‹ Nos quatres Evangiles [microform]Chapitre 74 sur 94 · I. On Ta vu, p · texte numérisé non relu

I. On Ta vu, p

souci chronologique, il dispose plutôt les faits en vue d'une thèse, la thèse de la Messianité

Il groupe les faits comme les paroles. Ainsi les dix miracles, mentionnés par saint Matthieu, après le sermon sur la Montagne, dans ses chapitres vui et ix, sont réunis dans un dessein tout autre que la suite chronologique des événements. Le récit plus circonstancié de saint Luc nous montre que cet ordre eût exigé la répartition de ces miracles à des époques très diverses de la vie de Notre-Seigneur.

Saint Matthieu n'a pas d'ailleurs rattaché ces faits entre eux par des transitions ayant une valeur de précision historique. Les formules vagues comme en ce temps-là^ alors ^ voici que^ etc., sont plutôt comme un écho de la prédication apostolique primitive, dans laquelle on commençait les récits, en reportant la pensée des auditeurs à Tépoque générale de la vie publique de Jésus-Christ.

On ne le voit pas non plus s'arrêter d'ordinaire au détail des événements, comme saint Marc ou saint Luc : il se hâte d'arriver, ou à la parole de Jésus comme à la chose essentielle qui dévoile le sens du fait ou à la prophétie ; qui rattache le fait cité à l'idée principale de son Évangile. Avec de telles préoccupations la peinture détaillée des événements, leur place historique dans la suite de la vie n'ont évidem ment qu'une importance secondaire.

Ces considérations générales sur la méthode

Nos quatre Évangiles. 20

306' PROCÉDÉS LlTTÉRAlKEô DE S. MATTHIEU

didactique, particulière à notre auteur, expliquent quelques procédés particuliers que nous rencontrons dans la composition de son Évangile, et sur lesquels nous voudrions nous arrêter.

C'est d'abord le pluriel mis volontiers à la place du singulier, pluriel d'indétermination ou pluriel de catégorie. C'est aussi une sorte de condensation de plusieurs faits ou des détails d'un même fait, telle que leur ordre ou développement réel est négligé au profit d'un enseignement à mettre plus en relief. Quelquefois ces deux procédés sont unis ensemble. Voici quelques exemples.

Il est certain qu'en Men des cas le pluriel a quelque cbose de plus indéterminé que le sin* gulier. Comparez, par exemple, dans le récit de la première tentation, la formule de saint Matthieu à celle de saint Luc. D'après le premier évangéliste (iv, 3), le tentateur s'adresse ainsi à Jésus-Christ : Dis que ces pierres deviennent pains. L'expression de saint Luc (iv, 3) est certainement plus précise et plus pittoresque ; Dis à cette pierre qu'elle devienne pain.

De même dans les conseilB sur la prière :

« Si vous, qui êtes méchants, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il à ceux qui le prient de bonnes choses, àyaQà ? » (Matth. , vu, 11 .) L'expression est générale et assez vague. Celle de saint Luc, « une bonne disposition, un

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esprit droit etsaint, 7rv£vp« àytov », est plus particu^ Hère et s'harmonise mieux avec la portée élevée de l'oraison dominicale, qui est le point de départ de ces développements sur la prière.

Après le récit d'un éclatant miracle, saint Matthieu (ix, 8) fait cette remarque : « Les foules glorifiaient Dieu qui a donné une telle puissance aux hommes » ; il n'a cependant en vue, dans le cas présent, que la puissance donnée à Jésus, au Fiils de l'homme.

C'est avec la même indétermination qu'il dit après la moiit d'Hérode (ii, 20) :. « Ceux qui cherchaient la vie de l'enfant sont morts. » Il ne s'agit évidemmeat que de lamortd'Eérode seul.

Un autre exemple du pluriel mis pour le singulier se rencontre probablement dans le récit du festin de Béthanie^ (xxvi,,8). En voyant, une femme répandre des parfums de grand prix sur la tête de Jésus, « les disciples dirent avec indignation : A quoi bon cette perte? On aurait pu vendre ce parfum très cher et en donner le prix aux pauvres ^ ». Saint Jean, qui nous rapporte le même fait (xii, 5), met dans la bouche de^ Judas cette^ réflexion : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois: cents.

I. Le récit du second évangéliste (xrv, 4) est à peu de? choses près identique. Cependant au lieu de la formulé' générale TToAAoO, « très cher », pour le prix du parfum, il donne une appréciation précise : trois cents deniers.. Sur ce point particulier il s'accorde avec saint Jean.

deniers pour les donner aux pauvres? » Et reconnaissant le vrai motif de son apparent souci des indigents, il ajoute : « Il dit cela, non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et qu'ayant la bourse il dérobait ce qu'on y mettait. » Dans ce récit le quatrième évangéliste est beaucoup plus précis que le premier : il désigne le nom de la femme, Marie ; le prix du parfum, trois cents deniers; l'auteur de la réflexion intéressée, Judas, le disciple habitué à compter, qui, d'un simple coup d'œil, a su apprécier la valeur du parfum. En regard, saint Matthieu paraît bien imprécis ; il se contente de formules générales.

