V . — Jésus dit ces choses dans la Synagogue de
CapharnaQm . Jésus parlait comme Docteur, comme
• Joao., VI. 86.
iiÛ LA PROMBSn DK L*Kl^CUARISTIK
Fils de Dieu, comme Vérité suprême. Avant d'annoncer au monde la merveille Eucharistique, il avait pris grand soin de donner de sa divinité les preuves los plus «'cln tantes. D'ailleurs il eût été facile aux Juifs do démolir les incomparables grandeurs que leur ménageait uu pareil Sacrement ; et comme c'était un Dieu qui leur en faisait l'annonce, le seul rdle de leur raison eût dû être d'adorer, même sans comprendre, de se conlicr aveuglément et sans mesure. D'où vient donc leur scandale qu'ils expriment en ces mots : Vraiment c'est trop fort! Ef f/ui peut $ttppnrter\pareil lamjaije '.C'est le mapque de foi et la grossi^re inclination vers les satiétés terrestres qui font qu'ils se scandalisent. Ils s'obstinent, en dépit de preuvres sans nombi*es, à ne voir en Jésus qu'un homme : N'est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph^ disent-ils'. Dès lors aucune œuvre surbumaine n'est attendue d*'ii nii mode -î liica-
tion autre que le mode • n'est da pen-
sée. C'est une chair pantelante qu'on leur montre, ce sont. des portions sanglantes qu'ils auront à dévorer, c'est un sang soas sa forme naturelle qu'ils devront boire. Au lieu du pain savoureux qu'ils viennent réclamer Jésus leur propose un repas dont la seule vision fait horreur : qui pourrait supporter pnrril langage ?
1^ Sauveur les éclaire doucement et avec uip- inlassable patience. C'est un Dieu qu'ils ont devant eux, \m Dieu qui leur parle, un Dieu, qui avec une puissance inflnie et des moyens que l'homme ne peut soupçonner, leur préparera la nourriture céleste qu'il leur destine.
' J >an., VI. 01.
> Joan., VI, 0.
LA PROMRSSK DE L'KUCnARISTÎK 111
< 'est bien une cbatr v<^ritable, un véritable sang donl l* devront se nuurrir, mais c'est la chair et le sang d'un l>ieu. car il est Dieu Celui qui leur prépare et leur offre l'Aliment des Cicui. A bien des signes ils ont pu, ils ont dil reconnaître ^ divinité, mais de plus grands prodiges leur restent h contempler ; ils verront le Christ sortir victorieux du sépulcre, dont enx-mf-mes auront scellé la pierre ; peu après il montera glorieusement aux Cieux sous leurs regards. N'est-ce pas d'un Dieu ? Que dire, si vous voyez le Fils de rHomnte monter où il était auparavant ', au ciel, dans le sein, à la droite de son Père, où il est éternellement comme Fils de Dieu, où 11 introduit son humanité glorifiée ? Ne vous faudra-l-il pas confesser, devant une telle évidence, qu'il est Dieu Celui qui vient de vous promettre sa chair et son sang en nourriture ? Si c'est un Dieu qui prépare au monde le Divin Banquet, pourquoi se mettre eu peine de la façon dont seront présentés celte chair el ce sang. Us le seront d'une manière toute spirituelle, ioaie dragée des propriétés d'une chair mortelle et pasaible. CmI an corps ressuscité, et c'est le corps d'un Dieu que rEucharistie nous destine. Jésus-Christ r ■ T * . '. 'urant,: Cest
I ■ . . I de rien,
l.es paroles que je votu ai dites sont esprit et vie '. I ' ' ' ' el leurs murmures
>il mangrr sa chair dans son état pa«Hible el mortel, comme serait toute rhnir, tandis que, ressuscitée, impassible, imr i 1<>II'', cette chair divine aura, quand nous nous en i
> Juan.. Tl, I Joan.. VI, 64.
112 LA PROMBtSB DE L'Bt'CtlARISTIE
riroDS, rc velu des qualités toute spirituelles. Restant chair véritable, elle tiendra pour ainsi dire de l'esprit, et c'est par là qu'elle nous sera un principe de vie spirituelle. Cest l'esprit qui donne la vie '. La chair eu elle-même ne peut rien, ne vivifie rien, la chair ne sert de rien. Mais tout autre est-elle, quand c'est la chair d'un Dieu, et que spiritualisée et passée à l'état glorieux, elle nous est, par un Dieu, donnée en nourriture. Ainsi, conclut le Sauveur, ce n'est pas dans un sens matériel et grossier qu'il faut prendre mes paroles, les parnlfs que /ai dites sont esprit et vie '.
