V. — 11 est aisé de conclure de tout ce qui précède
> Uc.Xll, 45, 40.
> Luc., XII. 4M.
LA VIE CHRÉTIENNE, VIE DÉ^JERGIK ET DE PÉJHTEJCfTE 355
qu'one réTolulion immense s'opère dans le monde. Au sommeil des Ames au sein de leurs passions, succède le réveil d'une divine activité. A la paix honteuse conclue avec la chair, le monde, l'enfer, succède la plus héroïque les guerres. L'homme nouveau devient tout de flamme devant les sublimes perspectives qui lui sont montrées. Il s'élanee vers Dieu d'un irrésistible essor, et dans son Ame vient de s'allumer le brasier d'un tout céleste amour. Kt en cela il ne fait que répondre à l'amour dont son Dieu incamé lui donne les plus extraordinaires preuves. S'il veut mourir pour son Christ-Jésus, c'est que ce Jésus lui a d'abord donné son sang à inépuisables flots ; c'est ju'il s'est plongé, baptisé, dans le sang de sa passion endurée par amour : Je suis venu répandre le feu sur la terre et que veux-je sinon qu'il s'allume aussitôt ? fai à itre baptisé d'un baptême et combien je me sens j '-iqu'à ce qu'il s'accomplisse ! '.
Le . .., . ...: du sang divin s'accomplira, le feu s'allumera sur la terre, la Rédemption sera faite, l'humanité sera arrachée à l'enfer et redonnée à Dieu et à son immortelle destinée : mais ces effets ne s'obtiendront pas uns une lutte proportionnée à leur grandeur. Il y aura 1 H l'homme ' •• conquerra la
\ , vn livrant à se- , ux des combats
dr^spérés. Il j aura lutte dans les familles dont les restés rebeilef à la grâce persécuter ^ u- "ox qui se seront donnés à Jésas<< i y
uira lutte dans les peuples, ou tantôt les Pouvoirs
' ' tantôt la plèbe, se rueront sur l'Eglise de tout
' le leur despotisme ou de leur haine brutale.
renses-vous que je sois venu apporter la paix sur la
*Ue.,Xll.«.SO.
356 LA m CHRÊTIErnVB, vie D'ÉNEROn KT DB PémTBNCK
terre ? Non^je vous le dis^ mais le glaive et la division. Désormais, si/ y a cinq personnes dans unr maison, elles seront dirisées, trois contre denj:, dnt i contre trois, le père contre le fils et le fils conlrr I, pèreja mère contre la fille et la fille contre la mère ".
Quoique <!^traDge que pussenl paraître au premier aborH ces révélations, les Juifs de la Pérée n'avaient pas néanmoins le droit d'y être totalement étrangers. Tous lp^ Prophètes qu'on leur lisait, en les commentant chaque samedi dans les Synagogues, avaient prédit la venue du Messie et tous avaient annoncé les bouleversements profonds que cette venue amènerait dans le monde. Mni> comme leurs frères de la Galilée et de la Judée, tinaient à fermer les yeux à la lumière, et les m^.,, .. .^ plus manifestes auxquels ils pouvaient reconnaître leur Ht'' Il leur demeuraient volontairement
Jé> t-n fait le reproche, non sans ani
Quand vous voyez les nuées monter du couchant, vous dites : voici venir la pluie, et elle vient en eljet . Et quand le vent sou/fie du midi, vftus dites : cest le temps chaud qui arrive^ et c'est ainsi. Hypocrites 7 Vous qui savez si bien présager le temps d'après taspect du ciel, comment ignorez-vous en quel temp-^ vous êtes ? Comment ne discernez-vous pas ce qu'il serait Juste de discerner * ?
