LE BON SAMARITAIN
• Ayez soin, lui dit-il, et tout ce que vous d^pmarrrz de plus. Je vous le rendrai à mon retour
Le Scribe pour le coup devait saYoir ce qu eiaii un prochain pour les malheureux, aussi ne pul-il h empêcher de donner au Sauveur la juste déflnition qu'il ignorait jusque-là. Lequel de ces trois, demanda Jésus, vous parait ftre le prochain de C homme tombé entre les mains des voleurs ? — Cest, répondit le Docteur, celui quia éti- compatissant. Lti haine Juive l'empêchant de nommer le « Samaritain • il emploie l'expression vague « celui qui a eu pitié n. Allez et faites de même, se contenta d'ajouter Jésus"*.
Ainsi comprise cette page n'en resterait pas moins l'une des plus belles de l'Evangile, mais la tradition y a vu un sens bien autrement large et profond. Ce n'est rien moins ici que Thistoire entière du genre humain dans sa chute en Adam et son relèvement en Jésus- Christ. Ce voyageur qui quitte Jérusalem, « la ville de lumière et de paix », pour descendre à Jéricho, dont le nom signifie « changement, décadence », c'est Adam, c'est l'humanité, qui sort de TEden pour gagner la terre maudite du péché et de la mort. Fatal exode I Le genre humain ne nous apparaît plus que fous l'image sanglante d'un blessé que des voleurs ont assailli, dépouillé, laissé à demi mort. Car telles sont bien les suites de la prévarication de l'homme, après que les brigands d • démons, l'ont couvert de la terrible blessn ,
Trois traits caractérisent notre état de déchéance. Nous avons été dépouillés. Dieu à la nature avait surajouté un être divin ; la nature elle-même était intègre dsins ses dons suréminenls : le péché nous dépouilla tout à la
•Luc.x, ».
• Luc, X, 36-37.
\.y HÔN SAMARITAIN 329
fois de l'étal surtiatiin'l et de l'état d'intégrité de nature. Nous n'avons plus iju un.' nature blessée et demi-morte; et de cette naiiiro iin»i an» rniée tous les dons surnaturels ont disparu. N us L'i^on-* loin de Jérusalem, loin du ciel, sur une rouU' d»- tlt>ulatiun et de mort.
Mais quoi ? Dieu n'a-l-il pas donné à l'humanité déchue de la Loi Ancienne ? Le pn'lre et le Lévite n'ontils pas passé par le chemin où gil la victime ? Sans doute, mais ni Tun ni l'autre n'ont rien fait pour la tirer de son affreux état. La Loi Ancienne constatait le péché mais ne le remettait pas. Législation et Sacerdoce, sacrificesetp' s mettaient à nu ses blessures mais n'y
donnaie:. : lie ni le vin, et nous laissaient sur la route
sans nous transporter dans le refuge d'aucune h(^tellerie.
Tel était notre étal désespéré, quand vint à nous Celui qui, sans y contredire, se laissa appeler « le Samaritain ». Il vint de Jérusalem à Jéricho, du ciel à la terre, du sein du P^re à la rie passible el mortelle. Il s'arrêta auprès du moribond, il se pencha arec un cœur ému et une main active sur ses blessures pour les panser. Il les « lia » d'abord, il arrêta la mortelle effusion de nos péchés. Puis par sa douce el miséricordieuse grAce il y répandit « l'huile •, et dans sou énergique législation il la soumit à l'influence mordante du vin.
Nous étions sauvés, mais l'heure vint où notre Sauveur, quittant ce monde pour < retourner à son Père », nous dut laisser en d'anlrea mains. Il avait fondé la grande hôtellerie des âmes, l'Eglise : c'est à elle qu'il nous confla, lui donnnnt à notre usage deux opulentes ressources : la foi et la grâce, et lui annonçant son retour. A ce retour, nous serons totalement rehits, corps et Ames, et nous irons avec Lui Jouir éternellement au ciel des bienfaits de sa Rédemption. ^
330 J^SUS CHKZ MARTHE BT MABIS
II. — En évaDgélisaot les villes et les bourgades où se> ^ !/.e Disciples avaient préparé sa venue,
J(>su a. .. lisiblement rapproché de Jérusalem. 11 n'entra pas dans la ville, mais séjourna durant quelque temps dans ses alentours. Saint Luc nous le montre à Béthanie, sur la pente du mont des Oliviers, dans la demeure de Lazare et de ses deux soeurs Marthe et Marie auxquels il demande l'hospitalité.
Le Divin Expiateur devait être errant sur la terre, n* «avoir pas où reposer sa tète *, et demander à la charité de ses créatures, Lui qui possédait l'univers, la nourriture et l'abri I C'était aussi un conseil tout mystérieux de l'amour. Il se réduit à la pauvreté pour nous donner l'occasion de le secourir, et, quand il aura enlevé à la terre sa présence visible, il restera visible dans ses pauvres afin de perpétuer durant tous les siècles la même marque d'affection dans nos cœurs.
A Béthanie, cette affection «Hait ardente. Marthe et Marie resteront à jamais le type exquis du dévouement et de l'amour. Les deux sœurs ont pour Jésus la même dilecliun mais elles la traduisent différemment. Marthe prend volontiers pour elle les soins et les fatigues de la vie active. Le Maître >ient d'arriver, peut-être inopinément, elle se multiplie pour rendre digne de Jésus la réception qu'elle lui fait. Toute la maison se remplit d'agitation, les ordres aux serviteurs se croisent en tout sens, les apprêts du repas exigent des courses sans fin . Marthe s'agitait beaucoup et s'empressait aux seins multiples du service*. Marie n'avait pu vaincre la véhémence de son amour et l'inclination de sa nature méditative. Dès l'arrivée de Jésus, elle s'était attachée k
>Lac.. X,3M0.
