‹ Nos saintsChapitre 26 sur 105 · JUIN. — S. ANTOINE DE PADOUE · texte numérisé non relu

JUIN. — S. ANTOINE DE PADOUE

enlève son auditoire. Les frères ont compris qu'un prodige d'humilité leur a caché jusqu'à ce jour le trésor que l'Ordre possédait dans son sein. Mais l'astre a entrepris sa course, et il ne l'interrompra point. Pendant neuf années, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, il poursuivra son ministère apostolique, parcourant les villes et les campagnes, pour détruire le désordre et l'erreur, pour ranimer la foi et faire fleurir partout la vertu ; sa parole aura une telle puissance sur les âmes, et sera accompagnée de si nombreux et éclatants prodiges, que les peuples lui décerneront le titre d'apôtre et de Thautnatu?-ge par excellence.

A ses prédications, nous disent les biographes d'Antoine, on voyait accourir les bourgades et les villes entières ; justes et pécheurs, fidèles et hérétiques, tous voulaient voir et entendre cet homme, que précédait une si merveilleuse renommée. En entendant cette parole inspirée, les pécheurs, en proie aux habitudes per\-erses, faisaient entendre des gémissements, se frappant la poitrine, déplorant leur aveuglement et sollicitant leur pardon ; ceux que divisaient les rancunes et les inimitiés les plus enracinées se remettaient généreusement leurs torts mutuels ; les détenteurs des biens d'autrui, les usuriers et autres grands coupables, sentaient le remords naître dans leur conscience et s'empressaient de réparer leurs criantes injustices ; les hérétiques eux-mêmes abjuraient leurs erreurs et rentraient dans le giron de l'Eglise, ce qui valut à Antoine le surnom bien mérité de marteau infatigable des hérétiques. Le titre non moins glorieux, d Arche du Testament, lui sera décerné plus tard par le Pape Grégoire IX, émerveillé de son éloquence et de sa connaissance profonde des Ecritures.

C'est en 1222, qu'Antoine, sur l'ordre de son séraphique Père, inaugura en Italie ce merveilleux apostolat ; il fut d'abord envoyé dans la Lombardie et la Romagne. Là, non content de prêcher l'Evangile à la foule, il se fait encore le maître de ses frères, ayant reçu de saint François l'ordre d'enseigner la théo logie, et de préparer les jeunes religieux au ministère de la prédication. Après l'Italie, c'est la France qui a la gloire de posséder cet envoyé du ciel ; Montpellier, Toulouse, Bourges, le Puy, Limoges, Brive, sont successivement le théâtre de son zèle, de ses pénitences, de ses miracles innombrables, des faveurs du ciel accordées à ce glorieux serviteur de Dieu, et des victoires remportées par lui sur le démon. Antoine retourne ensuite en Italie, pour y remplir la charge de provincial de Bologne. Rome, Venise, Padoue, le revoient ; c'est à cette dernière ville qu'il fait entendre ses dernières prédications.

Antoine a terminé sa carrière, et il va recevoir la récompense de ses travaux dans la patrie céleste. Au moment de sa

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mort, les enfants de Padoue, poussés par une foret- irrésistible, se répandent dans la ville, en criant : « Le saint Père est mort, le saint Père est mort ; il est mort saint Antoine. « Il n'était âgé que de 36 ans, il avait cependant fourni une longue et vaste carrière : consurn/natus in brcvi ex/>/c7'// h'mpora multa. Bien p!us longue en durée et aussi féconde en merveilles, sera la carrière que le Saint, après son trépas, entreprendra parmi les hommes. Pendant sa vie et après sa mort aucun Saint n'a jamais fait autant de miracles. Des volumes entiers ne suffisent pas à rapporter les principaux. Saint Antoine est le semeur de miracles, lisonsnous dans la bulle de canonisation, il illumine l'Eglise universelle par reliât de ses miracles: et le continuateur de l'auteur anonyme de sa vie a pu mettre à la suite de la bulle de (Grégoire IX : Les miracles d'Antoine sont si fréquents et si continus, qu'ils constituent tous ensemble un seul et même miracle, qui dure toujours ; le miracle serait non pas qu'il continuât de faire des miracles, mais qu'il cessât d'en produire.