Ces explications étaient lumineuses ; elles le sont restées pour toutes les intelligences dociles et tous les cceurs droits ; mais elles demeurèrent «nies sur
l'assemblée de CapharnaOm et la foule > pics. Une
douleur vive, la plus vive peut-être de toutes celles qui abreuvèrent Jésus-Christ, marqua cet! • née : A partir de ce moment, une / se retirèrent et cessèrent d'aller avec Lui '.
Mais ni dans celle circonstance, ni dans aucune aulre Jésus-Christ ne cesse de se montrer Dieu. Il l'est par la prescieniu; dont il donne ici une nouvelle preuve : Jésus savait dès le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient point et quel était celui qui le trahirait *. Dieu seul perce le secret des cceurs, et en le perçant Jésus-Christ montre sa divinité. Il la montre encore dans la charité, la pulience, dont il entoure ses adversaires les plus hostiles, jusqu'au misérable Judas qui un an plus tard doit le livrer. Il la manifeste enfln
* Jean., VI, 64.
* Joan.. VI, 64.
» Joan., VI. 67.
* Joan., VI. «6.
LA PROMISSE DR L>rcnARISTTC 113
par U sublime indt'pendance qui lui fait rejeter tuut presi' *^r à tout appui. On l'abandonne, on
le lai ^ iiiporteau Dieu « qui avec des pierres,
**il le voulait, pourrait faire des enfants d'Abraham » ? I' ■ il jette sa parole sans songera son appa-
, de m/yme il introduit le plus sublime do - mystères, l'Eucharistie, dans la désolante solitude i{ti(' l'in^rralitnde humaine vient de lui faire.
// tarait queh étaient ceux qui ne croyaient pas ' . II leur dénonçait à eux-m^mes leur secrète incrédulité : // en est, dit-il, parmi vous un certain nomhrf qui nf croient point... Cest pourquoi Je vous ai dit que nul ne peut venir à moi s'ii ne lui est pas donne par mon Père *. Quoi donc! Dieu avait-il refusé à ces malheureux la grAre de croire aux paroles de Jésus- Christ ? Arrière un tel blasphème. Mais cette gr&ce première, sans laquelle toute foi surnaturelle nous resterait impossible, nous pouvons la trahir et la perdre. Faute de culture la divine semence meurt en nousmêmes. Cest la faute et le malheur que nous trouvons en eette foule qui abandonne Jésus ; c'est l'élat où ne cesse re \e traître Judas. S'il ne quitte pas de corps le
-^ - an qui il a cc<isé de croire, il le quitte d'esprit et
de cfsor; Apôtre en apparence, il n'est plus en réalité qu'un « démon », ainsi que Jésus le lui fait •.
Si telle fut la foule, désolante d'ingraliiu . i ; incroyance, tout autres se montrèrent les ApiMres. A l'int«rp4»lIaUon de leur Maître, Pierre, ta nom de tous, répondit par une explicite confession de sa mission
• Joan.. VI. as.
• Joan . VI. «, 71-71 ' Joan.. VI, d5.
Ht LA PROMESSE DB L KUCRARISTIB
rédemptriœ et de sa divinité. Jims dit aux Douze : « et voii>, roui' aussi me quitter^?» Pour-
quoi celle lut. Il ? Nous pouvons y voir la
blessure vive dont le cœur divin est allcinl, car ce n'e^-t pas sans une poignante émotion que Jésus-Christ mcl à ÎVpreuve la fidélité des seuls disciples qui lui resien t. Toulefois c*est la superbe indépendance d'un Dieu devant ses créatures qui nous y apparaît manifestemenl. Dieu n'a que faire de nous, et quand il nous associe à son œuvre, ce n'est pas une aide qu'il demande, mais une faveur qu'il octroie. Quand, i Gelhémaui, ses ApiMres eux-mêmes l'abandonneront, nous Lui entendrons dire : « Croyez-vous que mon Père, invoqué par moi, ne m'enverrait pas aussitôt plus de douze li-gions d'Anges ? > Quand, ici, il leur demande : et voua, voulez-vous aussi me quitter? Il leur insinue que ni lui, ni son œuvre, n'ont d'autre appui que luimême. C'est encore la liberté humaine que ces paroles établissent. Dieu nous fait la gr&ce insigne de nous appeler à la suite de Jésus-Christ, mais cet appel ne détruit pas notre volonté propre : c'est librement que Jésus-Christ veut qu'on le suive.