\\. — Une autre erreur Juive, erreur ancienne et universelle, était de croire que tout»' affliction était la suite d*un crime, que tout malheureux était un coupable. Nous
' Luc .. XII. 51, 51
• Luc, XII, 54,57. IUll.,XVM
LA VU CraÉTOCCfE, VIE d'e?IERGIE et de I'É.'<IITE>CE 357
avons ,"•">•} les amit de Job porter à sa détresse des accu^■> iielles, les ApAlres demander à leur Maître
de quel crime l'aveugle né était Texpiateur. Au temps où Jésus évaogélisait la Pérée une scène sanglante se passait à Jérusalem, où, à la suite d'une révolte, Pilale avait fait massacrer des Galiléens. L'infortune de ces V.. ii."oc 8..çr..4ra aussitôt aux Disciples l'idée de quelque s portaient la peine, et c'est en ce sens .-a pArlèrenl à Jésus. Le Sauveur, dans '^ ••,
.... un double but à atteindre : tout d'abord ic - . in- • r de leur erreur et surtout les éloigner de ces recherch- - t !ii«'raires sur les jugements de Dieu : P^/ovivnu:>, !t ur dit-il, que ces Galiléens suppliciés fns:sent plus coupables que les attires Galiléens ? Nony Je v(fU!f '' '* '. Mais comme ces recherches sur ies
ùmU- lAtiroents d'autrui ne sont jamais sans un
n>l<*ur orgueilleux sur notre prétendue innocence, Jésns rappela ses Disciples au : de leurs propres
ftates et de la pénitence qm suivre : Si rous ne
faites pénitence^ vous périrez tous également. Puis il rappr ' ' "n sanglante des Galiléens massacrés sur l'ordr :e d'un autre désastre, où avaienlpéri dix-
uit malheureux ouvriers. Eux non plus n'étaient pat -■■ nbles que d'autres, et vouloir mesurer la faaie :ir, ou rroire que le malheur est toujours It siiiie (1 uiii- faute, c'est méconnaître une Providence justu ot Ixiiitie qui souvent couronne la vertu en lui faiftant trnvrr^ir l'éprenve. Cés dix-huit sur lesquels s'è' tourdf '^ ' ■ :-
- ,-</5 fu%st j.. , j de
Itieu que les autre* habitants de Jérusalem ?Non^je
MM l.i.
358 LA VIK CaRéTIKNNI, VIK D*iNBIIGIB BT M PfafITBICB
VOUS taffirmf!. Mais si vous ne faites pénitencr, vnjts périrez tous également i .
Une Parabole, celle du flguier stérile, acticv» de ramener les Juifs à rbumililé, au souvenir de leurs propres fautes, à la Juste crainte des vengeances divines.
Un homme avait un figuier pianté dans sa vigne *. Nulle image autant que celle du figuier n'était apte à représenter le peuple Juif. La vigueur de ses tiges, la luxuriante ampleur de son feuillage, sont bien les traits qui conviennent à cet Isra«M si admirablement doué, si vigoureux, si actif, mais en m^me temps si vaniteux, si plein de lui-même, si avide de bruit, de réclame, de gloire extérieure, et, ici, si dénué de fruits, si stérile et si obstinément stérile ! Depuis trois ftges différents, Dieu lui demandait ces fruits qu'il se refusait sans cesse à produire. L'homme y vint chercher du fruit et nrn trouva pas. Il dit alors à son vigneron : * Il y a trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier et qui je n'en trouve pas. Coupez-le donc; / '
occupe-t-il la terre ' » ? Trois âges durant Dici. ,;i
peuple Juif^ attendant de lui quelque correspondance .\ ses grâces. A Abraham il donna la Circoncision, '!> née à séparer Israî^l de la masse perdue de la (îeii> et à en faire une nation élue et privilégiée : Israël n* répondit à cette grâce que par des crimes qui le rendaient pire que les idolâtres. Dieu revint à Moïse et donna à son peuple la Loi écrite, grâce nouvelle de lumière, de force, de direction : le Juif s'attacha à la lettre de cette Loi, irais en viola effrontément l'esprit.
• Lac, XIll. 4.
« Luc. XIll, 6.
» Luc, XIll. 7.
LA '^ U ■ ' -^ ' I 'NKHOIK ET HK I'KMTIM K i.'iO
|1 corroui^ii m i.oi . w« -uit aieeii y mêlant des IradiUuiib purement liumnin»'s. Dieu revint plus miséricordieux, plus riche en KTAces, que jamais, quand il envoya son \nge à Marie, pour lui annoncer les jours de la Rédemplon et qu'elle serait la Mère du Rédempteur : les Juifs nais du grand don de Dieu. C'était
.-- -. . ,^..t le Messie les inondait de lumière
et de bienfaits, et de moins en moins les Juifs profilaient
•l'une è\ extra faveur. Dieu allait enfin frapper.