I^VS nUEZ MABTOB KT MARIE 331
Ini, sans songer à autre chose qu*à se remplir délicieusement l*;\me de sa parole, le cœur de sa tendresse. Marthe ne se préoccupait que de la nourriture qu'elle offrirait, Marie que de la nourriture céleste qu'elle recevrait -^ ■ i'e aux pieds de Jt^sus, et son i>ile et haletante. Chaque parole de Jésus la comblait d'une joie divine et dans cet u.oii lui étaient révéh' ' ;«»ls du Royaume , elle était plus au ci» ;! la terre; toute préoccopalion terrestre avait quitté son Ame que remplissaient seules les choses d'cn-Haut : Marie assise aux pieds du Sauveur, C écoutait parler^. ModMe des prêtres, Jésus n'avait d*autre souci, en entrant dans la ' "~ -- ' ^'.ilière, que d'y édifier les Ames par do mS. Tel sera le ministre de Jésus-Christ. Sa présence dans les demeures du monde n'aura jamais d'autre but que la sanctification de ceux qui le reçoivent ; sa parole sera toujours empreinte d'une gravité douc« et d'une c (''leste élévation ; arrière les propos profanes, les joyeusctés messéantes,les scandaleuses mondanités. . Marthe fut-elle quelque peu jalouse du bonheur dont 'entretien de Jésus comblait Marie? En tout cas il lui sembla juste que sa sœur partageftlses fatigues. S> arrêtant devant Jésus elle lui dit : « Seigtttur, ne voyeivous pas que ma sœur me laisse servir seule ? Ordonnez-lui donc de m' aider ' / Que va répondre Jésns T Marie attend anxieuse la sentence qui sera prononcée; soumise assurément d'avance à l'ordre qu'elle reoevra, mais navrée à la penaée de quitter une place délioieoM et de perdre des «itredMii ditini.
> Luc. X,»,
> Lac. X, ae.
33i jftSUS CBEZ MARTBK ET MARIK
Elle Iremblait à tort. Jésus qui profitait volontiers des circonstances les plus insigniHantes piM hautes doctrines, n'eut garde de perdr* , ii
offrait l'attitude des deux sœurs. Le chrétien est placé entre deux mondes : il a deux vies à en i ^ car-
rières à poursuivre : il sert à la fuis ~ i s les
œuvres extérieures, et, dans l'union intime de son ftme parla méditation et la prière. Destiné à la vie d ' 1 llnaugure dès ici-bas par la piété ; vivant c< . i
encore au sein des choses terrestres, il ne les peut, ni ne les doit répudier, mais se sanctifier dans leur usage. Marthe représenUit celte vie active, Marie la vie de contemplation, de commerce intime avec Dieu. Jésus avait à prononcer une double sentence : sur la vie extérieure pour en agréer l'emploi, en montrer l'écueil, en formuler la règle : sur la vie contemplative pour en marquer l'excellence et en afQrmer la supériorité. II ne blâme pas Marthe qui travaille, il agrée ses soins et bénit ses fatigues, mais il l'avertit à la fois du danger d'une activité excessive et de la nécessité d'y poursuivre le seul but de notre destinée, 1' « unique chose nécessaire » qui est Dieu et le service de Dieu. Quant à Marie qui s'est vouée à la prière, à l'entretien intime avec son Dieu, sa place est déclarée éminente, la part qu'elle s'est attribuée est la « meilleure ». Marthe n'est pas condamnée, mais Marie est exaltée. Marthe, Marthe, répondit le Seigneur, vous vous tourmentez et vous vous agitei de bim des choses : or une seule est n- "•. Marie
a choisi la meilleure part gui ne lui ^ /< dlée ' •
Qu'est-ce encore que cette maison de Bétbanie qui reçoit en elle l'Homme-Dieu ? Voyons-y l'Eglise où Jé-
* Lac. X 41-42.
' XIIORTATIO» A LA PRIÈRE 333
sii> w>i ! "'• l'-inn» t't l'i'-lt rfiité. L'Egli
tour a t ^ K- «i M.irif. M.irlhf durant lede sa vie militaDte. Pour garder dignement son Dieu, elle se II ' ' ' en efforts de toute sorte ; ses sollicitudes s< >âantes, ses œuvres innombrables, ses labeurs rudes et cruciflants. C'est sa vie dans le temps. Dans Téternitt'* nous la trouvons unie à son Maître dans les délices du repos, les joies d'une possession béatiflque, Texlafte d'un inflni amour, c'est Marie.
III. — Un Jour Jésus priait en. un certain endroit •. Cette vtgue indication de saint Luc laisse place aux conjectures. Avait-il, après la réception de Lazare et de i»es s<£urs, quitté les environs de Jérusalem pour entrer, au-delà du Jourdain, dans la P«''K'e ? Ou bien est-ce près de Bétbanie, sur le mont des Oliviers, ainsi que le veut une tradition respectable, qu'il se relira pour prier? Le texte sacré nous laisse libres de choisir l'endroit où le Sauveur donna pour la seconde fois à ses disciples la formule du Pater et ses exhortations à la prière. Quand son entretien solitaire avec son Père fut lerminé ses disciples s'approc lurent de Lui, et l'un d'eux, un nouveau venu sans doute, et qui n'avait pas assisté au Sermon sur la Montagne, lui ^i une formule d'oraison :
Seigneur, appren» : / prier, comme Jean Va
etiseigné à ses diseiples *. H lui semblait à lui et aux autres qu'un ordre de choses nouveau étant établi et de nouveaux rapports de l'homme à Dieu mis en vigueur, il fallait aussi de nouveaux sentiments et à cet sentiments une expression Donvelle. L'Ancien Testament
> l4ie..Xl.f.
• Luc., XI. I.
334 IXBORTATION A LA PRtÈHE
él&it rempli de formules de prières, mats Tâme s'y préoc* cupail bien plus desgriees temporelles que des faveurs d'un ordre divin. Jean le Précurseur avait fait prier ses Disciples, mais sans doute pour «^veiller en eux la crainte des ch&liments et le désir de la pénitence. Avec Jésus-Christ quels devaient être les sentiments et le langage de Pâme envers Dieu ?
