SAINTE COLETTE DE CORBIE
soit en introduisant dans sa cellule des bêtes horribles ou dangereuses, soit en faisant autour d'elle un vacarme affreux pour la distraire de son oraison, soit en la maltraitant même, que plusieurs fois Colette aurait dû succomber sans un secours tout spécial du ciel. A l'approche de la nuit, elle disait quelquefois à ses religieuses : « Vous allez reposer, mes chères filles, pour moi je vais commencer mon martyre ! » Ce martyre elle l'augmentait encore d'elle-même par ses propres austérités. Elle porta longtemps une ceinture de fer : lorsque son directeur lui ordonna de la quitter, elle dut l'arracher avec d'indicibles souffrances. Une parole de la sainte nous révè'e sur ce sujet le sentiment intime de son âme ; quelqu'un lui ayant demandé ce qui pourrait lui arriver de plus pénible, Colette répondit : << Ce serait de passer un seul jour sans avoir à souffrir pour mon Dieu ! »
Ange de pureté et séraphin par l'amour, sainte Colette vivait dans une continuelle oraison, aussi passait-elle de longues heures abimée dans une sublime contemplation. Habituellement elle contemplait les grands mystères de la douloureuse Passion ; le vendredi elle y consacrait jusqu'à huit et douze heures ; instants fortunés qui voyaient les souffrances du divin Rédempteur se renouveler dans la servante de Dieu. Pendant la Semaine Sainte elle demeura une fois trois jours et trois nuits dans le ravissement, les yeux et les bras élevés vers le ciel. Dans une autre circonstance, comme elle était à Besançon, elle tomba dans une extase qui ne dura pas moins de quinze jours : la vie des sens paraissait l'avoir tout à fait abandonnée ;' néanmoins elle revint à elle sur l'ordre du P. Henri son confesseur.
L'âme de notre Sainte était tout embrasée en présence du divin Captif du tabernacle, et dans ses communions ; on pourra en juger par la grâce dont Dieu la favorisa pendant son séjour au monastère d'Hesdin. Un jour, le prêtre termina le saint Sacrifice de la messe et rentra à la sacristie, sans s'être aperçu que la sainte abbesse attendait à la grille du chœur pour recevoir la sainte communion ; Notre-Seigneur apparut tout-à-coup, ouvrit le tabernacle et donna de sa main la communion à sa sainte épouse : puis, après avoir replacé le ciboire dans le tabernacle et donné sa bénédiction, il disparut, laissant dans l'admiration les religigieuses témoins d'une telle merveille.
La servante de Dieu, avons-nous dit, fonda de son vivant dixsept communautés, et en réforma un grand nombre.
Amante passionée de la pauvreté, sainte Colette fit voir que l'esprit de saint François et de sainte Claire s'était vraiment reposé sur elle. Elle porta jusqu'à sa mort la tunique dont elle avait été revêtue à son entrée dans l'Ordre ; ce vêtement avait été tant de fois raccommodé qu'on n'aurait pu y retrouver un seul
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morceau de lu première eUille : toujours elle allait nu-pieds, «^ sans sandales, sur les routes et dans les voyages, comme dans ^. l'intérieur ilu monastère. Son plus vif désir était que la pau- j^^ vreté brillât du i)lus |)ur éclat dans ses communautés, et qu'elle y régnât en souveraine. Un jour que Colette exhortait ses reli- [ gieuses à marcher sur les tracts des apôtres, dans la voie de la ' ^~ pauvreté évangélique, on vit ap])araître dans la salle de commu- ;*J nauté les douze apôtres, vêtus de blanc, comme pour donner par leur présence une sanction aux enseignements de la sainte réformatrice : dès que le discours fut terminé, les apôtres s'élevèrent dans les airs, entraînant après eux la fidèle imitatrice de leurs exemples : elle s'éleva si haut que les sœurs la perdirent de vue, et ne revint auprès de ses fiHes qu'après avoir entrevu, sans doute, le magnifique royaume promis aux pauvres volontaires.
Disons encore que Dieu se plut fréquemment à récompenser la confiance de sainte Colette en son amoureuse Providence. Par le ministère de ses anges, il lui envoya des pièces d'or, lorsque, faute de ressources, elle ne pouvait continuer ses fondations ; les provisions aussi se multiplièrent souvent entre ses mains. Le Seigneur révéla un jour à sa servante les faveurs qu'il réservait aux bienfaiteurs de l'Ordre ; elle appela ses religieuses et obtint qu'elle pussent jouir de la même vision. Toutes virent une légion de démons qui menaçaient la sainte Abbesse, et avec elle les bienfaiteurs du monastère ; mais elles virent en même temps les anges prendre leur défense et les protéger contre la malice des esprits de ténèbres ; puis, elles aperçurent une échelle d'or, par où montaient les anges apportant au Ciel les aumônes des pieux bienfaiteurs avec les prières ([ue la reconnaissance dictait aux pauvres filles de sainte Claire.
L'ouragan révolutionnaire dispersa en France les filles de sainte Colette ; mais, dès que l'ère de paix religieuse s'ouvrit pour la France, plusieurs de ces communautés dissoutes purent se réunir, dans les anciens monastères ou dans de nouveaux asiles, pour y continuer la vie d'immolation et de prière. D'autres communautés ont été fondées depuis, et ainsi nous voyons se perpétuer l'esprit de sainte Colette et se réaliser cette parole prophétique de l'illustre Réformatrice : « Par la protection de la Très Sainte Vierge, la Réforme durera jusqu'à la fin des temps. Ni les révolutions, ni la corruption du siècle, ni la diminution de la foi, ne pourront éteindre ce flambeau allumé par Notre-Seigneur Jésus- Christ ! ))
Après quarante années de travaux, sainte Colette avait terminé sa mission et, le 6 mars 1447, son âme virginale quittait cette terre d'exil pour s'envoler vers les demeures éternelles. Pie VII l'a canonisée solennellement en 1807.
