‹ Nos représentants pendant la révolutionChapitre 6 sur 32 · Curé de Wael, député du baill. de Bar-le-Dac · texte numérisé non relu

Curé de Wael, député du baill. de Bar-le-Dac

t. Avocat au parlement d'Aix, député de la sénéchaussée d'Aix.

notamment : le marquis d'Aoust, Besse, Bouchette, Chombart, Darches, Delambre, le baron d'Ëlbhecq, de Kjtspotter, Merlin, Mortier^ Nicôdème, Perdrj, le curé llenaut, Scheppers, etc.

Presque tous ces députés faisaient d'ailleurs partie de la Société des Amis de la Constitution de Paris, dont est sorti le terrible club des Jacobins et il ne paraîtra pas sans doute hors de propos de donner ici la liste de nos hommes politiques qui appartenaient à cette Société . Nous l'avons extraite d'une liste des membres de la Société, imprimée le 21 décembre 1790, qui présente en outre l avantag-e de nous faire connaître l'adresse de nos députés à Paris. Parmi les onze cents clubistes qui fig^urent tant sur cette liste que sur UQ supplément de la même époque, nous avons relevé les noms suivants appartenant à notre représentation, savoir :

Aoust, rue du faubourfc Montmartre, n® 17.

Bcsse, rue de Beaune, faubourg- Saint-Germain, n® 4^.

Carondelet, rue de Bourbon, n° 12.

Darche, rue d'Angevilliers, hôtel de Conti.

Delbecq (lisez d'Ëlbhecq) , hôtel de Chartres, rue de Richelieu.

Fockedey, rue Saint-Louis au Marais, hôtel d'Ecquevilly*.

Le Poutre, rue des Moineaux, n® 7.

Merlin, rue Saint-Honoré, n® 5io.

Moirtier (lisez Mortier), rue des Moineaux.

Nolf, curé de Saint-Pierre à Lille (sans adresse).

Vanhœnacker, rue du Bout-du-Monde.

Mais pendant que l'Assemblée s'org^anisait , des faits graves se passaient à Paris où le peuple s'était emparé de la Bastille (ïl\ juillet), l'ag-itation se répandait de proche en

1. Lorsqu'il devint député à la ConTention, il alla loger rue Neuve-Saint- Roch, n* 48 {ALmanach national pour fîPS.y

proche, des violences commençaient à s'exercer de toutes parts et, même dans nos campag'nes du Nord, à Fiines, à Maubeuge, dans le Cambrésis, des paysans brillaient et pillaient les couvents ; à Fretin, des maraudeurs ravageaient les moissons.

Le moment des grandes manifestations était arrivé : les nobles donnèrent l'exemple en abandonnant tous leurs privilèges dans la célèbre nuit du 4 août. Les députés des gouvernances de Lille, Douai et Orchies, renoncèrent à leurs Etats et demandèrent à 1* Assemblée une administration provinciale ; ceux de la Flandre maritime déclarèrent aussi renoncer à la forme de leur administration actuelle. L'on vit enfin le marquis d'Estourmel renoncer, pour lui et pour la province du Gambrésis qu'il représentait, aux privilèges héréditaires et à tout ce qui restait des droits féodaux. Cette attitude de la plupart de nos députés ne manqua pas d'exciter du mécontentement chez beaucoup de nos concitoyens et, dans le Gambrésis^ la réprobation se traduisit par la révocation du mandat donné aux députés de cette province.

Aussi, le marquis d'Estourmel fut-il contraint, quelques jours après, d'atténuer quelque peu ses déclarations antérieures et d'expliquer qu'il n'avait pas entendu que sa province renonçât aux droits qui avaient été garantis au Gambrésis lors de sa réunion à la France.

Les mois de septembre et d'octobre furent en partie consacrés par l'assemblée à la rédaction de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le 12 octobre, à la suite des journées sanglantes qui marquèrent le commencement de ce mois, l'assemblée se transporte à Paris et s'installe d'abord à l'Archevêché, puis, le 19, dans la salle du Manège, près des Tuileries. La révolution dès lors s'accentue et les plus modérés abandonnent toutes leurs positions.

Déjà, TuQ de nos concitoyens, Laurent de Villedeuîl, avait délaissé ses fonctions de contrôleur général (ministre des finances) et avait pris la fuite, ce qui lui avait valu, de la part de Lally-Tollendal, l'épithète de lâche VUledeuiL

Effrayés de la marche des événements, plusieurs députés suivent cet exemple, venu d'en haut, et démissionnent : c'est Simon de Maibelle, c'est Van den Bavière, c'est Wartel ; ce sont encore le duc de Groy et le baron de Noy elles, tous membres de la droite ou. du centre.

