SAINT MATTHIEU
et avec le baptême. Et c'est ainsi que tout primitivement on dut procéder (Act., i, 22; x, 27). Mais on ne dut pas tarder à sentir que la tkèse de la messianité était incomplète, si elle ne remontait jusqu'aux origines de Jésus. Il était
f naturel de se demander à Jérusalem (et les premiers auditeurs des Apôtres durent nécessairement le faire) si Jésus de Nazareth descendait de la famille de David, s'il était né à Bethléem, si les autres prophéties concernant son enfance s'étaient accomplies en lui. On ne conçoit pas la catéchèse de Jérusalem complète sans la réponse à ces questions. Les premières pages de notre Évangile de saint Matthieu ne font que reproduire cette réponse. Nous n'y avons pas à proprement parler une histoire de l'enfance de Jésus, Sa naissance n'est pas même racontée : dans le récit de l'adoration des Mages il y est fait simplement allusion ; on la suppose accomplie. L'évangéliste se contente de relever quelques traits messianiques et de montrer que Jésus est le fils de David, qu^il a été conçu d'une vierge, et qu'il est né à Bethléem, etc., ainsi que l'annonçaient les prophètes. Le titre
. de roi qui lui est donné par les Mages fait allusion au royaume. Enfin saint Matthieu ne manque pas de mettre en relief l'indifférence des Juifs et l'hostilité d'Hérode contre le Messie naissant en face de l'empressement des Mages.
•Toui cela entre bien dans le dessein général du premier Évangile, comme également dans le plan de la catéchèse primitive.
On peut se demander ce que saint Matthieu a mis en propre dans son œuvre, puisque dans toute ses parties elle répond si complètement à ridée de la catéchèse apostolique élémentaire à Jérusalem. Cet écrit ne pouvait qu'être substantiellement la même chose, étant destiné, selon le désir des fidèles, à suppléer à ce qui était prêché de vive voix ^ Mais la catéchèse orale ne devait que rarement comprendre tout Tensemble de la vie du Christ en une seule prédication ; et, lorsqu'elle le faisait, ce n'était vraisemblablement que d'une façon plus ou moins limitée, selon les circonstances. Elle se bornait le plus souvent à rappeler tantôt un fait ou une série de faits, tantôt d'autres, selon les besoins des auditeurs. Saint Matthieu, pour composer son Évangile, avait donc à réunir ces prédications particulières, ces récits fragmentaires ^ et à les fondre dans un tout plus complet et mieux ordonné. Il ne paraît rien ajouter à ce qui avait été choisi pour entrer dans la catéchèse; et en cela il diffère de saint Luc^.