‹ Nos saint évangiles (volume 2)Chapitre 32 sur 40 · GUÉRISON D'UN LÉPREUX · texte numérisé non relu

GUÉRISON D'UN LÉPREUX

Jésus réclamait souvent des malades guéris la discré. tion et le silence. Il le fait ici : Garde-toi d'en rien dire à personne { . Il ménageait avec une tendre condescendance les susceptibilités jalouses de ses ennemis, qu'irritait avant tout le bruit de ses miracles. Mais il nous donnait surtout une leçon. Les grâces que Dieu nous accorde ne doivent pas servir à notre illustration, et plus nous faisons de bien, plus nous devons chercher l'ombre et le silence. Mais alors le lépreux fut bien coupable, car il mit autant d'empressement à publier le miracle que Jésus en avait mis à le lui faire tenir secret ? A peine eut-il quitté le Sauveur qu'il se mit à proclamer le prodige. La renommée de Jésus grandit à ce point qu'il ne pouvait plus paraître dans la ville; on venait de tous côtés pour V entendre et lui présenter les malades à guérir 2. Sans doute, Jésus-Christ, maître des volontés, eût pu enchaîner celle du lépreux et le forcer au silence. Il ne le jugea pas à propos, car nous avions besoin d'une autre leçon : celle de la gratitude envers Dieu pour les bienfaits dont il nous comble. S'il est bon de garder dans l'ombre ce qui pourrait, en le mettant en lumière, nous conduire à l'orgueil, il est nécessaire que Dieu soit glorifié dans ses œuvres, dans celles qui nous regardent comme dans les autres.

Pourquoi Jésus-Christ forçait-il les lépreux qu'il guérissait à se montrer aux Prêtres ? Va, montre-toi au prêtre et présente ton offrande selon la prescription de Moïse. Ce lui sera un témoignage 3 ■. Nous avons vu avec quelle autorité souveraine il dominait la

i Matt., VIII, 3.

a Matt., VIII, 4. Marc, I, 43-44. Luc, 14.

s Marc, 1,45. Luc, V, 15.

416 guéris on d'un lépreux

Loi de Moïse qu'il allait abroger. Mais cette Loi venait de Lui, elle avait fourni une sainte et glorieuse carrière, elle était à l'heure même pleine de force et de vie en Israël : il importait de la traiter avec honneur jusqu'au dernier moment. Aussi, Jésus-Christ l'avait-il observée durant sa vie entière et la faisait-il observer aux siens, se réservant seulement de l'enfreindre quand il le jugeait nécessaire pour habituer les Juifs à son abrogation. Nous verrons les Apôtres en agir de même après lui. Il importait de plus d'enlever à ses ennemis tout prétexte à le présenter aux foules comme violateur de la Loi, adversaire de Dieu et contempteur du Sacerdoce Mosaïque. Mais un autre but était encore atteint par la démarche du lépreux. Ce leur sera, dit Jésus, un témoignage * . Ils verront ma puissance, ils seront obligés de constater les miracles sur lesquels j'appuie l'affirmation de ma divinité ; j'aurai ainsi tout fait pour les convaincre, et, s'ils demeurent incrédules, ils ne pourront s'en prendre qu'à eux des désastres où cette incrédulité les entraînera. Dieu, de son côté, fait tout pour nous sauver, nous seuls demeurerons les artisans de notre perte.

Avant de quitter le lépreux que nous voyons si ardent à publier les bienfaits de Dieu, demandons-nous si nous le savons imiter. Quelle est notre reconnaissance ? Quel soin avons-nous de profiter des grâces dont Dieu nous comble ? Ou plutôt quel mépris n'en faisons-nous pas paraître dans l'inconscience et l'oubli avec lesquels nous les accueillons ? Notre vie entière devrait n'être qu'une continuelle action de grâces, au lieu qu'elle n'est qu'un long acte d'ingratitude. Lisez les écrits de Saint Paul, suivez les prières et les cérémonies de l'Église,

1 Matt.,VlII, 4.

vous verrez comment louer Dieu et lui rendre grâces sont leur constante préoccupation.

