JUIN. — BIENHEUREUSE BAPTISTE VARANI
violences mêmes de ses parents, ne purent ébranler son énergique résolution. Le Jardinier céleste vint donc arracher du milieu du monde cette plante battue par l'orage et qui avait, au milieu du vent de la tribulation, jeté de profondes racines dans la vertu. Mais la jeune héroïne n'était pas au bout de ses luttes ; des scènes déchirantes pour le cœur dun enfant, vinrent au monastère, comme au palais de son père, éprouver sa constance et faire éclater sa générosité. Elle fut invincible et le démon dut lâcher prise. Désormais la vie de la Bienheureuse se passera dans l'exercice de la mortification, de la patience et de l'humilité, associée aux douleurs de l'Homme- Dieu. Toutes les maladies se donnèrent rendez-vous pour torturer son corps ; son âme fut soumise à de longues et pénibles épreuves ; les ténèbres s'épaissirent autour d'elle, et le démon parut avoir obtenu de Dieu toute permission de la tourmenter. De violentes tentations lassiègent, tandis que de longues sécheresses, lui faisant perdre jusqu'au souvenir des anciennes faveurs de jon Sauveur, viennent resserrer son cœur. Les paroles suivantes, surprises dans une de ses prières, permettront de nous faire une idée de ses souffrances : " VoWk trois ans que j'erre dans les ténèbres, mes forces s'épuisent et le courage va m abandonner. Rappelez-moi à vous, ô mon Jésus, soutenez dans vos bras votre fille qui chancelle. »
Dieu prolongea encore cette agonie et Baptiste resta de longues années sur la croix. Pourtant le ciel rendit la paix à cette âme généreuse et, quelques années avant d'aller jouir de l'éternelle paix, elle écrivit sur la Passion ce qu'elle avait appris oe la bouche même du Sauveur, nous laissant ainsi un traité admirable des souffrances intérieures de Jésu.s-Christ. Citons de ce beau livre seulement quelques lignes détachées que nous méditerons avec fruit. « Mon premier avis, âme dévote, c'est que vous soyez amie de la sainte oraison ; c'est par cette porte qu'on entre dans la connaissance de Dieu et de soi-même ...... Il est une
admirable révélation que vous devez demander à Dieu ; priezle de vous faire connaître ce que vous êtes, ce que vous pouvez, ce que vous méritez ; sans cette révélation, il est impossible d'avancer dans la perfection. Cette connaissance de soi-fnhne est un secret qui ne peut être enseigné par les hommes ; il est mis en
réserve dans le Cœur très sacré de Jésus crucifié AppH-
quez donc tous vos soins à être humble de cœur, respectueuse, affable, pieuse et modeste, considérant dans le cœur très pur de Jésus les sentiments qu'il renferme, afin de vous y ccnformer, et ainsi vous aurez part à sa très douce familiarité et à son amour.))
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Le Pauvre d'Assise rem- I)lissait l'Italie du bruit de ses prodiges ; ses disciples s'étaient déjà répandus dans les diverses contrées de l'Europe, prêchant partout la pénitence, lorsque le B. André vint demander à François la faveur d'être compté au nombre de ses enfents. Il était âgé de 44 ans ; Tinnoctnce de sa vie passée avait rehaussé l'éclat de sa naissance, et le Seigneur, qui aime les cteurs purs, l'avait attiré dans la milice sacerdotale. Il avait eu, pendant plusieurs années, l'administration d'une paroisse, mais le Seigneur l'ayant visité par des chagrins domestiques, il avait compris le néant des choses humaines. C'est alors que, plein d'admiration pour la vie héroïque de saint François, il résolut de se débarrasser de ses biens terrestres pour marcher plus librement à la conquête des biens célestes.
Il fut l'un .les 72 disciples de saint François, et eut le bonheur d'être témoin de sa mort. Ce souvenir le suivit toujours, et il s'efforça de marcher sur les traces de son glorieux Père et de tendre comme lui aux sommets les plus sublimes de la perfection. La Providence elle-même voulut mettre au jour la- vertu du Bienheureux ; obligé de se rendre en Espagne pour assister au chapitre général de l'Ordre, André trouva le pays en proie à une sécheresse désolante ; la moisson prochaine était compromise, et les habitants n'osaient considérer l'avenir qu'avec de poignantes inquiétudes. Touché du sort de ce bon peuple, chez lequel il recueillait tant de fruits de salut, le serviteur de Dieu se mit en prière avec ses frères et le Seigneur accorda à leurs ferv:?ntes supplications une telle abondance de pluie, qu'en peu de jours la terre prit un autre aspect, et la récolte qui suivit fut si abondante qu'elle surpassa celle des meilleures années. Ce miracle valut au saint religieux le nom d'André aux eaux, et aujourd'hui on P invogue avec efficacité pour obtenir la pluie ou le beau t-emps.