Pour concilier les deux récits, nombre de commentateurs ont pensé que Judas ayant exprimé à ses voisins de table le mécontentement que lui causait la profusion faite sous ses jeux, plusieurs autres disciples auraient fait écho à sa plainte. Saint Jean mentionnerait spécialement Judas comme étant l'instigateur de ces murmures, et saint Matthieu comprendrait, sous le terme général les disciples, et celui qui prit la parole, Judas, et ceux qui conçurent en eux-mêmes du mécontentement de cette profusion et le manifestèrent plus ou moins par leur attitude. Ce qui retient ces commentateurs el les empêche de voir dans ce pluriel une simple généralisation selon les habitudes de saint Matthieu, c'est l'expression parallèle de saint Marc (xiv, 4) : « Quelques uns de ceux qui

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étaient là en témoignaient leur mécontentement. » Mais Ttvéç ne veut pas dire ici quelquesuns en opposition avec un seul; il a le sens indéterminé de certains. C'est un pluriel de généralisation, aussi bien que l'expression, /e^ disciples, de saint Matthieu.

D'ailleurs ce qui porte à croire qu«, sous ce terme général, le premier évangéliste (écho, comme le second, de la première prédication) a en vue Judas, c'est la place qu'il donne dans son récit au festin de Béthanie. Cette place n'est point chronologique. Le fait devrait venir six jours avant la Pâque, comme dans saint Jean.

11 est intercalé entre la réunion du sanhédrin, où l'on cherche les moyens de se saisir de Jésus, réunion qui eut lieu deux jours avant la Pâque, et la proposition que vient faire Judas aux princes des prêtres de leur livrer celui dont ils désiraient tant se débarrasser. En mettant le repas de Béthanie aussitôt avant le récit de la trahison, le premier évangéliste voit une connexion morale entre les deux incidents. L'un fut l'occasion de l'autre : une indignation d'avarice en face de la prodigaiké de Marie et la réprimande du Maître décident enfin Judas à se séparer de Jésus et à se ranger parmi ses ennemis.

C'est aussi comme un pluriel de catégorie qu'on doit interpréter l'expression dont se sert saint Matthieu dans le récit de la passion, ch. xxvii, 44. Appès avoir montré, autour de la Croix,

les passants qui injuriaient Jésus, les princes des prêtres et les anciens du peuple qui le raillaient, il ajoute : « Les brigands qui étaient en croix avec lui l'insultaient de la même manière. » Dans le récit plus détaillé de saini Luc (xxiii, 39), il n'y a pas deux malfaiteurs à insulter, mais un seul. « Or, l'un des malfaiteurs pendus à la croix l'injuriait disant : N'estu pas le Christ? Sauve-toi toi-même et sauvenous ! Mais l'autre le reprenait en ces termes : Ne crains-tu pas Dieu, toi non plus, condamné que tu es au même supplice? Pour nous, c'est justice; car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes. Mais lui, il n'a rien fait de mal. » Et il dit à Jésus : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras parvenu dans ton royaume. »

Jésus lui répondit : « Je te le dis, en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. » Faut-il admettre avec saint Matthieu que les deux larrons ont blasphémé, ou dire avec saint Luc que ce fut le fait d'un seul? Il est curieux de voir comment saint Jean Chrysostome (Homélie su?* le Paralytique, 3, 4) cherche à établir qu'il n'y a pas contradiction entre les deux évangélistes. « Ecoutez, dit-il à ses auditeurs, et suivez-moi avec l'attention la plus sérieuse; la question présente n'est pas une question futile, c'est une question qui vous servira beaucoup contre les Grecs, les Juifs et un grand nombre d'hérétiques, lorsque nous aurons donné la solution véritable. On reproche de

tous côtés aux évangélistes des divergences et des contradictions. Il n'en est assurément rien ; loin de là... On pourrait trouver dans les évangiles plusieurs faits qui soulèvent au premier aspect une accusation de contradiction et qui pourtant ne sont en aucune façon contradictoires. .. Autre chose est de varier, autre chose est de se contredire; là première de ces choses n'engendre ni lutte, ni discorde. »

Saint Jean Ghrysostome admet, on le voit, en principe, qu'il n'y a pas de contradiction véritable entre les évangélistes, qu'il ne saurait y en avoir. En cela il s'accorde pleinement avec saint Augustin et tous les Pères, pour qui l'inspiration de l'Ecriture est incompatible avec Terreur.

