en menaçant le procurateur du ressentiment de César (k^ phase). Dans ce dernier effort les Juifs en viennent jusqu'à renier leurs espérances messianiques et à se déclarer les sujets soumis de l'empereur. « Nous n'avons pas d'autre roi que César. » Cependant, c'est parce qu'ils n^avaient pas trouvé en Jésus un libérateur résolu à les délivrer du joug romain, qu'ils avaient refusé de le reconnaître pour le

Messie. Et maintenant pour obtenir sa condamnation, ils renoncent hautement à leurs rêves et proclament eux-mêmes, par cette démarche servile, que le sceptre est sorti de Juda. La menace avait eu son effet, et avait fait plier la conscience du juge- romain. Le César d'alors était le plus soupçonneux des tyrans : par crainte d'être accusé devant Tibère, Pilate livra Jésus (JoAN., XIX, 12-16).

Saint Jean marque l'heure de cette condamnation : détait environ la sixième heure. Cette indication ne paraît pas s'accorder avec celle que donne saint Marc (xv, 25) : C'était la troisième heure quand ils le crucifièrent.

On a prétendu que le quatrième évangéliste aurait modifié la date synoptique dans l'intérêt de son symbolisme. Ce n'est pas le lieu de discuter la question de ces prétendues recherches symboliques: la réfutation en a été faite^

D'autre part il n'est pas possible, pour mettre en accord saint Jean et saint Marc sur la date du crucifiement, de prétendre, que dans le quatrième évangile les heures doivent être comptées à la manière romaine. La 6^ heure serait alors, non pas midi, mais six heures du matin. Mais le procès devant Pilate, à peine commencé à cette heure matinale, ne pouvait, avec les

I . Voir Lepin, Valeur historique du quatrième Evangile^ I, p. 520, 539.

différentes phases que nous avons indiquées, s'être terminé, par la sentence du gouverneur romain, précisément dans cette même sixième heure : il né pouvait se dérouler en moins de trois heures et il n'aurait fini qu'à l'heure pré« cisément indiquée par saint Marc, la troisième heure à la manière juive équivalant à 9 heuresdu matin.

Gomment alors accorder la date de la 3® heure avec la 6® ? Sans doute il peut s*agir de part et d'autre d'indications approximatives. De même que la nuit a ses quatre veilles, le jour se divise en quatre parties principales : la 3®, la 6% la 9® et la 12® heure. En l'absence de chronomètre pratique, le peuple en appelait plus volontiers à ces grandes divisions du jour, faciles à reconnaître, et se contentait d'approximation

plutôt que de chercher à préciser les heures intermédiaires. Selon cette évaluation populaire, notre 10® heure du matin serait encore comprise dans la division générale de la 3® heure juive. De même e?wiron la 6® heure pourrait s'appliquer facilement à 11 heures du matin. L'écart en pratique serait ainsi moins considérable entre les deux dates indiquées, la 3® et la 6® heure, et il est possible même que l'approximation de part et d'autre descendît ou remontât davantage, de façon à se rejoindre moralement. Un certain nombre d'exégètes ont proposé,

186 NOS QUAlTRE ÉVANGILES

depuis le temps d'Eusèbe de Gésarée^, un autre moyen de conciliation. D'après eux, les copistes anciens auraient mis par erreur dans le texte de saint Jean un 6 à la place d'un 3, les deux signes grecs, qui désignent ces nombres, pouvant aisément se confondre. La lettre grecque gamma r = 3 ; pour le nombre 6 on se servait d'une lettre qui n'est plus usitée dans le grec classique que pour exprimer ce cbiffre : c'est râTuiŒYjixov Foa, ou digamma^ qu'on écrit ç, mais se rendait autrefois par le signe F. Entre F et F la confusion est facile. Cependant, sielles'est produite^, ce n'est que dans une période plus reculée que nos plus anciens manuscrits grecs. Car à peu près tous, sauf L et D, avec quelques minuscules^, por-

