PLUSIEURS S'OFFREMT A SUIVRE JÉSUS
sur lui pour entendre la parole de Dieu, voyant cette multitude il donna V ordre de passer de Vautre côté du Lac K
VII. — Deux hommes l'arrêtèrent. Le premier était un Scribe outrecuidant et ambitieux. Incapable de demeurer inconnu dans la foule, mêlant à son enthousiasme des calculs d'intérêt et ne voulant de la suite du grand Thaumaturge recueillir que gloire et profitai aborda Jésus et lui dit: Maître, je vous suivrai partout où vous irez 2. Jésus fit, ici, ce que nous lui voyons faire en maintes circonstances : il répondit non point tant aux paroles du Scribe qu'aux intentions secrètes qui les lui dictaient. Scrutateur des pensées les plus cachées, c'est à ces pensées que d'ordinaire Jésus répondait. A l'ambition secrète du Juif il opposa son dénuement, et cette perspective de vie humble et pauvre suffit à le faire fuir. Les renards, répartit Jésus, ont leurs tannières, les oiseaux du ciel ont leurs nids, mais le Fils de V Homme n'a pas où reposer sa tête 3.
L'autre interlocuteur était un disciple que Jésus éclaira, affermit et garda. Il se méprenait sur les conditions de l'apostolat et la grandeur réservée du ministère des âmes, auprès duquel tout s'efface et qu'aucune chose au monde ne doit entraver. Il voulait suivre le divin Maître et partager les labeurs de l'apostolat, mais la mort d'un père, les affaires de famille à terminer, l'appelaient dans son pays. Seigneur , permettez-moi d'abord d'aller ensevelir mon père 4. Jésus ne le lui
* Matt., VIII, 18.
2 Matt., Luc, IX, 57.
» Matt., VIII, 20. Luc, IX, 58.
* Matt., VIII, 21. Luc, IX, 59.
Plusieurs s'offrent a suivre jésus 219
permit pas, et sa réponse, qui pourrait choquer plusieurs, nous apparaîtra, si nous le saisissons bien, pleine de sagesse et de convenance. Suis moi et laisse les morts ensevelir leurs morts. Pour toi va annoncer le royaume de Dieu * . Plusieurs, ne comprenant pas la situation telle que les paroles de Jésus-Christ l'insinuent, se récrient sur l'insensibilité de ce fils, absent dans un pareil moment de la maison paternelle. Mais pourquoi ne pas supposer que bien d'autres que lui étaient là pour le suppléer? « Laisse-les, disait Jésus, rendre à ton père ces suprêmes devoirs; situ étais indispensable, moi-même je t'y enverrais. » L'expression qu'emploie Jésus nous découvre une raison nouvelle de son refus. Pourquoi ce mot étrange : Laisse les morts ensevelir leurs morts? Il n'a son vrai sens que si nous supposons un intérieur sans religion et sans foi, une de ces demeures malheureuses, où les « morts » sont plus véritablement ceux qui vivent que ceUxque le trépas vient d'atteindre. Laisse-là ces morts, évite un contact où ta vocation sainte courrait d'imminents dangers, ne rentre pas dans une famille, où mille obstacles te retiendront fatalement et t'éloigneront pour toujours de moi. Assurément, cette explication est plausible, mais qu'elle ne nous voile pas une autre bien autrement vraie et péremtoire. Quand Dieu parle : quelle difficulté pouvons nous opposer ? Quelle raison légitimerait un refus ou même un délai ? Qui sera juge, de Dieu ou de nous ? Ce qui ressort clairement aussi de la conduite du Sauveur, c'est son intention de montrer comment rien ne prime sur la terre ce qui est de Dieu, de Târne et du Ciel. Si rien n'est sacré pour nous comme le devoir d'aller ense-
* Matt,, VIII, 22. Luc, IX, 60-61. , ;