LE LOGOS
c'est l'idée de Fils de Dieu, puisque, d'après saint Jean lui-même, son but est de montrer) que Jésus-Christ est le vrai Fils de Dieu.
Pour exposer cette théologie (à part peut-i (Hre l'emploi du terme de Logos^ amené plus tard par les circonstances), saint Jean n'avait pas besoin de cinquante années de réflexion.
Saint Paul la donnait depuis longtemps dans ses Épîtres. Sans doute l'Apôtre ne se sert point du terme de Logos, propre à saint Jean. Mais à la place du Logos, de la Parole éternelle, il raet la Sagesse divine, et développe, plus complètement encore que ne le fait saint Jean dans son prologue (i, 3), la part du Fils de Dieu dans la création du monde. « Nous n'avons, dit-il, qu'un Dieu, le Père, de qui sont toutes choses et nous sommes pour lui, et un seul Seigneur, Jésus- Christ, par qui sont toutes choses et nous sommes par lui » (1 Cor., wiii^ 6). Dans FÉpître aux Colossiens (i, 15-17), il appelle le Christ, (( l'image de Dieu, l'invisible », par allusion au livre de la Sagesse (vu, 26) et passant à la part prise par lui dans la création, il dit : « C'est en lui qu'ont été créées toutes choses, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre, les choses visibles et les invisibles... tout par lui et pour lui a été créé. Et lui, il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui. » Le Fils de Dieu, Verbe, Parole divine, dans saint
Jean, a donc le même rôle dans la création du Blonde que le Fils de Dieu, Sagesse éternelle, dans saint Paul.
' Et de même que saint Jean nous dit que a Verbe éternel, créateur, s'est fait chair (i, 14) saint Paul dans cette Epître aux Golossiens (ii, 9 exprime la même idée, d'une façon équivalente mais moins concise : « En lui habite la plénitude de la divinité corparellement. » Il din également dans son Epître aux Philippienj (il, 6) : Cum in forma Dei esset^ non rapinan arbitratus est esse se œqualem Deo^ sed semetip siim exinanwit^ formam servi accipiens . En s( faisant homme, le Fils de Dieu est devenu h manifestation visible du Dieu invisible (I Tini. VI, 16; Colos., ï, 15). Ainsi saint Jean termina son Prologue par une semblable déclaration « Dieu personne ne le vit jamais : le Fils uni que, qui est dans le s^in du Père c'est lui quil'i fait connaître. » ^
Rien ne s'oppose donc à ce que les témoigna ges contenus dans le quatrième Evangile et li doctrine exposée dans le Prologue (abstractioi faite du Logos) n'aient été connus des fidèles à l'époque même où saint Paul écrivait se:
Épîtres. Cet enseignement serait donc contem porain de celui qui est donné dans les synopti ques. La différence profonde qui distingu< pour la doctrine les trois premiers Évangiles du
quatrième a donc sa raison, non dans l'intervalle de temps qui sépare leur rédaction et <h\ ^ 'e progrès de la pensée chrétieîineà 'a fin du i " sièele, mais, comme pour les faits, dans le dessein diCPérent qui a présidé à leur composition. Les uns n'ont voulu recueillir que la catéch se élémentaire ; l'autre su-perposeà ce premier enseignement une doctrine plus élevée. Tous veulent présenter le témoignage dïu> GliTist, mai^ les uns s/arretent aux terrena^ l'autre se restreint aux cœlestia..
Contre cette conclusion on renouvellera sans doute l'objection souvent formulée. Si les discours des synoptiques sont authentiques, les discours du quatrième Evangile ne sauraieLt Pêtre; car ils sont trop différents de pensées et de méthode. « Si Jésus parlait comme le veut Matthieu il n'a pu parler comme le veut Jean », décidait Renan avec assurance. Autant les discours des synoptiques sont simples, faciles à saisir, à la portée de tous ; autant les discours du quatrième Évangile sont obscurs, énigmati- 5 ques, planant toujours dans des régions supérieures, inaccessibles à l'entendement du vulgaire. Telle est l'objection qu'on ne cesse de présenter. Elle a été souvent résolue et d'une façon très satisfaisante ^ nous pouvons nous
1. M. Lepin. La Valeur historique du IV* évangile^ If Les l>iscourSy c. ï 1
260 NOS QJITRE EVANGILES
Jean, a donc le même rôle dans la création d •monde que le Fils de Dieu, Sagesse éternell( dans saint Paul.