Le Maitre <: au vigneron : coupez-le ; à quoi
bon occupe-t-ii ta terre ? •. Le Vigneron, c'est Jésus-
C ' " Père de suspendre sa vengeance et
<i encore à la conversion de celle
nation qu'il H' aimer malgré ses rebuts et ses
projets â>" ' i avec plus de zèlt- ni»
M parole «lies ; il les combi' .ms
de bienfaits, les sollicitera avec plus d'amour ; il versera
• son sang, il leur enverra après
^^ ^aints ; il fera pour sauver le mal-
tieureux les effor 'us désespérés. El Israël ne
jH^rira qu'après a ■•-p obstination invincible,
:.sé le saluU M.t ri ! Toutce qu'aputenter
pour lui le Vigneron chariUble est demeuré inutile.
Ai>r^4 trente aooées de crimes suivant le crime du déi-
; ]• . Dieu lui envoya rwmée romaine qui le déracina
f i en jeta les branches sur U surface du monde.
Qui, devant ce grand exemple, ne tremblerait pour soi-même? La patienoa de Dleo asi oenreiUaoae; sas grâces sont sans metore, ses appela incessants ; Jusqu'au dernier moment, Jusqu'au dernier soafBe, Dieu soMicite le pécheur et lui offre le salut. Mais enfin si tout 1«^ et que le pécheur s'obatine à repou^Hcrla ^'1 rde : la Justice prend sa plar#) i>i le misérable
360 LA WE cmtroBmKy vis d'énbrgik et dk pénitkncb
révollé est à jamais perdu. La dernière partie do la Parabole se réalise ' .
Elle se réalise pour le pécheur qtii durcissement et rimpéniteuce,coinin( pour le peuple Juif; mais le figuier n'est arraché et jeté au feu que quand le céleste Vigneron a épuisé toutes les ressources de la charité. Oh t que Jésus travaillait, prodiguant d'autant plus sa parole et son amour que les derniers mois de sa vie mortelle «'écoulaient et que le malheureux peuple Juif, au lieu de se convertir, s'endurcissait chaque jour davantage. Plus une heure, plus un instant de repos pour Jésus, Il allait enseignant par les villes et les villages *. Le jour du Sabbat, quand il trouvait la foule réunie dans les Synagogues, il y entrait pour lui distribuer les paroles du salut.
Un jour, il joignit à son instruction ordinaire un insigne miracle, destiné comme sa parole à ouvrir les yeux et à toucher les cœurs. Il enseignait un Jour de Sabbat dans une Synagogue. Voici que vint une femme qu'un esprit d'infirmité tenait courbf-e depuis dixhuit ans, et qui ne pouvait plus absolument regarder en haut*. Nous avons eu le douloureux spectacle de bien des possédés ; aucun ne subissait le tourment de cette malheureuse. Le démon n'en avait pas tant fait son esclave que sa béte de Mmme, courbée comme les animaux vers la terre, et incapable de lever sen vers les Cieux . C'est le triomphe du démon ! Qu;< créa Thomme, il le créa pour des destinées supérieures, pour une pairie qui est le ciel; et il lui en donna comme signe et mémorial cette noble structure, qui, dédaignant
> Lac, Xlll,fr«.
» Luc, XIII. 10.
s Uc, Xm, 11.
«.IKHl- ' i-r. u.x rr^MB COL HBKE .>»»l
\.i lerre, se purlc ualurellemeni en haut. Si l'œil corpo-
■\ ^e lève aux cieux, celui de l'âme a mieux encore ce mouv. ' 1 es, et loule la grandeur
dune - iS ce regard tourné vers
ses éternelles desii: as que fait le démon? Quelle
«*- •■? A quoi tendent ses sol-
1> , i ' ne de sa grandeur native
ji»s<ii. s bas-fonds du vice, de Ty tenir enchaîné,
j rnëmeunregird vers le
Ci ^ ^ lié en était Ul Israël pré-
varicateur s'y acheminait. La malheureuse femme courbée était la vive représentation de l'une et de l'autre. Mais le Vainqueur du démon^ le Libérateur de Thu-
iianité déchue, était là armé de sa puissance, etlecceur ••mu d'une U: " inpassion. Jésus, voyant cette
femme, t'apjj ,,rès de lui et lui dit : « Femme^
oui êtes guérie de votre infirmité. Et en même temps '■■ iT7'::- - / -- L'infirme v/ ' " ,-.
Dieu, etla foi. le
iiration et la même louan^^* .