IL — Capharnatim qui venait d'être témoin du miracle opéré sur le lépreux, en vit presque aussitôt après, un autre non moins éclatant. Un Centurion avait un serviteur infirme, auquel il tenait beaucoup et qui était dans un imminent danger de mort l. Voici l'une des plus nobles figures qui nous soient apparues dans l'Évangile. Toules les vertus semblent s'être données rendez-vous dans l'âme de cet officier romain. Il est d'un cœur si tendre et si bon qu'un simple serviteur absorbe sa sollicitude et lui arrache de vives et touchantes supplications. Sa modestie ne peut concevoir que le Grand Prophète d'Israël lui fasse l'honneur d'une visite. ' Quant à sa foi, elle est si pleine, si éclairée, si énergique, qu'elle émerveillera tout à l'heure l'Homme-Dieu lui-même .

Dès qu'il apprit le retour de Jésus-Christ dans Capharnatim, il lui envoya une députation composée de Juifs influents dont il s'était fait l'ami grâce à ses bons procédés et à ses largesses. Les Juifs d'ailleurs, orgueilleux comme toujours, et qui prenaient volontiers les devants, étaient bien aise de faire montre de leur influence et de leur crédit. Ils s'en vinrent donc à Jésus porteurs des paroles du Centurion : « Seigneur, mon serviteur est frappé de paralysie, gisant dans ma maison et souffrant de violentes douleurs 2. » Plus remplis de confiance en eux-mêmes que dans la requête d'un païen, ils ajoutèrent leurs propres supplications et les motifs

» Luc, VII, 2. Matt.,VIII,5.

«Luc, VII, 3.

qu'ils avaient de se voir exaucés. Cethomme, dirent-ils est digne que vous lui accordiez ce qu'il vous demande, car il aime notre nation et nous a dotés d'une Synagogue . — J'irai et je guérirai le malade, répondit Jésus l.

Les paroles du Sauveur, dès qu'elles lui furent rapportées, étonnèrent le centurion jusqu'à effrayer son humilité. Le grand Prophète venir chez lui! Celui dans lequel sa foi démêlait des signes non équivoques de divinité s'abaisser jusqu'à franchir le seuil d'un idolâtre ! Non ! Et avant que Jésus se fût approché, il envoya à sa rencontre plusieurs de ses intimes chargés de lui dire : Seigneur, épargnez-vous cette peine. Car je suis indigne que vous entriez sous mon toit ; Moimême, je ne me suis pas cru digne de venir vers vous. Dites un mot seulement et mon serviteur sera guéri 2.

Jésus marchait toujours et se trouvait près de la demeure du Centurion.

C'est alors que celui-ci fit personnellement la troisième démarche, la seule que relate Saint Matthieu, et répéta les mots qu'il avait mis dans la bouche des Juifs d'abord, puis de ses amis. Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri \

Cette manière de concevoir la puissance en Jésus- Christ équivalait déjà à une confession de sa divinité. Dieu seul agit par lui-même, sans devoir, sans pouvoir, implorer une intervention plus haute. Mais le Centurion acheva magnifiquement ce que ses' premières paroles

1 Luc, VII, 4-5. Matt., VIII, 7.

8 Luc, VII, 6.

» Matt., VIII, 8.

laissaient entendre. Et c'est pour livrer aux yeux de tous Tétonnante* foi de ce Légionnaire que Jésus-Christ tenait à entrer dans sa demeure. Ainsi fera-t-il pour la Cananéenne, suivant envers elle une conduite opposée, semblant la rebuter tandis qu'il se rend spontanément chez le Centurion, mais en réalité poursuivant le même but : mettre en lumière son admirable foi.

Admirable aussi est la foi du Centurion, qu'il exprime par une comparaison saisissante de justesse : Moi, dit-il, bien que je ne sois qu'un homme, et encore un subalterne, f ai des soldats sous mes ordres, et quand je dis à Vun : « Va! » il va ; à un autre : « Viens » ■/ {l vient ; à mon serviteur : « Fais cela », il le fait*. Tel est le pouvoir de l'homme, limité à quelques ordres qui sont seuls obéis. Vous, Seigneur, vous commandez à tout et tout répond à votre volonté souveraine. Vous dites à la maladie : « Va ! retire-toi » ! elle se retire ; à la mort : «Va ! » elle fuit ; à la vie : « Viens »,elle reparaît. Toutes les créatures vous servent, et quand vous leur dites :« Faites ainsi», elles le font. Ce que l'homme ne peut Dieu l'exécute, et si Jésus-Christ l'exécute, qu'est-il autre qu'un Dieu ?

