JUIN. — BB. ETIENNE DE NARBONNE ET RAYMOND DE CARFONE
B. Raymond de Carbone.
en foule autour de leur chaire, un grand nombre de ceux qui avaient été séduits par les nouvelles erreurs se repentaient de leur apostasie, et demandaient à rentrer dans le sein de l'Eglise. A la vue de ces succès, les chefs de la secte frémissent de rage, et, dans leur fanatisme, ils forment le projet de massacrer les inquisiteurs. Peu de jours avant l'exécution de ce dessein, le B. Raymond de Carbone, étant en oraison, avait vu une couronne resplendissante descendre du ciel, et venir se reposer sur le château où ils étaient logés.
Emerveillé de cette vision, il la raconta à ses compagnons, feignant de l'avoir eue en songe ; et le B. Guillaume, transporté de joie, de s'écrier : « Sachez, mes frères, que dans peu de jours, nous recevrons la couronne du martyre.» L'événement vérifia la prédiction. La veille de l'Ascension, à nuit close, une centaine de sectaires, armés d'épées, de haches et de couteaux, se glissent furtivement dans la ville, à la faveur des ténèbres ; ils arrivent aux portes du château. Elles leur sont ouvertes par le traître Raymond d'Alfaro, maître du château et secrètement affilié à la secte. En entendant des cris féroces, des coups violents et répétés, qui abattaient les portes, les serviteurs de Dieu comprennent que l'heure du combat est venue. Nul d'entre eux ne songe à fuir ; ils se mettent à genoux, entonnent l'hymne du triomphe, le Te Deum, et attendent leurs bourreaux bénissant Dieu d'avoir été trouvés dignes de la couronne du martyre. Les sectaires ont franchi les obstacles, les voilà en face de leurs victimes, sur lesquelles ils s'abattent avec fureur. Cependant malgré le secret de leur conspiration, la terrible nouvelle se répand en ville. On accourt et l'on dégage le B. Etienne et le B. Guillaume, qu'on transporte blessés à l'église paroissiale. Mais les autels n'ont plus rien de sacré pour ces forcenés ; ils abandonnent les cadavres mutilés et sanglants des victimes qu'ils viennent d'immoler, et courent après celles qu'on veut leur enlever. Les deux Bienheureux tombent sous leurs coups et inondent de leur sang le pavé du sanctuaire. C'était le 29 mai 1242, veille de l'Ascension de Notre Seigneur.
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JIO JUIN
N'KI'VK, Ci.akissk (1225-1298)
La Bse Yolande, mère de
sainte F^lisabeth de Hongrie,
était fille de Bêla IV, roi de
M Hongrie, ami des Frères
it Mineurs et membre du Tiers-
I ' "^ ■■' "■"' '^ I Ordre.
^^^^tiïet±j$)±<etiïf^v-^^>=ïe*Sexjte>=(6ï=ï^© A Pt^'"^ âgée de cinq ans,
elle fut confiée à sa sœur, la B. Cunégonde, qui avait épousé Boleslas-le-chaste, roi de Pologne. Devenue duchesse de la (irande Pologne par son mariage avec Boleslas-le-Pieux, Yolande usa de sa haute position pour venir en aide à tous les infortunés. De concert avec son époux, elle fonda des églises, des hôpitaux, des monastères, et contribua puissamment à répandre en Pologne la famille de saint François. Dieu bénit son union et lui donna trois filles : deux contractèrent de nobles alliances, et la plus jeune voulut rester près de sa vertueuse mère et marcher, sur ses traces, dans le chemin de la perfection.
Sur ces entrefaites, en 1279 Boleslas vint à mourir ; libre alors, la pieuse princesse se dirigea, avec sa fille, vers un monastère de pauvres Clarisses. Elles y demandèrent un asile pour faire pénitence, se soumettant à toutes les rigueurs de la règle et ne voulant garder de leur rang élevé, que le droit d'être comptées parmi les plus indignes du monastère. — Pour échapper aux incursions des barbares, Yolande alla chercher au monastère de Gnésen, fondé par elle et son époux, un asile plus sûr. — Bientôt elle fut choisie pour abbesse, malgré son opposition ; là encore, avec une générosité persévérante, elle sut précéder et diriger ses sœurs dans la voie des plus héroïques vertus. Pour la récompenser de son assiduité à méditer la douloureuse Passion, Jésus daigna lui apparaître et l'enivrer de son amour.
La servante de Dieu s'endormit dans le Seigneur au jour qu'elle avait prédit ; après sa mort elle apparut, brillante de gloire, à une abbesse de son Ordre et lui rendit la santé.