Qttandvouspriez,ditJéstu,diles: Notre Père, f/c* C'est rOraison dominicale telleque nous la trouvons dans saint Matthieu, au Sermon sur la Montagne, mais plus concise. Ici comme là nous avons dans la Divine Prière le résumé complet de tout ce qui doit remplir Tâme du Chrétien. Ace mot de « Père » celte âme comprend combien sont changés ses rapports avec Dieu, depuisque la Loi de crainte a fait place à la Loi d'amour et que le Fils de Dieu nous a donné pour Père son propre Père. Mais nous ne sommes pas seulement les enfants de Dieu, nous sommes ses serviteurs et ses sujets. Nous sommes créés pour le servir, pour le glorifier, pour exécuter ses ordres, pour dilater son empire. Nous voulons donc que t sa volonté se fasse » et que son < règne » s'établisse partout. Quand notre pensée s'est élevée à Dieu, elle s'abaisse sur nous-mêmes pour considérer notre dénuement. Mais si nous ne possédons, comme le pauvre, que ce que la charité nous octroiera, nous sommes assurés qu'un bon « Père » ne nous laissera pas sans le pain de chaque jour. Puis, comme nousne sommes pas seulement des dénués, mais des coupables, nous implorons miséricorde, nous engageant à l'accorder nous-méme au prochain qui nous a offensés. Assurés du pardon pour les fautes commises, nous prévoyons les fautes k venir , nous nous effrayons < l^c, Xi. M.
EXHORTATION A LA PRIÈRB 33.%
des dangers qui nous entoarent, des ennemis qui nous ass.i " trop faibles pour leur rc^sisler nous sup-
plia ou bien de nous épargner le combat, ou
bien, si nous le devons subir, de nous y soutenir et de nous y rendre vainqueurs.
Avoir nne formule de prière et la tenir des lèvres de Dieu même, c'était beaucoup ; ce n'était cependant pas tout encore. Que sert la nourriture à qui ne peut ni ne veut la prendre ? Jésus continua en nous inculquant le désir de la prière, et en nous afBrmant son efficacité. Si nous avons besoin de grâces urgentes, ayons la certitude qu'uue pri(>re vive et persévérante nous les obtiendra : c'est l'objet d'une première Parabole. Une seconde nous montre comment Dieu invoqué avec ferveur et importunité nous délivrera de tout danger et nous sauvera de toute persécution. Dans une troisième l'essentielle condition de toute pri'To, l'humilité, nous est montrée.
Jésus ajoute : * Que fun de vous ait un ami et « qu'au milieu de la nuit il aille à sa demeure et lui • dise : préte-moi trois pains car un hâte m*arrive m <!■ ' '■ et je n'ai rien à lui offrir »; et que de
riiu - - l'autre réponde : Ne m'importune pas, ma porte est closes mes enfants sont au Ht prés de moi^j'e'" ' ' mer. Eh
bien ! tji, , ' i. > j^ *-'<*"*
affirme que fautre^ s'il ne se lève ni ne donne à titre d'ami, le fera pour se débarrauer d'wi importun et lui fournira ce dont il a besoin '. A peine est-il besoin d'expliquer U divine Parabole, tant le sent en est clair. L'uni qne nous allons implorer r'e^it
< Lac . XI. S.0.
336 KXOORTATlOIf A LA PBltU
Dieu; Diea, qui nous a donné de son amour tant et de si extraordinaires preuves, que c'est vers lui que d'instinct nous allons quand quelque besoin nous presse. Oli ! qu'il en est de ces détresses urgentes 1 que noire nuit est noire ! que nos ressources sont épuisées! que notre impuissance est grande I Si le prochain nous implore ou pour son corps ou pour son âme, qu'avons-nous à lui donner? Comment soutenir nos œuvres de charité et de lèle ? Comment sanctifier des enfants ? Comment convertir un époux incroyant et sourd à nos prières ? Comment éclairer les ignorants et ramener les pécheurs? Tous ces hôtes qui nous arrivent au sein de nos ténèbres, qu'en faire et comment les secourir? Nous irons à Dieu. Mais Dieu veut que notre supplication soit persévérante. Trop vile exaucés, nous n'aurions pas pour les dons divins l'estime qu'ils méritent. Et d'ailleurs Dieu qui se plaît à nos prières voudra les prolonger et en activer l'ardeur. Nous refusera-l-il jamais? Non certes ! Si l'homme de la Parabole est vaincu par l'importunité de son ami, comment Dieu, si infiniment bon et tendre, ne le sera-t-il pas par la nôtre 7
Mais nous n'avons pas que des détresses à soulager, soit pour nous, soit pour nos semblables : vivant au milieu d'un monde ennemi, nous pouvons y subir parfois de désespérantes persécutions. Y serons-nous secourus par Dieu ? N'est-ce pas même de P: ' jue
nous devrons attendre notre délivrance? A ni.
Ici encore Jésus-Christ met en parallèle l'homme borné et méchant avec Dieu dont la bonlé et la puissance sont infinies, et conclut victorieusement que si l'homme mauvais sait proléger une victime parce qu'elle l'obsède de ses sollicitations, le Dieu bon et compatissant nous en offre une bien plus grande assurance. LVi juge, dit-
KXBORTATION A LA PRIÈRE 337
' Dieu lù les / ' . Quelle espé-
. r en lui les i, ? Or, dans la
iiôme ville une pauvre veuve était en butte à une
•îi' use pereéculion. t Fai/e.t-moi jusiticf * ! » criait-
rir iu mauvais juge. Lui refusait obslinémeut de Ten-
• ndre. Mais elle le poursuivait, poussant toujours la même clameur : c faites-moi justice ». Que fera le Ju^e? Hien, se dit-il en lui-m^nte,queje ne craiijne ni lUcu ni les hommes, cette veuve m'obsède à ce point que jf vais lui faire rendre justice. Elle pourrait sans cela en arrivera quelque acte de violence '. Si cela se passe sur la terre, que n'avons-nous pas à attendre du ciel ? Comment notre espérance en Dieu dans nos persécutions 8erait->elle une vaine espérance ?
La v^-rilable veuve c'est l'église. Le monde la persécute cruellement, il la dépouille, il l'opprime, il lui ravit ses enfants, il détruit ses œuvres. Elle crie à Dieu, elle attend son secours, elle multiplie sans tin ses supplications ardentes: Et Dieu, continue le Sauveur, ne ferait pas Justice à ses élus qui crient vers lui nuit r urir ! Je vous Taffirme^
Notre danger le plus redoutable n'est donc pas dans la persécution, puisque Dieu nous en <! ' ii)«is dans le manque de foi et de prière <|ui nous ; indignes du secours divin.
