‹ Nos saint évangiles (volume 3)Chapitre 49 sur 101 · JÉSUS DB NOUVEAU DEVANT PILATE. BARABBAS · texte numérisé non relu

JÉSUS DB NOUVEAU DEVANT PILATE. BARABBAS

ir^pidilé de celte Claudia Procula qui a pasBé dans TAme de tant d'héroïnes chréliennes aux heures des universelles délaillances, et il nV<i pa«i r-irc ou'oUp ail «ativé la famille et la société*.

Filate y pril-il garde ? Ou pcul le < nouvelle tempête fut plus forte que son c . i lUi

les quelques instants que leur donna le i de

Claudia, les Pharisiens volèrent de rangs en flanl la haine, réveillant les passions, preindécis, enflammant les tièdes : leur œuvre fut rapide et le résultat effroyable. Quand Pilote posa de nouveau la question : lequel des deux voulez-vous que je vous délivre? Une immense et unanime clameur s^ éleva : € Débarrassez-nous de Celui-ci, nous voulons Uarabbas! • — Mais que ferais- je de Celui que vous nommez le lioi des Juifs ? La clameur redoubla : « Crucifiez-le ! Crucifiez-le ! — Mais quel mal a-t-il fait ? Je ne trouve en lui aucune cause de mort. — De nouveaux cris, plus stridents, plus unanimes répondirent : « Crucifiez-le ! Crucifiez-le! Et ils faisaient des efforts horribles, ne cessant plus de crier qu'on le crucifiât ^ et leurs cris augmentaient toujours '.

Les dernières énergies de Pilate expiraient, mais ne voulant paBS*avouer vaincu, il prit l'altitude des lâches qui sauvent les apparences et commença une mise en scène qui ne trompa point les Juifs et moins encore la postérité. // se fit apporter de Veau^ se lava les mains : Je suis innocent du sang de ce juste^ dit-il, pour vous c'est votre affaire « / Non, Pilate 1 Ni Dieu ni les hommes ne ratifieront tes paroles. Les Juifs

' iall., XA»ii, in, 17, Marc., XV. 11-13. Luc, lXlII,2l-«. * Malt.. XXTll, U.

U ILAGn-LATION BT LK COtROfCNBllilT D'ÉPIHBS ttl

iTsienl beau s'ameuter pour perdre Jésus, ils ne pouraieul rien sans U sentence. C'est donc toi sur qui retombe en mf'me temps que sur les Juifs le sang du Fils de Dieu. Ei quand ils crient dans le délire de leur haine : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! Tu prendras la large part de leur châtiment!

Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants *! Les malheureux ont été exaucés. Le mi^me sang qui a sauvé le monde, lavé les crimes de tpus, nourri divine* ment les Elus de Dieu, est tombé sur eux comme une malédiction. Us en portent l'empreinte, ils en souffrent au plus profond de leur être, et le souvenir de leur cri déicide les suit à travers les siècles, toujours exécrés et toujours dignes de IVlre, fléaux des nations qui les accueillent ou bien victimes de leurs propres attentats, nce étrange qui garde ses qualités natives, mais que son crime aniique dévoue au mal et à la perdition.

lU représentent la haine comme Pilale représente la Ucbelé et la peur. Au point où nous en sommes arrivés de la Divine Passion il devient trop évident que Pilatc abandonnera Jésus aux fureurs de la foule, mais il s'attache à sa première idée qui est de faire subir à l'Innocent l'affreux supplice de la flagellation et c'est « flagellé > horriblement ensanglanté et meurtri, qu'il le livrera h ses bourreaax : Pi /aie se saisit donc de Jésus et h fit flageller ' .

IX. — Le supplice de U flagellation, dont les Evnngélistes ne disent qu'un root, était, plus encore chez les Romains que chez les Juifs, la plus horrible des tortures

< MaU.. XXVIi.ft.

* Joan.. MX. 1.

