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LA COMPOSITION DES SYNOPTIQUES

Les synoptiques sont la fixation par Pécriture de cet Évangile oral dont nous venons de parler, de cette première catéchèse élémentaire, JLisque-là sans cesse prêchée dans les milieux juifs, romains et grecs. Tant que demeuraient les témoins autorisés, chargés par le Christ de prêcher son Evangile, les communautés chrétiennes possédaient mieux qu'un écrit, elles avaient leur enseignement vivant. Mais vint le temps où les apôtres allaient s'éloigner et mourir, où par conséquent les témoins ne seraient plus là pour veiller à la transmission et à la conservation fidèle de la parole. N'était-il pas opportun, avant leur disparition, de fixer par écrit cette première catéchèse orale, et de la consigner d'une façon autorisée sous la garantie des témoins du Christ?

C'est ce que nous attestent les premiers Pères, ceux qui touchent de plus près à la génération

apostolique. A les entendre, les apôtres n'ont pas écrit d'après un plan concerté d'avance; leur mission était de prêcher. « Ils n'avaient pas le moindre souci d'écrire; ils y ont été amenés par une sorte de nécessité. » (Clément d'Alexandrie d'après Eusèbe, Hist. eccl.^ Ifl, XXIV, 1, 3, 5.) Saint Matthieu, en partant de Jérusalem, laissa aux fidèles son Evangile « et cet écrit suppléait à sa présence auprès de ceux qu'il quittait » {Ibid., 6). Saint Marc composa son Evangile à la prière des fidèles de Rome qui désiraient posséder par écrit la prédication de Pierre. L'apôtre laissa faire sans encourager, ni empêcher ; puis il autorisa cet écrit afin qu'il servît de lecture dans les églises (Eusèbe, Hist, tccles., II, XV; VI, xiv, 5 ; et Clément d'Alexandrie, Adumbratio ad /*™ Epist. Petri^ dans la P. G., IX, 736). Leur pensée générale est donc que les synoptiques ont été écrits à la prière des fidèles, du vivant des témoins autorisés, composés par eux ou sous leur approbation.

Sans doute ce n'est pas la seule perspective de la disparition des apôtres qui dut porter

plus d'un de leurs auditeurs, avides de conserver les actions et les paroles du Christ transmises par des bouches si autorisées, à les fixer par écrit./ Bien des motifs les engageaient à ne pas attendre si longtemps. Mais ces essais de rédaction étaient soit partiels, se bornant à

quelques traits de la vie du Sauveur ou à certains cycles de faits, soit des récits plus étendus, mais sans garantie officielle. Au début de son Évangile saint Luc fait allusion à des essais de ce genre plus ou moins incomplets.

Les fidèles tenaient à avoir quelque chose de plus complet et de plus autorisé. Ce qu'ils avaient entendu prêcher chez eux, ce qui avait servi à leur conversion et à leur première formation chrétienne, voilà ce dont ils désiraient posséder le recueil authentique. Ils n'ont demandé ni une vie absolument complète du Christ, ni la catéchèse telle qu'elle pouvait se faire dans un autre milieu, mais bien celle qu'ils avaient l'habitude d'entendre et qu'ils voulaient garder pour leur bien personnel ou pour de nouvelles conquêtes.

La distinction, que nous avons indiquée plus haut, entre la catéchèse élémentaire et l'enseignement plus élevé qui achevait la formation chrétienne, se trouve confirmée par le contenu des synoptiques. Ils ne renferment que la catéchèse élémentaire. Si de fait il en est ainsi, ce ne peut être que par un dessein arrêté. Jamais on n'a voulu faire entrer autre chose dans nos synoptiques ; cependant, l'enseignement supérieur existait, comme en témoignent les Épîtres de saint Paul, en grande partie antérieures

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à la composîtion par écrit de nos Evangiles.

On a donc touIu conserver à la catéchèse primitive, dans ces écrits, le caractère élémentaire qu'elle avait dans sa transmission orale. '

^ Si nous étudions attentivement la composition du premier Evangile, nous n'y trouvons rien cfui ne convienne à la, catéchèse élémentaire, rien qui la dépassçv Nous avons dit, plus hauti, comment devait se présenter la première prédication à Jérusalem pour être parfaitement adaptée aux besoins de ce milieu : à ce programme répondent entièrement et uniquement le contenu et le dessein de FÉvangile de saint Matthieu. Montrer que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes, qu'il a fondé le royaume promis à Israël, et que, s'il n'a pas été reconnu par la majeure partie de la nation et par ses chefs, c'est que, obstinément renfermés dans leurs préjugés et infidèles aux avances divines, ils se sont exclus eux-mêmes de ce royaume, en laissant la place aux Gentils empressés d'y entrer. Cette triple pensée a dirigé l'arrangement des faits et des discours dans l'exposé de la vie publique de Jésus, c'est-àdire dans le corps du premier Évangile. On la retrouve dans les brefs récits de la résurrectiou

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