Ce manque de foi fait passer soudain dans l'àme du Snnvptir Tinr^ vision douloureuse do l'avenir. Une p«<r><ciiit"ii .i:r:ii!ie, suscitée par rAnléclirist et son
• mpire, précédera le second Avènement. Les Chrétiens
> Ue.. xvill. t.
• Luc, xvifl, s.
• Lac. XVIII, 4.5.
• Lue., XVUI, 7.
338 BXBORTATION A LA PRIÈRE
seront poursuivis et oppriin<^s par toute la lerr* . rfigUsc vivra des jours d'angoisse, surtout à caus* des d(^'rections de ceux de ses enfants qui défailleronl dans leur foi. Jésus pleure d'avance sur ces chutes et il les sifînale : Quand le Fils de IHomme^ dit'if, reviendra sur la terre, y trouvera-t-il encore de la foi ' ? C'est la foi qui alimente la prière, c'est la prière qui nous assure le salut, mais l'une comme l'autre ne vivent que d'humilité. Deux hommes sont en pri5re dans le temple, l'un qui est orfçueilleux voit sa prière rejelée, tandis que l'autre qui est humble voit la sienne couroi ' plu» amples bénédictions. C'est le sujet d' lai • du Pharisien et du Publicain. L'orgueilleux
se fait reconnaître du premier coup à son attitude et à son langage. Deux hommes montèrent au Te?/'?-''pour prier ^ un Pharisien et un Vublicain. Le I risien debout^ priait ainsi en lui-m^me : t Mon Uieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, iniques, adultères, ni comme ce publicain. Je jetine deux fois la semaine, je donne la dime de tout mon bien * " . Chaque mot dans cette prétendue prière est un document d'orgueil, et avant même toute parole, l'altitudr seule est une insulte et une provocation. Le (idèle eii prière montre dans son maintien rbumilité de son âme: ce pharisien se tient insolemment « debout ». El < <• n'est pas à Dieu qu'il parle, c'est à lui-même : « il priait ainsi en lui-même». 11 repasse avec complaisance !• bien qu'il découvre en soi et sa première pr cher, les autres est urw t'xpressiun d'iiumble n -
« Luc. XVIII. 8.
« Luc. XVIII 9 11.
EXHORTATION A LA PRIKRR 339
«uince : « Mon Dieu, je vous rends grâce », est chez lui jue détestable explosion de superbe, il n'a rien à detuâûder à Dieu puisqu'il est riche de tous les dons, possesseur de toutes les vertus ! Et il déroule à ses yeux ravis ce trésor de perfection. Il est chaste, il est mortifié, il ost pieux, il est libéral, il a toutes les vertus. Il lui ri'sto pour s'élever au faite de Torgueil de se comparer aux autres :il n'a garde d'y manquer. Le genre humain tout entier est coupable, lui seul est juste, et ses yeux tombant sur le publicain humblement prosterné au bas du Temple, il en prend occasion pour accentuer son orgueilleuse justice. Il dénigre son semblable, faute qui pour bien des motifs attire sur le coupable l'animadversion de Dieu. Ije dénigrement blesse ceux qui l'entendent : les uns qui se réjouissent du mal, les autres qui 8'enorgueiUi>sent de ne pas le commettre. 11 blesse la religion que l'on solidarise avec ceux dont on dévoile les méfaits. 11 blesse Dieu que Ion prend occasion de blasphémer. U blesse enfln sa victime, chez laquelle il allume un feu de haine et de vengeance. S'in -il
de tontes ces tnites de son dénigrement, 1<> 'ii
orgueilleux T Tont an contraire il continuait à décrire complaisar' ?h ses œnvret saintes, et sa
prière nVi i panégyrique.
Tout autre était le pauvre publicain. Humblement retiré à l'écart, il r" ' ' ' . , , .^^ 1^ Stint des Saints, < de se
faire pardonner ses fautes. i> publicain se tenant é' ■ - ■' -'- • -^x même lever ses regards vers te I ■ jtpant la poitrine^ il disait : « Mou
In* u tiyez ptnè de moi qui suis un pécheur ! ' »
> Luc., XVllI. IS.
'A\0 n:^\ - I \ \M.KLisH LA rmKK
Four Dieu qui «U u »u< l'orguoil cl se complail dans rhumilité, t qui abaisse ce qui s'élève el élève ce qui s'abaisse », In sentence n'étail pas douteuse : Je vous ^e déclare, le publicain s'en retourna justifié dans sa demeure^ mais non pas C autre '.
JÉSUS EVANGÉLISE LA PÉRÉ8
On comprend sous le nom de Pérée (pays d'au-delà, la région située à Test du Jourdain. Jésus, à diverses reprises, y avait fait de courtes apparitions : maintenant il s'y arr«^te pour y porter la parole du salut. La population qu'il y trouve n'est pas l'indifférente el Klaciale foule des bords du Lac, ni l'incrédule el *»- \
peuple de Jérusalem et de la Judée ; les Ami i
neuves encore el saint Matthieu nous montre des mu' litudes accourant à Jésus, avides d'entendre ^ f
el do recevoir ses bienfaits. De grandes / /f
peuple le suivirent et commencèrent à F entourer ^ et Lui se mit à guérir leurs malades, et comme de cou • tume à les instruire '.
Le fond de sa prédication reste le même, la forme î^ modifie quelque peu. Comme en Galilée et en Judée, il annonce la venue du « Royaume de Dieu », la préspnre de Dieu sur la terre, l'accomplissement des propl la fondation du royaume des âmes, réternelle d« '^i;M• .; qui nous attend, les maux à éviter et les vertus à pratiquer, les adversaires à combattre, la fidélité h ganlci les récompenses des justes, les châtiments réservé»
• Liic, XVIII. 14.
* Mau.. XIX, l.S. Marx:., X,1
jâSlS KVANGÙ.tSB LA PÊRÉR 341
aux pécheurs. Mais sa parole est plus ardenlc, ses appels plus pressants, on sent que la fin de sa mission approche et qu'il n'est plus que pour un peu de temps sur la terre ; il jette les derniers cris de son cœur* il verse à pleines mains ses dernières grâces.
