IX
Princefl des prêtres préparaient un nouveau cou
(. .. M^euse»
» Lu.-.. \\;i i
• Lac. \ ••., XIV. «. MaU. « XX¥I, 97-«l.
Lac., \ \
204 KOUVKUK COMPABUnON AU TRIBUNAL DI^CAIPBB
ment violées. lU s'éuienl assemblés It noii« •vaieni jugé précipitamment, sans mf-me entendre U défense ; la peine capitale qui ne pouvait être prononcée qu'un jour après le débat, ils l'avaient prononcée séance tenante. 11 importait de sauver au moins quelque peu les apparences, et un nouveau conseil leur sembla suffire pour tromper le peuple. Mais de plus, leur sentence de mon n'avait nulle force avant celle de Pilate. Les Romains concédaient certains droits aux peuples vaincus, mais se réservaient toujours les causes graves et surtout les causes capitales. Irrités d'ordinaire de cette sujétion, les Sanhédrites ici s'en réjouissaient, car la sentence de mort prononcée par le Gouverneur Romain dégageait leur responsabilité devant le peuple et valait à Jésus le supplice de la Croix.
Au lever du jour tous les membres du Conseil Grands Prêtres, Scribes, Anciens du peuple, sr réunirent en hâte, cette fuis dans la salle ordinaire deassemblées, et se firent amener Jésus pour le condamner à mort '. 11 ne fut plus question de faux témoins, ni des chefs d'accusation si manifestement ruineux de la nuit précédente. Ils s'en tinrent au crime d'usurpation de Divinité : Déclares-nous si tu es le Fils de Dieu*. Jésus avait solennellemenl, quelques heures auparavant, proclamé sa Divinité, et ils avaient répondu par l'outrage. Bien des fois durant sa carrière publique, la Divinité du Christ avait brillé à leurs yeux, sans qu'ils voulussent se rendre à l'évidence des paroles et des faits, de la doctrine et des miracles. Maintenant, moins que jamais ils étaient disposés à la reconnaître et à
' Ma.. , .\XVI1. 'V \\ I
• Luc, XXII, r- 70 71
DÉSRSrniH Kl îsi!H;U)K ur. Jl UAS 205
lAcher leur proie. C'esl ce que J«'>sus leur fail eutcndre : Si j'r vous le rfi5, vous ne me croirez points si Je tv>//s interroge vous ne me rrpowlrez point, et vous ne me rendrez point la liberté. Mais, sacbez-le, à partir de ce moment le Fils Je t Homme siégera à la droite (le l't Puissance de Dieu? — Tu es donc le Fils de Oint. — y'ous le dites, je le suisl — Ils s'écrièrent : « qu'avons-nous à faire de témoignages ? Nous venons d ■ h-e de sa propre bouche ' .
Quoiqii issenl plus en public, comme ils l'avaient
fait la nuit à huis clos, prononcer la sentence de mort, de p»'Ui- (lo -oiilover la foule ou de blesser la susceplibilil<5 de l'ilai»', ils n'en agirent pas moins pour rendre inévitable, au tribunal du Gouverneur romain, la condamnation de ' T itit le plan conçu par Dieu dans la rédemption
1«; s'accomplissait à la lettre et pas une des prophéties de Jésus ne restait sans réalisation. Ce n'était
>eulB Juifs, mais aussi aux Gentils que devait
Celui qui rachetait tous les hommes et formait
^on Royaume de la Genliiité comme des restes d'IsraCl :
sr 'rr,'nt tous Hs livrent Jésus plus étroitement et le
, <t à Pilate \
VII. — Judas, le misérable IraUn'. .ismi :«uivi loults • ««s Hcènes att^Milivcment. Longtemps, il put se faire ion tiur la portre et l'isftue de son crime; mainte- ..Uii l'illusion n'i'tail plus possible, c'est bien à la mort {ue sa trahison menait son Maître et le démon triomphait une fois de plus par la ruse qui lui est ordinaire. Avant le crime, Satan en dissimule avec soin la gravité et en
* L^c. ixii, tMi-m^n^'.ù-ii.
