I. On peut voir à l'appendice, p. 3o
3. Se refuser à cette identification des deux récits obligerait à suppioser deux apparitions du Sauveur à Madeleine : l'apparition à Madeleine seule, telle que la raconte saint Jean, et Tappaxition à Madeleine accompagnée des saintes femmes, d'après- le récit de saint Matthieu. De plus cette double apparition rendrait très difficile la concorde des Évàiigiles ; elle se trouve singulièrement facilitée par l'identification des deux récits. Voir plus loin p. 3 18 et suiv.
LA RESURRECTION lf5
tombeau, l'apparition de l'ange avec son avertissement, l'état d'âme des pieuses visiteuses effrayées de cette vision surnaturelle, sont racontés à peu près de la même façon que dans saint Matthieu. Il ne copie pas son texte; mais la catéchèse qu'il fixe est originairement la même. Après un tel début on s'attendrait à voir le second évangéliste continuer la même marche que le premier. Mais, au lieu d'une apparition de Jésus aux saintes femmes, il a Tair de reprendre les choses sur un autre plan et il fait allusion à Tapparition de Jésus à Madeleine seu^e, sans donner aucun détail. Pour savoir ce qui K. est passé dans cette apparition, il faut recourir au sommaire du premier évangéliste (avec le correctif qu'indique le second) et surtout au récit circonstancié de saint Jean.
Brièvement aussi, saint Marc mentionne l'apparition aux disciples d'Emmaùs, et celle qui fut accordée aux Onze le soir de la résurrection. Ces deux apparitions, comme la précédente, ne semblent rappelées que pour noter les re~ proches du Christ sur l'incrédulité des disciples et la dureté de leur cœur ^ Tout en paraissant s Acarter du plan suivi par saint Matthieu saint î^jï^rc, dans la mention rapide de ces
I. Ces «Mttï>les mentions ïiolis JvïôUvèîit que les récite d» ees apiijaasitioàs eircAilaâeaat ^Sf^w ^ pJWi«^ • ê4èîes. L^évangéliste ies-r-appelle d^im mot si^sant i soti but.. .
t'ois apparitions à Jérusalem, ne fait qu'exprimer d'une façon plus explicite ce que le premier évangéliste avait souligné d'un mot en passant (Ma.tth.,xxviii, 17), comme on vient de le voir.
Ensuite le secord évangéliste rejoint le premier (M att h., xxviii, 18-19), avec les paroles du Christ sur la montagne de Galilée (Marc, xvi, 15-16). Mission est également donnée aux disciples d'aller prêcher dans le monde entier, d'amener les hommes à la foi, de les baptiser. Ce qu'il a de particulier et qui est conforme à l'idée générale du second Evangile, c'est qu'il insiste sur les miracles, sur les œuvres de puissance et de domination de la nature et des démons, qui doivent accompagner la prédication.
Mais pourquoi, en rapportant les paroles qui furent prononcées en Galilée, ne mentionnet-il pas cette contrée ? 11 n*a pas les mêmes raisons que saint Matthieu, qui, selon le dessein de son Evangile, voulait marquer expressément l'accomplissement d'une prophétie de Jésus avant sa mort, et raconter l'apparition du Christ inaugurant le royaume de Di a. N'y étant pas obligé par le dessein de sor œuvre, saint Marc ne parlera pas expressément d'un retour en Galilée, dans cette quatrième partie consacrée aux événements de Jérusalem : la
simplicité du plan quadripartite s'y oppose. Comme il ne mentionne pas ce retour en Galilée après la résurrection, il n'a pas besoin de ramener Jésus à Jérusalem pour F Ascension.
Ce fait est relié à tout ce qui précède par un terme très général : ^srà rh loùônrrrxi uvroïç, après les entretiens quil eut avec eux. Cette expression comprend dans sa généralité toutes les instructions données par le Christ à ses disciples pendant ses diverses apparitions. Saint Marc termine son récit en se contentant de dire que le Christ fut élevé au ciel et qu'il est assis à la droite de Di^u. Sans parler expressément de l'Ascension, saint Matthieu en avait équivalemment rappelé la doctrine : Toute puissance m'est donnée au ciel et sur la terre, l'Ascension étant la manifestation extérieure de cette intronisation.
