XIX. m. Malt.. XXl. 13. tu . XIX
' MUi.XXI. It. Marc XL 11. Luc. XIX, 45.
10 JÉSUS CBA8SS LIS TBfOKITIIS Dl' TEMPLE
et s'écria : « N'est-il pas écrit : ma Maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations. Mais vous^ vous en avez fait une < ■■ ' > ' ' -irs^.
« Ma maison », dit Jrsus. Qu'esl-< . iiion
la maison de Dieu? Parler ainsi c'élail donc afiirmcr nellemenl sa divinité. C'était de pins la prouver, car à la parole, Jésus joignait le miracle. C'en était un de dominer à lui seul toute cette foule, de la chasser du temple, de renverser les tables et les sièges des vendeurs d'agir sur les choses inanimées comme sur les volontés humaines, de se montrer plus puissant à lai seul que la Synagogue entière, le Sanhédrin, les prêtres, les soldats du Temple. Une force divine sortait de lui à laquelle tout cédait.
Un second miracle succéda au premier. Quand le calme fut rétabli les infirmes approchèrent^ et il les guérit tous s. La m^me puissance divine qui avait chassé les profanateurs mettait en fuite l'infirmité, la maladie et la mort.
Une troisième merveille parut pins étonnante encore. On entendit tout à coup une truupe de tuut petits enfants auxquels la parole venait d'être miraculeusement donnée et qui joignaient leurs acclamations à celles qui avaient retenti durant celle journée de triomphe. Ce dernier miracle exaspéra les Pharisiens. Transportés (findigna" lion, à la vue des mrrt'rillf's que Jésus accomplissait et des enfants gui criaient dans le temple : « Hosanna au fils de David ! % — entendez-vous^ s* écrièrent-ils^ ce que disent ceux4à* ? Il y avait plus que de l'indignation dans ces paroles, il s'y cachait un piège. Si
* Lac. XIX, 45, 46. Malt \XI 11 i:{.
* MaU., XXL 14.
> MaU.. XXL 15,16.
jtSUS ANMO.XCK SA MORT RT SON TRIOMPHE 11
Jésus faisait taire ces enfants, il avouait qu'ils Tacclamaient à faux. S'il les laissait crier il donnait prise à accusation comme usurpant le titre de Dieu. Jésus afllrma sa Divinité et évita rembilcbe. Oui, sans doutCy répondit-il, mais navez-vous jamais lu cette parole: « La parfaite louange ^ vous l'avez mise dans la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle • » ? Le miracle d'enfants, doués tout à coup bien avant l'Age de raison et de parole, eût sufll à établir la Divinité de Celui qu'ils acclamaient, mais voici que ce miracle était doublé d'une prophétie et que mille ans avant, David avait annonr*' la scène qui se déroulait dans le Temple.
Jésus les quitta ^. •. tulurcis? Pendant
qu'il s'éloignait d'eux, ... .l .. ..iiienl les uns les autres et se demandaient comment ils viendraient à bout d'une si extraordinaire puissance et comment ils réusairaient à éloigner de Jésus ces foules qui l'acclamaient: lisse disaient entre eux : » Vous voyez que nous ne gagnons rien. Tout le monde court à lui » • / Si ces paroles viennent d'adversaires, ce sont des adversaires bien découragés. On pourrait aussi les mettre dans la bouche d'amis cachés qui veulent indirectement détourner les furieux de leurs sanglants projets en en montrant le croissant insuccès.
II . — Tout devait èlre saisissant dans cette grande journée. Quand, après le glorieux tumulte des acclamations et les merveilles du Temple, le soir ramena le calme en dispersant la foule, Jésus entouré de ses Dis-
• Malt., XXI. 10.
> Malt.. XXI. 17. Mare., XI. tt.