3 JUIN. — K. ANDRK DE SPELLO
Un autre trait montrera combien la vertu du Bienheureux plaisait au Seigneur. Il se trouvait un jour en oraison dans sa cellule, lorsque le Sauveur daigna lui apparjître sous la forme d'un enfant rtsplendissant de beauté. Il y avait lorgtemps déjà que l'Enfant Jésus s'entretenait avec lui, le comblant de ses divines caresses, tout-à-coup la cloche sonne et appelle tous les religieux au chœur pour réciter vêpres. La tentation était forte ; mais ce véritable obéissant n'hésite pas même un instant; il quitte Dieu pour Dieu, dépose TElnfant Jésus sur la table, et rejoint ses frères pour payer au Créateur son tribut de louanges. L'office terminé, il rentre dans sa cellule, et, ô prodige ! il y trouve encore son Hôte adorable (jui lui dit : a Tu as bien agi en obéissant ainsi au premier signal, bientôt je te récompenserai. » Et, en effet, dans le courant de celte même année, le Bienheureux allait recevoir la couronne gagnée au milieu des persécutions et des adversités, car il eut beaucoup à lutter et à souffrir pour faire conserver intacte la pauvreté séraphique, à laquelle des tentatives malheureuses voulaient porter atteinte.
Il avait aussi prêché avec zèle le royaume de 1 )ieu. L'Italie fut le théâtre où il exerça le ministère apostolique : il parcourut les provinces de la Lombardie, entraînant à sa suite des populations entières, convertissant les pécheurs les plus enduîcis, apaisant les haines et les discordes, qui en ces temps si troublés ensanglantaient trop souvent les cités de la Péninsule.
Cet apôtre zélé, chargé de la direction des Clarisses de Spello, les avait, pendant plusieurs années, conduites dans les sentiers de la perfection avec un tact surnaturel qui décelait en lui une âme assistée de l'Esprit de Dieu.
Apprenons du Bienheureux André, comme bouquet spirituel, que l'obéissance prompte est le sacrifice le plus agréable aux yeux de Dieu, et répétons la prière que l'Eglise met sur nos lèvres le jour de sa fête : u Dieu de clémence qui avez accordé par l'intercession du B. André la pluie qui rend la fécondité à la terre desséchée, faites, nous vous en supplions, par ses mérites, que votre grâce tombe en rosée bienfaisante sur nos cœurs arides, et y laisse croître toutes les vertus qui nous mériteront un jour de contempler votre Face sacrée. Ainsi soit-il. »
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C"cst la petite ville de Célano, du diocèse de Novare, en Italie, (jui se glorifie d'avoir vu naître notre Bien- ;t: heureux, jeune encore, il eut ;*; le malheur de perdre ses pa- "yp^. rents et tut alors confié aux lîénédictins de Novare, pour être élevé dans la scit nce et la piété. L'abbé de ce monastère, qui lui avait servi de prc lecteur, étant venu à mourir. Pacifique résolut de sr- con^^acrer à Dieu dans la famille des Frèrts Mineurs, dont il prit l'hnbit dans le couvent de Novare. Entré dans la vie religieuse, Pacili(iue y croissait comme \ arbre plaiité le long des eaux et çui doit donner son fruit en son temps. Il avait voué une dévotion particulière à la sainte Vierge, qu'il fit beaucoup aimer plus tard dans ses ])rédications. Après avoir reçu l'onction sacerdotale, il se consacra pendant 19 ans à l'exercice des missions. 11 fut ensuite envoyé en Sardaigne, par le Pape Sixte IV, pour remédier à certains désordres qui affligeaient l'Eglise dans cette ile : le Seigneur bénit cette mission et la rendit fructueuse pour les âmes.