Mais, admis ce principe incontestable, autre chose est le moyen employé pour écarter le reprochet de contradiction : il est plus ou moins heureux. On peut en montrer l'insuiBûsance, sans pour cela ébranler en rien le principe. Nous voyons en effet que les Pères, qui admettent tous le prinxîipe, ne s'accordent pas sur les explications destinées à écarter les objections. Il peut même se faire que certains moyens employés généralement par eux, qui pouvaient satisfaire l'apologétique de leur temps, soient reconnus maintenant impuissants en face de difficultés nouvelles. Ils cherchaient surtout à résoudre les cas particuliers, à mesure qu'ils se présentaient à eux, dans leurs homélies ou

leurs commentaires. L'étude plus approfondie, qui de nos jours a été faite de la nature de l'inspiration et du genre littéraire des divers livres de la Bible, permet souvent de trouver des principes de solution plus généraux et plus solides.

Voici comment, dans le cas particulier qui nous occupe, le grand orateur cherche à montrer que le fait, raconté diversement par saint Matthieu et par saint Luc, n'est pas raconté contradictoirement. « Un évangéliste dit que les deux larrons blasphémaient; un autre que Fun d'entre eux blâmait avec énergie son compagnon. En cela rien de contradictoire. Et pourquoi? Parce que tous deux au commencement se conduisirent d'une manière indigne.

Mais ensuite quand les prodiges eurent éclaté, que la terre eut tremblé, que les rochers se furent fendus, le soleil obscurci, Tun des brigands changea de sentiment et revenant à une conduite plus sage, il reconnut l'innocence du crucifié et confessa sa royauté. Afin que vous n'aperceviez pas en cette confession l'effet d'une sorte de nécessité et d'une violence s'exerçant sur l'âme du larron, et que vous n'éprouviez en cet endroit aucun embarras, on vous le montre conservant d'abord sur la croix sa perversité première, preuve manifeste de la sincérité et de la spontanéité de sa conversion et de l'intervention de la grâce divine, à laquelle il fut redevable de ce retour au bien. »

Saint Jean Chrjsostome est un orateur. Rapprochant par la pensée l'attitude des larrons à la Croix et les prodiges qui s'accomplirent au^ moiiient de la mort de Jésus, il trouve dans la terre qui tremble et les rochers qui se fendent un motif capable d'ébranler les âmes les plus endurcies, d'arrêter les blasphèmes sur les lèvres d'un des larrons en les remplaçant par des paroles de repentir et de confiance. Mais, emporté par le mouvement de son éloquence, il n'a pas réfléchi que ces phénomènes sont postérieurs au dernier soupir de Jésus-Christ et par conséquent à la conversion du larron.

Si les ténèbres ont commencé à s'étendre et à envelopper le Calvaire dès la sixième heure, les autres prodiges sont indiqués par saint Matthieu séparément et placés aussitôt après la mort de Jésus. Puis, l'attitude du bon larron, telle que la présente saint Luc, et les paroles qu'il prononce, ne s'harmonisent guère avec le passage subit du blasphème à la prièreconfiante. Dans une telle hypothèse, il n'aurait pu dire simplement à son compagnon d'infortune : « Pourquoi blasphèmes-tu? » si lui-même, quelques minutes auparavant, il s'était rendu coupable des mêmes blasphèmes.

En faisant des reproches à l'autre larron, il ne s'accuse en aucune façon d'avoir lui-même injurié Jésus. Son langage suppose donc une tout autre attitude dans les moments qui ont précédé sa prière. Sans doute lorsqu'il fut associé

au supplice de Jésus, qu'il le vit souffrir et l'entendit parler, il dut sentir son âme profondément remuée et entrevoir quelque chose de surhumain dans cette patience inaltérable. Ge brigand pouvait être un violent, un passionné; mais, après des années de crimes, il gardait encore une certaine droiture qui lui permettait de se laisser toucher et gagner par la vérité. Combien l'explication de saint Augustin n'estelle pas plus ûaturelle et plus profonde que Texpédient proposé par saint Jean Ghrysostome ?