Les Apôtres subirent victorieusement l'épreuve, car ils y étaient préalablement préparés. Leur vie pauvre et II! "' * ' '.«bituel *\'"' ' ' nrle
Lii . ^ . ices, les < - ros-
'^i^res convoitises et des vues sensuelles des Capbamal- U's. Leur docilité à écouter leur Maître et \ iiller
cil lui, éloignait d'eux toute tentation d'iii «en
face des plus impénétrables mystères. Ils aimaient : comment, dès lors, se seraiect-ils défiés ? La défiance
> Joan., VI,e»-70.
LA PROMESSE DE L*Kl'CUARISTIB 115
esl inooDciliable avec ramotir. Pierre prit la parole au nom de tous : à gui donc irio«<-/ioM.s, Seigneur ? Vous avez ie s par oie a de la vie étemelle. Pour nous, nous avons cru, et nous avons reconnu que vous êtes le Christ, Fils de Dieu '.
Que de choses et des plus belles nous trouvons assembl/'cs dans celle profession de foi de Pierre 1 Pierre a reconnu que quand un Dieu a daigné visiter la terre, lui seul est tout, les créatures plus rien ; qu'il faut les quitter pour aller à Celui qui t a les paroles de la vie éternelle », qui seul montre la voie et seul nous y peut soutenir. .Pierre a commencé par croire : t nous avons cru >. C'est la foi qui est le fondement du salut et la 80urc« première des vériU'S qui nous illuminent. Corn» mençant par nier, l'incrédule ne fait plus ensuite que s'enf is les ténèbres; commençant par croire, le
fidM» c après de clarU'sen clartés. El combien sont
puissantes ces clartés ! Pierre, d'untrail, d'un mot, formule tout le Symbole. Il confesse la révélation, « paroles de la vie étemelle > . Il affirme l'adorable mystère de la Trinité des Personnes, câr qui parle [du t Fils > parle aussi du Père. Il 'proclame la rédemption, reconnaissant en Jésus-Christ le Dieu Incarné qui vient sauver le monde : Voui étei le Christ ^ Pils de Dieu *.
La confesaion de Pierre et la fidélité des Ap<'>trcK eussent dû consoler le Sauveur ; mais une désola liun nouvelle lui venait du milieu même des Douie, dont Judas ^ séparait de plus en plus. Set dispositions mauvaises << aggravaient : à son avarice sordide el à ses vuls, à sa vToflsière recherche des joniiMiicet tarrestret, s'ajou-
> Joan..V1. ».
* Jean. VI, 70.
116 LA PROMKSSB DE l'eUCOARISTIK
lait désormais l'incroyanbe.Cesl lui surloul que le Sauveur désignait tout à l'heure : // rn e^t qui nr rrnifinf pont Ses dénégations et ses murmures avaient sans doute dépassé toute mesure pour que le Sauveur ajoutât : Ne mus ai-je pas choisi tous les douze ? Et pourtant l'un de vous est un démon ' / » Jésus, désormais, ne cessera plus d'avertir son Apôtre renégat et traître ; il épuisera pour lui les infinis tn'sors de sa miséricorde et de sa patience ; mnis de son cAlé le misérable n'opposera aux efforts de son Maître pour lui ouvrir les yeux et toucher le cœur que TopiniAtre orgueil du démon.
Quand, à la Cëne, Jésus désignera de nouveau la présence d'un traître parmi les Douze, ceux-ci épouvantés s'enquerreront du coupable. Ici, ou ils ne comprennent pas, ou ils laissent passer sans la relever la parole du Maître. Il fallut la trahison suprême pour leur ouvrir les yeux, et faire dire k l'Evangélisle saint Jean : J/sus parlait de Judas Clscariote^ fils de Simon; celui-là même qui, bien que l'un des Douze devait le trahir*.
Qu'elle fut donc douloureuse la sortie de Jésus de la Synagogue de CapharnaQm 1 A l'annonce de son plus insigne bienfait, de son plus divin Sacrement, du couronnement de toutes ses œuvres, le monde répondait par l'ignorance, l'insulte, le plus d<^daigneux des abandons ; et, plus que tous les autres, un de ceux dont il faisait son Apôtre et son prêtre désplait son cœur en repoussant son Eucharistie.
' Jo.'in.,VI,71.
» Joan.,VI,7t.
