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velir un père, si rien ne nous demande moins de temps et n'interrompra moins notre divin ministère, telle est, néanmoins, la grandeur de ce ministère, la gravité de ses obligations et la formidable responsabilité qu'il entraîne, que nous délaisserons pour Dieu ce que, sur la terre, nous avons de plus précieux et de plus aimé. Suismoi, va annoncer le royaume de Dieu 4. Que ceux qui ne s'élèvent pas à cet héroïsme, accordent au moins que nous fassions pour Dieu ce que nous accordons à des causes d'un ordre tout inférieur. Qu'une femme, une fille, une mère, nous semble trop sensible ou trop faible pour assister aux funérailles d'un être chéri, nous l'en dispensons : pour Dieu seul il n'y aurait pas de dispense?
Revenons quelque peu sur le mot profond du Sauveur : Laisse les morts ensevelir leurs morts. Il y a donc des morts vivants ? Il y a donc un état lamentable où sembler vivre ne fait que cacher aux yeux ce qui en réalité est la mort et la pire des morts ? Il est mort ce malheureux qui vit sans Dieu, sans foi, sans âme, sans avenir. Il est mort aussi celui qui ne mène plus qu'une vie de passions et de péchés. Son âme est un cadavre ; les vices le rongent comme les vers du sépulcre. L'infection qni s'échappe de tout lui-même le rend pour ceux qui l'approchent un objet de danger et de dégoût. Autant qu'un mort il est devenu inerte, insensible, sans aucune vibration chrétienne, sans un souffle, sans un mouvement possible vers le bien. Le suaire qui le couvre, le linceul qui l'enveloppe ne sont autres que les passions, qui le retiennent au fond de son sépulcre, dans la nuit fatale de la mort.
» Luc, IX, 60.
Après avoir écarté le Scribe et gardé le disciple fidèle, Jésus monta dans la barque qui devait le mener à l'autre rive du Lac : Le soir venu, Jésus laissa la foule et monta dans la barque avec ses disciples 4 .
I. — Quand Jésus s'embarqua sur le Lac, il voulut avec lui ses disciples 2 . D'autres barques aussi accompagnèrent la sienne, et en cela il avait son dessein. Jusqu'ici les Disciples avaient contemplé sa Divinité dans les miracles accordés à la foule, il était bon qu'ils la reconnussent dans un miracle opéré au milieu d'eux et pour eux. Les miracles de la foule étaient tous des actes de bienfaisance et Dieu les faisait « pour guérir toute infirmité . Le miracle dont les disciples vont être les témoins aura un autre caractère et une toute spéciale signification. En livrant ses apôtres aux fureurs d'une tempête, puis en apaisant par un saisissant miracle les flots mutinés, Jésus leur découvre à la fois l'avenir qui les attend, la foi et la confiance qu'ils doivent conserver en Lui, et le triomphe assuré qui suivra leur danger et leur angoisse. Le péril couru est nécessaire à l'énergie ; il ne l'est pas moins à l'humilité, et c'est lui encore qui entretiendra dans son Eglise la confiance en son chef divin. Car la tempête du Lac de Galilée n'est que le prélude d'autres tempêtes tout autrement redoutables, alors que l'Océan ne sera autre que le monde, les flots, les peuples, et le soulèvement de ces flots les persécu-
» Marc, IV, 35. Matt., VIII, 23. Luc, VIII, 22. * Matt., VIII, 23. Marc, IV, 36.
tions affreuses qui' ne cesseront de les assaillir. Durant ces tourmentes, Dieu semblera dormir et les laissera pour un moment en proie à la fureur de leurs] ennemis. Mais soudain il se réveille, gourmande les flots et la paix est rendue à son Église.
