LE JEUDI SAINT. LA CÈNE L'EUCHARISTIE. LE DISCOURS APRÈS LA CÈNE
1. — < Sorti, sans néanmoins le quitter, du sein du Père ; venu d*en haut pour accomplir son œuvre, le Verbe desCieux s'achemina vers le soir de sa vie. Alors que son disciple allait le livTer à ses ennemis, à ses disciples Lui-même tout le premier se livra » *.
Ainsi chante l'Efrlisc, à travers les siècles, les mervei" ' ■ ! il. Ineffables merveille^ "■ -t
pa> mer qu'elles sont le < u' i.i
de la Rédemption tout entière. Si le Sacrifice de la Croix sauve le monde, la Messe étend et p<-: ' rv
vaire à tons les points du temps et de li ,•!
reste, jusqu'à la fin du monde, jusque dans l'éternité' sous son rite mystérieux, la su;:' 'orification de
Dieu et le suprême salut des préd* i l'Incarnation
fait du Verbe l'hôte de la famille humaine, la Communion l'unit ineffablement à chacun de nous. Le Sacrifice de la Croix mesure l'espace d'un moment, le Sacrifice
1 Loc. XIII, 6.
* Hymoe : ■ Vcrbum Supemmn ».
LA cÈsm 131
Il s'étend à tous les siècles. Le Calvaire est
^Tahi I îial tumulte des insultciirs et des bour-
îaux, 1- et l'autel Catholique sont le rendez-
rous d* silencieuses que Tamour transporte,
jue •, que la piété remplit.
La ia Messe, l'Institution de l'Eucha-
Iristie, U première communion des ApAlres, ne furent
! leurs les seuls divins événements de ce jour béni
•us les jours; Jésus le termina par ce t discours
après la Cène *, où il concentra les feux de sa doctrine
et les effusions de son amour.
C'est poar ces sublimes choses qu'il s'arracha aux étreintes de sa douloureuse Mère, aux larmes de ses hôtes de Béthanie et reprit la roule de Jérusalem . Ses Ap«Mres en chemin lui demandèrent ses ordres pour la célébration de la Pàque. Sa réponse fui celle d'un Dieu qui dispose de tout à son gré, tourne les volontés comme il lui plaît, et trempe les courages là où ils pourraient tl''f.iillir. Allez à la ville. A peine y serez vous entrés t^uf toM.t rencontrerez un homme portant un vase pirin (Teait. Suivez le où il entrera et dites au proj)rii /'lire de la maison : « Voici le message du Maître : Mon temps est proche c'est chez toi que je viens faire ht Pdque avec mes Disciples, Où est le lieu où Jr pourrai manger avec eu.r m pascal '. Si ce maître de maison était un disci, : et du Sauveur, il
dut se réjoair ; mais il dut trembler aussi devant les menaces proférées par le Sanhédrin contre quiconque fraierait avec Jésus, et le même Dieu qui disposait en maître de sa demeure dut fortifler par une grâce intime son courage ébranlé. U fit avec bonheur les préparatifs de-
> Mail., XXVI, 17, IS. ■are.. XIV, tt, 14. Uc. XXU.7, IS.
1^ LA CÉNK
mandés, ot Jésus put d'avance en témoigner à ses Apôtres : // vous mon' //<• rasie salir toute ornée. Cest là
que vous a ■ ' ; tout '. l'ne • vaste salle », des « tentures • 1 C'est la première fois que le Dieu-pauvrn commande q*:'- '" : ' y • 'agii
de la plus ^ i du
plus divin de ses Sacrements, et son Eglise devra se souvenir à travers les ftges des splenrl — ' ni il lui conviendra d'environner le Culte de 1 . .lie. //.<
allèrent donc, Pierre et Jean, comme les désigne l'un des Evangélistcs ; ils trouvèrent tout comme Jésus V avait annoncé et firent les apprêts de la Pàque *.