Il la denme, non dans un discours, mais dans un livre composé ex professa pour expliquer les contradictions apparentes des Évangile», dans 1« Be consensu evangelistarum^ lib. III, c. XVI. Voici comment il s'exprime : « Saint Matthieu' dit : les voleurs qui étaient crucifiés avec lui, le blasphémaient. Gomment se peut-il que saint Luc nous dise qu'un seul des deux blasphémait et que l'autre gardait le silence, et crut en lui? Ne devons-nous pas croire que saint Matthieu, dans le but d'abréger le récita emploie le pluriel pour le singulier ?... Quoi de plus ordinaire, par exemple, que d'entendre dire à quelqu'un : Les paysans m'insultent, quand il n'y en a qu'un pour l'insulter ? L'usage a permis d'employer la forme plurielle, quoiqu'un seul ait commis ce crime. »

I. Saint Marc parle ici comme saint Matthieu : son récit dépend étroitement de la même prédication populaire primitive .

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En effet saint Matthieu groupe par catégories ceux qui insultent à la Croix : le peuple qui passait, les sanhédrites, les voleurs crucifiés. Il ne prétend pas que tous dans la populace, que f6>M5 parmi les membres du sanhédrin insultaient le Sauveur mourant; il en est de même pour les voleurs. Selon son habitude le premier évangéliste va au plus court, et, dans le dessein de rappeler seulement les injures subies par Jésus dans son dernier supplice, il passe rapidement en revue et d'une façon générale les catégories d'insulteurs. Saint Luc, qui entre en plus de détails et précise les faits, nous montre comment en réalité les choses se sont passées. Le genre de composition de saint Matthieu, ses» procédés littéraires habituels fournissent donci encore la solution de la difficulté.

La constatation du même procédé nous donnei également vraie la solution de la divergence des^ récits de saint Matthieu (viii, 5-13) et de saint» Luc {vu, 1-10), dans le fait de la guérison du^ serviteur d'un officier à Gapharnaûm. Le premier évangéliste va au plus court : il supprime les deux messages envoyés par le centurion, et met dans la bouche de ce dernier ce que le troisième évangéliste fait dire par les anciens de la cité et par les amis de cet officier.

Pour expliquer cette contradiction , saint Chrysostome [Homélie xxvi sur saint Matthieu) essaie de trouver un certain accord, plutôt matériel, entre les deux récits. «Que Matthieu» dit-il.

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mette ce langage dans la bouche du centurion même, au lieu de faire parler des messagers, c'est sans importance ; on veut savoir si l'un et l'autre évangélistes attestent la bonne volonté de cet homme et la rectitude de son jugement sur le Christ. Rien n'empêohe, après cela, qu'il ne soit venu lui-même tenir le langage qu'il avait tenu par ses amis. Saint Luc n'a pas dit l'une de ces choses et saint Matthieu l'autre ; ce n'est pas qu'il y ait désaccord dans leurs narrations, c'est au contraire qu'ils se complètent mutuellement. »

Il y a bien cependant quelque difficulté à ajouter le récit de saint Matthieu à la suite de celui de saint Luc, et à faire répéter exactement par le centurion lui-même ce que ses amis ont déjà dit à Jésus de sa part.

Saint Augustin est plus dans le vrai quand il reconnaît là une figure de langage employée par saint Matthieu pour abréger. « Si la chose a eu lieu de la sorte (comme le rapporte saint Luc), où est la vérité dans ces mots de saint Matthieu : Un centurion s^ approcha de lui, puisqu'il ne vint pas lui-même le trouver, mais lui envoya ses amis? Ne faut-il pas qu'une observation attentive nous fasse comprendre que saint Matthieu a employé ici une figure de langage assez habituelle?... Nous disons ordinairement qu'on est parvenu près de quelqu'un, bien qu'on ne le voie pas soi-même, quand on arrive par l'intermédiaire d'un ami près de quelqu'un dont oa

recherche la faveur... Le centurion s'étant donc approché du Seigneur par l'intermédiaire dés anciens, saint Matthieu a pu dire pour abréger : Un centurion s'approcha de lui. C'est une façon de parler que tout le monde est capable d'entendre... Quant à saint Luc, s'il a expliqué comment tout s'est passé, c'est pour nous faire comprendre dans quel sens saint Matthieu, également infaillible, a dit que le centurion s'était approché de Jésus. »

Remarquons-le d'ailleurs', saint Matthieu, qui, selon ses habitudes, abrège ainsi le récit du fait, allonge d'autre part les paroles prononcées parle Christ en celte circonstance. 11 fait dire au Sauveur, qui vient de célébrer la foi du centurion (foi si grande qu'il n'en a pas trouvé de semblable en Israël), ces autres paroles (viii, 11-12) : « Aussi, je vous dis que beaucoup viendront de rOrient et de TOccident et auront place au festin, avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux. Mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Or ces deux versets sont placés par saint Luc dans une autre circonstance, à une époque plus avancée de la vie de Jésus- Christ et dans un contexte qui les explique d'une

I. Les Pères, ou les commentateurs anciens qui suivent l'opinion de saint Augustin, sont plus nombreux que lei partisans du sentiment de saint Ghrysostome.

manière beaucoup plus satisfaisante (Luc, xiii, 28, 29). C'est au cours d'un voyage à Jérusalem^ que ne rapporte pas saint Matthieu, dans un mor ment où il était question du rejet d'Israël et de l'entrée des païens dans le royaume. Conformément à son plan (cf. p. 3), saint Matthieu, ne pouvant pas raconter ce fait de la vie de Jésus, en extrait les paroles pour les rattacher au récit de la guérison du serviteur du centurion. Le pa-, rallèle entre la foi de ce païen et la foi d'Israël lui offre, grâce à une certaine analogie d'idée, l'occasion d'y placer l'annonce du rejet d'Israël et de l'entrée des païens dans le royaume.