Telle est la prophétie qui ressort de la scène que nous allons contempler. Tandis qu'ils ramaient un coup de vent s'abattit soudain sur le Lac et souleva une tempête *. Que fait Jésus? Il laisse croître les fureurs de la mer, car il faut qu'une émotion violente grave pour de longs jours dans la mémoire des apôtres le souvenir de ce drame. Dieu d'ordinaire agit ainsi. Ainsi il effraya Moïse par la vue du serpent et ne le délivra qu'après une secousse terrible. Ainsi maintenant laisse-t-il les apôtres courir le plus extrême danger, grandissant par là l'éclat du miracle de leur délivrance. Le vent poussait les vagues dans la barque ; déjà elle s'emplissait et extrême devenait le danger. Cependant Jésus dormait 2. Nous pouvons en passant admirer l'esprit de simplicité et d'humilité qui remplit l'Homme-Dieu. C'est une grossière barque de pêcheur qui l'a reçu et il y dort sur le dur coussin qui sert au pilote. Nul faste, nulle grandeur dans la vie de ce Fils de Dieu descendu sur la terre, il est pauvre et ne semble se plaire qu'au milieu des pauvres. Ce sommeil, après les fatigues excessives de la journée, nous est témoin qu'il a réellement pris notre nature avec ses faiblesses et ses besoins. Mais ce sommeil de l'homme n'en est pas moins le sommeil d'un Dieu, sommeil tout puissant, aussi fécond en œuvres que la veille la plus active. Ne tremblons
* Luc, VIII, 23. Matt., VIII, 24.
2 Marc, IV, 37-38.
pas quand, au sein d'une tempête, où nous voyons la barque de l'Eglise horriblement secouée, Dieu semble dormir : Il veille, il dirige invisiblement cette barque; tout à l'heure il se réveillera et commandera aux flots furieux et il se fera une subite accalmie * .
S'il s'est endormi c'est pour rendre plus intense la frayeur de ses apôtres et plus frappant son miracle. Ceux-ci, en effet, se voyant près de couler réveillent leur Maître par un cri de terreur : Maître, nous périssons, sauvez-nous 2 /
Avant de sauver les corps il était plus urgent de sauver les âmes ; avant de commander les flots, Jésus gourmande ces timides, qui n'avaient pas su comprendre qu'une barque qui porte Dieu ne saurait périr. La foi pleine, telle que Jésus la leur voulait, leur faisait défaut. Ils eussent été rassurés s'ils l'avaient vu éveillé ; endormi, ils tremblaient, comme si son sommeil eût enchaîné à la fois sa vigilance et son pouvoir ; et il parut plus nécessaire au Sauveur de former les siens à une intrépide confiance que de faire cesser tout d'abord la tempête. Que craignez-vous, gens de peu de foi 3 / Admonestation divine, qui traverse les siècles, s'étend à toute l'histoire de l'Eglise, retentit à chacune des tempêtes qui l'assaillent, et se fera entendre plus énergique encore dans la tourmente de la fin des temps.
En disant ces mots, Jésus se lève : voici le Dieu qui commande en maître absolu et auquel rien ne résiste. Il se lève, gourmande le vent, commande à la mer, et il se fait instantanément un calme parfait 4. Ce
* Marc, IV, 38. Matt., VIII, 24.
2 Matt., VIII, 23. Luc, VIII, 24. Marc, IV, 37. » Matt., VIII, 26.
* Luc, VIII, 24. Matt., VIII, 26. Marc, IV, 39.
n'est pas seulement le miracie, mais toute l'attitude de Jésus qui nous montre en Lui le Dieu maître de l'univers et le Fils de Dieu consubstantiel à son Père. Quand Moïse opère sur la mer Rouge le miracle que l'on sait, il l'opère comme ministre, serviteur, et délégué de Dieu ; il commande en subalterne et après avoir imploré de Dieu la puissance qu'il déploiera sur les flots. Ici rien de pareil. Jésus-Christ agit comme ayant en lui-même la plénitude des pouvoirs divins. De Dieu, son Père le Psalmiste avait dit : « Dieu parle et l'esprit de la tempête se tient prêt devant lui » . « Dieu parle, et il se fait sur la mer un calme absolu ». Tel est Dieu sur les Océans, tel est Jésus-Christ sur le lac de Génésareth. Et sa puissance s'exerce dans une telle plénitude que les flots subitement calmés ne gardent pas même le remous qui s'observe assez longtemps encore après chaque tempête. Les Apôtres louaient Dieu et affermissaient leur foi en leur divin Maître. Les autres mariniers pour qui Jésus-Christ était presque un inconnu n'exprimèrent que leur stupéfaction et se demandaient les uns aux autres : Quel est celui-ci qui commande au vent et à la mer, et ils lui obéissent l ?