PUARISIRNS ET SCRIBES DE MOUVBAM CONFONDUS 117
PHARISIENS ET SCRIBES DE NOUYEAU CONFONDL'S
1. -^ .. .i ayant pas assista à la PAqiie de celte anniH', la deuxième de son ministère public, ce sont les Pharisiens et les Scribes qui viennent à Lui de Jérusalem. JésiLS lit" voulut point ne rendre en Judée, car les Juifs cherchaient à te faire mourir. Alors les Scribes et les Ph' 'Ht df Jt^ru-ialem '. Us vinrent comme
toij^ j -sayer de perdre le Sauveur dans l'esprit
du peuple. Chaque fois qu'un piège est dressé et une tentative faite pour surprendre, accuser, perdre J«^sns- Cbrisl, le coup est monté par des émissaires venus de Jérusalem. La ville Sainte, qui ne sera plus bientôt que la ville déicide est le centre des haines vouées à THomme- Dieu. LA sont les plus influents et aussi les plus pervers des Phtriftiens. Mieux instruits des Lois cérémoniellcs de Moïse que les autres Juifs, ils ont su conquérir sur toute la Judée un tyrannique empire, et pour le garder ils sont résolus à tous les forfaits. La mort du Juste est déjà résolue dans leurs Conseils; il ne leur faut plus qu'une occasion pour se défaire de lui et cette occasion ils sont venus la chercher dans la Galilée *.
Le prétexte à accusation paraît tout d'abord bien futik. Ayant observe que quelques-uns drs Disciples de Jésus mnnijeuient sans se purifier les mains, ils les en blâmèrent '. Que peut signiHer cette étrange objurgation ? En quoi une minutie semblable fournit-elle matière à accusation 1 La question prend ici une impor-
> ;oan., VII. t.
> Matt.. XV, I. Marc, Vil. I.
• Mare.. VU, 1
118 PHARISIENS KT SCRIBRS DR NOUVKAU CONFONDUS
tance et une ampleur que nous eussions difllcileTnent soupçonnées. La Loi divine était étrangement en baisse depuis longtemps dans Israël, et l'esprit de cette Loi gênait les convoitises d'un peuple « qui déjà n'honorait plus Dieu que des lèTres ». Qu'avaient fait les Scribes et les Pharisiens ? Us avaient multiplié sans mesure les presr ri plions matérielles et surchargé [d'observances une Loi où Moïse les avait déjà, sur l'ordre de Dieu, introduites en grand nombre. Ces adjonctions on les nommait « les Traditions des Anciens », et peu à peu, gr&ce aux tyranniques pressions des Pharisiens, elles avaient supplanté les commandements les plus formels et les plus graves du Décalogue. T " " - t<;naient lepre-
inior rang dans cette nouvr n de source hu-
maine, et les Rabbis les avaient multipliées dans la plus ' irde mesure. Pour ces hommes qui se souillaient : If de toute sorte de crimes, aucun objet n'était assez pur, aucun lieu où ils ne contractassent quelque n ... 1, . |ç Les Pharisiem et tons les Juifs, suiifion des Anciens ne prennent aucune nourriture sans s^ être lavé plusieurs fois les mains. Au retour de la place publique^ avant le repas, ils font une ablution générale. Obéissant à une foule trautresusages traditionnels, ils purifient les coupes, It's rases de terre, les rases rt airain, les lits •. Amusés par toutes ces pratiques matérielles les Juifs eR étaient venus peu h peu à méconnaître les plus essentiels devoirs de la conscience et à mettre dans ces niaiseries toute leur perfection. Les Chefs de la nation trouvaient leur avantage dans cette substitution des usages superficiels anx vortus fondamentales mais cruciliant'"^ "'
• Marc., VII, 3^.
pBAiittDBn rr «31018 dr noivkau coxfoxdus 119
avaient abasé le peuple au point de soumettre Dieu à leur Tradition, la Loi divine à leurs vaines observances.