Le Thaumaturge, en effet, n'a pas cessé d'opérer des merveilles ; il sème vraiment les prodiges : grâces spirituelles, préservations, conversions, faveurs temporelles, guérisons, santé du corps, biens de la fortune, tout est demandé et obtenu : petunt et accipiunt. Qui pourra jamais apprécier le bien immense procuré par cette œuvre, qui mérite au bon Saint le titre dt p?-o lecteur des pauvres, nous \ow\or\?, parler de l'Œuvre du pain de saint Antoine, si connue et si universellement répandue. Que d'indigents lui doivent le soulagement de leur misère ! — Comment ne pas signaler encore le privilège accordé au Saint de faire retrouver miraculeusement les choses perdues ? Depuis plus de six siècles saint Antoine a été invoqué dans l'Eglise catholique comme ayant le pouvoir de faire retrouver les choses perdues ; des miracles éclatants et appuyés sur les témoignages les plus respectables, justifient cette dévotion. Saint François de Sales réprimandait les censeurs qui improuvaient l'usage populaire d'invoquer saint Antoine dans ce but : « Dieu, disait-il, a fait voir que c'était là son bon plaisir, puisqu'il a opéré tant de miracles par son intercession ; pourquoi ne pas se rendre à l'évidence des faits ? »

Daigne cet illustre Saint faire trouver à l'Eglise ses triomphes passés, à notre pays, la foi des anciens jours, à chacun de nous, la voie de cette perfection personnelle où nous appela la grâce, mais d'où nos infidélités nous firent sortir. Grand Thaumaturge, obtenez-nous votre humilité, votre zèle, votre amour pour Jésus et Marie, et associez-nous un jour à votre gloire !

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fÇ Veuve, du Tiers-Ordre

C'est à Pésaro, sur les bords enchantés de l'Adriatique, que Micheline vit le jour, de la noble et riche famille des Métellus. Son éducation fut en rapport avec m^^^^^^^^^W^g^i^^moM les mœurs relâchées de l'époque, aussi aima-t-eile beaucoup le monde, ses fausses joies et ses plaisirs ; mais Dieu se réservait de purifier ces affections, au creuset des sacrifices et des épreuves. Mariée, jeune encore, au Seigneur de Rimini, elle vécut à peine huit années de la vie de famille ; à vingt ans, elle resta veuve et mère d'un tout jeune enfant, que Dieu ne tarda pas à ravir à son affection maternelle. A cette époque, une pieuse tertiaire de saint François, venue de la Syrie (d'autres disent que c'était un ange sous une forme humaine), édifiait la ville de Pésaro par ses jeûnes, ses longues oraisons et ses nombreuses extases. Micheline se sentit attirée vers cette étrangère. Syra, c'est le nom qu'on lui donnait, lui conseilla de revêtir les livrées séraphiques, en entrant dans le Tiers-Ordre de saint François. Dès cette époque, le palais de la veuve devint un lieu de recueillement et de prière. La noblesse du pays et la famille de Micheline, se trouvèrent fort contrariées d'un changement si subit, mais ni les railleries, ni les sarcasmes, ni les promesses, ni les menaces, ni même les mauvais traitements, ne purent troubler sa grande patience ni porter atteinte à sa fermeté inébranlable. Pendant quelques années, sa maison fut le rendez-vous de toutes les misères et de toutes les infortunes. Les immenses richesses dont elle disposait furent distribuées aux pauvres. Les bijoux, les terres, les châteaux, tout fut mis en vente, au déplaisir de quelques parents, qui espéraient jouir un jour de ce magnifique héritage. Cette jeune femme, hier encore riche et heureuse, parcourt maintenant les rues de Pésaro, nu-pieds et vêtue d'une misérable robe de bure, demandant l'aumône de porte en porte et ne recevant parfois qu'injures grossières, surtout de la part des membres de sa

