‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 56 sur 94 · I. Dominus. xOpioi., un des noms du Messie · texte numérisé non relu

I. Dominus. xOpioi., un des noms du Messie

LA RfelHIRfCTî*

celle-ci ^tait liée également à rapparition sur les bords du lac et à la pêche miraculeuse.

Preuve nouvelle qu'il n'était pas dans le dessein du quatrième évangéliste de raconter tout ce qu'il connaissait des apparitions du Christ ressuscité, puisque ce n'est qu'indirectement qu'il ^ été amené à en rapporter un exemple si important.

On doit à l'exégèse symboliste cette étrange réflexion : « On ne sait pas ce que Pierre et ses compagnons ont à faire en Galilée, ni comment ils pensent n'avoir d'autre souci que de prendre du poisson après les apparitions décisives du chapitre xx. » Rien de plus naturel cependant que la conduite qu'ils tiennent après l'octave des fêtes pascales. Galiléens, rien ne pouvait les retenir à Jérusalem, que Tordre du Maître ; or H leur avait fait intimer par des anges ^ de ret^wirner en Galilée. (Matth., xxvi, 32; Marc, xiv, 28.) Convaincus de sa résurrection après l«s apparitions dans la Ville sainte, ils se mettent aussitôt en mesure d'exécuter cet ordre. Ils s'en vont donc prévenir les disciples, que le Maître conservait encore dans les différents villages, de se réunir, à tel jour donné, sar une montagne désignée. Pour cela il fallait du temps, et pendant ce temps il fallait vivre. Ce sont des pêcheurs,

ï . Et peut-être leï*i- veaonvela-t-il mi^même cet ordre dans ses apf.P.ntions â Jérusalecri.

Quoi déplus naturel que de les voir recourir à leur ancien métier pour se procurer le nécessaire? Que pouvaient-ils faire autre chose en l'absence du Maître, après la catastrophe de Jérusalem, qui avait fait tomber en Galilée bien des espérances et refroidi la bonne volonté des habitants à l'égard des disciples du crucifié?

Les disciples vont donc pêcher. Le Maître les attendait là pour les rappeler à lui dans des circonstances semblables à leur premier appel.

On a voulu voir dans le récit de la pêche miraculeuse, rapportée par saint Luc, une réminiscence du fait raconté par saint Jean. Pour d'autres, c'est le quatrième évangéliste qui aurait reproduit, en le transposant, le récit de saint Luc. On retrouve sans doute, dans les deux cas, le lac, une barque et des poissons, mais tout le reste diffère ^ Le divin Maître n'a-t-il pas voulu, après le repentir de Pierre, le rétablir dans Papostolat en lui renouvelant son premier appel et lui présager en même temps les succès que, pêcheur d'hommes, il aurait en se confiant à la parole de son Maître?

I . Voyez. Ici, Jésus est sur le rivage ; là, il est dans la barque. Ici Pierre et Jean sont ensemble dans la même barque ; là en deux barques différentes. Ici Pierre s'élance dans l'eau pour aller à Jésus ; là il dit au Maître : Éloignezvous de moi. De plus, en saint Luc, il n'est pas question de ' repas après la pêche. En vérité, voilà deux faits qui ne se ressemblent guère î

Mais Jésus veut le rétablir aussi à la tête du collège apostolique. Dans son apparition particulière (Luc, XXIV, 34) il lui avait sans doute assuré le pardon de son reniement. Dans la pêche miraculeuse du lac de Génésareth il le réintégrait dans ses privilèges de disciple ou apôtre. Il reste à le rétablir à la tête du collège apostolique. Faisant allusion à son triple reniement, Jésus demande à Pierre une triple protestation d'amour et le place à la tête des brebis et des agneaux de son troupeau.

Dans tous ces récits, saint Jean ne manque pas de faire, chemin faisant, les observations suffisantes pour qu'on ne regarde pas l'apparition de Jésus sur une montagne de Galilée, racontée par saint Matthieu (xxviii, 16) comme la première apparition à ses disciples*. Il observe en effet que l'apparition sur la rive du lac fut la troisième (xxi, 14) : précédemment il en avait mentionné deux autres (xx, 19 et xx, 26). L'adverbe déjà dans cette remarque donne une nuance qui n'est pas à négliger. Ce fut déjà la troisième^ dit-il, et par là il déclare indirectement que ce ne fut pas la dernière, qu'il y

I. Il faut remarquer qae saint Jean ne vise pas toutes les apparitions, mais seulement les apparitions aux disciples, les témains officiels. 11 ne fait pas allusion aux manifestations de Jésus à Madeleine ou à d'autres individus, comme les pèlerins d'Emmaû».

en eut d'autres. N'est-ce pas une alliision aux apparitions qui suivirent, notamment à celle de la montagne de Galilée, comme à celle de l'Ascension et celles qui sont rappelées en général ou en particulier dans I Cor.^ xv, 6-8 et

IL La doctrine: Synoptiques et quatrième Evangile

Nous venons de voir que les divergences des synoptiques et du quatrième Evangile, au point de vue des faits, s'expliquent par le plan adopté de part et d'autre et que les quatre récits s'harmonisent très heureusement sans faire aucune violence aux textes. Il nous reste à considérer l'enseignement doctrinal, où les différences ne sont pas moins frappantes.

Elles s'expliqueraient, selon un grand nombre d'exégètes et de critiques, par l'écart chronologique de la composition du quatrième Evangile en regard des trois premiers et ainsi par le progrès réalisé dans l'esprit de saint Jean à la suite de ses longues méditations et de l'expérience acquise pendant plus de soixante an- \ nées écoulées depuis la mort du Christ. Les sy- 'noptîques reproduiraient la croyance de FEglise dans son premier état, saint Jean, qui n'écrit

LA DOCTRINE Ml

qu'à la fin du siècle, donnerait, dans son Évangile, au développement de la pensée apostolique sa forme définitive. En un mot, lés synoptiques présenteraient la révélation du Nouveau Testament comme dans son état embryonnaire; dans le quatrième Evangile, elle aurait atteint ^a floraison complète. Car le développemeat résilisé après l'âge apostolique n'est plus qu'un progrès accidentel dans la connaissance et la proposition des dogmes révélés.

Une telle conception est-elle pleinement conforme à la réalité ? Faut-il donc chercher dans le progrès delà pensée apostolique et dans l'expérience personnelle des écrivains sacrés, acquise avec le temps, la raison du caractère si différent des deux enseignements doctrinaux, donnés d^me part dans les synoptiques et de l'autre dans le quatrième Évangile ?

Ne s'élève-t-il pas tout d'abord un préjugé contraire dans ce fait que la diirérence des deux récits historiques, si étroitement unis aux dis^ cours, le synoptique et le johannique, n'a pas, ainsi quenou-s l'avons constaté % sa raison d'être dans Téloignement du temps de composition et dans une conception particulière des faits, mais simplement dans la différence même des desseins et des pjans ? Ces deux récits évangéliques

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