Nouspouvons comprendre maintenant pourquoi Jésus- Christ mit une « grande force à désabuser la foule et ses Apôtres ■ ts sur un point qui nous semble
de si mince i...^ iice. Mais nous devons creuser davantage encore ce sujeU
Ce n'était pas seulement cette illégitime adjonction de traditions humaines que Jésus-Christ voulait détruire. mais la Loi Ancienne elle-même qu'il avait pour mission de remplacer par la Nouvelle : TAnc'' 'ite pour
Tenfance de rhumanilé, remplie d'ob>' < maté-
rielleSf destinée à préfigurer le Christianisme et non à en r- * i> ; la Nou-
velle où un* [ I -Dieu, devait
Ironver un culte spirituel, des vertus suréminentes, 1 ' ' ■ "* r tout et
. ut com-
mencer l'abrogation de la Loi Mosaïque et en laisser à ses Apôtres la complète abolition. Bien des fois déjà nous l'atoDi Tn agir en Maître en face des obsenrances Mosaïques ; d'ordinaire cependant il y acquiesce, car il V •• tt;--'-- 'r ir divine origine. Quand il passe outre, . qu'elles vont prendre (In et que d'autres plus parfaites les remplaceront. Les paroles ont accompagné les actes. A la Samaritaine Jéhus disait : m Femme, crois moi. l'heure vient où ceux qui adorent le Père, l'adoreront en esprit et en vérité». A Nicodème, il révélait de même la divine spiritualité du Culte nouveau. Tout réMDmmt, dans la Synagogne de Caphar- 1 faisait entrevoir les splendeurs toutes célestes
. ,.« divin créé en l'homme par la foi, la céleste nourriture qui entretiendrait cet être et le mode entiè-
120 PIIARISIK<«S BT SCRtBIS DB NOUVEAU CONPOUTOUS
remenl dégagé des sens selon lequel celle nourrilure seratl présentée. Quand il ajoulail : t la chair ne serl de rien », il achevail de subsliluer à l'ordre ancien où Télémenl matériel dominait, l'ordre nouveau où la matière est ontièremenl soumise à l'esprit. Ses Apôtres et en tête saint Paul démontrèrent comment avec Jésus- Christ la Loi Ancienne et ses observances matérielles prenaient fin et étaient remplacées par une religion spirituelle, rationabile obsequium, où l'esprit était tout, la matière rien ; la pureté de l'âme tout, la pureté des mains avant le repas rien. L'avarice y la nu^chancelé, Cimpudicitè^ f envie, le blasphème, Corgueil : voilà ce qui souille C homme et non point de mtuiger sans fablution des mains *.
Les ApiMres laissés à leur sens droit, et surtout formés déjà par les eni»eignements du Maître, abrogeaient en fait ce qu'ils n'eussent encore osé w<' in-
cipe. Non seulement ils négligeaient le- mu-
tions pharisalques avant de prendre leur nourriture, mais celte nourriture elle-même était la plupart du temps en dehors de leur préoccupation. Ils mangeaient ce qu'ils pouvaient el où ils pouvaient, et parfois nous les trouvons si dénués, qu'ils sont réduits à se nourrir, le long du chemin, de quelques épis arrachés à un champ. L'élément surnaturel les dominait déjà à leur insu, et alors même qu'ils tremblaient d'enfreindre cette Loi ancienne, dans laquelle ils avaient été élevés, ils en trahissaient d/'jà l'esprit et la lettre dans leur conduite de tous les jours. C'est cette instinctive abrogation qui leur attirait l'accusation actuelle des Pharisiens et des Scribes, quand ceux-ci s'approchèrent de Jésus et lui dirent :
> Mare.. X tl-Si-S3.
PIIARtSIE?(S KT StlilBKS 1>K NOUVEAU CONFONDIS 121
l*ourquoi vos disciplea n observent-Us pas les tradi-
Kilts des anciens et mangent-Us sans se purifier les
inain^^ ?
Admirable sagesse de Jésus ! Il évite tout ce qui pour-
lii l'xaspérer ou armer contre lui ses adversaires, et,
• ;i rnAme temps, il les confond victorieusement. 11 n'ap-
i>:' i«> pat la conduite des Apdtres : ce qui eût accentué
les accusations. 11 ne fait pas directement le procès aux
< Anciens * et à leurs absurdes traditions : ce qui l'eût Tait passer pour ennemi des Rabbis. Une condamne pas ses Apôtres : ce qui eût donnt^ gain de cause aux Pharisiens. Il s'élève au-dessus de ces questions secondaires, pour aborder de front la seule importante question ; au lieu de se défendre, il attaque ; il montre que les v»'Titables accusés doivent être ses accusateurs, et que la seale grave infraction à la Loi divine est celle qu'ils se p- Mt constamment. Et vous, répondit Jésus^ p , I transgressez-vous le commandement de Uieu^ pour suivre votre tradition » ? Lequel a force de Lui, le précepte qai vient de Dieu, ou le précepte que. sans droit, y ont substitué les hommes ; alors surent que le précepte divin est justice et charité, tandis :'> ":; îition de» \- ' "uauté, flagrante
I avait do. use rapacité ju-
de se soustraire à Tobligation, la plus
^.xi.c ur twijias, qui eut pour un fil» de subvenir à la
d«'ir<»M« de «M parfntu, les « Anciens > avaient imaginé
< • r à Dieu leur fortune, poor ^ii.. .....c ......... ,j... i-.<u seul en étant possesseur
eux-nêmes n'en avaient plus l'usage, fut-ce pour se-
< Mail . XV. ^ Marc, vil. s.