II. — Le pays opposé à Capharnaum où Jésus aborda était celui de Gérare, dans la Décapole; pays demi-idolâtre, peuplé de grecs voluptueux et sans croyance. A peine arrivé sur la rive il se trouva en face d'un spectacle horrible. Deux démoniaques, sortant de leur repaire, accoururent à lui ; l'un d'eux plus furieux et plus torturé, dont saint Luc et saint Marc se sont uniquement préoccupés. Tels étaient sa maligne violence et ses sévices
1 Matt., VIII, 27. Marc, IV, 40. Luc, VIII, 25.
que nul habitant n'osait plus traverser ces parages. Les liens dont on avait tenté de le garrotter, il les avait sans cesse brisés ; il errait libre et menaçant, et plus cruel encore envers soi-même qu'envers ses victimes, il se meurtrissait à coup de pierres. Nul vêtement ne couvrait plus sa hideuse nudité *.
Les démons qui le possédaient le tenaient d'ordinaire enfermé dans des sépulcres 2. Et si nous en cherchons la raison, nous serons amenés à découvrir l'une des ruses les plus familières aux esprits mauvais et l'un des plus ordinaires moyens qu'ils emploient pour tromper ceux qui ont la désastreuse imprudence de les évoquer. Ils évitent de se faire connaître et pour se mieux dissimuler ils empruntent le nom, la voix, les allures des défunts. Ils prétendent mettre l'imprudent évocateur en communication avec les morts dont ils contrefont la parole et singent les sentiments. Le spirite qui croit s'entretenir avec l'être qu'il a connu et aimé, communique en réalité avec le démon qui joue son personnage : spirites et évocateurs mal avisés et ignorants, qui méconnaissent les droits absolus de Dieu sur les âmes qu'il rappelle à Lui. Comme si Dieu livrait ces âmes aux fantaisies sacrilèges du démon I Comme s'il permettait au démon d'abuser d'elles pour ses évocations impies I Comme si les âmes sorties de ce monde n'étaient pas par lui tenues dans des lieux précis, que sa sagesse détermine et que sa puissance maintient ! Que les démons et les démoniaques se plaisent aux sépulcres, il ne s'en suit nullement qu'ils aient pouvoir sur les âmes des morts.
■ Matt., VIII, 28. Luc, VIII, 28-29. Marc, V, 3-4. 9 Marc, V, 3.
En descendant de la barque Jésus vit venir à lui deux possédés du démon qui sortaient des sépulcres, si dangereux et si pervers que nul ne pouvait plus passer par là. Ils se mirent à pousser des cris et à dire : qu'y a-t-il de commun entre nous et Toi, Jésus Fils de Dieu ? Es-tu venu ici avant le temps pour nous torturer l ?
Après la nature humaine, après les flots de la mer, voici le démon qui rend à sa manière témoignage à la divinité de Jésus-Christ. Jésus-Christ est la terreur de l'enfer. Si les démons ne démêlaient pas clairement le mystère de l'Incarnation, ils savaient au moins que viendrait au monde Celui « qui leur écraserait la tête », et ils commençaient à redouter en Jésus-Christ ce vainqueur abhorré. Ils savent aussi que lorsque l'histoire humaine sera close et leur mission de nous tenter terminée, ils cesseront d'errer sur la terre et devront réintégrer leurs ténébreuses prisons ; de là leur clameur de détresse : Viens-tu nous torturer avant le temps2 ? Ils redoutent de plus, ici, un châtiment spécial pour les maux dont ils accablent leurs deux victimes, et ils essaient d'adoucir, en le glorifiant du titre de « Fils de Dieu », celui dont ils redoutent les coups.