J B. (But be Cortonc
l'RÊTRE, Franciscain {1190-1250)
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En 12 II, saint François évangélisait la ville de Cortone, et y annonçait la pénitence et la paix. Parmi ses ^ auditeurs setrouvait un jeune 2J homme, nommé Gui Vagnotelli. Elevé avec soin, dans les lettres et la vertu, Gui s'exerçait déjà aux œuvres de miséricorde et de piété, et afin de conserver intact le précieux trésor de la pureté, il ne reculait pas devant les plus austères pénitences.
|;2E)ès la première prédication de saint François, le jeune Vagnotelli vint se jeter aux pieds du saint, le priant de venir loger dans sa famille. Le séraphique Père, divinement éclairé, le releva et, le pressant dans ses bras, il s'écria : « Ce jeune homme, par la grâce de Dieu, sera aujourd'hui des nôtres et se sanctifiera dans cette ville. » Après le repas. Gui demandait au saint la grâce d'être admis au nombre de ses disciples. Il reçut l'habit, des mains du saint Patriarche, dans l'église paroissiale, au milieu d'un grand concours de peuple. Avec la permission de saint François, il passa quelque temps dans une grotte voisine du couvent de Cortone, et creusée dans le flanc de la montagne, à condition toutefois de se réunir à ses frères, pour les exercices du chœur. Il s'appliqua à marcher avec ardeur sur les traces de son séraphique Père ; sa prière était continuelle, ses veilles prolongées, ses jeûnes et ses macérations extrêmement rigoureux.
Quand, par la volonté de ses supérieurs, il eut été élevé au sacerdoce, il fut chargé par saint François d'annoncer la parole de Dieu dans la ville d'Assise ; de retour à Cortone, il y exerça le ministère apostolique avec le plus grand succès, et la sainteté de sa vie, et les miracles éclatants qui accompagnaient ses prédications, déterminèrent la conversion d'une multitude de pécheurs. Entre autres prodiges, on cite de lui les faits suivants : Par un signe de croix, il changea de l'eau en vin, et tous les malades qui goûtèrent de ce vin recouvrèrent la santé. Un Prêtre avait.
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12 JUIN. — B. (JUI liK CORTONB
depuis plusieurs années, une main desséchée ; un signe de croix du Bienheureux suftit à la rendre à son état primitif. Un jour (ju'il demandait l'aumône, une pauvre femme vint à sa rencontre avec deux enfants ; elle lui fit connaître sa détresse et le conjura de la secourir. Le ser\iteur de Dieu entra dans la demeure de l'indigente, prit une poignée de farine qu'on lui avait donnée pour les hosties du saint sacrifice, et après avoir prié, la versa dans le sac de cette femme. Le sac fut rempli, et durant quatre mois, c'est-à-dire jusqu'à la moisson, la pauvre famille put avec cette farine, divinement multipliée, pourvoir à sa subsistance. Une autre fois, on lui présenta le corps d'un enfant qui venait de se noyer à Cortone ; il pria, fit trois signes de croix sur l'enfant et lui rendit la vie.
Le B. (îui avait 60 ans ; il était exténué par les labeurs de l'apostolat et les austérités de la pénitence,iorsque saint François lui apparut, pour lui annoncer que l'heure de la récompense allait sonner. Au moment d'expirer, il s'écria : « Voici notre Père saint François, levons-nous, mes frères, allons à sa rencontre !» — La ville de Cortone voulut conserver religieusement ses précieux restes et les fit transférer en grande pompe dans l'église paroissiale. Mais cette cité fut prise, en 1259, par les habitants d'Arezzo, mise à feu et à sang et entièrement ruinée ; le tombeau du B. Gui disparut, au milieu de la dévastation et de l'incendie. Toutefois, le sacristain de l'église avait eu la présence d'esprit de prendre le chef du Bienheureux et de le jeter dans un puits. Dans le courant de l'année 1 2 1 2, pendant qu'on relevait les murs de l'église, une grande lumière parut au fond de ce puits ; on songea aussitôt au B. Gui. Le lendemain, une procession solennelle se rendit sur les lieux, où le chef du Bienheureux fut retrouvé, enveloppé d'un linge avec une inscription qui devait servir à le faire reconnaître. La sainte relique fut placée dans une chasse en argent et conservée avec honneur dans l'église principale, devenue depuis l'église cathédrale. De nombreux miracles s'y sont opérés, par l'intercession du Bienheureux.