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famille ; mais rien n'altère la sérénité de son visage. Elle s'est assuré par avance les immenses richesses du royaume du ciel, et Dieu lui fait éprouver dans ses épreuves les plus douces consolations. Un jour, en effet, Notre Seigneur daigna se montrer à sa pieuse servante et lui dit : « Ta miséricorde envers les jjauvres, les malades, les orphelins et les veuves, t'a gagné mon cœur, car ce que tu as fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moiniè'me cjue tu l'as tait ; aussi ta récompense sera surabondante. Je t'assisterai et t'aiderai j)uissamment à suivre sans défaillance le sentier où tu t'es engagée ; tu ne te détourneras ni à droite ni à gauche ; je te ferai parcourir avec courage la voie droitt qui conduit à la vie. » Toute tremblante de res|)ect et d'amour, Micheline se prosterna et rendit d'humbles actions de grcâce à l'Auteur de tout bien : « Seigneur, dit-elle, ce que j'ai fait ne vient pas de moi, mais de vous. Que peut-il sortir d'une pauvre et chétive créature telle que moi, qui puisse reposer le regard de votre infinie Majesté? Je n'ai fait que vous rendre les dons que j'ai re(;us de vous, et en récompensant mes aumônes, ô très miséricordieux Père, vous couronnez vos propres œuvres ; il n'y a pas jusqu'au désir du bien qui ne vienne de votre grâce. Faites dune, ô mon Seigneur, que ni ma volonté ni mes actes ne me séparent jamais de vous. »

Une autre fois, le divin Maître lui dit : « Ma fille, quand sainte Madeleine a versé sur moi des essences et des parfums, elle a été moins agréable à mon Père que vous-même, quand vous avez répandu autour de vous vos richesses, et consacré tous vos biens au soulagement des malheureux. »

Micheline s'efforc^-ait de réparer, par sa vie mortifiée, ce qu'elle pouvait appeler les fautes de sa jeunesse. Les religieux les plus austères eussent été effrayés de tant de pénitences, et la prudence humaine aurait crié au scandale ; Dieu lui-même était son guide dans cette voie extaordinaire. La prière faisait ses délices, elle y consacrait une grande partie des nuits ; mais quand le soleil venait au matin l'avertir qu'un nouveau jour se levait, Micheline courait assister à la messe, puis se mettait en route pour recueillir des aumônes destinées aux pauvres, car elle ne cessait pas dans son dénûment volontaire d'être encore la providence des malheureux.

Pénétrée de dévotion envers la Passion du Sauveur, elle voulut visiter les Lieux Saints et voir ce Calvaire où son Sauveur était mort. Elle y fut favorisée de plusieurs extases. On rapporte qu'au moment de quitter la Terre-Sainte pour revenir à Pésaro, Dieu récompensa la foi et l'amour de sa servante, en gravant sur ses pieds, ses mains et son côté, les sacrés stigmates du Crucifié.

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Frère lai, Franciscain (1232)

C'était en 1222 ; comme saint François traversait le territoire de Gubbio, un noble chevalier, nommé Bienvenu, déjà illustre par sa va- 4» leur militaire, se présente à .j..|.^^4.^^^^4.^4.^4.^^4.^.î.^^^»^ lui et le prie avec une profonde humilité de vouloir bien l'admettre à combattre désormais avec lui, sous les livrées de la pénitence et l'étendard de la pauvreté. Le saint Patriarche aimait à recevoir, dans sa famille religieuse, les hommes exercés au rude métier des armes ; l'obéissance, les fatigues, les privations de toute sorte de la vie militaire, les dangers dont elle est entourée, étaient, à ses yeux, une efficace préparation aux sacrifices journaliers de la vie religieuse ; il admit donc volontiers le nouvel aspirant, et il eut tout lieu de s'en applaudir.