Saint Luc résume d'abord brièvement la catéchèse primitive : la venue des saintes femmes au sépulcre, le tombeau trouvé vide, l'apparition des anges, l'incrédulité des disciples en face du témoignage des femmes. Parlant en général de l'apparition des anges, il désigne ensemble et l'ange qui se montre aux saintes femmes, et les anges que vit Madeleine. Aussi en mentionne-t-il deux, tandis que les deux premiers synoptiques n'avaient parlé que d'un seul. Pour la même raison, aussitôt
après, il rapporte la venue de Pierre au sépulcre. Ce dernier trait, qu'il a relevé de la catéchèse, n'est qu'esquissé. Saint Jean nous le racontera plus en détails, comme le témoignage personnel du compagnon de Pierre dans cette visite au tombeau.
Après ce bref résumé le ton change. Avec les récits de l'apparition aux disciples d'Emmaiis, puis aux Onze réunis dans le cénacle, la narration prend un autre caractère : elle devient plus détaillée, plus vivante. Ce n'est plus le simple écho de la catéchèse, qui se contentait de traits généraux et s'arrêtait à la substance du fait comme à l'essentiel. Mais on la dirait inspirée directement par les témoins mêmes de ces apparitions.
Ces récits vivants sont ajoutés au sommaire primitif pour démontrer à des Grecs, qui ont peine à croire à une réelle résurrection du corps, que le Christ est (v^^^me/ï/ ressuscité. En effet, ces deux apparitions n'ont pas été passagères, fugitives : le divin Maître s'est laissé non seulement voir, mais toucher. Les disciples ont vu et palpé ses plaies; ils ont conversé, mangé avec lui.
Après s'être étendu sur ces preuves du fait capital du salut, la résurrection du Christ, saint Luc résume brièvement les autres faits et paroles, comme s'il revenait à la catéchèse, et
il le fait de façon à amorcer le début des Actes.
La jfîdélité au plan quadripartite que nous avon3 constatée dans l'Évangile de saint Luc, même dans la troisième partie, où il a trouvé le moyen de faire des additions considérables sans briser ce plan, nous est un garant qu'il ne s'en écartera pas dans la suite, c'est-à-dire dans la quatrième partie consacrée à Jérusalem. Il faut reconnaître là une des raisons de Tomission des apparitions de Galilée, qui caractérise son récit.
Il est bon de remarquer, d'autre part, qu'en se bornant à ce qui concerne Jérusalem, saint Luc n'a pas l'intention d'être complet. Mais son résumé est si bref qu'il semblerait, au premier abord, placer l'Ascension au soir même du jour de la Résurrection. Ce n'est cependant pas son intention/ puisqu'au début du livre des Actes (i, 3) il met un intervalle de quarante jours entre les deux, intervalle rempli par de nombreuses apparitions et instructions de Jésus à ses disciples.
En regardant de plus près les discours des versets 44 à 49 du chapitre xxiv, on reconnaît une ligne de démarcation qui permet de rattacher une première partie (les versets 44 et 45) à l'apparition du soir de la Résurrection, et de renvoyer à une circonstance postérieure la seconde partie (ou les versets 46 à 49). En
effet ces derniers, versets sont séparés de ce qui précède par un nouveau xaî sIttêv, qui n'est pas nécessaire s'il s'agit d'un même discours, prononcé dans les mêmes circonstances. Il eût été dans ce cas plus naturel de ne mettre aucune formule semblable ou bien d'employer de préférence le temps imparfait, -/at sV/sv^ qui unirait plus étroitement les paroles suivantes à la situation déjà indiquée. Mais l'emploi de l'aoriste, rvA itTrev, annonce un commencement nouveau^ et suppose une communication différente, qui sans doute peut avoir eu lieu le même jour, mais a pu aussi se présenter postérieurement. Nous trouvons donc, dans ce passage de saint Luc, deux discours qui ont été placés à la suite l'un de l'autre, sans indication précise de temps et de lieu, mais avec un simple x«è cIttsv qui sépare le second discours du premier. Il en est de même dans les paroles que rapporte saint Luc au chapitre iv, 16-30,* et qu'il met dans la bouche du Sauveur parlant dans la synagogue de Nazareth. La première partie (18-22) se rapporte, comme nous
avons vu*, à la visite qu'il v fît après le bap- 'tême ; la seconde partie (23-27) fut prononcée
quelques semaines plus tard, dans une autre
visite. Ces deux parties sont séparées par la