Nous sommes au soir du Jeudi-Saint et comme les rôles commençaient dès la veille, les Evangélistes ont pu dire indifféremment : ou comme saint Jean que l'on était « à la veille de Pâques », « A nie diem feslum PascbtP » ', ou avec les Synoptiques que « la Pàque éliiil commencée », c prima die Azymorum » *. Jésus et ses Disciples p^l^^^fnl au Cénacle, dans celte salle témoin vénéré des plus hauts mystères, refuge des ApAlres jusqu'à leur diffusion \ travers le monde, et berceau de l'Eglise naissante. La - parole du Sauveur est
une parole d'amour : ( ji ardemment j'ai désiré
manger cette Pàque avec vous avant de souffrir l Car Je ne la mo' "tsqu'à ce gu elle soit accom-
plie dans h / ^ ■,■ l)if>u *. Par ces mots Jésus-
Christ désignait sa Rédemption tout enliëre : sa mort
• Luc, X\i(, 12. Mar'-., .\iv. i.>.
• Luc. XXII, 8, 13. Marc, XIV, 16. Malt., XXVI, 19. Marc. XIV. 17.
• Joan.. XIII, I.
• MaU., XXVI, 17.
• Luc . XXII. 14, 18.
LA t±sr. 123
par celle mort la cessation des fli^res^ l'abolitioa de la loi de crainte, de la PAque Mosaïque, en leur lieu la
^' 'uvelle A!'' ^ ''• •'•<;e, vrai royaume de Dieu, la
sse, l'Ei. . lâblePâque des fidèles, le < pas-
sage » de la terre au ciel, du temps à réternité bienheureuse. CYtail donc la dernière fois que s'immolait l'agneau figuratif, auquel allait se substituer c TAgncnu de Dieu > mystiquement immolé dans l'Eglise de la lerre et sur le mystérieux autel des Cieux. Voilà tout ce que l'àmt* du Sauveur avait • ardemment désiré ». ' ;ui suivent accentuent le sens des précé-
- l en cela le cérémonial du repas de la
ijue, Jésus fit circuler la coupe pleine de vin mtMé d . «ant : Prenez et voua la partm/ez. Je <
ti ..■..., je ne boirai plus du fruit de la ' .;
i^qu*à ce que soit venu le royaume de Dieu \ c'était dire qu'il allait mourir, puis ensuite ressusciter, et, appa*
iissant à ses Apdtres, partager avec eux leurs repas. était aussi faire pressentir la coupe enivrante des ' >■ table des Cieux où Jésus
i- llus, ses convives, le vin de
tnmortalité.
\ ' lil le repas de la PAquo Juive. Il >•■ pnir-
I lUlre cérémonial. Vu bassin renii» i <r< m
ut apporté et tous se lavaient les mains, pour préli-
rer avec quelle pureté il fallait manger l'Agneau pas-
< ! . Jéeus semble s'être conformé à ce rite, mais en lui
apportant la plus stupéfiante modification. Jésus sachant
'le son heure /tait venue de passer de ce monde à
>n Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le
tnnnde, ii tes aima jusqu'à la fin. Le repas corn-
* Lac*. Xxil, t«, 17. M.
124 LA CÈNB
mençaii et déjà le démon avait mis au cœur de Judas le desaein de le trahir. Jésus savait que le Père a tout remis entre ses mains, et que sorti de 7)ieu il allait retourner à Dieu, Jésus se lève de table, dépose ses vfUrments, et, prenant un linge il le met autour de lui. Puis il verse de l'eau dans un bassin et commence délaver les pieds de ses disciples^ et les essuie avec le linge attaché à sa ceinture '. Certes Jésus avait raison de dire qu'ayant aimé l'homme il alla aussi K»in que peut aller l'amour ! Le voici aux pieds de sa créalare 1 Aussi humilié, aussi penché vers elle, qu'il se peut faire ; lui donnant ainsi le plus extraordinaire exemple de la Charité. Aussi saint Jean a-t-il soin, avant de montrer en Jésus l'homme abais8»> par amour outre toute mesure, de relever en lui la puissance et la grandeur de la Divinité. Il est vraiment Dieu Celui qui aime et s'humilie ainsi ! // est sorti de Dieu, il est engendn' éternellement, il est Dieu comme le Père qui Tengendrc tout lui a été remis entre les mains, il est le Dominateur suprême, le Juge souverain, le Centre où tout abuulit, et m rien de ce qui se fait ne se fait sans lui ». 11 est Roi sur la terre, il Test dans le ciel, «où il retoui-tx* dans le sein du Père ». Et c'est ce Fils du Trèâ Haut que nous voyons aux pieds de l'homme, son humble et cbétive créature.