• Et de même que saint Jean nous dit que c Verbe éternel, créateur, &'est fait chair (i, 14 jsaint Paul dans cette Epître aux Colossiens (ii, ' exprime la même idée, d'une façon équivaleni mais moins concise : « En lui habite la plén tude de la divinité corpàrellement. » Il dii également dans son Epître aux Philippier (lï-, 6) : Cum in forma Dei es set ^ non rapina. arhitvatus est esse se œqualem Deo^ sed semetij siim exinanwit^ formant servi accipiens. En î faisant homme, le Fils de Dieu est devenu '.
manifestation visible du Dieu invisible (I Tim VI, 16; Colos., 1, 15). Ainsi saint Jean termii son Prologue par m-ne semblable déclaration « Dieu personne ne le vit jamais : le Fils un que, qui est dansle s^in du Père c'est lui quil fait connaître. >> ^
Rien ne s'oppose donc à ee que les témoign ges contenus dans le quatrième Evangile et doctrine exposée dans le Prologue (abstractic faite du Logos) n'aient été connus des fidèle à l'époque même où saint Paul écrivait s< Épîtres. Cet enseignement serait donc conten porain de cekii qui est donné dans les synopt ques. La différence profonde qui distingi pour la doctrine les trois premiers Evangiles d
quatrième a donc sa raison, non dans l'intervalle detemps qui sépare leur rédaction et (i .5 ^ 'e progrès de la pensée chrétiieiamie à la fin du i' ' siècle, mais, comme pour les faits, dans le dessei n di (Térent qui a présidé à lemr composition. Les uns n'ont voulu recueillir que la; catéch se élémentaire ; l'autre sujperpose à ce premier enseignement une doctrine plus élevée. Tous veulent présenter le témoignage dîu>Glirist, mais les uns^ s'arrêtent aux terrena^ l'autre s© restreint aux cmlestia\.
Contre cette conclusion on renouvellera sans doute l'objection souvent formulée. Si les discours des synoptiques sont authentiques, les discours du quatrième Evangile ne sauraiei^t Fétre; car ils sont trop différents de pensées et de méthode. « Si Jésus parlait comme le \evX Matthieu il n'a pu parler comme le veut Jean », décidait Renan avec assurance. Autant les discours des synoptiques sont simples, faciles à saisir, à la portée de tous; autant les discours du quatrième Évangile sont obscurs, énigmati- f ques, planant toujours dans des régions supérieures, inaccessibles à l'entendement du vulgaire. Telle est l'objection qu'on ne cesse de présenter. Elle a été souvent résolue et d'une façon très satisfaisante*, nous pouvons nous
1. M. Lepin. La Valeur historique du IV* évangile,!,. Les Discours, c. ï 1
contenter de quelques réflexions qui suffisent à résoudre la difficulté.
En regardant comme authentiques les discours des synoptiques et ceux du quatrième Evangile, on ne prétend nullement que ces deux façons de parler soient la manière ordinaire du Christ : il y aurait bien là, en effet, quelque contradiction. Mais ce n'est point ce que supposent et saint Jean et les synoptiques : ils s'accordent à nous donner l'une comme la façon ordinaire,
l'autre comme plus rare, sans être à proprement parler exceptionnelle. Une même personne ne saurait-elle avoir un double mode d'enseignement, l'un plus simple, plus populaire, l'autre plus relevé, plus difficile à saisir de prime abord, lorsque la différence ti^nt surtout à la nature des choses enseignées?
Nous avons remarqué plus haut* que le Sauveur lui-même fait allusion à ce double enseignement des terrena et des cœlestia (Joan., III, 12). Les synoptiques, qui contiennent la prédication ordinaire du Christ, ont relevé cependant, du moins saint Matthieu (xi, 25-27) et saint Luc (x, 21-22), un exemple de l'autre enseignement: c'est une sentence de saveur tout à fait johannique.
Saint Jean ne prétend pas davantage que les