Ces paroles remplirent Jésus d'admiration ; se tournant vers ceux qui le suivaient : En vérité, syécria-t~il, je n'ai pas rencontré tant de foi, même en Israël 2. Dans ces mots voyons plus que l'éloge de l'officier romain. Il a confessé la divinité de Jésus-Christ : Jésus- Christ le loue de sa confession. Il l'accepte donc. Et comme tout ceci se passe en public, devant une foule énorme, il propose le Centurion comme un modèle à

» Matt., VIII, 9. Luc, VII, 8.

2 Luc, VII, 9.

suivre et sa foi comme la foi de tous. D'ailleurs jamais, Jésus-Christ ne se départ de cette volonté d'être reconnu comme Dieu. Si Marthe semble moins assurée et emploie des paroles moins explicites et moins précises, il la reprend. Si elle dit, en suppliant pour que son frère soit rendu à la vie : « Tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l'accordera », il n'accepte pas cette affirmation qui pourrait convenir à tout homme, mais il se montre Dieu ayant en lui-même la puissance de ressusciter qui il lui plaît : « Je suis Moimême la résurrection et la vie. » Confesser sa divinité est donc la condition unique pour recevoir ses dons. Le Centurion l'expérimenta sur l'heure. Jésus lui dit : « Quil te soit fait selon que tu as cru ! Et à V heure même le serviteur fut guéri l, et d'autres grâces insignes furent accordées. Le Centurion se jugeait indigne de recevoir le Sauveur sous son toit : lui-même est introduit dans le royaume du ciel et prend place au milieu des croyants. Il demandait la guérison de son serviteur : avec elle, il reçoit le don d'une extraordinaire illumination de foi. Son humilité avait été grande : plus grande est la gloire dont il se voit couvert par Jésus- Christ ; gloire rendue plus brillante encore par l'effort du contraste.

Je vous le déclare : Je n'ai pas trouvé une foi semblable en Israël. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de V Orient et de V Occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. Là seront des pleurs et des grincements de dents 2.

1 Matt., VIII, 10.

2 Matt., VIII, 10-11.

Double prophétie dont l'une est sombre et terrible, l'autre magnifique. Les Juifs vont être rejetés de Dieu, et la prédiction que le Sauveur fait de leur déchéance renferme pour eux des particularités poignantes. Ils mettent leur gloire à s'appeler les « fils du Pioyaume », la nation la seule bénie de Dieu sur la terre : cette nation déicide sera chassée du cœur de Dieu. Leur espoir comme leur gloire c'est d'être les « enfants d'Abraham » et des Patriarches : ces ancêtres ne les regarderont plus qu'avec colère et mépris. Ils se croient destinés aux splendeurs éternelles : c'est dans le bagne de l'expiation qu'ils seront jetés. Et quelle sera la cause de leur réprobation ? Leur refus de croire en la divinité du Christ. Là est désormais toute condition du salut, et si recevoir Jésus-Christ c'est être sauvé, le rejeter c'est infailliblement se perdre.

Mais si les Juifs sont rejetés, une magnifique Eglise se forme. De toutes les extrémités de la terre, les croyants viennent, se réunissent, remplissent le monde, traversent les temps, et, le jour venu du dernier triomphe, forment les heureux convives du banquet éternel. Concevons-nous la force d'une telle prophétie ? Concevons-nous surtout la puissance d'une telle œuvre ? Qui la pouvait réaliser? Quel autre qu'un Dieu la pouvait même concevoir ? Supposons (ce qui est déjà impossible) que l'incrédule ne se rende pas à la démonstration de la Divinité de Jésus-Christ par le miracle, comment niera-t-il l'ouvrage si manifestement divin qui est sous ses yeux ? Séparons-nous des malheureux qui, pour avoir nié, sont jetés « dans les ténèbres extérieures ». Croyons, adorons, adhérons, et par là marquons notre place à la fête éternelle que Dieu donne dans le ciel aux disciples fidèles de son Fils.

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