221 lA PLACBLLATION KT LR COL'RON.irElIRNT D'ÉPINRS

par lesquelles pftl passer un condamnai. Attaché par les mains à une colonne basse, courbé, pn'-*-""'-'^* nui bourreaux le dos et les épaules, le supplici< lé de ses vêlements, recevait un nombre illimité de coups. El tandis que le citoyen romain ne pouvait être fouetté qu'avec des verges d'orme, les esclaves et les étrangers l'étaient avec des lanières terminées par des osselets uu des balles de plomb. Les eiécuteurs frappaient à leur guise, aussi longtemps et aussi violemment que le voulait leur cruauté. La victime mise en lambeaux et se tordant dans les spasmes de la douleur, ne lardail pas à tomber le long de la colonne et à présenter ainsi aux COI): *ire du corps. Elle ne sortait de ce 8U{>; «'t il n'était pas rare qu'elle y expirât.

Et s'il en était ainsi du plus insigniOanl condamné, nous pouvons juger de ce que fut pour Jésus le tourment de la flagellation que tout concourait à rendre horrible : la férocité naturelle aux exécuteurs, leur volonté de plaire aux Princes des prêtres qui peut-être les avaient soudoyés, l'intention même de Pilate qui espérait d'autant plus satisfaire les Juifs qu'il leur aurait présenté leur victime plus affreusement meurtrie, mais plus que tout cela, la Justice divine qui voulait sur une seule chair se venger des crimes de l'humanité entière, et l'ardent désir du Christ lui-même avide de souffrir et de mourir pour nous. A défaut d'ailleurs de raisons, nous aurions les faits. Jésus sortit du prétoire si meurtri, si exténué, si mourant, qu'il ne put qu'en se traînant, et en se déchargeant bientôt de sa croix, gagner le Calvaire.

Il fallut le relever du pied de la colonne rou^i»^ de son sang, mais ce fut pour subir une scène d'ignobles et douloureuses avanies. Sans que Pilate l'eut commandé el en dehors de lui les soldats le traînèrent dans l'une

LA riAGELI ATîOW KT f.F Cftl'RONNEMENT D'ft»n«ES 223

des dépendances de rAntonia, et appelèrent à eux ta cnhnrtf entière •. C'était une bonne fortune pour cette soldaU'î*que prossière et cruelle que ce Juif qui leur tombait entre les mains. Plusieurs savaient comment on avait trait<^ rhez H^'-rode ce roi imaginaire que la g:arde du t<^trarque avait longuement bafoué; tous avaient entendu les clameurs accusatrices dont venait de retentir le Prétoire. Le (îonverneur en le faisant flageller avait assez découvert ce qu'il pensait de ce misérable auquel la foule avait préféré Barabbas, et, comme excitation suprême, ils avaient reçu l'or et les instructions des Pontifes. Il y avait en tout cela plus qu'il n'en fallait pour aiguiser la cruauté naturelle des légionnaires et les guider dans le cboix ingénieux des outrages et des tortures.

Si maintenant nous voulons nous rendre compte di* leurs fureurs quand ils se ruèrent sur leur Victime, les PropbMes nous les ont décrites avec un effravant relief. Pour les uns ce sont des forgerons géants qui frappent sur une enrlume; pour d'antres des taureaux en fureur; pour d'autres une meute de chiens dévorants. Quand le Divin Patient sort de leurs mains, Isale déclare nr * ■ naître, tant son corps couvert de plaies

l»? r I ' r à un lépreux; on compte tous ses os

au travers des blessures qui les mettent à nn ; il n'a plus mAme l'aspect d'un homme sous le sang qui l'inonde, les ordure» qui le souillent, les déformations de M face luméflée. Les marnes Prophètes l'ont vu sous la pourpre dérisoire dont on l'a retètu, et quand ils demandent d'où viennent ce sang el ee vêtement rougi, iJ leur est n'pondu que Celui qui les porte « revient de la grande tribulation •.

> Mare.. XY. !«. latt., XXY1I,?7.

2i LA rUGRLLATION ET LK COUROIdEMEin' D'épINRS

Grande, bien grande en effel I Voyant d/pnuillé de ses vêtements Us le couvrirent d'un manteau decarlate ', du manteau de laine rouge emprunté à l'un d'eux. Voilà dt^jà ce Juif visionnaire avec l'habit royal, insigne du pouvoir qu'il a rAvé ! Mais il faut un trt>ne à ce Roi des Juifs. Comme il chancelle on le fait asseoir sur quelque escabeau. Le voilà tel quMl s'ofiye aux hommages de ses sujets, qui vont en troupe le saluer leur roi. Autre idée. Mettons-lui une couronne à ce roi ! Et comme la cruauté doit accompagner le persiflage et que chaque avanie doit cacher une torture, un soM- " des

épines aigués à un jonc qu'il vient d'arroii me.