Les Ap<Mr68 se laissaient faire : Pierre se révolta . Quoif Seigneur y vous me laveriez les pieds! Il ni comprenait pas deux choses: que Pacte du Snn était le symbole de toute sa rédemption, l'eau du h la flgure du sang qu'il allait répandre, la puridcalion des Apôtres l'annonce de celle du genre humain. Puis, il no
< Joan., XIU, 1, &
voyait pas dans l'abaissement de riIomme-Dien ia leçon de charité que lui et tous les fidèles devaient imiter durant le cours des âges chrétiens. Dans g:i fougue ignorante il accentuait ses refus : Jamais^ non jamais, vous ne me lacerez les pieds ' / La réponse du Sauveur, en l'effrayant, changea d'un coup ses dispositions. Si, Je ne te lave, lui dit Jésus, tu n'auras point de part avec moi *. Menace terrible pour tous ceux qui se mettent en dehors de la Rédemption, ou qui, faisant profession de Christianisme, n'ont pas en eux la gr&ce qui seule nous unit à Dieu. Pierre s'en croyant privé •'écria : Seigneur, non seulement les pieds, mais les main<i et la tête'! Jésus redressa de nouveau la fausse idée qu'il se fait de lui-môroe. 11 était pur de toute faute mortelle ; il ne lui restait plus qu'à effacer la légère souillure de ses fautes moindres. Celui, dit Jésus, qui a été lavé n f>esoin que de se laver les pieds
pour être < rnt pur. Et vous êtes purs *. Ma
grâee vous a lavés et mon sang par anticipation purifiés de toute mortelle souillure.
Mais non pas tous \' Ici, commence pour l'&me de Jésus une émotion douloureuse qui ne le quittera plus, t tn^ndissant sans cease et fera coup sur coup ieton ccBur et de ses lèvres de poignantes exclamations. Judas est revenu au milieu du Collège apostolique, il «'est aMis à la table commune, il a vu. sans fn'mir et sans fléchir, Jéeiii à ees pieds ; rien ne le touche et il va s'enfonçant dans le crime et U perdi-
' Jotn., XIII. 6-74.
* Jota.. XIII, N.
* Joan.. XIII. 9
* Joan.. XIII. 1 <
* Joan.. Xlil, t)
Ii6 LA C^P.
lion. Jésus savait qui le trahirait^ c'est pourquoi il ajouta : a vous n't'trt pn ' ' .' »
A la douleur que lui caii ii de son disciple,
Jésus joint la plus héroïque patience, et, jusqu'au dernier moment, Tardent désir de l'amener à la pt' '' La sanctiQcalion des autres Apôtres ne cesse non le préoccuper, et après avoir repris ses vêtements et s'être remis à table, il tire du grand acte d'humiliK'* et de charité qu'il vient d'accomplir la leçon dont les douze et nous avec eux avons le plus pressant besoin. Nous sommes — "leux par nature, jaloux les uns des autres, i*>nt égoïstes, et incapables dans la plu-
part des cas de nous humilier devant nos semblables. Après avoir contemplé un Dieu aux pieds de l'homme, écoutons son victorieux enseignement. Savez-vous ce que je viens de vous faire? Vous m'appelez Ma lire. Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, Moi, votre Seigneur et votre Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aujc autres, car je vous ai donné f exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait *. L'Eglise a religieusement recueilli la leçon du Maître. Elle a, par milliers, prosterné aux pieds des pauvres l'élite de ses fldèles; durant les siècles de foi on voit les princes laver Ips ^ lisjents; les Prélats le font solcnnolle-
meu: ... -L^...>e; continuellement et partout la charité unie à l'humilité rend aux nécessiteux les plus bas ofOces et se fait gloire d'en devenir pour l'amour du Christ la servante. Si, nous ne nous lavons pas matériellement les pieds les uns aux autres, faisons-le spirituelle-
> Jean., XIII, 10.