' ' * * • — ~ ■' r la jalousie ei aiiu-
in* r . . «'f de la Synagogue
eiU bleu N .*>r Jésus directement : l'éclat du
miracle 1 • l il s'en prit à l'heureuse mira-
>ilée et à iui venait d'applaudir à sa déli-
• rance. ii y a stj: jnurs pour le travail, s'écria't-ii^
enez ces j'oun là vous faire guérir et tv ■ ; • te /our du Sabbat*. Une interpellation aussi lo
sens ne valait pas une réponse, car qui pouvait voir dans un gette et une parole une violation du Sabbat ? Mais Jésus voyait avant tout le danger que faisait courir
> Luc. Xlll. Ii.
T. n. it
30i LA 1'ÉMTE.ICE Ut' LA MORT ltTEIUfKU.R
à la foule toute réprobalioa de ses chefs, et il ciogla Tinsolent dune vive et irréfutable réponse. Hypocrites ! Ch ' rouanedélie-t-ii pas son bœuf ou sondnc
(If " pour le viener boire ? Ei cette fille d A-
braham que Satan tenait liée depuis dix-huit ans ne la fallait-il pas délivrer le jour du Sabbat ? Que répoudri' ? Lrs Pharisiem rougirent et se turent ; quant au peuple il fit éclater sa j'oie devant des œuvres si remplies de gloire qu'accomplissait Jésus *.
Vil. — Cette joie était mêlée de crainte, car si le peuph' était témoin d'une si grande bonté du Sauveur, il n'oubliait pas ses dernières instructions. Or ces instruction? faisaient toutes entrevoir les rigueurs de la divine Justice et la nécessité, pour y échapper, d'une prompte el iincfcrc pénitence. Jésus avait, dans la Parabole du Oguier stérile, annoncé sans voile la
rai'l impénitent : cen était assez pour t . ;
craintes : Seiyneur^ lui demanda quelqu'un de la foule, ny aura-t-il qu'un petit nombre de
Jamais aune question indiscrète, soit de la l... , des Apôtres, le Sauveur ne répondait directement, mais il en prenait ce qui pouvait tourner à rédilîcaliDii de ses auditeurs. La question du grand ou du pi-lii nombre des Elus est de celles que Dieu garde dans l'inviolable mystère de sa sagesse el de sa mi^' est d'ailleurs inutile. Pourvu, «{ue nuus son . •convives du banquet divin que nous importe le nombre ?
Mais ce qui nous importe c'est la < ' tiiilnr, et c'est là que Jésus appuie, li i
t Luc, XIII. l5-l»-t7.
« Liic. XIII. *i-f3.
LA l>É.HrrK.1CB ou LA MORT BTERNEXLK 363
' — -.-"[ : „ Mon joug est doux el mon fardeaa l<^ger ».
parle ici de c porlciHroite «, mulais<!^e à franchir, il ne saurait se cunlredire. Si le fardeau est l«''ger, il n'en pèse pas moins comme tout fardeau ; et pour M • iruiio • qu'elle soit la porte du Ciel n'en est pus moins franchissable. Tout drpend de notre disposition et de notre courage. Aux lâches qui ne se condamnent à aucun effort, le ciel demeure impossible ; aux épaules K'énéreuses le fardeau de la vie chrétienne n'est pas seulement l^ger, mais il est reposant. 11 faut vouloir, ut pour vouloir il faut vivre dans cette idée que si le salui
: m6me facile, il n'en est pas moins le prix <i( u< r, t . .1 ux efforts, et si la foule s'y refuse, à nous de le» accepter héroïquement. Jéstut dit : « efforcez^ vous d'entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le déclare^ chercheront à y entrer et ne le pourront piist '. Qu'est-ce à dire? Lu vouloir el ne le pouvoir pii^ ! Sans doulf, car il faut le vouloir si ni,
c'(f»UÀ>dire accepter les conditions posées el [ le
' heniin qui y mène, c Beaucoup » voudraient bien du I .ihiiir •tirn- ' iiiiis s.mt se condamner aux efforts !!■ . . H^.nrr- J...II1 i.' ijMiiler, sans vouloir ce que Dieu iommande, ou plutôt voulant tout ce que Dieu défend. C'est rhumilité, c'est la chasteté, c'est la bonté, c'est la charitt', rcht la bienfaisance, qui méritent le ciel, et eux sont !»uperbeii, voluptueux, irrascibles, colërM, a>arcs, haiis piété envers Dieu comme san ' rillauce envcry l'iiomme. Comment franchirnie» téf-
du ciel ?
Poul-étre ne }*>n pf < ■ lij • i;.- i, j .f -..i.t. Mi.me, mms
quelle angoisse pour cii<t< un au uiitiaul de la mort, Xiil. 14.