* Uc, XXUl. I. Joan.. XVIII, ».
206 DéSKSPOUI n SU1CIUB DE JDDAS
ctcbe les suites; sitôt le crime commis, il change d<> tactique el donne au coupable une vue complète de sou forrail. Ainsi en fut-il de Judas. En trahk^.i voilait Tissue de sa trahison et en méconllaiB^ < reur. Dès qu*il vit Jésus perdu sans ressource, il se tii dans son esprit une sinistre illumination. C'est à de« sein que nous disons : « dans son esprit » ; son cœur resta ce qu'il avait toiyours él^, sec et insensible. L'avarice et rambitioo seules Tavaient retenu auprès de Jésus qu'il n'avait jamais aimé et à la Diviaité duquel il s'était, malgré l'évidence, refusé à croire. U tenait la bourse et espérait en la fondation proch -!'-> d'un royaume temporel : uniques motifs de son .< lolat prolongé. Maintenant qu'il voyait ses cal( et qu'il restait avec sa honte et le crime d'une î......c> ..,
la douleur le prit et avec elle une sorte de rage infer nale: fausse et «tacrilège image de la vraie prnitenre qui l'eût conduit aux pieds de Jésus^et lui eiU valu un pardon assuré.
Il prit un tout autre chemin. Pendant que l'ou conduisait Jésus à Pilate, Judas regagna le temple, ses trente deniers à la main, et il y trouva ceux des Prêtres qui s'étaient détachés du cortège pour offHr le sacr matinal. Ces hypocrites, qui allaient mettre à moi ' Fils de Dieu, n'eussent pas voulu faire trêve aux dévotions coutumières! C'est eux que Juda- ' • Voyant que Jésus était condamné^ JudaSy i> '', pous^
par le remords rapporta aux prétret et aiix Ancien^ les trente pièces d'argent*. Il avait droit, après >u scélératesse, à trouver bon accueil auprès des scél«'Tuls ses complices. Mais, la loi du crime est inexorable : tant
> Mau., XXVU, 3.
DÉSESPOIR ET iiUICIDK DE JUDAS 207
qoe le crime est en préparation ceax qui y poussent ou le commandent n'ont pour l'exécuteur que K'énérosilé, bienveillance et flatteries; le forfait accompli ils n'ont plus que foire d'un misérable qu'ils méprisent et détestent. J'ai péché, leur dit Judas en proie à l'épouvante et à la douleur. J'ai péché en livrant le sang dim juste ! — Que nous importe, répondirent- ils ^ c'est ton affaire^!
Ce fut le dernier coup qui porta au paroxysme le désespoir du traitre, sans y faire pénétrer ni la moindre espérance, ni la moindre foi. Il venait de trahir et de perdre f un juste », mais aucune idée ne lui vint d'aller se jeter aux pieds « d*un Dieu >. 11 reprit l'argent, le jeta dans le Sanctuaire, sortit du temple et se mit, pris de ro^e furieuse, à errer aux alentours de Jérusalem, choisissant d'instinct les plus solitaires et les plus sinistres, la vallée de Cédron, la gorge rn .lu sou-
venir des crime» des ancêtres ti i3 sacri-
flces à Molocb, la montée de Siloé, et enfin le champ d'un potier où il s'arrêta. Le champ d'un potier ! Jérémie «ytit dramatisé les crimes de Judas et des Juifs et les catastrophes qui les devaient suivre, quand, brisant •ox yeux du peuple un vase d'argile, il s'écria au nom du Trè»-llaut : « Je briserai celle ville el ce peuple comme ce vase dont les débris ne peuvent plus être réparés, et Tophol deviendra un champ de sépulcres et de cadavres > !