Parmi ses prédications une lui est particulièrement douloureuse, c'est celle où il dévoile plus ouvertemont que jamais les viees des Pharisiens et des Scribes, les prévarications des Docteurs de la Loi, les abus introduits partout dans le Culte Mosaïque, et les adjonctions sacrilèges qui y ont été faites au mépris de Moïse et de Dieu. Le peuple est si abusé et les ruses pharisaiques ont si pleinement réussi que si la lumière n'est pas faite sur les tares desChefs du peuple, le peuple demeurera à jamais soos U domination de ceux qui ne le régissent que pour le perdre.
L — Une solennelle occasion lui vint bientôt de commencer cette indispensable divulgation. Un jour qu'il évangélisait une foule nombreuse, un Pharisien se détacha pour l'inviter à son repas *. Et Jésus le suivit. Les iivités, tous Scribes, Pharisiens, Docteurs de la Loi, étaient nombreux. Avant d'entn^r dans la »alle du festin ils firent des ablutions qu'une tradition toute humaine avait rendues obligatoires et que ne sanctionnait aucun article de U Loi de Moïse. Eux en les accomplissant n'avaient qu'un but : montrer k la foule quelle était la délicatesse de leur sainteté, et combien Us avaient à ca>ur de demeurer purs de toute souillure. Remplis de vices an dedans ils prétendaient à la plus scrupuleuse pureté aa-debors. Le Sauveur, Ini, sans prendre ^'n^(le
• l.uc,Xl.t7.
342 JÉSUS ÉvANOÉLiSK LA pfintx
à ces prtUqnes surajoutées à la Loi, alla prendre sa place au festin.
Une irritation sourde grondait à sa vue parmi les convives.
Assurément ces fourbes s'inquiétaient peu de Dieu et de leurs traditions, mais ils regardèrent l'acte du Sauveur comme une insulte qui leur était propre, et TbAte plus que les autres s'irritait en lui-même du m»pris dont il se croyait >ictime. Le Pharisien se dcman doit pourquoi Jésus n^avait fait aucune purifica tion avant le repasK Tous les convives lui fai écho, leur cx)lère commune allait se traduire par ', que grossière invective, quand Jésus prit les devant, cl les accabla de ses trop justes anathèmes. Quatre vices rongeaient ces misérables : l'hypocrisie, l'avarice, l'impureté, l'impiété. Pour cacher leurs désordres ils exagéraient, jusqu'au ridirulo, Ifs plus il! ques extérieures. Vous autres^ VIkh toyez les dehors de la coupe et du plat^ laissant te dedans de vous-mêmes plein de rapines et d'injustices^. Impies qui ne se pK'OCCupent ni de Pion, ni des vertus réclamées par Dieu. Insensés I Celui qui a fait le dehors na-t-ilpas fait aussi le dedans*? N'en étrs VOUS pas moins des voleurs, coupables de toutes surles de rapines, quand vous aurez purifié les coupes dont vous vous servez ? Une seule chose peut vous sauver des châtiments de Dieu : l'aumftne, les œuvres de charité. Dormez donc de votre superflu^ ce sera là pour V0U4 la suprême purification *.
' Luc, XI, 38.
* Lac. XI, a9.
» Lur.,XI. 40.
*■ Luc. XI, 41.
JÈ^lfi tVk'SQtUSK LA PÉRÉK 343
Voici les impudiques, les émules des yieilUrds qui U'Dlèrenl la chaste Suzann* ' -^ qui sous des
dehors austères cachent d'ig oqs : Malheur
' rotts parce que vous êtes semblables à ces sépulcres ^tt\m ne voit point et sur lesquels on marche sans te savoir ' /
Les Pharisiens altérés gardaient le silence. Un Docteur de la Loi crut faire une habile diversion : Maitre^ dit-il, en parlant de la sorte vous nous offensez, nous aussi *. D ne fit qu'attirer sur lui et ses semblables les foudres divines, car eux qui devaient instruire le peuple l'égaraient, qui devaient le sanctifler le relenaienl dans une outrageuse impiété.
Malheur à vous aussi. Docteurs de la Loi ! Parce que tous accablez les hommes de fardeaux qu'ils ne pruvent porter, alors que vous-mfmes ne touchez pas du bout du doigt les charges les plus légères!
Malheur à vous, Docteurs delà Loi ! Vous avez pris la clef de la science sans y être entrés vous-mêmes *t m empêchant les autres qui voulaient entrer^!
Lf tumulte qui suivit ces paroles est indescriptible. Dans son eipreasion saisissanle.saint Luc compare l'assemblée à ose meute en foreur qui s'acharne à forcer une proie. Tous s'étaient levés, tous criaient leurs injures ; mais plus encore, ils pressaient Jésus de questions *, le harcelaient de demandes, afin, que tombant dans leurs pièges, ses réponses donnassent prise à quelque accusation capitale. LêS Docteurs de la Loi en" (reprirent de le pousser à outrmue^ de lui fermer la
* Luc.. XI. 44.
* Lac. Xi.t46.
* UC. XI, 4S «Lac.. XI. 54.
3f4 FOLIE DR l'aVARICB
bouche par ions les moyens, de lui dresser des pièges, de lui arracher une parole qui servit de thème à accusation ' .
Pas plus qu'une mer en fureur, ces colères ne pou- Yaienl émouvoir Celui qui est le Tout Puissant. Jésus sortit de la salle du festin et trouva an dehors ii ^ avide de le voir et de l'entendre*. 11 pouvait d'elle que les clameurs et les injures vociférées au banquet ne l'eussent ébranlée ; aussi son premier soin fut d achever son coup d'éclat, en la prémunissant conlr»la haine et les accusations de ses ennemis : Gardezvntis, dit-il à ses Disciples, du levain des Pharisiens qui est l'hypocrisie *.
II. — Parmi les vérités qui forment le fond de la prédication du Sauveur, il en est une qui revient sans cesse sur ses lèvres el qu'il fait pénétrer dans les Ames en traits de feu : C'est la survivance, l'éterael au-delà, la double issue de cette vie, la reddition des comptes que, chaque homme au moment de sa mort et le genre humain tout entier à la fin du monde, devront subir, juge ment déflnilif qui élève les bons dans la gloire et chasse les rx>ntempteurs de Dieu dans des expiations sans fin.
Or le mortel ennemi de cette vérité, c'est l'attache aux biens et aux jouissances de ce monde. Quand nous nous rivons aux richesses présentes, nous nous détournons des perspectives de l'avenir. De là l'insistance de Jésus à nous délivrer de la tyrannie de l'or et des sollicitudes exclusives de nos besoins matériels. Il s'était étendu longuement sur ce sujet à la Montagne des Itéa-
> Ldc.,XI,SI.