• Jean.. XIII. Ii.l3-t4-15.
LA ctyK 127
ment. Comment ? Par la correction fraternelle accomplie en lontc charité. Par nos prières, nos exhortations, nos 8tippliration<:, .m besuin nos réprimandes, faisons disparnllre les >.uuiUure8 qui défigurent les âmes de nos semblables. Mais ne faisons tout cela qu'avec une humiliU* profonde, et les yeux sans cesse tournés vers le Dieu anéanti. En vérité, en vérité, je vous le dis, le senitcur n'est pas au-dessus de son maître, ni Paptitre plus grand que Celui dont il tient sa mission. Si vous comprenez cela, vous serez heureux le I mettant en pratique ».
Us le comprirent, le pratiquèrent, devinrent des servileurs fidèles, des apôtres dévoués et par là arrivèrent à leeUe béatitude promise par leur Maître. Un seul, Judas, Ht une déplorable exception. Et Jésus ne cesse de lui mettre devant les yeux sa trahison et le sort dont elle ftera suivie. Il le fait d'abord à mots plus couverts : Ce n'est pas de vous tous que Je parle. Je connais ceux que fat choisii '. Sans doute, j'ai choisi Judas r«.r! es poar U grâce et pour" lat,
mai . - me forcera à nepluslecbo i la
gloire. U rendra inutile le premier choix que j'ai fait de I^K lui ; il réalisera de son plein |?ré la prophétie que riCcril^r lure a faite de son crime: // faut que s'accotnplisse celte parole de CEcriturt : « Celui qui mange à ma tattlf. Irvrrn le pifd contre moi * ». Cette révélation avail dtias la [i«iim-«' ti<^ Jésus un double but : d'abord, ametKT Judas au repentir en se voyant découvert, pois (le I ' les autres contre le découragement et le
>ir.t • leur montrant un Dieu dans Celui qu'on
Jti. XIII. 16-17.
« J .ti. XII!, 48.
> J III , Xlil.lH.
i28 LA dm
allait trahir. Dès maintenant je mus Vannonce afin çue vous connaissiei qui je suis t/uand tout cela s'accomplira '. Une consid<'>ratian encore les doit tenir fermes, c'est celle de la future récompense. Si trahir le Christ, c'est se vouer à la perdition, le recevoir c'est aller à Dieu pour jouir en Dieu de l'éternel bonheur : Quiconque me reçoit ^ reçoit Celui qui m'a envoyé ». C'est en continuant le repas pascal et en mangeant l'agneau que Jésus parlait ainsi. A cet instant, le crime de Judas Tobsède comme une vision d'enfer, et pour en montrer toute l'horreur, il permet à sa s.i' •'
d'être saisie et secouée par une émoUon p' Après avoir dit ces choses, Jésus se troubla en son esprit, et tandis que ses Disciples étaient à table et continuaient le repas, il leur dit ouvertement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira!... Il mange avec moi ^! Ce fut un coup ' foudre pour les Apôtres, qui jusqu'ici n'avaient pas les allusions de leur Maître, ou n'y avaient prêté qu'une demi attention. Maintenant, il n'y avait plus de doute ni d'hésitation possible ; la parole était claire, l'émotion et la douleur d'où elle s'échappait en augmentaient encore le sinistre éclat. Accablés d'effroi et de tristesse, les Disciples se regardaient l'un l'autre, ne sachant de qui parlait Jésus; ils se demandaient qui d'entre eu~r ferait cela, et s'adressant au Maitre: « Seigneur, disait chacun, est-ce moi * ? » Judas se taisait. Sans vouloir le faire connaître encore, Jésus reprit: « C'est
• Jmo.. XIII, 10.
• Joan.. XIII. iO.
> Joaa..XIII. 21.
» Joan., XIII, n. Hall.. XXVI, 41, M. 23. Marc, XIV. 18, 19, JO. Uc. XXII. il-i3. Joan., XIII, i|.22.