Le cadavre de Judas devait suivre loas les autres. pltiç: r^- >■ -f» que Jérémie, Zacbarie avait monlré Judas ven<i Maître, el les prêtres achetant avec l'or de
la trahison le Champ du potier. • Ils ont pris les trente
> HatL, XXVil. 4^.
208 DÉSESPOIR RT SriCIDF. DR JUDAS
pièces d'argent, prix auquel fut estimé par les fils d'Israël Celui dont ils ont supputé la valeur. El ils les ont fait servir h l'acquisition du champ d'un potier, ainsi que me l'a révélé le Seigneur' ». David eut un Psaume entier pour peindre l'instant terrible du désespoir de Judas : c le démon se tenait à ses cAiés... 11 revêtait la malédiction comme on fait d'un vêtement. Elle pénétrait comme l'eau au plus profond de son f-\'--. comme l'huile dans ses os. Elle devenait la ceint ti*' dont il était ceint toujours... » Les pensers sombres, les souvenirs poignants, les terreurs torturantes l' lisaient sur l'&me du misérable, qui n'y pouvant i< : : davantage demanda au suicide la fin de ses maux. L'Evangile annonce ce dernier crime d'un mot seulement : il se pendit •. Mais saint Pierre, dans les Actrs. en raconta les circonstances épouvantables. « La cord<se brisa, son corps précipité la face contre terre se rompit et ses entrailles se répandirent sur la terre du sang ».
Pendant que ces atroces choses s'accomplissaient sur les hauteurs qui dominent Tophel, les prêtres délibéraient dans le temple sur l'emploi qu'il convenait de faire des trente deniers. Toujours pareils à eux-mêmes, scrupuleux dans les minces détails autant que prêts aux plus grands crimes, 1/5 se disaient en ramassant C argent : il n'est point permis de te verser dans le Trésor^ parce que cest le prix du sang '.
Que devint cette somme maudite? Après en avoir conféré ensemble les Princes des prêtres achptèrmt avec elle le Champ d'un potier pour la sépulture des
> Malt.. XXVII. 9, tO.
* MiU.,XXVlI, S. Ad. 1. 18.
* Malt.. XX VIL C.
JÉSrS DKVAM ilLATK 209
étrangers >. Le peuple qui sut loule cette sinistre histoire baptisa cumme il convenait le Champ du potier. // ta/ipela dans sa lamjue « Haceldama », c'est-à-dire le u Champ du Sang » , tiom qui lui est resté jusqu'à ce Jour*. Le vrai propriétaire du Champ était à coup iùr le Irallrc qui en avait couvert le sol de son cadavre et l'avait rougi de son sang. Aussi saint Pierre pouvait dire en toute vérité : « C'est bien Judas qui posséda ce cbairp que paya l'argent du crime ».
VIII. — Ce crime contre le Fils même de Dieu, comt ' !«ir la trahison de Judas, continué chez lesGrands I . allait avoir son dénouement au Prétoire de
Ponce-Pilale, où la plupart des Pontifes, des Anciens et des Prii. prêtres entraînèrent Jésus. On était
alors an
C'est dans la forteresse et le palais de TAntonia que Pilate résidait. Dès le temps de David, ce point de Jérusalem, voisin du Moriah, avait été fortifié, mais le premier édifice élevé en cet endroit datait des Macchabées. Dans la suite le premier Hérode avait, à la place du premi«»r monument plus modeste, bâti une formidable et un somptueux palais. Le rocher qui louche ;>• /-^..u, taillé à pic, était devenu un mur infranchissable ; un fossé profond accentuait la défense, que quatre tours, dont l'une dominait les parvis du temple, achevoi«>nt. Dans l'inlérieur des casernes et de vastes court rorevaient une ample garnison, et au milieu s'élevait un pa! î 'un atrium. Devant cette vaste
con^.. ........ -^ -Li.dait une place dallée à IjmjikII.- ..n
> MaU.. XXVIi.7.7.
* MaU., XWII. M. Ad., I. 10.