» Lur.. XII. I.
» Luc, XII, I.
rOLnS OK l*ATAR1CB 345
titudes ; un Juif vint lui fournir ici une nouvelle occasion d'en parler. Maitretàit-il àJésus^ ordonnez à mon frrre de part<: ' • moi notre . >ine. Voilà
certes un hoiini > avait pas du l < >ieu la con-
naissance el la foi qu'il en fallait avoir ! Qu'était venu faire au milieu de nous le Fils du Très Haut et quelle grandiose ambassade avait pu motiver sa descente des cieux? Assurément des intérêts d*un ordre divin ; la sanctiflcation de nos âmes, notre élévation à une gloire éternelle^ notre partage arec Dieu d'un patrimoine inQni, le jugement qui devait partager le monde en deux parts, les justes et les pécheurs, les saints et les réprouvés, la fondation sur la terre d'un royaume de justice et de vérité. Voilà l'œuvre d'un Homme-Dieu, voilà le seul objet digne de sa médiation souveraine. A d'autres les mes> quins intérêts de la fortune, alors surtout que ces querelles de famille vont rarement sans des fautes de cupidité, de jalousie 'et d'injustice. La réponse du Sauveur fut un refus : Mon ami^ qui m'a constitué Juge entre voM^ et m'a fait arbitre dans vospartages * ?
Mais, Jésus n'eut garde de passer l'incident sans prêcher à la foule contre l'avarice et les maux qu'elle f: Après quelques remarques générales: Sur-
('...: 'US, ijardeZ'VOUt de tout avarice ; quelle que oit la richesse la vie ne nous vient pas de ce que nous /iOMsidons '... 11 dramatisa la leçon d'une façon saitsiiuate, en amenant en scène Tavire lui-même et nous faisant contempler en lui la folie, le crime el le d*'sa»lr<> final de l'amour immodéré de la richesse. Le rhamp d'un homme riche avait rapporU d'amples
• Lue.. XII. 13.14.
* Uc, &11. tS.
a4(i rouK DE l'avahick
moissons. Et ii pensait en lui-même, disant: « Que
ferai- je f Je nai point où recueillir mes récolte^
Voici ce que je vais f aire. T abattrai mes greniers et fen ferai de plus grands etj'g placerai tous mt-s produits et tous mes biens. Et je dirai à mon âme : « tu as de grands biens et pour de nombreuses aimées •
repose- toi^ mange ^ bois, fais grand chère ' >»
Voilà l'avare, le voilà dans sa saisissante et hideuse réalil<^, entassant dans son âme plus de vices que ses greniers n'ont de moissons. Ecoutons-le. Ses greniers regorgent, dit-il, remplis des moissons anciennes quand les nouvelles réclament leur place. El il ajoute : <- que faire » ? Quelle Ame noble poserait une semblable question? Quel cœur généreux ne verserait pas sur les pauvres ce trop plein de richesse dont il ne sait que faire ? Mais l'avare est sans cœur, la pensée du pauvre lui est étrangère et plus encore importune et odieuse. Il irar> dera tout! « Que faire », dit-il? Voilà don la grande richesse. Au lieu de jouissance ei ., souci. On est riche et on ne sait que faire de son or ; et si l'appétit de Tor est inflni, la jouissance qu'il procure et la satiété qu'il amène en montrent trop bien la vanité. L'avare est frappé de folie. Kt dans cette folie il se livre à des convoitises aussi insatiables qu'elles sont insensées. Il est embamiBsé des biens qu'il possède : il en conclut qu'il Ini enfant davantage ! ^ Je sais, dit-il, ce que je ferai : je renverserai mes greniers et fen construirai de plus vastes ' ». Ainsi, vit-il, sans cesse secoué par la fièvre de l'ambition, ou torturé par les sollicitudes et les vaines terreurs. Au sein de Topulence,
1 Lur., XII. 16-SO.
* Uc, XII, 18.
FOLIK DK LAVARICK .lîT
il é.*i p.nivre comme les plus pauvres; il est incerUiin i mAmo (!<• su richesse el quand il prend un ir luinberplus bas dans TaMme de son a... , ,,... avant dans la nuil ténébreuse où tout hemindela vertu disparaît devant lai. « Que faire •, 'iil-il. Toul'aulrp n'pondrait : « Faire parlaper ta rirhesse aux nécessiteux». Lui n'en a pas môme une lointaine pensée. El voyez comme Tavarice le mène droit à l'impiPlé. c Mes biens mes r<^coUes mes greniers Kl Dieu? Dieu n'est donc rien dans l'acquisition de ton opulence? C'est toi qui as donné à la terre sa sève, au Holeil sa chaleur, aux pluies leur fécondité ?
Tu di» : " ini'H biens Ignores-tu donc que « tuute
la terre est au Seigneur » ? Que le Sauveur en te faisant
riche l'a établi son mandataire et l'économe de ses
panures ? Se rroyant le seul maître de sa fortune, l'avare
poQsse son inconcevable folie jusqu'à se croire maître
aus«i de sa vie : « J'ai des biens pour vivre de nom-
breuMfs années ■ '. Comme si l'avenir était à nous!
Mais comme après tout un reste de bon sens nous fait
M-ntir que l'avenir n'e»t pas à nous, nous avons bàle do
jouir du présent. Aoii»i, beaucoup d'avares ne le sont
; l'au profit de leur luxure et de leur goarmn:
leur Dieu, c'estt leur ventre », leur idole, c'est ;.à ■■-
iplé : Maiuft, bois, fais yraruTcbère^ dit notre avare *.
' :itervient ; il se montre par un de ces
yants qui mettent à nu le néant des
ntt. Dieu lui dit: Iruaufé ! Cette nuit mhnr ' '''ta ton âme, et '-rit ce grand
il , . ij. iimiisM'' '. Miiiii. r- (jin' rrliii on
Lu. \\\ I!»