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Incomparable Tbanmatni^e Apôtre de la France et de l'Italie
Franciscain
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que sa place dans la vénération et l'enthousiasme des peuples est occupée par celui que tous proclamaient son premier-né, saint Antoine de Padoue, célèbre, comme son père spirituel, par cet empire sur la nature qui lui valut le surnom de Thaumaturge. » — Il naquit à Lisbonne de parents distingués, qui comptaient parmi leurs ancêtres l'immortel conquérant de Jérusalem, Ciodefroy dt^ Bouillon. Il reçut au baptême le nom de Ferdinand. L'oraison dominicale, la salutation angélique et le symbole des apôtres, furent les premiers ornements de sa mémoire, et son âme, ainsi embaumée par de saintes paroles, s'ouvrit aux suaves impressions de l'amour divin, comme la fleur à peine éclose s'ouvre aux douces brises du printemps. Lorsqu'il eut atteint sa dixième année, on le plaça parmi les clercs de la cathédrale, pour y être formé aux lettres sous la direction des chanoines, au nombre destjuels comptait un de ses oncles. Déjà, le démon, jaloux de sa vertu précoce et surtout de son angélique pureté, commençait à lui livrer des combats qu'il poursuivit pendant longtemps. Il lui apparut sous une forme hideuse, mais Ferdinand le chassa par le si^ne de la croix. A Cette même époque, l'Ordre de saint François, devenu célèbre après quelques années d'existence, allait s'étendant de royaume en royaume ; il avait traversé les Pyrénées, et s'était fixé en Espagne ; de là, il s'était implanté en Portugal. Ferdinand, âgé de 15 ans, sentait sa jeune âme éprise pour le Sauveur d'un amour de jour en jour plus intense. Lisbonne n'offrait pas à ses désirs une solitude assez profonde, et il obtint de passer au monastère de Sainte Croix de Coïmbre, chef-lieu de la congrégation des Chanoines réguliers. Il y fut favorisé de plusieurs miracles, qui
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13 JUIN. — S. ANTvilNK I)K l'AOOl'K I43
montraient assez combien il plaisait au Seigneur. Cependant, il fut frap[)é par la modestie et l'humilité de deux disc-ij^les de saint FrancjOis, auxquels il donna l'hospitalité au monastère de Sainte Croix. Cette vision fut pour lui comme un parfum délicieux. Quelque temps après, il ai)prenait le martyre des cincj Frères Mineurs morts au Maroc pour la foi de Jésus-Christ. I.e désir de donner sa vie pour son Sauveur, et d'imiter ces vaillants athlètes, rendit plus fort le dessein cju'il avait con(;u depuis longtemps, d'entrer dans l'Ordre des Mineurs. Cette aspiration de son àme, il plut à Dieu de la réaliser. Nous le voyons, peu après, au monastère des Franciscains de Coïmbre ; il avait échangé la blanche robe des Chanoines réguliers contre la bure grossière de la pénitence. Il avait 25 ans ; il prit le nom d'Antoine pour se faire oublier du monde.
Nous ne le suivrons pas dans les progrès rapides, qu'il fait dans la perfection, remarquons seulement que Dieu n'accepte pas le désir qu'il a conclu de répandre son sang parmi les infidèles pour la foi de Jésus-Christ. Le vaisseau qui le porte est refoulé par la tempête, et Antoine se dirige vers Assise pour assister au chapitre général. Sa modestie empêche qu'on ne le remarque, et à la fin du chapitre, tandis qu'on distribue les charges et les diverses missions, personne ne s'occupe de lui. Alors le provincial de Bologne l'emmène avec lui dans sa province, pKDur dire la messe dans le couvent solitaire de Monte- Paolo, au diocèse de Forli. Il reste là, inconnu, ignoré ; il se retire dans une cellule, creusée dans le flanc d'un rocher, où il se livre à la méditation des saintes Ecritures, aux rigueurs de la pénitence la plus austère, heureux de pouvoir ensevelir dans la solitude les faveurs du ciel, et d'immoler par une rigoureuse mortification une vie échappée au martyre. C'était là, pourtant, que s'allumait cet astre qui allait jeter dans le monde un éclat si pur et si brillant. La Providence elle-même se chargea de le montrer aux yeux de tous. Antoine accompagnait, un jour, plusieurs religieux du couvent de Monte-Paolo, qui se rendaient, avec quelques frères Dominicains, auprès de l'évêque de Forli, pour recevoir les saints ordres. Le Supérieur d'Antoine, prié par l'évêque d'adresser quelques paroles aux ordinands, commanda à Antoine de parler. Il pensait, dit l'ancien biographe du Saint, (ju'Antoine ne savait pas un mot des Saintes Ecritures; il espérait néanmoins qu'il pourrait toucher les cœurs, bien qu'on le jugeât plus apte à laver les ustensiles de la cuisine qu'à expliquer les secrets des Ecritures. Antoine s'exprime d'abord avec beaucoup de simplicité ; mais, peu à peu, sa parole s'anime malgré lui : elle devient brillante et enflammée, des flots d'une éloquence divine s'échappent de ses lèvres ; il s'élève enfin à une telle hauteur qu'il