» Mali \\\ll I Harr XV I.
210 JÉSUS DKVAWT PaATE
avait doniif If nom de Liloslrolos. Pilai»', dont la résidence habilu«'lle élail Césarée de la mer, ne venait à Jérusalem, peu aimée et redoutée par lui, quan temps de Pftque, temps fertile en agitations et en révoltes populaires.
Il put croire, en ce matin de la Pftque, que ses craintes habituelles allaient se vérifier, tant les Sanhédrites et la tourbe qu'ils amenaient avec eux ' firent sur la place devant TAnlonia une brusque et bruyante invasion. Il leur fallait à tout prix et de suite voir le Gouverneur, et leur orgueilleuse pr«'tention allait jusqu'à le faire venir à eux, car ils n'entraient pax eux-mêmes dané le Prétoire de peur de se souiller et de ne pouvoir manger les mets pascals*. Us allaient verser le sang de rHomme-Dicu et commettre le plus monstrueux des crimes, mais la demeure d'un païen ne devait pas souiller la blancheur de leur âme ! Et le soir ils devaient pouvoir participer sans scrupule aux azymes et aux mets de Pàque qui se servaient durant huit jours. Pilate, habitué à ce rigorisme et désireux dVviter tout conflit inutile, alla vers eux Jusqu'au bout de l'Atrium ', et là commença l'interrogatoire, car s'il condescendait à leurs scrupules il n'oubliait pas qu'à lui seul appartenait d'étudier une cause et de rendre un jugement. L«'s Juifs ne l'entendaient pas ainsi et ne Tenaient au Prétoire que pour faire ratifier par Pilate l'inique condamnation prononcée par • • ••
Aussi, quand Pilate leur eut tout d'abonl accusation portez-vous contre cet homme*? Déconle-
• Loe.. XIII. 1.
s Joao., XVIII, 2H. ».
• Joan., XVIII, i9.
• Joan.. XVIII. »
JÉSUS DKVANT l'ILATB 211
nancés el surtout mortifiés dans leur orgueil ils lui firent cette insolente réponse ; si ce n'était pas un malfaiteur nowi ne l'cunfiions pas amené*. IMlate pour bien leur remettre en mémoire la perle de leurs droits et l'impossibilité où Us étaient de connaître d'aucune cai; i : Alors prenez-le votts-mêmes et
jtiij ' Loi *. C'était mettre Jésus hors de
toQle condamnation capitale, les Juifs si^ gardèrent bien d'jf mais, dévoilant leur pensée sanguinaire, //
ne I / ptua permis, dirent-ils, d'in/liger la peine
de mort à gui que ce soit*. Dieu menait tout en dehors de Pilate el des Juifs : c'était la Croix qu'il fallait au Rédempteur du monde, c'était l'élévation entre le ciel et la terre, c'était l'étendard des Elus, c'était le signe du salut vu du monde entier el de tous les siècles. // fallait que s' aicum plisse la parole de Jésus annonçant de quelle mort il devait mourir*.
Mais, s'en remettre au Gouverneur romain, c i i.iii iu>truire la cause, les Pontifes virent qu'il fallait s'y résigner et présentèrent trois chefs d'accusation. Des deux premiers, Pilnte ne pouvait tenir compte : Cet homme, nous l'avons trouvé bouleversant notre nation, défendant de payer te tribut à César '•. Le» prédications du Sauveur avaient eu trop de retentissement dans la Judée entière, et Pilate avait été trop bien renseigné par ses émissaires sur les paroles et les actes '' !
Prophète, pour se laisser prendre aux imiu
calomnieuHex des Juifs. Jésus était la Dieu de paix, el
« Joan., xvm i..
• Joan.. XVI
Jo.411 \'.
v VlâTC. XV, 3.
213 jftSl'S DIVANT PILATF.
tvant de monlrer aux Pharisiens la légitimité de l'impAt qu'ils payaient à Rome, avait acquitté pour lui et Pierre l'imposition qu'on lui ' 11.