348 LA VIGILAKCB NiCK88AIRE
Dieu relire brusquement de ce monde l'on de ces avares jouisseurs! Dépouillé de tout, nu et tremblant, il est jeté dans ce monde supérieur auquel il ne pr^la jamais la plus fugitive attention. La divine Justice le reçoit, le tribunal est dressé, le coupable y comparait sans défense possible, et le jugement qu'il subit l'envoie rejoindre, dans les supplices expiateurs, le < Mauvais Riche » dont la vie s'est passée à thésauriser, à jouir, à mépriser La/are. Et ses biens ? Ils seront la proie d'héritiers avides qui les dévoreront. Ainsi en advient-il de celui gui thésaurise pour soi, et ne place pas ses richesses dans les mains de Dieu*.
Le Sauveur Qt suivre ce grave enseignement des rîflexions sur la Providence qu'il avait longuement développées sur la Montagne des Béatitudes. Pourquoi tant se préoccuper des nécessités de la vie? Dieu ne nourritil pas les plus petites et les plus frêles de ses créatures ? Le passereau qui n'amasse pas, le lis qui ne travaille pas, trouvent, l'un sa pftture, l'autre sa robe plus riche que les parures de Salomon. Nos cheveux sont conv le souci de notre existence n'échappe pas au t. ... paternel de Dieu ; cherchons • le Royaume de Dieu avant toute chose, le reste nous sera donné par surcroît > . Pourquoi nous inquiéter du vivre et du vêlement, alors que « notre Père céleste nous donne un royaume ' > ?
IH. — Celle perspective d'un Royaume éternel revient sans cesse dans la prédication du Sauveur. Nous en sommes les conquérants, et notre vie actuelle n'a pas d'autre but que de nous en assurer la possession. Mais
* Lac, XII, il.
• Loc, XlLSI-di.
LA VIGILA.NCK NECESSAIRE 349
la conquête est ardue ; Teffort doit ôlre proportionné aux difllcultés à vaincre ; le temps est court et incertain ; il nous faut d" ince pour ne pas nous laisser
amollir: Veic' : , car vous ne savez A quelle
hettre le Seigr^eur doit venir • ,
î 'i ceinture aux reifis et à lu main vos
/! r allumés^ comme des hommes qui atten-
'leru leur maitre revenant des fwces, et qui se tiennent prêts à lui ouvrir dès qu'il heurtera à son seuil >. La « ceinture aux reins », qui y ramène les vêtements flottants, c'est U tenue de travail et le signe de Tactivité. Nos mouvements sont empêchés par les plis et les replis d'une taniqoe flottante; la ceinture, c'est l'énergie, c'est l'effort, c'est la mortification qui circonscrit et réfrène les superfluités nuisibles d'un bien^tre énervant et d'une mollesse paressease. Celui-là est ceint », qui répudie les dissipations stériles, les plaisirs messéants, l'oisiveté honteuse. Ayons donc « la oeintare aux reins ». Mais ayons aussi t à la main nos flambeaux allumés >. La nuit est noire, elle règne autour de nous, dans ce monde plein d'erreurs et d'ignorance que nous habitons; elle règne en nousrnémee qui somme» les jouets de tant d'illusions dt^ce- ><intes ; elle règne autu en partie dans cet ordre surnaiun>), où nous nont monvoni sans jouir encore « de U aire vision », mais ne voyant les chcMet qu'en « énigme i à travers un voile ». lin flambeto nom est indispenible, c'est celui de la foi, dont le rayonnement éclaire <! fln, le moyen d'y atteindre, les . . ics nôtres, le chemin à suivre pour
' Luc.Xii »
• Luc, Mi,
350 LA VICILANCK ?(ECKSSAIRK
atteindre au bonheur, les conditions à remplir pour devenir et rester des serviteurs iidMes. L'huile qui alimente nos flambeaux, c'est la parole sainte, Tinstruction religieuse, la lecture, la méditation.
El ainsi « ceints et illuminés » nous sommes dans l'attente. De qui ? De notre Maître, de notre Dieu, de Jésus-Christ. Après les quelques années de sa vie passible, il s'en est retourné aux joies étemelles, aux fêtes nuptiales que le ciel célébrait en l'honneur de son mystique mariage avec l'humanité. Cette union se complète, s'achève dans la gloire, alors que dans Textase de Tamour, il se donne à ses anges et à ses sûnts, ne faisant qu'un avec eux et leur prodiguant les tendresses de son cœur et les richesses de sa dot infini<
C'est de là qu'il revient à chacun de nous au moment de notre mort ; de là qu'il reviendra, à la fin des temps, au genre humain tout entier ' .
1 f'Ue altitude trouvera-t-ii ses sfrvilfurs '.' Les
ar. - vigilants l'attendent et lui ouvrent. Heureux
serviteurs I Jt vous raffirme^ dit Jésus-Christ, leur Maitre lui-même se ceindra, les fera asseoir à s^table, et, allant de Cun à l'autre, il les servira • Qu'est-ce à dire t il se ceindra »? 11 mettra à nous récompenser la même activité que nous avons mise à le servir. Lui aussi, durant l'éternité, se livrera à un travail dont notre félicité sera le but ; il remplira tous nos désirs, comblera notre être entier de jouissances inénnr râbles; il se fera tout en tous, tout à tous, et quelle qi. soit la multitude des élus, chacun d'eux le pois^• i'i.t pleinement : t il ira de l'un à l'autre » pour les sti vir
• Loc, XII, 3fi.
• Uc.XU, 37.
LA VIGILANCE IftCESSAIRR 351
lûus. Dans un autre endroit, le Sauveur parle « de demeures dilTérenles » que comprend la Maison de Dieu, le ciel.
De nombreuses Paraboles nous enseignent que la ' ! ne repousse pas les retardataires qui se ... :>;-..L à la dernière heure; c'est la môme clémence divine que Jésus-Christ fait apparaître ici. Si le Maitrr rentre à la seconde ou à la troisième veille ^ heureux ces serviteurs, s'il les trouve veillant de la
orte K U n'est question que de la « seconde » et de la a troisième >• veille. A la première, correspondant au premier âge, à la tendre enfance, on ne demande rien, puisque le nouveau-né n'est capable de rien. Mais la jeunesse a pu se passer loin de Dieu et de la vertu. Si, à TAge mûr, l'homme rerient à la foi et à la pratique religieuse, son Maître clément l'accueillera. Si après une vie donnée à \" '"^'' \ le vieillard demande à une
SI 1 iilure, le (lambeau et le poste
1(? la vigilance », lui non plus ne sera pas repoussé '.