Il ne manquera plus que le sceptre : un roseau convient à ce fant^^me de roi. On tressa une couronne avec des épines et on Cen fonça sur ta tête * ; dans sa main droite on mit un roseau. Toutes ces douleurs s'ajoutaient à celles dont la flagellation avait couvert le corps entier du Sauveur, et les plaies se faisaient sur des plaies .

Avec horreur nous pouvons nous flgurer ces centaines de soldats ivres de cruauté se ruant sur Jésus, à qui le frappera davantage, à qui inventera des tourments plus aigus, ou des insultes plus sensibles. Ils venaient devant lui faisant des génuflesinns dérisoires^ proférant toutes sortes de railleries : « Salut y Roi des Juif-i ! » Et ils lui donnaient des soufflets. D'autres s'emparant du roseau lui en assénaient des coups sur la tête *.

Des larmes de douleur coulaient des yeux de Jésus, sa prière était incessante, mais il priait au sein d'inénarrables désolations. Car c'est la multitude des pécheurs, les égarés, les furieux, les apostats, les traîtres, de tous

« Marc. XXVIl, iB. Marc.. XV, 17.

• Marc., XV. 17. MatL. XXVII. ».

• Mare.. XV. 18-19-10. MaU., X.XVII. J»-3t.Joao., XIX, S-J;

icci HOMO 225

1m siècles, qui passaient sous son rc^rd et le frappaient •ans pilié. Tous les persécuteurs qui oui eusanglanti son Kdise, les mauvais chréliens qui l'ont désbonon-e, l<>s a{Hj!ilals qui l'ont trahie» tous ceux pour qui il souffrait et allait mourir et qui dédaignèrent ses souffrances, tous étaient en re moment rassemblés en troupe innoir.brable dans l'Antonia et concouraient à son supplice.

X. — Durant celte affreuse scène qu'il n'avait ni commandée ni contemplée, Pilale revint à son idée di présenter aux Juifs Jésus que la (lagellalion avait dû réduire au plus lamentable état. 11 recula sans doute d'horreur quand il vit comment ses ordres avaient éi< exécutés et outrepassés. Au moins voulut- il en profiter pour apaiser par sa vue ses plus acharnés ennemit?. Voici que Je vous Famine, dit-il au peuple, afin que vous ^,1'hirz que je nf trouve en lui aucun crime*. Au m'iiit-nl où Pilale parlait Jésus sortait des cours du Prétoire ^ montait Tescalier de marbre et apparaissai f n ' ! asse : // portait la couronne cT/pines et le nui 'carlate*.

Voilà C homme \ s'écria Pilale.

El le Ciel et la terre poussèrent le même cri . » \oih\ l'Homme », le Bien-aimé du Père t dans lequel le Père a mis toutes ses complaisances •, d'autant plus cher à son cœur « qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix », qu'il s'est livré lui-même pour sauver le monde et glorifler Dieu infiniment. « Voilà rbomme i-, '•• ^'^■"" i'=i'"' '•• 'i'«"v..i.r if> compatissant

• Marc. XV. iU. MaU., XXVll. il.

• Jean.. XIX. 4.

• ioan.. XIX, ?.

• ioan. XIX.:..

t2A IGCI HOMO

Rédempteur, qui a pour nous sauver épuisé la coupe des douleurs, le Chef couronné d'épines k>U8 lequel nous combattrons le monde, l'enfer et notre propre nature, c Voilà l'homme » sans lequel nul n'échappe à l'enfer et ne trouve le chemin du ciel I

Pilato espérait un bon elTet de sa sanglante mise en scène. Il fut tout autre qu'il ne l'attendait. Les fauves l'irritèrent plus que jamais à In vue de leur Victime sanglante. Crucifiez-le! Crucifiez-le, s'écria la fouie*. Dans un mouvement de dépit et d'indignation, Pilate répartit : prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le , car moi -e ne trouve en lui aucune cause de mort ». Cette pnM. ~ lie pouvait être séri<*use, les Juifs le compri-

reni iit-renl quelque nouveau grief à mettre sur

le compte de Jésus; tous les antres ayant été repoussés ils risquèrent celui qui avait servi à r ' ' "ag. semblée du matin : .\ous avons une l" , et

selon cette loi il doit mourir ^ car il se prétend fils de Dieu'.