Mais si Pilalv mé|ii tcux premiers Chefs d'ac-
cusation, il en alla tout autrement du troisième.
Pil ■ " t sans doute avant tout l'homm- ' il.-
et !'.. \, trfts peu occup<^ des choses i. — et
entièrement absorbé parles sollicitudes de l'ambition: il n'avait pu néanmoins se soustraire ni au grand soufOo de spiritualisme qui commençait à secouer les intelligences et les cœurs, ni niix vagues aspirations qui élevaient les âmes, par dessus les extravagances du Paganisme et les désespérances d'une totale incrédulité, vers un au-delà mystérieux. D'ailleurs, par Claudia Procula gagnée serrMement au judaïsme, il avait connaissance du Messie, du régénérateur universel, du fondateur d'une nouvelle domination, qui allait apparaître ou était déjà apparue. Aussi quand les Juifs, pour perdre plus sûrement Jésus, l'eurent accusé de s'être dit le Christfini ', Pilato, rattachant à ce qu'il avait devant lui ses anciens souvenirs, prêta à ce qu'il venait d'entendre la plus sérieuse attention. Qu'était-ce que ce • Christ » ? De que!l« • • • ■. , , • ,„i
vrait ce '; i . , . <'use
crainte s'empara de loi, et afin de la satisfaire plus à l'aise, dans l'épanrhoment d'un enlrelien intime, il laissa les Juifs à leurs col»Tes, et se lit amener Jésus dans une salle de son palais *. Quand le Sauveur se tint devant lui dans la double majesté de son calme et de sa souffrance, il lui posa nettement la question : Es-tu vraiment Uoi
• Luc. XXIII. 2.
» Joan., XVIII. 31.
JÉSUS DBVAfrr pilatb ii3
dea Juifs ' ?. Les mobiles secrets qui poussaient à cette question lo fiouverneur de Romo, les lumières venues de son entourage, de sa femme surtout, ses propres pens<^e8, les demi-lueurs qui se faisaient jour dans son âme, tout ce premier travail de la grâce nVchappait pas au regard de r»'lui qui en iHait l'Auteur : est-ce de toimême que tu parles, dit Jésus^ ou d'autres te Vont-ils dit de moi * ? Pilate, Romain orgueilleux, céda à un mauvais instinct et répondit à Jésus : Suis- je donc Juif^ moi ? ta nation et les Pontifes font livré à moi. Qu'as-tu fait * ? Le doux Sauveur ne prit pas garde à cette insolence, mais tout entier au désir d'éclairer et de convertir Pilate, il éleva son regard vers la radieuse réalité : un royaume d'outre-tombe où sont heureux d'un inénarrable bonheur ceux qui en ont fait la conquête; un Dieu venu sur la terre pour fonder ce royaume, terrestre en un sens par les hommes qu'il recrute et prépare, mais néanmoins céleste parsonbutetson terme éternels, les vertus surnaturelles qu'il oblige à pratiquer, le détachement des chûtes de ce monde qu'il suppose. A/on royaume, dit Jésus, n'est pas de ce monde ^ s'il était de ce monde mes homntes combattraient pour que je ne fuMepas livré aux Juif s. Mais non,mon Hoyaume n*est pas d'ici *. Pilate ébranlé s'écria : tu es donc Roi....? tu Tas dit. répartit Jésus*. El avançant d'an pas encore dans ses révélations, il découvrit son origine, le ciel d'où il était descendu, la mission dont il s'éttit chargé et qui était de déchirer les ténèbras où était
• Joan.. XVIII.33. Luc.,XXIII.3.1iarc.,XV,l.llattt,XXVlil,M.
• Joao.. XVIII. 34.
* Joan.. XVIII, 35.
* Joao.. XVIII. se.
•Joan, XVIII, 37.