Cette transposition n'a rien que de conforme au plan de saint Matthieu et à ses procédés ordinaires : abréger les faits, compléter les paroles dites dans une circonstance particulière par d'autres tirées d'ailleurs.

Nous trouvons dans le récit de la résurrection un exemple plus remarquable encore du pluriel pour le singulier, et du raccourci des faits. Ces procédés habituels de saint Matthieu nous permettent de considérer son récit de l'apparition de Jésus aux saintes femmes comme n'étant pas différent de l'apparition à Madeleine racontée par saint Jean.

Au matin du premier jour de la semaine, les saintes femmes se rendent au sépulcre. Saint Matthieu se contente de nommer deux d'entre elles, bien q^u'il soit assez naturel d'y voir une

partie des saintes femmes, venues de Galilée, qui avaient assisté à la mort du Christ sur la croix et avaient fait précipitamment, le vendredi soir, les premiers préparatifs de l'embaumement. D'ailleurs, saint Marc et saint Luc en nomment deux ou trois autres. Elles trouvent le tombeau vide et voient des anges leur annonçant que le Christ est ressuscité et qu'il donne rendez-Vous en Galilée à ses disciples et au petit troupeau de fidèles dispersé par la tempête, ainsi qu'il Tavait prédit avant sa mort. Les femme» sortent du sépulcre, Tâme partagée entre la crainte et la joie : la crainte produite et par une apparition céleste et par la perspective du ressentiment des Juifs à lanouvelle du tombeau trouvé, vide ; mais d'autre part la joie, joie inespérée de savoir Jésus ressuscité. Elles courent annoncer la nouvelle aux disciples réunis. L'évangéliste ne nous dit pas expressément qu'elles aient accompli leur message : la réunion des disciples en Galilée, racontée plus loin, le suppose. D'ailleurs, pendant qu'elles sont encore en route, saint Matthieu (xxviii, 8-10) nous les représente favorisées d'une apparition du Christ lui-même. « Et voici que Jésus vint au-devant d'elles en disant : Je vous salue. Elles s'avancèrent et lui tinrent les pieds embrassés et elles l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères de partir en Galilée ; c'est là qu'ils me verront. »

En comparant ce récit avec celui de saint

320 PROCÉDÉS LITTÉRAIRES DE S. MAT'lHIEn

Jean on remarque la coïncidence de tous les détails. Seulement il a perdu une partie de son V relief et pris une forme plus générale. Dans saint Matthieu : Jésus aborde les saintes femmes en les saluant. Dans saint Jean : Jésus salue Marie en l'appelant par son nom. Dans saint Matthieu, les saintes femmes Ix^àt^orov, saisirent les pieds de Jésus, les tinrent embrassés. Dans saint Jean, Jésus, comme s'il invitait Madeleine, tenant ses pieds embrassés, à cesser de le retenir, lui dit : pÀ pou aTTTou, ne me touche pas ou plutôt noLi adhœrere^ amplecti (pedes)^ cesse de me tenir <. Dans saint Matthieu, le Christ dit aux femmes : « Allez et dites à mes frères », et dans saint Jean : « Va vers mes frères et disleur. »

Ce sont donc les mêmes traits de part et d'autre. Mais saint Jean reproduit la scène dans toute sa nf»tteté et fraîcheur primitive, tandis que le récit de saint Matthieu est comme un somiiiaire de cette même apparition: les contours particuliers se sont un peu effacés dans la prédication traditionnelle pour ne conserver que les lignes générales, une simple esquisse, suffisante au but de son Évangile.

I. Les saintes femmes sont représentées selon la coutume orientale, prosternées devant Jésus attenant ses pieds embrassés. Cf. IV Reg.y IV, 37. Saint Jean suppose la même altitude chez Madeleine; tenant les pieds du divin Maitre embrassés, elle cherche à le retenir. Mv? àTrrstv, ce n'est pas seulement s'abstenir de mettre la main sur une chose, mais " aussi retirer la main qui a déjà saisi.

LES HÉCITS 3îl

Cette manière de raconter en traits généraux et ce procédé qui consiste à appliquer à une catégorie, les saintes femmes, ce qui ne convient qu'à une seule d'entre elles, sont bien dans les habitudes du premier évangéliste.