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Sainte (Tatbenne
de Bologne
Vierge, Clarisse (1413-1463)
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M. grand éclat par ses œuvres
W admirables et par ses vertus,
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^., 1^ Catherine de Bologne, dont
^=^^i^^=^^=fê*=^ ^=^t=^>=^=(^?d ^^ sainte Vierge avait annoncé la naissance, et qu'elle avait montrée comme une lumière, dont la splendeur devait un jour éclairer le monde.
De l'enfance et de la vie de notre sainte avant son entrée en religion, ne disons qu'un mot. Elevée à la cour du duc de Ferrare, au milieu des grandeurs, dans l'étude des arts et des lettres, Catherine de Vigri n'avait qu'un seul désir : se consacrer à l'Epoux divin. Aussi ce fut avec un bonheur indicible qu'elle revêtit, à vingt ans, l'habit de sainte Claire.
De grandes épreuves marquèrent les premiers pas de notre sainte dans les sentiers de la vie parfaite ; les âmes qui tendent à la perfection y puiseront d'utiles renseignements. Le démon se montra d'abord à elle sous les traits de la Mère de Dieu et lai donna de perfides conseils à double sens, qui jetèrent l'âme de la jeune novice dans de cruelles perplexités. Sainte Catherine raconte dans ses écrits comment elle a été souvent la dupe du démon. Une fois, entr'autres, son esprit se remplit de pensées de blasphèmes, et ces pensées étaient si importunes que rien ne pouvait l'en distraire ; elles la suivaient partout, jusqu'aux pieds de son confesseur dont les consolations ne lui procuraient aucun soulagement. Elle était loin de consentir à ces pensées, elle les repoussait au contraire avec horreur ; une fois, dans son sommeil, le démon lui suggérant de blasphémer contre Dieu, on l'entendit répondre à plusieurs reprises : « C'est ce que je ne ferai jamais. » Le démon, irrité, fit un tel bruit qu'elle se réveilla et le sentit en quelque sorte s'éloigner d'elle. Elle connut alors, avec certitude, que toutes ces pensées venaient du démon et non d'elle-même, ainsi que cet esprit de ténèbres cherchait à le lui
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persuader, afin de la pousser au désespoir. A partir de ce mo- ■^ ment Catherine ne fit plus de cas de ces pensées, et le démon, I se voyant découvert, cessa de la tourmenter.
L'âme (jui a i)assé par de senil)lables épreuves acquiert l'hu- .^ milité et se trouve préparée à recevoir les faveurs du ciel. Elles •^ ne manquèrent pas à sainte Catherine. l'^n voici une dont elle i^ fait le récit, en parlant d'elle-mé-me à la troisième personne : 5^' « La même servante de Dieu demanda à sa supérieure la permis- .^ sion de passer la nuit de Noël dans l'église du monastère, et ;^ l'obtint. Or, à minuit, elle vit apparaître la divine Marie tenant ^ entre ses bras l'Enfant Jésus enveloppé de langes. Cette bonne *| Mère, s'étant avancée jusqu'à elle, lui donna son divin Fils. Je j vous laisse à penser quelle fut la joie de cette pauvre créature, quand elle se vit en possession du Fils de l'Eternel. Toute tremblante de respect, mais encore plus enivrée d'amour, elle le pressa sur son cœur, elle approcha ses lèvres de sa face sacrée et éprouva une telle suavité que son âme semblait se fondre comme la cire aux rayons du soleil. Nulle langue humaine ne saurait dire, nul esprit ne saurait concevoir la beauté ravissante de ce divin Enfant et le parfum céleste qui s'exhalait de sa chair très pure. Cette vision n'eut pas lieu dans le sommeil, elle ne fut pas imaginaire et perçue seulement par l'esprit, elle fut réelle et manifeste. »
D'ailleurs cette vision ne fut pas connue uniquement pnr la relation que Catherine en donna.
Après avoir rt mpli les fonctions de maîtresse de novices on ^^ lui confia l'emploi de portière, ce qui lui fut un très grand sacrir^ fice, parce qu'elle était obligée d'interrompre à tout instant ses lâ exercices pour répondre aux persannes qui se présentaient ; mais elle se soumit humblement et joyeusement, ce dont le Seigneur ne tarda pas à la récompenser. Parmi les pauvres qui venaient demander l'aumône à la porte du monastère, il s'en présenta un qui fixa davantage son attention, et pour lequel elle se sentit un intérêt tout particulier. C'était un vieillard d'un aspect vénérable dont les discours semblaient indiquer qu'il avait fait le pèlerinage de la Palestine. Ce bon vieillard revint plusieurs fois, et la pieuse portière éprouvait une indicible joie à l'entendre parler des lieux consacrés par la vie et la mort de son céleste Epoux. Un jour, après avoir reçu l'aumône, le vieillard lui remit une coupe d'une matière transparente et lui dit que c'était le vase dont se servait la sainte Vierge pour donner à boire à l'Enfant Jésus. Catherine apprit par révélation que cet inconnu était l'Epoux virginal de Marie. Ce prodige accrut la dévotion qu'elle avait déjà pour ce grand Patriarche. \Jécuelle de saint Joseph se conserve encore aujourd'hui chez les Clarisses
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