Saint Marc ajoute un détail omis par saint Matthieu. Jésus pose au démon cette question: Quel est ton nom? Légion, répond Satan, car nous sommes beaucoup2. Et cette multitude suppliait Jésus de ne pas les chasser hors de la contrée 4.
Us lui firent une autre demande, digne en tout de ces
i Marc, V, 6. Matt., VIII, 29. Luc, VIII, 28. a Matt., VIII, 29. Marc, V, 7. Luc, VIII, 28. » Marc, V.9-10. Luc, VIII, 30-31.
Luc, VIII, 32-33.
esprits immondes: Si tu nous chasses envoie nous dans ces pourceaux1. Un nombreux troupeau était rassemblé sur les collines d'alentour. « Envoie nous dans ces pourceaux ! » Voilà où sont tombées ces intelligences, créées si belles et si pures ! Voilà l'abîme de perversité et de honte où nous les trouvons englouties ! Abaissement d'une part, méchanceté de l'autre. Le démon n'a qu'un but, nous nuire, nous perdre, nous arracher nos biens, souiller nos âmes, nous faire périr avec lui. Il n'a plus d'aulre volupté que celle de détruire. C'est ainsi qu'il détruisit la fortune et le bonheur de Job ; et ici, en faisant périr ce troupeau, il ne songeait qu'à causer du dommage aux gens de la contrée et en même temps à se venger de la défaite que lui infligeait Jésus. Vengeance insensée, puisqu'il y perdait bien plus que ce que pouvait y gagner sa méchanceté. Pour de vils animaux qu'il suffoquait dans la mer, il procurait à Jésus la gloire d'un miracle, aux possédés un saisissant souvenir, aux habitants de Gérare l'occasion de s'éclairer sur la présence et le salut du Rédempteur. Aussi Jésus accéda-t-il à sa demande. Il y avait là, sur la montagne, un grand troupeau de porcs qui paissaient. t Si tu nous chasses, dirent les démons, envoie nous dans ces pourceaux. » — « Allez! commanda Jésus. A l'instant ils sortirent des possédés et entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau d'environ deux mille s' élançant impétueusement se précipita dans la mer et s'y noya 2.
Il serait assurément aussi puéril qu'injurieux de demander à Jésus-Christ, Dominateur et Maître de toutes
i Luc, VIII, 33. Matt., VIII, 31. Marc, V, 11-12. 2 Matt., VIII, 32. Luc, VUI.33. Marc, V, 13.
choses, compte de la perte infligée au possesseur du troupeau. D'ailleurs cette perte matérielle ne compte guère en présence des graves motifs qu'avait le Sauveur de l'infliger. Cette destruction achevait d'éclairer les démoniaques sur l'horreur de leur position passée et la cruauté des démons dont Jésus venait de les délivrer. La puissance de l'Homme-Dieu se trouvait exaltée par le double commandement qu'il venait d'intimer aux esprits infernaux de sortir des possédés et d'entrer dans les pourceaux. Désormais, notre cruel et tout puissant ennemi nous apparaît lié à la volonté de Jésus, incapable de rien faire que par l'ordre ou la permission de Celui qui l'a vaincu et désarmé. Nous ne pouvons devenir ses victimes que si nous nous livrons volontairement à lui. Mais qu'advient- il de nous si nous en avons la folie criminelle ? Jésus nous le montre dans le sort fait aux pourceaux, et c'est par une miséricordieuse bonté que l'expérience de la cruauté et de la force du démon est faite sur de simples animaux. Jugeons de la rage avec laquelle Satan se jette sur l'âme coupable et condamnée et la précipite dans l'enfer !
Les habitants du pays de Gérare eussent dû profiter de tels spectacles : leur grossier sensualisme leur en fit perdre le fruit. Quand les porchers pleins d'épouvante s'en furent près d'eux et leur racontèrent la merveille dont ils venaient d'être témoins, ils vinrent en foule à Jésus, et la vue des démoniaques délivrés leur fut un premier sujet de stupéfaction : Toute la ville et de nombreux habitants de la campagne vinrent à Jésus et trouvèrent les possédés assis à ses pieds , calmes, vêtus et entièrement guéris i. Mais voici qu'au
i Marc, V, 15. Mattv VIII. 34. Luc, VIII, 35-36.
lieu de voir en Jésus-Christ un Sauveur secourable, un envoyé de Dieu, un Dieu dominateur superbe des esprits infernaux, ils n'obéirent qu'à une épouvante imbécile et ne songèrent qu'à éloigner d'eux Celui qu'ils voyaient armé de si redoutables pouvoirs. Remplis d'effroi ils supplièrent le Seigneur de s'éloigner d'eux *.