Si Ton se refuse à admettre cette identification, on est amené nécessairement à supposer deux apparitionsàMadeleine : l'apparition à Madeleine seule, que raconte saint Jean, et l'apparition, en compagnie des autres saintes femmes, d'après le récit de saint Matthieu. Car le premier évangéliste fait aller au tombeau Madeleine avec les autres femmes : ce sont elles ensemble, ou nommément Madeleine et Marie, qui reçoivent le message de Fange ; ce sont elles également que le Christ rencontre à leur retour du sépulcre. Matthieu ne suppose pas que Madeleine se^soit séparée de Marie.

De plus, la concorde des quatre Evangiles sur la résurrection se heurte à de très graves difficultés, dans la supposition d'une apparition aux saintes femmes distincte de celle dont Madeleine fut favorisée. Elle est au contraire singulièrement facilitée par l'identification des deux récits de saint Matthieu et de saint Jean. Si les saintes femmes dans leur retour du sépulcre ont vu, non seulement les anges, mais le Christ lui-même, elles ont dû, en rejoignant le groupe des disciples, ne pas leur porter simplement l'avertissement des messagers célestes, mais leur dire qu'elles avaient vu

Nos quatre Évangiles. 21

Jésus lui-même ressuscité. Or, d'après le rés^t des deux voyageurs d'Emmaûs, elles n'oni parlé aux disciples que d'apparition d'anges. On a voulu, sans raison et contrairement au texte, les faire venir d'abord à Jérusalem, après l'apparition des anges, pour avertir les apôtres, et ensuite les faire retourner au tombeau, où se placerait alors la vision du Christ ressuscité. Mais le texte de saint Matthieu, qu'on veut dans cette hypothèse prendre à la. lettre, s'y oppose : car c'est pendant que les saintes femmes sont en route pour porter aux disciples le message des anges, que Jésus serait venu au-devant d'elles.

L'identification du récit général de saint Matthieu avec la narration si vivante de saint Jean une fois admise, la concorde des Évangiles dans cette première partie des récits sur la résurrection est singulièrement facilitée. Les saintes femmes, dès l'aube du premier jour de la semaine, s'empressent d'aller au tombeau pour compléter l'embaumement et rendre les derniers devoirs au Maître bien-aimé. En arrivant, elles constatent que la lourde pierre qui fermait le sépulcre a été roulée, que l'entrée est libre et que le corps du Christ n'est plus là. Madeleine, tout émue, croyant à un enlèvement, quitte p!récipitamment ses compagnes et court avertir Pierre et Jean, qui ne devaient pas alors se trouver avec les autres apôtres. Ces derniers, qui avaient fui dès l'arrestation

de Jésus dans le jardin de Gethsémani, s'étaient cachés ensemble dans une maison de Jérusalem, celle où le Christ les trouvera réunis au soir de la résurrection, celle sans doute oùs'était célébrée la dernière cène. Mais Pierre^ honteux de son reniement et de sa lâcheté, s'était retiré dans la solitude, loin de tous les regards, pleurant amèrement sa faute. Il pouvait s'être caché dans quelque maison connue de Jean, où celui-ci l'avait retrouvé après son retourdu Calvaire. Saint Luc(xxiii, 34) constata que Pierre n'était pas avec les autres disciples, quand Jésus ressuscité lui apparut. Mais Pierre et Jean étaient tous les deux ensemble, lorsque Madeleine vint leur annoncer ce qu'elle avait constaté au sépulcre.

De leur côté, les saintes femmes, restées au tombeau après le départ de Madeleine, avaient reçu des anges l'annonce que le Christ était ressuscité et l'ordre d'avertir les apôtres. Précipitamment elles aussi, elles quittent le sépulcre et viennent trouver les disciples réunis et leur dire simplement, d'après le récit des voyageurs d'Emmaûs, qu'elles ont vu des anges leur annonçant la résurrection. Rien dans le message, entendu par nos deux pèlerins avant leur départ, ne laisse supposer que les saintes femmes auraient vu elles-mêmes le Christ.

Pendant qu'elles couraient porter aux disciples, réunis dans le cénacle, le message ange Hque, Pierre et Jean, avertis de leur côté par

,>2i i'ROCÉDÉS JJÏTERAIUES DE S. MATTHIEU

Madeleine, s'étaient empressés de venir constater ce (ju'elle leur avait annoncé. Ils entrèrent dans le sépulcre, se rendirent compte que le tombeau vide n'avait pas été violé, et qu'il n'y avait pas eu d'enlèvement violent et précipité. La foi commença à renaître dans leur âme et ils revinrent en ville le cœur tout ému et agité de sentiments divers.