A l'exception toutefois des électeurs du canton de Dunkerque qui se réunirent un peu plus tard (juin 1790) et votèrent unanimement une a adresse ^ de reconnaissance et d'admiration en action de g-râces et tribut de louang-es et de bénédictions, à Nosseig'neurs de l'Assemblée nationale, pour tous les sag-es décrets qu'elle avait promulgués », nos populations du Nord s'inquiétaient de ces départs successifs et des protestations s'élevaient de nouveau contre l'attitude de nos autres députés, qui ne laissèrent pas que de s'émouvoir. Les plus engagés d'entre eux, Scheppers, Delambre, Ghombart, Nolf, Lepoutre, Mortier, Merlin, se réunirent alors sous la présidence de ce dernier et lui confièrent le soin de justifier leur conduite dans une Lettre à leurs Commeltans (Voy. Bibliogr,, n® 17) où on lit notamment : a Le procès-verbal de la séance du 4 ^oilt fait » foi que ce n'est ni d'après notre renonciation, ni d'après » nos offres que la suppression de vos privilèges a été » prononcée. Nous n'avons fait dans cette séance que le » sacrifice de nos états provinciaux, et vous savez quelle » est la valeur de ce sacrifice. Ce que l'Assemblée nationale

1. Adresse des assemblées primaires du canton de Dunkerque à TAssembldc nationale. — (Dunkerque). De l'imprimerie de B. Weins^ imprimeur de la ville. 1790. In-40. (On remarque au bas de cette adresse les signatures de l'abbé Palmaert, de Coppens et de Fockedey.)

» a statué sur les privilèges de notre pays, elle l'a statué » d'office dans la pleine puissance lég-islative ; elle ne nous » a rien ôté par ce Décret, elle a seulement étendu aux » autres provinces les privilèges dont vous jouissez, » N'est-il pas évident qu'en faisant de vos privilèg'es le » droit commun de tous les Français^ elle leur donne une » nouvelle force, et les rendra bien plus inexpugnables » qu'ils ne l'étaient, quand ils n'avaient que vous pour » soutien ? Nous vous demandons la paix au nom du » monarque chéri^ du roi citoyen qui sait si bien faire » aimer les lois dont l'exécution lui est confiée. . . » Cette lettre, du Merlin tout pur, constatait en finissant que les opposants ne pouvaient être que des ce esprits pervers qui, » désespérés de ne pouvoir maintenir les abus par la force, » cherchaient à les reconquérir par la ruse » .

A quelques jours de là, cette lettre recevait deux réponses, l'une officielle (voy, Bibliogr,^ n® i8), l'autre, sous la forme d'un libelle intitulé : la Merlinade ou le Merlinmorlier-poutre *, transparente allusion aux noms des principaux signataires du document attaqué.

Les réformes cependant n'étaient encore qu'esquissées, les privilèges abolis seulement en paroles : c'est dans l'année 1790 que toute l'ancienne France disparaît au milieu de résistances et de déchirements qui ne tarderont pas à

1. La Merlinade ou le Merlin-mortier-poutrë, Réponse des Habitants des Provinces conquises, à la lettre circulaire des sieurs Merlin, Mortier, Poutre, leurs députés à Paris. — A Paris, Chez Démonville, rue ChHstine, nS9. In-S", 19 p. (Bibl. corum. de Douai. — L'exenip. de la Bibl. nat. est incomplet et n'a que 18 p.)

Cette pièce est une assez violente prise à partie des trois députés susnommés ; elle porte une épigraphe : « La Paix, Messieurs, la Paix », extraite de la lettre mémo à laquelle elle répond. On y examine les diverses mesures prises par l'Assemblée, auxquelles nos députés ont collaboré et on leur moDtre en quoi elles sont contraires aux instructions des cahiers. Â la page 13 (et c'est le seul passage que nous citerons pour donner une idée du surplus), on lit, à propos des assignats : « Vous pouvez d'avance. Messieurs Merlin, u Mortier, Poutre, les réserver, pour en torcher votre »

amener la gu^re civile. Au mois de janvier, se place la création des départements : les Flandres, le Hainaut, le CambrésiSy sont rayés de la géographie et remplacés par une circonscription nouvelle et plus homogène qu'on dénomme le département du Nord et qu'on divise en huit districts dont les chefs-lieux sont Yalenciennes, le Quesnoy, Avesnes, Cambrai, Douai, Lille^ Hazebrouck et Bergues ; les districts sont subdivisés en cantons, et Douai devient le chef-lieu du département .