Terrible faculté que notre libre-arbitre nous laisse ! Nous pouvons nous éloigner de Dieu et éloigner Dieu de nous. Car ce n'est pas d'esclaves fatalement amenés à ses pieds dont Dieu veut faire sa famille éternelle, mais d'âmes qui (se donnent à Lui librement et correspondent spontanément à ses avances et à ses bienfaits : Jésus s'éloigna donc et revint à la barque pour repasser le Lac2. Mais, bienfaisant encore alors même qu'on reconduit, il laissa au pays de Gérare et à toute la Décapole de puissants moyens de salut. Quand les démoniaques délivrés le supplièrent de les enmener avec lui, il refusa leur demande : Retournez en votre demeure et racontez chez vous ce que Dieu a fait et comment il vous a pris en pitié 3. La Décapole n'eut pas de prédicateurs et d'apôtres plus ardents et plus infatigables : Ils. parcoururent, dit saint Luc, tout le pays, annonçant partout les miracles que Jésus venait d'opérer, et tous en étaient dans l'admiration 4. Ils n'étaient pas les seuls dans cette œuvre d'évangélisation. Les conducteurs du troupeau racontaient à leur tour l'œuvre qu'ils avaient contemplée, ceux-là mêmes que la destruction des pourceaux avait lésés n'en étaient que plus animés à faire connaître l'acte de puis-
i Luc, VIII, 37. Marc, V, 17. Matt., VIII, 34. 2 Marc, V, 20. Luc, VIII, 37.
« Luc, VIII, 38. Marc, V, 18-19.
* Luc,, VIII, 39-40.
sance qu'ils avaient eu à subir; la ville entière de Gérare, s associant à ces divers témoignages, répandit dans les cités voisines la connaissance de Jésus-Christ.
Etudiée au sens anagogique, la scène de Gérare n'est pas moins pleine de saisissantes leçons. Quels sont ceux dans lesquels les démons font leur entrée impétueuse et irrésistible? Ceux qui vivent dans l'état du péché ; ceux dont la bestiale luxure a fait de véritables pourceaux. Le pécheur scandaleux n'est-il pas un véritable démoniaque, et ne retrouvons nou s pas en lui tous les traits qui marquent les possédés de Gérare? Aucun frein ne l'arrête, aucunes chaînes ne compriment le débordement de sa luxure, ni convenance, ni honneur, ni pitié, ni conscience, ni âme, ni Dieu, ni intérêt du temps, ni perspective de l'éternité ; entraves de la raison comme entraves de la foi, il brise tout ; et rien, ni au ciel ni en la terre, ne le peut plus retenir. Malheur à l'innocence qui en fait la rencontre funeste ! Toute vertu qui passe à sa portée il la souille et la fait périr. Il est nu, le malheureux ! La grâce ne le couvre plus, les œuvres saintes sont en lambeaux, rien ne le protège plus contre les ardeurs de la Justice et l'attente du châtiment. D'ailleurs son état même est un premier châtiment ; c'est un état de pourriture et de mort ; le vice lui est un ignominieux sépulcre, les passions le rongent comme les vers du tombeau, et de toute sa personne s'échappent les miasmes de la corruption.
Heureux le pécheur s'il a, comme les possédés de Gérare, l'élan qui le porte vers Jésus ! Heureux si Jésus le délivre ! Sauvé de ces vices nous le retrouverons aux pieds du Sauveur : On trouva les possèdes assis aux pieds de Jésus, calmes, vêtus et complètement guéris1,
1 Luc, VIII, 35.
guérison d'un paralytique 231