Madeleine, arrivée peu après, les laissa repartir et ne put se résoudre à quitter le tombeau qu'elle voyait vide, mais où son amour espérait, malgré tout, retrouver le Maître bien-aimé. C'est alors qu'eut lieu, pour elle seule et comme récompense de son amour, la première apparition de Jésus, racontée par saint Jean d'une manière si touchante. Réconfortée par la vue et les paroles de Jésus, elle revint, elle aussi, mais plus tardivement que les autres saintes femmes, avertir les disciples que le Christ ressuscité les invitait à se réunir en Calilée.

On voit comment, dans ces premières pages des récits de la résurrection, l'accord se trouve facilité et éclairé par cette identification de l'apparition aux saintes femmes avec l'apparition à Madeleine.

Cette vue paraît confirmée par la comparaison de la finale de saint Marc avec saint Matthieu. Le second évangéliste {Marc, XVI, 1-8) commence son récit d'une façon, à peu de choses près, semblable au premier (Matth., xxviii, i-8).

LES BÉGITS ^ 32>

Dans les deux récits, les saintes femmes ont au tombeau une vision d'anges qui leur donnent le même ordre. Elles s'en vont précipitamment pour le porter aux disciples. Leur âme est partagée entre la crainte et la joie selon saint Matthieu; saint Marc n'insiste que sur la crainte. Le premier évangéliste, pas plus que le second, ne constate expressément que le message des anges a été porté aux disciples. La réunion des disciples en Galilée, racontée par saint Matthieu, le suppose seulement.

Jusqu'ici donc, saint Matthieu (xxvm, 1-8) et saint Marc (xvi, 1-8) se rencontrent. Mais au moment de poursuivre son récit selon le même plan*, le second évangéliste paraît avoir eu une certaine hésitation. S'il s'inspire d'une même prédication orale ou d'une même source, après l'apparition des anges aux saintes femmes, il devrait placer l'apparition de Jésus aux mêmes saintes femmes. Mais, comme s'il eût été retenu par le scrupule de sa précision habituelle, il lui répugne d'attribuer aux saintes femmes en général ce qui ne convient qu'à une seule. Aussi place-t-il ici la simple mention de l'apparilion de Jésus à Madeleine, dont saint Jean nous donne le récit détaillé.

ï. Bien entendu, le second évangéliste, en suivant son dessein, n'avait pas à relever, comme le premier, ce *qui concerne la garde du tombeau et la mauvaise foi des Juifs (xxviii, 2-4 et I i-i5).

Il semble du reste ne rappeler cette npparitiGa que pour constater l'incrédulité des disciples en face des affirmations de Madeleine. Même constatation après l'allusion faite par lui à l'apparition de Jésus aux pèlerins d'Emmaùs. De même, il ne semble mentionner l'apparition aux onze, au moment du repas, le soir de la résurrection, que pour placer les reproches du Christ à ses disciples sur leur incrédulité et la dureté de leur cœur.

Ces trois constatations de l'incrédulité des disciples, qu'est-ce autre chose sinon l'explication d'une remarque qui, dans le récit de saint Matthieu, a passé inaperçue? Cette remarque du premier évangéliste sur Tincrédulité des apôtres se trouve insérée dans le récit de l'apparition sur la Montagne. Les saintes femmes, comme nous l'avons vu, devaient transmettre aux disciples du Christ l'invitation faite parles anges de se rendre en Galilée. « Or les onze disciples s'en allèrent en Galilée sur la montagne que Jésus leur avait indiquée » (Matth., xxviii, 16). Le texte poursuit ainsi : xaî tSovrc? aùrov 7r6oo-£xùvvîo-av, ot U IStoraTav. Ce que la Vulgate traduit par : et videntes eiim adorcwerunt^ quidam autem duhitaverunt. Les commentateurs traduisent d'ordinaire le grec conformément au sens de la Yulgate : « Et le voyant ils l'adorèrent, cependant quelques-uns eurent des doutes. » Mais otSs n'est pas synonyme de rtviç, quelques-uns^

certains; il signifie : cez^x-c^-^ Il faudrait traduire : « Et (les onze) le voyant l'adorèrent, mais ceux-ci étaient dans le doute. » Ceux-ci, c'est-àdire les mêmes qui sont dits voyant et adorant. Mais, s'ils adorent, ils croient : ils ne sont donc pas dans le doute. C'est pour écarter cette contradiction, que les traducteurs ont introduit ici ridée d'un partage parmi ceux qui virent le Christ sur la montagne : ils représentent les uns adorant, et quelques-uns, certains, restant dans le doute. Le texte grec ne saurait avoir ce sens.