214 iftsus orrAirr pilatk
plonge' le genre humain, de découvrir k tous Ut vérilés sublimes dont PUate venait d'entrevoir in première : Je suis né, je suis venu en ce monde afr,' '■ ' ': 'mer de la vérité et quicnnqup est fie la vi ma
voix '. Là s'arrêta la bonne volonté du Homain et l'espoir d'une conversion. Pilate était ce que sont tant de gens du monde, attentifs parfois un instant à des pensées graves, des intentions supérieures, des pressants désirs d'un au-delà, mais incapable de développer ^^" — mes sacrés et retournant vite à leur incurable i: > e :
Qu'est-ce que la vérité ' 7 dit Pilate. Et sans mrme attendre la réponse, il sortit au dehors vers les Juifs.
Pour avoir repoussé la vérité, il n'abdiquait pas encore la droiture du magistral et la naturelle compassion de riiomme devant une grande infortune, et se posant devant les Juifs il leur fit cette déclaration : Je ne trouve en cet homme aucune cause de mort *, Ces paroles déchaînèrent \\r\^ tcmpAle. La fouie se mit à pousser des cris de fureur, du milieu desquels on pouvait distinguer, sorties des rangs des Prèlres, toutes sor vcg,
d'accusations incohérentes et surtout : . .^ jus
grossièrement injurieuses à l'adresse de Jésus. Jésus se / ' '. Qu'eAt-il dit de plus éloquent qne ne l'était i •■ ? Ni les Juifs ne pouvaient soutenir leur cause,
ni Pilate ne pouvait apercevoir l'ombre d'un délit : le Divin Accusé n'avait pas à réfuter le néant. Il se recueillait, il priait, il gloriftail son Père, il sauvait le monde.
Pilate qui avait refusé la lumière lui montrant un Dieu en Jésus, n'en persistait pas moins à voir en lui
* Joan.. XVII. 37.
* Joaa.. XVII. 38.
* Joan.. XVIII, 38. Lac, XXIil, 4.
* M«U.. XXVll, li, 14. Marc., XV, 5.
JKSLS A LA COUR d'hÉRODH 215
plus qu'un bumme, et ce calme devant celle multitude déchaînée lui donnait grandement & réflé<*bir. N^en- 'it-ii ti JrsNs, toutes ces accusations jcnl ? Xoi-tu rien à répondre ? Jésus ne dit plus une parole et ce silence Jeta te Gouvenneur dit ' ' '^ vide admiration *.
Cepeii ,..ns continuaient, les Juifs répé
laient à satiété les mAmes griefs, espérant suppléer par le bruit à l'inanit»' de leur cause. Pilale ne savait plus quelle altitude prendre, ne voulant pas céder à cette multitude en délire el ne pouvant déjà plus se déprendre d'un sentiment de peur devant elle. Un nouveau cri le tira momenlanémenl d'embarras. !l soulève, disaient les Pharisiens, parce gu il prêche, les populations, à commencer par la OaliUe jusquici *. Ce mol de GaliUe inspira de suite à Pilale un commode expédient. Si Jésus était Galiléen, pourquoi ne pas s'en débarrasser en ladressant à Iltrode dont il était le sujet ? Pilate entendant pronimcer le nom de la Oalilife demanda si cet homme était Galiléen, et ayant connu r/uil était du ressort dUerode, il Venvoya au Tetrarque^ qui se trouvait en ces jours là à Jérusalem * .
Son palais était situé au Nord -est de la c<> ! f (!•* Sion; il avait été autrefois la demeuredes Maci ii.tiirt^ mais à l'ancienne simplicité avait succédé le luxe grec et oriental et re qu'avail pu rassembler d'agréments un prince fantueux el elTumiué. Car nous coonaissoos dès longtemps ce tUs du Grand Hérode, moins sanguinaire que fi< r ' mais plu» débauché et plus sceptique. KntuuT mes plus perverses et plus impies que
• Marc.. XV. 4. 8. Malt.. XXVU.tS. tS. 11.
» IjJC.XXIII.S.