Le ai janvier, l'Assemblée proclame l'égalité des citojens ; elle supprime les vœux monastiques le i3 février, puis les fermiers généraux le i5 mars ; elle décrète, le 8 mai, l'uniformité des poids et mesures; elle s'arroge, le 22 mai, le droit de guerre et de paix; elle supprime, le 19 juin, toutes les distinctions, titres de noblesse, etc. Le baron d'Ëlbhecq, à cette occasion^ monte à la tribune : il y fait pompeusement l'éloge du civisme et du bon état de l'esprit public dans les départements du Nord, de la Somme et du Pas-de-Calais.

Le 12 juillet^ la constitution civile du clergé est décrétée, mais le roi y oppose son veto qu^il ne lèvera qu'au mois de décembre suivant .

La foule est un moment distraite de toutes ces réformes par la fête de la fédération célébrée à l'occasion de l'anniversaire du i4 juillet et, à Paris, sur le Champ de Mars, l'enthousiasme populaire acclame les gardes nationaux venus de tous les coins de la France, comme un peu plus d'un mois auparavant, le même enthousiasme avait applaudi, sur le Champ de Mars^ à Lille, à la fédération des trois départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme ^.

1. Voy. : Relation de la fête de la confédération des départements de la Somme, dn Pas-de-Calais et du Nord célébrée à Lille, le 6 juin 1790. (Réimpression fac-similé du n* 68 de V AbeiUe-pairiote). — Lille» imprimerie Lefebvre-Ducrocq, rue Esquermoise, 67. 1881. In-4».

L'Assemblée constituante reprend ensuite ses travaux par la création des juges de paix (5 août), l'institution du jury (i6 août), la dissolution des parlements et la réorganisation judiciaire (7 septembre). Elle décrète, le 29 septembre, rémission de 800 millions d'assignats. Le curé de Tourcoing, Dupont, prend part à la discussion et s'élève avec audace contre ces bons billets ! Au sortir de la séance, il est entouré par le peuple, hué, traîné au bassin des Tuileries où l'on veut le jeter et n'est sauvé que par l'intervention de la garde. Deux jours après, le député du clergé de Lille se démet de son mandat.

L'année 1791 marque un nouveau pas en avant dans la voie des réformes. C'est d'abord la consécration de la constitution civile du clergé par le serment exigé de tous les évoques et de tous les prêtres. Nonobstant l'opposition du pape, les députés-curés Besse, Bracq, Breuvart, Nolf, Palmaert, Renaut, Roussel, prêtent Je serment. Le 12 février, l'Assemblée constituante abolit le monopole du tabac et crée, le lendemain, les patentes et les tribunaux de commerce. Elle reconstitue ensuite les ministères (27 avril), institue une haute cour de justice (10 mai) et adopte, le 3i mai, cette machine^ dont on attribue à tort l'invention au médecin Guillotin et qui allait répandre le sang de tant de victimes. Une diversion est faite, le 20 juin, aux travaux de l'Assemblée par la fuite de Louis XVI, bientôt arrêté à Varennes et ramené à Paris où désormais on le gardera à vue.

A la date du 9 juillet, l'Assemblée vote un ordre du jour pour contraindre les émigrés à rentrer en France, mais cette mesure ne fait qu'augmenter le mal et provoque de nouvelles émigrations. Le prince de Robecq notamment part pour l'étranger.

Le 3 septembre en fin ^ on achève le vote de la nouvelle constitution que le roi sanctionne dix jours plus tard^ et

TAssemblée constituante se sépare définitivement le 3o septembre pour faire place à l'Assemblée l%islative qui va se trouver composée d'hommes nouveaux. Aucun constituant en effet ne peut faire partie de cette seconde chambre, aux termes d'un arrêté de l'Assemblée constituante voté sur la motion de Robespierre. Merlin avait très vivement combattu cette motion, il avait même dit à la tribune : a Je crains » qu'une nouvelle lég'islature ne change la constitution, et » que, si elle ne la change pas, elle la laisse périr. » L'événement ne devait justifier ces craintes qu'en partie. Les II et 12 septembre 1791, un certain nombre de députés se réunirent et rédigèrent contre les actes de la Constituante une protestation qui fut remise au roi. On remarque parmi les signataires de cette pièce : le député d'Avesnes Hennet, et le baron de Nédonchel, député du Quesnoy, qui avaient siégé à la droite de l'Assemblée pendant toute la durée de la législature. Le curé Roussel, qui avait prêté le serment à la constitution civile du clergé, se rétracta et signa aussi celte adresse de protestation.

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