Comment alors le traduire ? On sait qu'il n'y a pas en hébreu de plus-que-parfait; pour le ren'r dre on se sert du parfait. Dans le grec des Septante et dans le Nouveau Testament l'équivalent de la forme hébraïque ou araméenne est l'aoriste*'^. Nous avons rencontré l'aoriste dans le verset 16, qui précède celui que nous examinons, et tout le monde le traduit par le plus-queparfait : « Les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne, ou Iràçaro «ùtoû ô T/îtovç, que Jésus leur avait indiquée, ubi constitue rat mis Jésus. » On ne traduit pas : à la montagne que Jésus leur montra dans le moment même

1. S'il y avait ol //.sv, ol oé, il y aurait alors un partage, dans le sens de ceux-ci, ceux-là.

2. L'aoriste avec la signification de plus-que-parfait se présente fréquemment dans les textes. Pour ne citer que le Nouveau Testament on peut voir Luc, xix, i5; xxiv, i; Joan., IV, 45,46; XI, 3o; Act., i, 2, etc.

(ce qui n'aurait pas de sens), mais à la montagne qu'il leur avait précédemment indiquée. Pourquoi ne pas traduire de même l'aoriste de la phrase suivante ? Et le voyant ils (les onze) l'adorèrent ; ceux-ci avaient été dans le doute. C'est-à-dire ils l'adorèrent, eux qui avaient été dans le doute. Par cette simple remarque saint Matthieu ferait allusion aux différentes apparitions de Jérusalem, qui avaient eu pour but de réduire l'incrédulité ou les hésitations des apôtres. Ce n'est qu'après avoir été convaincus de sa résurrection, qu'ils pouvaient, retournant en Galilée, obéir à la parole de Jésus et réunir sur la Montagne le petit troupeau dispersé.

Pour l'auteur du premier évangile aucune de ces apparitions de Jérusalem n'est l'apparition principale, celle qu'avait annoncée Jésus avant sa mort, et durant laquelle devait se constituer le nouveau royaume : elles ne servaient qu'à la préparer, à la rendre possible en convainquant les apôtres de. la réalité de la résurrection ^

Or, les trois récits sommaires de la finale de saint Marc, que font-ils autre chose, sinon expliquer cette brève et rapide remarque du prev mier évangéliste ? Ceci fait, le texte de saint Marc rejoint exactement celui de saint Matthieu. Les versets 18 à 20 de celui-ci sont parallèles aux versets 15 à 18 du second évangile. Ce dernier ne fait pas, il est vrai, allusion à la royauté

I . Nous renvoyons à la fin de cette élude la note relative à xxvxii, i6, de saint Matthieu, à cause de sa longueur.

souveraine, au nouveau royaume universel qu'inaugure le Messie ressuscité, comme le premier évangéliste : ce n'était pas, comme pour celui-ci, essentiel au but de son évangile. Mais la mission donnée aux disciples d'aller prèchrr dans le monde entier, de faire des croyants, de les baptiser, se trouve également dans les deux évangiles. Si la finale de saint Marc insiste sur les miracles, sur les œuvres de puissance et de domination de la nature et des démons, qui doivent accompagner la prédication, c'est que cette remarque est conforme à l'idée générale du second évangile.

La finale de saint Marc semble donc ne faire que suivre, en le commentant, un récit de la résurrection semblable à celui de sain t Matthieu .

Le récit de ce dernier, conforme au but de son évangile que nous avons indiqué plus haut, et à ses procédés habituels de composition, donne les faits en raccourci et veut en arriver au plus vite à la parole du Christ, essentielle à son dessein. Il se contente de dire d'une façon générale, très brièvement, que les saintes femmes oui vu des anges et le Christ lui-même ressuscité ; qu'elles sont chargées de porter aux apôtres l'ordre de se réunir en Galilée, selon la parole du Christ avant sa passion. Les onze entourés du troupeau fidèle, réuni de nouveau, voient le Christ ressuscité qui se met à leur tête, Tr^ooâysi, inaugure le nouveau royaume universel, et les envoie faire la conquête du

monde. îl est donc biao le Messie attendu qui fonde le vrai royaume : avec ces deux idées qui forment le dessein de son évangile, il n'oublie pas ici, comme dans le reste de son œuvre, de montrer la mauvaise foi des Juifs, qui par leur infidélité s^excluent eux-mêmes de ce royaume.

Nous trouvons dans le récit de l'institution de l'Eucharistie un autre exemple de simplification et de raccourci de^ faits par le premier évangéliste.

Saint Matthieu (xxvi, 20 et 26-29) s'exprime ainsi : « ^^Le soir venu, il se met à table avec les douze disciples ^ ^gQj. pendant qu'ils mangeaient, Jésus prenant du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. ^^Et prenant la coupe il rendit grâce et la leur donna en disant : Buvez-en tous : ^Scar ceci est mon sang, le sang de la [nouvelle] alliance, qui est répandu pour la multitude en rémission des péchés.

« 29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »

Il suffit ici d'indiquer qu'on trouve la même disposition et, à peu de chose près, les mêmes

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