> Luc. 1X111,6.7.
216 JÉSUS A LA COUR d'HÉRODE
lui-même el auxquelles il avait accordé, au milieu d'une orgie, la tète de Jean-BapUsle, Uérode AnlipaB était devenu le matérialiste et le jouisseur que l'ambition el la volupté seules captivent] el absorbent, cl qui ne voient dans la religion qu'un objet de vaine curiosité ou une occasion de sarcasmes. Il connaissait Jésus. Il avait entendu parler des merveilles opérées partout. Aussi conçiU-il en le voyant une joie très vive^ désirant depuis longtemps le connaître^ à raison de tout ce qu'on lui avait rapporté et dans Cespoir de contempler de lui quelque prodige. Il se mit tout d'abord à lui faire une multitude de questions. Jésus ne lui répondit rien\ Jésus a parlé et parlera encore àPilate, donlTàme est égarée sans doute mais grave et méditative. Devant Hérode nous retrouvons le Dieu qui a maudit le monde pour ses frivolités et ses scandales et qui, désespérant de sa conversion, l'a exclu de sa suprême prière *. Hérode en était un type achevé, à la fois sceptique et superstitieux, moqueur et avide de curiosités ' ibjp d'aucun retour sérieux el ne cher-
ii^ --. - isl qu'un amusement sacrilège. Quant
aux Juifs, entrés au palais avec la cohorte qui y amenait Jésus, i7^ se tenaient debout et ne cessaient pas leurs accusations '.
Hérode pas plus que Pilale n'y voyait aucun sujet de condamnation, mais pour lui ce Jésus, obstiné dans son silence et paraissant insensible à tous les outrages, ne pouvait être qu'un maniaque ou un idiot. Il le traita comme tel et avec lui toute sa cour et les gardes qui
• Luc, xxiil. 8, 9.
• ixic. XXIII, 9.
• t^c, XXUl, 10.
<r.>. H ..t. .\UUVKAU DEVA!«T PILATE. BARABBAS 217
l'entouraient. Il couvrit Jésus de son nu'fris '. Et pour que ce mépris fût bien marqué devant la ville /le fit revint ir (f une robe blanche, s'en fil un ^ yiiis le renvoya à Pilate *. Ou révélait de blanc
les personnages consulaires, les candidats romains, les a ' absous d'une cause capitale, le:^ fous
i à tous ces titres que par moquerie, Jésus fut affublé de la robe bluncbe, comme un dignitaire de IhéAtre ou un sot I Oq pouvait y voir aussi un absous et c'est le sens que Pilate y attacha. Pour Hérode, aussi plein de mépris pour Jésus que de gratitude et ' — ' pour le Gouverneur romain, il lui tint grand ; avoir respecté sa juridiction, et, dès ce Jour, Uérode et Pilate devinrent amis, d'ennemis qu'ils étaient auparavant \
Mais cette réconciliation si tristement obtenue ne lirait pas Pilate d'embarras. Aussi est-ce avec désappointement qu'il vit revenir à son tribunal cette Victime des baines Juives. Il lui coûtait de plus en plus d'affronter les fureurs populaires et d'autre part il avait à cœur de sauver Jésus. C'est dans ce but qu'il reparut à l'atrium, y convoqua les princes des prêtres, les magistrats et le peuple et leur /it entendre ces paroles : Vous m'avez présenté cet homme l'accusant de soulever le peuple, et voilà que Cinterrogeant devant vous je ' n lui de ce que vous lui reprochez, I. Il i>de fi qui je vous ai rrnvni/i\ nr Ta
pas non plus trouvé digne de mort *.
Ces lonk'H p<iurptrlers coosliluaient dt j.i •l.ui> le Jugu
• Loe.. XXill, 11.
» Uc. XXIII. 11.
* Luf.. XXIII, II.
> Uc. XXIII. 13. U. 15. 16.