Fils de Dieu!... Les Juifs ne se doutaient sans doute pas de l'effet que ce mot produirait sur Pilate. Cet effet fut foudroyant. Déjà la mystérieuse royauté de Jésus, son Empire dans des régions supérieures, la majesté qu'il gardait au milieu de tant de supplices, avaient remué profondément l'&me du Romain. Mais voici qu'aux précédents mystères s'en ajoutait un autre tout autrement redoutable. Quoi ! serait-ce quelque dieu venu sur la terre qu'une inexplicable fortune livrait entre ses mains?... A ces mots des Juifs, Pilate fut plus encore qu'auparavant saisi d'effroi. Rentré dans

> Joao.. XIX. 6.

> Joaa., XIX. 6.

* JoiB.. XIX. 7.

F.«:rE noMo 227

t intérieur du Prétoire M dit à Jésus : « D'oùes-tu ' »? Le Sauveur avait bien l'inlenlion d'éclairer celui dont il voulait la conversion, mais il jugea qu'un premier silence au^enterait en Pilale le désir de tout savoir. // srtut*. Tu ne me paries pas, reprit le Gouverneur? Ne sais-tu donc pas que fat le pouvoir de te crucifier et aussi le potwoir de te délivrer ' ? D'un mol Jésus monlra la distance qui sépare l'homme de Dieu. Dieu seul a la puissance essentielle, l'homme n'aura jamais qu*un pouvoir emprunté. Pilate ne peut que ce que lui permet de pouvoir le Dieu qu'il a devant lui, tu n'aurais sur moi aucun pouvoir si tu ne l'avais reçu d'En-ffaut*. Si c'était nn Dieu qui lui parlait, c'était aussi un Jufre an tribunal duquel comparaîtront pour répondre de leurs crimes, selon leur responsabilit»- différente, les Juifs et Pilate lui-même. C'est un Dieu, m Fils de Dieu que le Juif te livre, A Pilate, et c'est pour cela que le crime de celui qui me livre à toi est plus grand que le tien *.

Pilate tenait en mains tous le» éléments d'une éclatante victoire. La lumière divine avait projeté dans son âme d'assez clairs rayons, la compassion ga^rnait son ecenr, un vrai désir de sauver Jésus s'augmentait de la haine et du dégoût que lui inspiraient les Juifs : mais Pilate restait Iftche et ambitieux.

Il fut désastrenseroent vaincu dans une dernière et formidable latte qu'il dut engager avec les Prêtres et la foule, au sortir do Prétoire.

1 Joan.. xn, a. •.

• Joan.. xn.9.

• Joao.. XIX. 10.

• loin.. XIX, It.

JMn..XJX. H.

228 LA VOre DOITLODRBUSR

Ju8qu*ici S9 fortune n'avait pas 616 mise en jea et il n*avail pas tremblé ponr sa position et sa vie ; mais les Juifs qui, à travers ses paroles hautaines, avaient drroèlé sa lAcbeté et sa peur, ne firent plus jouer que cos inavouables et honteux ressorts. Ils lui crièrent : si tu le délivres, tu n'es pus tumi de César, car quiconque se fait roi est r ennemi de César*. Pila le mesura d'un regard rapide tout ce que la r'---^- -. le rappel .\ Rome devant Tibère, sa sentence <1 > r-

merait pour lui de dif'shonneur et de misère : ii | fortune et son crime : le crime l'emporta.

Pourtant, avant de livrer le Juste, il voulut pour cacher sa lAche reculade, se railler des Juifs et les humilier en leur parlant de « leur Roi ». Il fit amener Jésus dehors, lui-même s'assit sur son tribunal, au Heu appelé en grec « Lilhnstrotos » et en hébreux u Gabbata ». On approchait de la sixième heure. Voilà ^ cria-t-il^ votre Roi*. La foule de plus en plus furieuse riposta : « Enlevez-le ! knlevez-le »! Crucifiez-le ! — Quoi donc ! Crucifierai' je vn/rr Hoi'* - A/s (raiitre roi pour nous que César ' .'

C'est fail ! Le rriine est commis, Jcsu n-. /\-

late ordonna qu'il fût fait srlon que ii ' nrnl les Juifs, et il leur livra Jésus pour être crucifié *.

Page 1