1 . Nous le savons par une lettre de Sévère d'Antioche à Thomas, évêque de Germanicia, où il cite un passage d'Eusèbe tiré de ses questions à Marinos {Catense in Novum Testamentum, édition Cramer, Oxford, i844). A ce témoignage s'ajoutent ceux de Pierre d'Alexandrie, Fragmenta tiré de la chronique pascale (P. G., t. XVIII, col. 617); d'Ammonius d'Alexandrie (V« s.), Fragmenta in Joannem, {P. G., t. LXXXV, col. i5ii); de Nonnus de Panapolis dans sa traduction en vers hexamètres de l'évangile de S. Jean {P, G., t. XLIII, col. 899); de Theophylacte, Enarratio in Evangelium Joannis (t. GXXIV, coi. 26';).

2. Bengel a constaté en plusieurs cas cette même méprise entre ces deux lettres numérales. (Cf. VApparatus criticus de son Novum Testamentum greecef in-4, Tubingue, 1734)-

3. La leçon Tp£'T-/7 de ces manuscrits n'est peut-être qu'une correction faite en vue de faire concorder le auatrième évangile avec saint Marc,

LA PASSION i8'

tent IxTYj, six. En l'état actuel des manuscrits, on ne saurait donc appuyer solidement cette méprise. Mais elle reste possible.

Il faut avouer d'ailleurs que du lever du joui (6 heures) à la 3® heure (9 heures, ou même 10 heures si le chifiPre n'est qu'approximatif) le temps est suffisant pour expliquer les incidents divers du procès civil. Au contraire, la 6® heure ou midi donne plus de temps qu'il n'est nécessaire pour les événements qui ont précédé la condamnation, et met un peu à l'étroit pour ceux qui ont suivi, c'est-à-dire le départ pour le Golgotha, la crucifixion, les insultes des princes des prêtres et des passants : événements qui devaient tous être terminés au moment où les ténèbres commençaient à couvrir la terre, c'està-dire dès la sixième heure, d'après saint Matthieu (xxvn, 45) et saint Marc (xv, 33). Il était temps de rentrer en ville pour les Juifs qui devaient se préparer à l'immolation de l'agneau pascal. Arrêtons ici nos exemples de rapprochement entre le texte de saint Jean et les synoptiques, en ce qui touche à la passion. Il faudrait une synopse détaillée pour pouvoir montrer complètement raccord.

14** La Bésurrection

Il est actuellement de mode, dans la critique négative, de rattacher les récits évangéliques de la Résurrection à deux traditions que l'on nomme galiléenne et hiérosoly mitaine, parce que l'une ne connaîtrait que les apparitions en Galilée, et l'autre les apparitions à Jérusalem. Saint Matthieu et saint Marc, dans sa première partie (xvi, 1-8), représenteraient la tradition galiléenne; on y ajoute le chapitre xxi du quatrième évangile, qu'on imagine inspiré de la finale primitive de saint Marc. De la tradition hiérosolymitaine dériveraient les récits de saint Luc, de saint Jean (sauf l'appendice du ch. xxi) et la finale actuelle de saint Marc (xvi, 9-20). La tradition primitive serait la galiléenne ; son origine est la prédication de saint Pierre. L'autre est plus tardive ; elle se serait formée dans le milieu d'Ephèse et de l'Asie Mineure, pendant la seconde génération chrétienne. Elle serait légendaire et sans fondement historique.

Sans entreprendre ici une réfutation de ce système plus ingénieux que solide^ on doit dire que sa distinction des documents est tout arbitraire. Il ne peut se construire qu'à la condition de négliger ou de retrancher dans les documents

I. On peut voir E. Mangenot, La Résurrection de Jésus, Paris, 1910, p. 2^0 ^t suiv.

ce qui gêne la thèse. Il suffît de lire saint Matthieu pour voir qu'il ne raconte pas seulement l'apparition de Galilée, mais qu'il fait allusion à une et même plusieurs apparitions dans Jérusalem. Pour la finale du second évangile, elle se rattache plus étroitement au début du XVI® chapitre de saint Marc, que la critique ne veut l'admettre. Rien ne justifie non plus la séparation du chapitre xxi® de saint Jean, pour en faire comme un écho de la finale primitive de saint Marc. En réalité il n'y a que saint Luc qui se borne à raconter les apparitions de Jérusalem ; mais la raison en est tout autre que celle qu'on avance, et Ton s'explique d'ailleurs difficilement qu'on puisse rattacher à l'Asie Mineure la tradition où il puise.