* HatL. XV. 3.
122 POARISIIWS ET SaimS DR NODVIAU OONrONDlTg
courir un père et une mère néeessiteox. Ainsi, par un double crime ils trompaient Dieu en ne lui faisant qu'un abandon fictif de leurs biens, et ils frustraient leurs parents des secours qu'une Loi formelle de Dieu les forçait à donner. Dieu a dit par Moïse : t honore ton père et ta mère » ' . Honore les surtout par les secours que leurs nécessités réclament, et si les outrager en paroles eft un crime puni de mort, que sera-ce de les outrager en les abandonnant dans leur misère? Quiconque outragera dans ses paroles son père et sa mère, qu'il meure * / Voilà la Loi de Dieu. Et quelle abominable « tradition des Anciens >» y avait-on substitué? Mais l'OiAç, pour qu'un homme soit dispensé d'honorer son père ou sa mère, il suffit qu'il leur dise : t tout ce qui pourrait vous servir, je l'ai voué à Dieu ». Et vous ne permettez plus au fils de rien faire pour son père et sa mère. Ainsi vous mettez à néant la Loi de Dieu par vos traditions '.
La réfutation 4tait saisissante. Les chefs du peuple étaient pris en flagrant délit d'odieuse violation des Lois divines, et il importait de démasquer devant le peuple leur impiété et leur hypocrisie. Jésus le fit avec force et pour frapper davantage la foule il fit apparaître le jugement inspiré que le Prophète avait porté sur eux. Hypocriteê^ c'est bien de vous qu'Isaie a prophétisé : « ce peuple m'honore des lèvres, mais ^ ' est
loin de moi. Vain est le culte qu'ils me i > , en-
seignant des doctrines et des ordonnances humaines^ ».
> MaU., XV. M.
* MftU., XV. 5.
> Matl-l Xv! 4..V6. Marf ., VIT, 9-10-1 lMÎ-13. « MâU., XV, 7.H-9. Marc., VII, 6-7-8.
PHi^EISnCVS ET SCHIBES DE NOl VKAl CONFONDUS 123
Confondus les Pharisiens et les Scribes se relirèrenl.
II. Mais confondre ses ennemis n'était pour Jésus que le moindre objet de su sollicitude : tant il avait pitié de ces fouh's que les Pharisiens abusaient et s'efforçaient d'éloigner de lui. C'est vers elles qu'il se tourne pour les instruire sur Terreur qui leur a été enseignée, et sur le véritable eï^prit de la Loi de Dieu. Ce n'est pas de suite, et au début de sa vie publique, qu'il a fait au peuple ces graves révélations et mis à nu la perversité pharisalquc ; il a attendu que la multitude de ses miracles et l'éclat de ses prédications lui eussent donné un suffisant prestige aux yeux du peuple. C'est aussi après avoir réfuté TÏctorieuHement ses adversaires et les avoir mis en fuite qu'il établit la vérité sur le vrai culte et la seule vraie manière de servir Dieu. Je fus appelant près de lui la foule : tous tous, écoutez, dit-il, et comprenez K l! ' le Sauveur a pris un pareil ton de solennelle
au un pressant la gravité de l'enseignement qui va
sortir de ses lèvres. Devenons-nous mêmes attentifs.
V ' ' j des illégitimes et ridi-
„ , Il . .- avaient failes à la Loi
Mosaïque , mais de celte Loi elle-même, de ses préceptes
t' 'de ses observances qui i 'us
n ^ i âme, ainsi qu'il convenu ^ ,1e
-»ier et à des temps éloignés encore des grftces et des
i[t''> I ii!<'ti*nnes. Le Juif ne sait pas r< ' ne
;•• i(>>y>iiiti> de Dieu est au -dedans de >l
dans le fond de l'âme, dans le sanctuaire de la conscience, que se parfait ou s'a' " " ' de la sanctification. Aussi Dieu lnia>l-i es obsenrances matérielles. II mangera certaines viandes ; d'antres pour
> Marc.. Tll. 14. MaU.. XV, 10.