* Uc. XtX. 47-4a. Joan.. XII. 19i
12 itaVS ANNONCE SA MORT ET SON TRIOMPOC
ciples et de peuple moins nombreux, exposa la grandiose doctrine de sa mission rédemptrice, de la conversion du monde, et, non sans une émolion pHiFondc, les souffrances et la mort dont cette conversion serait le prix. Voici quel incident amena ces révélations et le trouble mystérieux de sa sainte Ame. Des Grecs étaient venus à Jérusalem, ou comme Prosélytes, ou comme simples curieux, car de toutes les parties du monde on venait admirer la Cité Sainte, son Temple et son culte. Touchés d'une grâce mystérieuse ces étrangers se sentaient attirés vers le Sauveur et sollicitèrent le bonheur de lavoir et de l'entendre. Celui des ApAtres dont le nom leur rappelait leur langue et leur contrée, Philippe, leur sembla un introducteur naturel et ils l'abordtTent. Montés au Temple pour adorer au jour de ta Fêle, Us s'approchèrent de Philippe qui était de Bethsaïdr en Galilée et lui dirent : « Seigneur, nous voulons voir Jésus ' ». Le cas parut embarrassant à Philippe qui se rappelait la défense de son Maître d'aller aux Gentils, mais André plus hardi passa outre et tous deux transmirent au Sauveur le désir cl la demande des étrangers. Cette demande n'était pas un mystère pour l'ilomme- Dieu. Leur venue marquait pour lui l'heure de l'immolation, comme autrefois celle des Mages avait signalé sa naissance. Sa mort seule sauvait le monde; sa mort était le signal de l'immense ébranlement des peuples, de leur appel à la foi et de leur conversion, et dans ces gentils qui venaient il voyait les prémisses de toutes les nations qui lui étaient données en héritage. Lfwure est venue, dit-il^ où le Fils de l'Homme doit être glorifié*. Quelle est celle heure? L'heure du Calvaire,
» Jom., XII, iO-31-33.
* Joan.. XU. 23.
n.>( > A v^ioNCK SA MORT ET S0!« TRIOMPHR 13
heure solennelle où apparut dans toute sa force divine
Olui qui expirait sur une croix. !/univers maK^riel
I a par ses commoliuns le clianl du triomphe,
^..e la terre se mil à trembler, que les roches se
Tendirent, que le soleil se voila. La mort se déclara vain . t échapper des tombeaux les victimes
qu'r, depuis les siècles. La Synagogue sentit
l'empire lui échapper quand le voile du Temple fut déchiré et le sanctuaire mis à nu. En m^me temps le Centurion, au nom du monde Romain, confessait la Divinité du Christ et bientôt toute la (erre faisait écho à cette confession : « Vraiment Celui-ci est bien le Fils de Diea! •
Telle est « l'heure de gloire » dont la venue des Gen tils était l'annonce. Mais quelle devait être, dans les desseins de Dieu et l'économie de la Rédemption, l'origine de cette gloire? La mort de Jésus. Il devaii mourir pour ressusciter, et c'était de son anéantissement que devaient ressortir son triomphe et notre salut, comme c'est de l'anéantissement du grain de blé, au sein de la glMie, que s'élance la riche et ample moisson. En vérit^^ je voua le dis, si le grain de froment ne tombe en terre pour y mourir, il reste seidj mais s'il meurty une abondante moisson sort de lui '.
Si 1« monde entier ne doit sa conversion el son salut qu' i i du Christ, comment charun do nous en
pati rchnpperait-il à cette grande loi de la résurrection par la mort, du salut par l'union à la mort dn Ce' pour tri' ' ( ? Il
est . . .ii; se perd: . l'csl
de regarder celte rie comme la vie véritable, d'y recher-
• Jnau . XII. îi.».
Il JÉSUS ANNONCE SA MORT BT SON TRIOMPHE
cher toutes les jouissances, d'en aimer passionnément tous les biens, de ne jouir d'elle qu'en vue de son propr* inK'r/^l et de son plaisir, de n'en ri ' ' lirr» pour Dieu et autrui, de ne la vouloir perdre < a pour aucune
cause, alors m^me que l'on est mis entre la mort et le crime, l'immolation et l'apostasie. Jésus n'ayant acquis « l'heure de sa gluire > qu'en mourant, comment sans mourir avec lui, y pourrions-nous prétendre? Aussi, ajoute-t-il : Celui gui dans ce inonde^ aime sa vie la perdra. Celui qui, en ce monde, hait sa vie la conserve pour la vie étemelle '. Peut-on haïr sa vie? Oui, dans le sens que nous fait entendre Jésus. Haïr ce qui, durant cette vie, nous écarte de notre éternelle destinée, mépriser ce qu'elle a de trompeur et de faux, délais^rr ce qu'elle renferme de dangers et de joies séductrices. Sous une autre image que celle du grain de froment le Sauveur nous réitère la même nécessité de parlicipfr à sa mort si nous voulons avec lui, ressusciter à une vie éternelle : C'est l'image du serviteur. Le serviteur qui ne consentirait à suivre son maître que dans les jouiaances du repos, qui répudierait tout travail, toute fatigue ; qui, au moment du danger, fuirait lâchement, qui n'aurait ni une émotion ni une larme à donner ?r tions de son maître, qui en un mot ne le ser\ : . ' dans la mesure de son égolsme et en vue de son seul intérêt : que serait-il et que mérilernil-i' i
renvoi? Au contraire, le loyal servilcii son maître où qu'il aille, à ïk peine, au danger, à la mort s'il le faut; voilà celui qu'attendent les pli ' récompenses dont se paie le dévouement. Q/ suive celui gui veut être mon serviteur. Ld où Je
> JOÉO.. XII. ».
