LE LÉPREUX. LE CENTURION. LA VEUVE DE NAÏM
I. — Après les paroles, les actes; après la doctrine, les miracles qui la confirment. Ainsi se montra Jésus- Christ durant tout le cours de sa Vie Publique : envoyé de Dieu pour annoncer au monde la vérité, Dieu lui même dans les miracles qu'il multiplie pour prouver si; divine mission. Quand Jésus descendit de la montagne,une immense multitude se mit à le suivre. FA voilà qu'un lépreux vint à lui et, l'adorant, lui dit
i Matt.,VII, 28-29.
guérison d'un lépreux 413
« Seigneur, si vous le voulez vous pouvez me guérir l . »
Les vertus de cette infirme sont éminentes. S'il a montré sa discrétion et sa patience, en attendant pour aborder le Sauveur la fin de la longue prédication sur la Montagne des Béatitudes, sa confiance inébranlable se montre dans son audace à franchir la distance que lui imposait sa lèpre et à se mêler à la foule. Assuré de sa guérison, il agit déjà comme affranchi des durs règlements imposés aux lépreux. Dans un détail que relate saint Marc, « il se prosterne » devant Jésus, sa piété se fait jour. Mais la vertu la plus admirable est en lui la foi. Nous voici loin des hésitations, des demi-croyants de Jaïre et des autres. Pour le lépreux, Jésus-Christ est Dieu. Il vient de l'adorer, maintenant il lui parle comme à un Dieu, il se confie à lui comme on se confie en Dieu : Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir. Il n'y a qu'à un Dieu et d'an Dieu que Ton peut parler ainsi, car Dieu seul possède en lui la volonté et la puissance du miracle. D'autres opéreront des prodiges, mais il les feront au nom et parla puissance de Dieu, comme des serviteurs et des délégués. Et quand la foule s'y méprendra, les Apôtres s'empresseront de l'éclairer sur le seul véritable auteur du miracle : « Que faitesvous donc ? Comme si c'était de nous-mêmes et par notre propre pouvoir que nous ayons fait marcher ce perclus?» Quand donc le lépreux dit à Jésus-Christ: « Si vous le voulez, vous pouvez me guérir, » il confesse clairement sa divinité.
Que fait Jésus? Il accepte et il prouve. L'incrédule viendra qui, faussant l'Évangile, prétendra que Jésus-
* Malt., VIII, 1.
414 GUÉRISON b'UN LÉPREUX
Christ ne laissa que timidement et peu à peu s'accréditer la foi en sa divinité. Voyez, au contraire, sa conduite en face du lépreux. Celui-ci disait: « Si vous le voulez. » Jésus répond le même mot et prouve ce que ce mot renferme en opérant le miracle. Je le veux, sois guéri! Et à V instant le lépreux fut guéri. « A l'instant. » Comme nous l'avons plusieurs fois fait remarquer, l'instantanéité d'une guérison n'est pas la moindre preuve de son caractère miraculeux.
En même temps qu'il déployait sa puissance divine, Jésus-Christ montrait sa suprême autorité sur la Loi mosaïque. Cette Loi interdisait tout contact avec un lépreux. Le toucher, le laisser même s'approcher était sévèrement défendu. Comment sans ces précautions eût-on pu se préserver du fléau ? Et quand le prophète Elisée obtient de Dieu la guérison du Lépreux Naaman, c'est sans l'approcher, surtout sans le toucher, mais en l'envoyant se baigner dans le Jourdain qu'il le purifie de sa lèpre. Toute autre est l'attitude de Jésus-Christ, Etendant la main Jésus le toucha 2. Que pouvait craindre Celui en qui résident toute santé et toute vie ? Bien loin que le lépreux pût lui communiquer sa souillure, c'est lui qui communique au lépreux sa divine pureté. Tirons, nous autres, cette leçon que la sainteté de l'âme importe avant toute chose, et que, quand notre âme est sainte, elle fait jouir de sa sainteté même notre corps. La foule qui contemplait cette scène n'y trouva sujet qu'à admiration et louange, car elle était droite et simple, et la perfidie pharisaïque, toujours prête à incriminer les actes du Sauveur, ne l'avait pas encore pervertie.
* Matt.,I. 40. Luc, V, 12.
» Marc, 1,41. Luc, V, 13.