218 JÂSUS DB NOUVKAU DKVANT PILATK* BARABBAS
coQvaiocu (le l'inaocence de l'accutié uii acle de f&iblesse et une première làcbelé qui ne pouvaienl échapper aux Saahédrites; mais ce qu'il imagine eusuile esl d'une l&cbeté empreinte d'une singulière barbarie. L'idée lui vint de créer dans le peuple uu couranl de pilié el pour cela de lui préseuler Jésus dans l'affreux étal uù l'aurai l mis la nagellation. Je le chàiierai, dit -il, puis je lo laisserai aller '.
Celle première invention du pusillanime Filale devait attirer au Sauveur d'affreuses tortures; une autre lui infliger la dernière des humiliations. Chaque annoi*, lors de la sulenuité de Pàque, le Gouverneur romain, pour être gracieux au peuple, prononçait la remi.n; d'une peine capitale. D'ordinaire c'était le p* la réclamait. Cette fois ce fut Pilale qui 1« , heureux que dans ses prisons se trouv&t un malfaiteur exécré de tous. Un malfaiteur appelé H était alors dans leschaines^ incarcéré avec ' séditieux pour avoir ^ dans une révolte , massacré un homme'. En le comparant à ce Jésus qui n'avait fail que du bien il lui paraissait évident que des deux la foule lui demanderait la délivrance de son prophète, livrant le bandit à un supplice cent ' rite. Maisqui
ne connaît la foule ? Qui ne sait !'• i que ses me-
neurs prennent sur elle ? Avec quelle mobilité elle change de sentiment et de volonté ? D'ailleurs la foule qui remplissait le liloslrolos était un rassemblemcut de gens sans aveu, prêts à tous les crimes et désireux avant tuut de plaire aux Chefs qui la soudoyaient; des indiiférenls, de» curieux, des étrangers, s'y mêlaient en grand nom-
• Luc, XXIII. 16.
• Luc, XXVII, 16. Mare., XV, 6, 7. Joan , XXUI, 17. Luc, XXUI. 17.
itSUS DK NOUVEAU DBVAXT PILATK. BARABBAS 219
: ' ■ ' voix ne conlredisaienl pas colles des enne- , .^ de Jésus. Pilale, dans sa misérable invcn-
lion, allaii droit à un échec. Au moment où It peuple se présenta devant le Prétoire pour réclamer la grâce que le fiouverneur avait coutume d'accorder, Pilate le fit approcher, et élevant la voix : c Cest la coutume, dit-il, que je vous délivre un prisonnier à la fête dePdque; lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabhas ou Jésus qu'on appelle le Christ ' ?
Un silence accueillit l'offre de Pilate, qui, du haut du tribunal où il s'était assis pouvait se rendre compte d'un bon mouvement dans la foule, et croire au sucn^'s qu'il désirait. Car la foule ne devait pas épouser les haineuses rancunes des Pharisiens, et Pilate savait que f envie des Pharisiens toute seule avait causé Carrestation de Jésus*. La grAce intime travaillait l'Ame de ce malheureux Juge et un secours puissant lai arrivait du dehors. Sa f*' " en proie à de poignantes^moi: ni le Prophète qui venait de tomber entre les mains des Juifs et dofi' ■ ' dépendait dé:- îp son mari. Peut-être eni -elle, sinon sa > , au moins sa sainteté et sa grandeur plus qu'humaine, et à une douleur profonde se joignaient de secrètes terreurs que des songes effrayants venaient d'étrangement augmenter. A Pilate chancelant et prAtà succomber elle s'enhardit k envoyer un messaee : Se vous commettez pas dans la cause de ce luste, car fai aujourd'hui terriblement en songe souffert à son sujet*. Admirable femme! (Juand tous abandonnent Jésus, elle seule le défend. C'eklTin-
> iitt.. \XVil. n. Nare.. XT. 8. 9. 10. Luc., XXIU, IT.
' V:irr . W. I». Malt., XXTII. 18.
• MaU., .\X\ 11,19.