En second lieu, ce système repose sur une fausse hypothèse, à savoir que les évangélistes ont raconté tout ce qu'ils savaient sur la Résurrection, et que, s'ils n'ont pas mentionné telle ou telle apparition, c'est qu'ils l'ignoraient, qu'ils ne la trouvaient pas dans la source utilisée par eux. Non, le choix auquel ils se sont arrêtés parmi les apparitions n'est pas du tout exclusif de la connaissance d'autres faits, d'autres circonstances. Ici ce ne sont pas les sources différentes qui expliquent le plus ou moins d'étendue ou de variété de leurs récits. Il faut en chercher la raison ailleurs.

Mais avant de Findiquer, une réflexion s'impose. On ne comprend pas bien ces deux courants de traditions absolument séparées dans les Églises chrétiennes primitives, fondées par des prédicateurs qui tous sont partis de Jérusalem ou sont venus à diverses reprises dans cette ville et en Palestine. Jérusalem et les autres Églises avaient alors des relations très fréquentes. D'autre part les traditions sur la résurrection portaient sur un fait capital, qui était prêché avant tout et qui explique la fondation des diverses Églises ; et de ce fait capital elles vivaient. On le voit par le témoignage de saint Paul, le grand propagateur de la foi chrétienne, le prédicateur de la Résurrection, lui qui, avant sa conversion, a connu, à Jérusalem et en Palestine, ce qu'on y disait du tombeau trouvé vide et des apparitions du Christ; qui, après sa conversion, a parcouru les diverses Églises chrétiennes, et est toujours resté en relation avec Jérusalem, où il est revenu après plusieurs de ses grandes missions. Dans rénumération rapide qu'il nous fait de plusieurs apparitions du Christ (I Cor.^ xv, 3-8). il ne soupçonne pas le moins du monde un double courant de traditions galiléennes et hiérosolymitaines.

La cause de la divergence des récits n'est donc pas à chercher dans des traditions différentes^ mais dans le but et le plan de chaque évangile,

LA RESURRECTlOiN i9j

On ne doit pas s'attendre à trouvei dans les synoptiques une histoire détaillée de la résurrection de Jésus-Ghrist et de ses diverses apparitions. Tout autre est leur dessein; comme dans le reste de l'Évangile, chacun retient ce qui va à son but particulier. Saint Jean, qui vient le dernier, ne prétend pas non plus donner un récit complet, ni reprendre ce qu'ont dit ses devanciers. Il choisit ce qui intéresse son dessein spécial. Mais, ce faisant, il nous aide à mieux comprendre les allusions ou les récits des synoptiques et nous permet de reconstituer plus facilement l'ordre réel des apparitions.

Nous avonsvu' que le dessein de la catéchèse de Jérusalem et de l'évangile de saint Matthieu était de montrer que Jésus est le Messie promis, qu'il a fondé le vrai royaume de Dieu et que, si les chefs de la nation et le peuple juif n'ont pas cru à sa mission, c'est par leur faute^ Nous avons vu aussi que, pour réaliser ce plan, le premier évangéliste, dans le grand nombre des miracles accomplis, s'était contenté d'en choisir un ou deux de chaque espèce. Il ne procède pas autrement pour parler de la résurrection, qui forme la conclusion de son évangile. Use contente de noter brièvement que les saintes femmes sont venues au tombeau du Christ, l'ont trouvé vide, qu'elles ont vu des anges et

Page 1