jtSCS A?(!<ONCE SA MORT ET 80M TRIOMPHE 15
:iui$ mon servileur doit être avec moi. Et quiconque -^ sera dévoué à mon service^ mon Père r honorera '. I ' lui donne mon Père comme rt'miii ' . il
{ ' I- de la magnificence qu'aura la rém m.
Mais qu'elle est terrible celte parole : « Là où je sais >; • riussi mon Serviteur ». 0 Jésus, c'est à la croix
•^ .- t^les, au sein d'un océan d'humiliations et de
douleurs, c'est à la mort que vous allés et « à la mort de In croix ! »
Il en est qui, ne prenant pas leur parti pour euxmêmes, le prennent légèrement pour Jésus-Christ. Ils ne se souviennent plus assez que si Jésus-Christ est vrai l'ieii. il est aussi vrai homme, « en toul notre semblable, sauf le péché ». Us disent volontiers : « Qu'a co<^té au Christ la souffrance, puisqu'il était Dieu ? Elle nous écrase, mais que pouvait-elle contre lui ? » Voilà une lourde erreur, et qui ne conduirait pas à moins qu'à l'hérésie de ceux qui nient la réalité de la nature iiumaine en Jésus-Christ. Aussi combien de fois et de combien de manières Jésus nous met à nu cette nature et nous la montre dans les tristesses, les angoisses, les défaillances même et les anxiétés qui sont l'apanage de la oAlrc ! Il le fera au Jardin des Olives, quand il nous confiera que « son âme est triste jusqu'à la mort >• cl que nous le verrons abattu, tremblant, agonisant de terr •' désolation, affaibli jusqu'à demander grâce et
<, liice de sa passion s'éloigne de lui. Ce qu'il va
faire dans quelques jours U le commence ici. Il se montre accessible à Tangoisie, il semble fléchir devant le spectacle effrayant de tout ce que sa Paaaion lui donnera à souffrir. U agit ainsi dans le double but de nous
( ioan.. XII. ?6.
16 JÉSUS AICKONCB 8A MORT RT SON TRIOMPnB
prouver la vérité de son incarnalion el de s'offrir en exutnple quand nous-mftmes aurons noire heure de désolation el de souffrance . Mninfcnont mon f'n/f est troublée. Et que dirai-jc ? Mon Père, >«»/";moi de cette heure!... Mais c'est pour cette heure que Je suis venu*!... Voilà le trouble, voilà l'iiititude en face de quelque grandie calamité. *j > faire ? Que devenir ? Comnnent accepter une semblabl*> épreuve? Comment souffrir autant et aussi longtemps ' Mon Dieu, mon Dieu! non, je n'en puis plus... «p ngnez-moi. . . Sauvez-moi de cette heure*! Mais comment parler ainsi ? Comment fuir la douleur puisque par elle doit s'opérer le salut, se conquérir la gloire éternelle ? L'Ame flotte ainsi incertaine de sa roule aveuglée par la souffrance, el cependant entrevuyanl dans la souffrance la gloire de Dieu et son propre salut.
La tempête que le Sauveur avait, par un acle exprès de sa volonté, laissé envahir son âme, il l'apaisa de même. O Père, glorifiez votre nom * .' C'est la victoire, c'est la paix dans l'acquiescement aux volontés divines. Apriiâ s'être fait noire modèle dans la lutte, il le devient dans le triomphe. Il nous montrait comment l.i douleur pourrait ainsi qu'une mer en furie nous emporter dans ses agitations, nous briser en un instanldan» ses assauts formidables; il nous montre maintenant comment nous ramenons en nous le calme et la force par la pensée de Dieu, de sa volonté souveraine et de sa gloire.
La divinité de Jésus-Chrisl dis8imu!<*e un moment sous ce nuage d^ IrouMe el d'antroissc volontaires, re-
• Joaa..XII. 37.
« Joan., XII. iT.
» Joan.. XII. is