Un seul sera exclu de la demeure étemelle, celui qui aura été surpris mds la lumière de la foi, les œuvres saintes, la vigilance qui attend Dieu et se prépare à ta venue *. Cet' ■ - ::- «r M- i j^gUR..Chrigl nous révèle qu'elle Btra z pr**ts, car vous ne savez pas à
quelle heure viendra le Fils de l'Homme*. C'e^t notre <'-:.''<î^me et notre lAcheté qui forcent Dieu à nous cacher 1 !• lire de notre mort. Si nous la connaissions nous • nit. <>ntrerions sur elle seule notre vigilance et nos effurls. Le reate de la vie se passerait dans une sacrilège
• Lor.. XII. 38.
• Ur.. XII. as.
• Luc., XII. «, m.
« Lac. XII. 40.
35Î LA VIGILAN».!. .Ni.* LsSAiHK
insouciance, un total oubli de ses devoirs, ou se réser- Terait pour Theure où l'on saurait prochains la mort et le J! I. Un exemple appuie cette t' r .
pri / //, dit Jésus-Christ, y M^ , s//' ^
savait C heure où le voleur doit venir^ assurément il veillerait, et ne laisserait pas /" " ' hrhhe aux murs de sa maison*. Il est inn que si nous
connaissions l'heure où le trépas forcera la maison du corps pour en arracher l'âme, à celte heure Ik nous deviendrions vigilanls. Mais c'est la vie entière qui réclame notre vigilance, c'est à tous nos instants que Dieu veut nous trouver appliqués à notre sanctification : pour cela l'incertitude nous est laissée comme perpétuelle excitation à veiller.
IV. — Pierre demeurait surpris des dernières parolesde son Maître, incertain s'il devait la prendre pour lui et les autres Apôtres. Que Jésus vint surprendre le reste : il en comprenait déjà peu la raison ; mais qu'un Api^tre fût surpris comme le commun des hommes, lui que son Maître avait favorisé de tant de grAces, comblé de tant d'honneurs, muni de si e.xtraordinaires pouvoirs, séparé de la foule à tant de titres ; voilà qui déconcertait pleinement ses pensées. Il s'en onvrit aussitôt : Seigtieur^ est-ce pour nous ou pour tout le monde que vous dites cette Parabole * ? Jésus laissa cette question sans réponse directe, mais fit comprendre à Pierre que sa dignité même et le poste émincntoù il l'avait élevé, lui et tous les prêtres, leur commandent à tous une vigilance'plus active et de plus hautes vertus.
» Luc, XII. 39. MaU.. XXIV. 43.
• Luc, MI, 41.
LA VUilLA?i«:E >! ■■ ~ 353
l)^uxsortes de prêtres sonl i... w. , .... j.... .e Sauveur. I.e premier est le saint, dont Jésus, par la tourne de sa phra»e, montre la rareté et la valeur.
(^ : à ton avis fadministrateur fidèle et prU'
dent que ieMaitre a mis à la tète de ses serviteurs^ pour donner â chacun, au moment opportun, sa mesure de froment • ? Voilà le bon prêtre, voilà le pasteur selon le cour de Dieu. Entre ses mains les biens de la grâce, les richesses divines sont en sûreté''. Elles ne le seraient pas dans deux cas différents : si l'adminislratcur était déloyal et s'appropriait ce qui doit être donné à Dieu ; si l'avarice, Torgueil, les inclinations mauvaises, lui faisaient garder pour lui seul ce que son ministère sacré lui met en main : d'autre part, s'il était malavisé, ignorant, maladroit, troublant et écartant les âmes qu'il a pour mis&ion de recueillir et de diriger. Mais le bon prêtre est à la fois a Adèle et pnident ». U est de plus actif et soigneux. \ux moments voulus, il donne aux âmes leur nourriture, « leur mesure de froment >, froment de la parole, de la direction, des conseils, des exhortations, des saints exemples, « froment d<>s élus», divine Eucharistie. dont ilalagarde or « aux ' :''S ». avec
, .ice, avec u. - - -. les besoins
et selon l'aptitude de chacun. Heureux ce prétre*là ! Après rerempli«,soo Dieu l'appellerai- Hir
••§ trésors des Cleux : y^ FOM.« /' M.
son maftre rétablira tur tout ce qu'il possêd» Mais que sera et que devi< "lutre, 1p
traître à M mission? Le SaavtMi .i sous s«-> iiM
•lIjm.XII. 4S,4a. 44.
* Lut . Xlt. 44.
354 LA VTGtLANCC NÉCISSAIRR
caractères : U est inconscient de sa responsabilité et il g'aveogle sur l'avenir : il se livre à la paresse et aux pires eicèsde la sensualité : il est pour ses ouailles une sorte de perdition, parce qu'il néglige de les instruire, parce qu'il déserte ou acconaplit mal les fonctions saintes qui les sanctiflent, parce qu'il les rebute par son orgueil et sa dureté ; parce qu'il les blesse par ses mauvais exemples. Le serviteur qui se dit : mon Maître tarde à venir * et qui se livre aux excès de la bonne chère^ et qui se met à battre domestiques et servantes.. . Le Maître arrive au jour et à l heure quil n'attend pas, et il le chasse de la maison et il le relègue avec les infidèles *. « Avec les infidMes » : c'est sa place, et encore y sera-t-il au dernier rang, subissant de plus durs châtiments qu'eux tous. L'infidèle, sans la révélation et qui n'avait qu'à obéir à la Loi naturelle, s'il ne l'a point fait sera puni, mais combien plus le sera r.i'! qu'éclairait la vive lumière de l'Évangile, combien plus le prêtre illuminé plus que tous les autres des divines clartés? Oui le serviteur qui, connaissant les vohi' de son Maître, n'a pris aucun soin, opéré au<"/" œuvre^ sera grandement puni. Tandis qu'au contraire sera moins sévèrement châtié celui «7 avoir reçu les mêmes lumières, aura pr> > ^ Et c'est le sens commun lui-même qui promulgua ce jugement. Beaucoup plus est exigé de celui qui <: reçu beaucoup plus. On lui demande d'autant ji in qu'on lui a plus dotmé *.