De retour en Italie, le bienheureux Pacifique alla continuer son ministère apostolique dans le Nord de la Péninsule. Il prêchait, confessait, catéchisait, consolait les pauvres et les affligés, et était vénéré de tous comme l'envoyé de Dieu. A l'exemple du divin Maître, il se retirait souvent dans la solitude pour retremper son âme dans la prière et la |)énitence. Durant cette période de sa vie, il fit construire à Cérano une chapelle en l'honneur de la Très Sainte Vierge, afin d'accroître ])armi ses concitoyens le culte et la dévotion à la Mère de Dieu. Pendant qu'on y travaillait, il pria un voiturier d'aller prendie du bois de construction dans la vallée du Tessin ; celui-ci lui fit remarquer que les chemins étaient difficiles et presque impraticables. « Allez, lui dit le serviteur de Dieu, et s'il vous survient quelque danger, appelez-moi.» Le voiturier s'y rendit, chargea les pièces de bois, mais, pendant
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B. l'ACIFIijUE DE CERANO
qu'il rentrait à la ville, son chariot se renversa : alors le pauvre homme se rappelant la parole du saint, de s'écrier : « Venez à mon secours, P. Pacifique, aidez-moi ! » A peine avait-il prononcé ces paroles, que le chariot se redressait de lui-même et le voiturier arrivait à Cérano sans aucun dommage.
La réputation de science, de zèle et de prudence dont jouissait le B. Pacifique était telle qu'on le pressa d'écrire un traité de théologie morale ; cet ouvrage, publié sous le titre de Somme pacifique, passait en ce temps-là pour le meilleur traité sur cette matière.
A cette époque, Mahomet II, après s'être emparé d'Otrante, ras.semblait une puissante armée pour passer en Itahe. Pacifique fut envoyé en Sardaigne par le P. Ange de Chivasso, nonce apostolique ; il recevait en même temps la charge de Visiteur et de commissaire général pour tous les couvents de l'Ordre situés dans cette île. Le Serviteur de Dieu prêchait à Cérano, lorsqu'on lui communiqua la Bulle du Souverain Pontife l'instituant nonce apostolique. Il voulut, avant de quitter cette ville, faire ses adieux à ses concitoyens, et il le fit en des termes qui arrachèrent les larmes et les sanglots à tous les assistants. La tou chante scène qui marqua le départ de saint Paul, quittant Milet pour se rendre à Jérusalem, se renouvela au moment où le Bienheureux se sépara de ses chers habitants de Cérano. En lui, chacun pleurait un père, un bienfaiteur, un apôtre. Le bienheureux Pacifique ne devait revenir dans ce pa)S qu'après avoir reçu la récompense due à ses travaux ; car il était en Sardaigne lorsque le Seigneur le rappela à lui, et ses dépouilles mortelles furent transportées à Cérano pour y être ])ieusement conservées.
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J&©. Etienne
de Narbonne
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de Carbone Prêtres et Martyrs, Fkancisc'ains (1242)
On sait que la France a donné à l'Ordre de saint François et à l'Eglise une multitude de nobles person- ^ nages qui se rendirent illuslî^ très par l'éclat de leurs vertus et dont plusieurs ont reçu les honneurs d'un culte public. Or, parmi les glorieux athlètes de l'Ordre Séraphique, morts en France sur le champ du martyre, nous trouvons en première ligne les Bienheureux Etienne de Narbonne et Raymond de Carbone.
D'après nos annalistes, le bienheureux Etienne de Narbonne, natif de Saint-Thibéry, au diocèse de Maguelonne, fut d'abord religieux de l'illustre famille de St Benoît, où il devint un homme accompH en science et en sainteté ; il fut même abbé d'un monastère de cet Ordre, dans le diocèse de Toulouse. Dans la suite, voyant les progrès merveilleux de l'Ordre des Frères Mineurs et l'esprit de cette nouvelle Religion, il demanda à revêtir l'habit de saint François, et ne tarda pas à jeter un grand éclat par sa doctrine, ses vertus et son zèle pour le salut des âmes. Grégoire IX, appréciant le mérite de l'éminent religieux, le nomma inquisiteur de la foi, et lui adjoignit le B. Raymond de Carbone, qui éiait prêtre, lui aussi, de l'Ordre des Frères Mineurs. Envoyés avec trois religieux de l'Ordre des Frères Prêcheurs, dans le midi de la France, pour arrêter les progrès des hérétiques Albigeois, ils ne se dissimulèrent pas les difficultés de leur mission ; ils s'associèrent plusieurs autres hommes apostoliques, et se trouvèrent ainsi au nombre de onze, pour travailler à cette œuvre d'évangélisation.
Au printemps de l'année 1242, ils arrivent à Avignonet, le foyer de l'hérésie. Les saints missionnaires prêchaient, tous les jours, à l'église paroissiale, et Dieu mettait sur leurs lèvres une parole d'une puissance merveilleuse; les habitants se pressaient
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