A peine entré dans l'Ordre, Bienvenu choisit pour son partage les emplois les plus humbles et les plus pénibles ; il se distingua par une prompte obéissance, une modestie grave et douce à la fois, un extérieur digne et conforme en tout point à sa sainte vocation. Zélateur ardent de la pauvreté évangélique, il était satisfait du vêtement le plus misérable, et il n'accordait à son corps, souvent épuisé de fatigue, que la nourriture strictement requise pour le soutenir dans ses travaux. Il parvint, en peu de temps, à un très haut degré de contemplation ; ses prières accompagnées de larmes abondantes, duraient des nuits entières : il déplorait avec une douleur indicible les fautes du prochain et sollicitait, avec larmes, la conversion des pauvres pécheurs. La divine Eucharistie excitait en son âme des transports d'amour, et souvent, par une faveur céleste, il lui fut donné de contempler, des yeux du corps, le Dieu caché sous les voiles de l'auguste Sacrement ; le divin Sauveur lui apparut quelquefois sous la forme d'un enfant radieux et plein de charmes qui, de la sainte Hostie, descendait dans ses bras, l'enivrait de douceur et laissait en son âme comme un parfum des délices éternelles.

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Saint l-raïK^ois avait charge noire liienheureiix du soin des lépreux dans les hôpitaux, (et emploi aida singulièrement à ses progrès rapiiles, dans les voies de la perfection ; en contact avec un mal si repoussant, il dut se vaincre, chaque jour, lui-même, pour venir en aide aux souffrances des autres, fouler aux pieds les répugnances de la nature, s'armer d'un héroïque courage, s'inspirer des penséts de la foi et de la sainte charité. Il fut, dès le commencement, à la hauteur de sa noble mission ; sa compassion, son zèle actif, sa tendre sollicitude lui acquirent l'amour et la confiance de ses malades, qui, touchés de sa sainteté, lui demandaient le secours de ses prières, et, après sa mort, recoururent à son crédit auprès de Dieu, pour obtenir un allégement à leurs peines. Ses austérités et ses fatigues eurent bien vite épuisé ses forces ; il fut atteint de longues et de graves maladies, mais sa patience ne se démentit pas un instant; il sut continuer dans sa propre souffrance, le sacrifice d'immolation qui, jusque là, avait consisté à secourir les souffrances d'autrui.

A peine avait-il quitté cette terre d'exil (jue des miracles éclatèrent sur son tombeau et établirent son culte. Une pauvre femme, dévorée de la lèpre et dont les chairs tombaient en lambeaux, s'approcha avec foi du cercueil, étendit sa main sur son visage, et fut guérie à l'instant même. Deux morts y recouvrèient la vie ; des malades de toute sorte éprouvèrent les effets de son intercession auprès de Dieu.

L'église du couvent étant trop étroite pour recevoir l'affluence des pèlerins, on dut ensevelir le saint religieux dans l'église paroissiale, le Pape (Grégoire IX autorisa son culte à Corneto, petite ville de la Fouille où le Bienheureux était mort, et dans les pays voisins. La ville de Corneto ayant été ruinée plus tard par les guerres dont elle fut le théâtre, le corps du B. Bienvenu fut transféré à Illéceto, dans le diocèse de Bovino, et les habitants de ce bourg le mirent au nombre de leurs patrons et protecteurs. Il se fait chaque année à son tombeau un grand concours de peuple, pour implorer la protection du serviteur de Dieu, spécialement afin d'obtenir la délivrance des sauterelles et des moustiques, qui ravagent les récoltes, et la merveilleuse puissance du Bienheureux se fait toujours sentir par de prompts effets.

PRIONS

Seigneur Jésus, qui avez accordé au B. Bienvenu, votre confesseur, de devenir votre glorieux imitateur, par l'abnégation complète de lui-même, donnez-nous, nous vous en supplions, de renoncer à notre volonté propre, afin d'avoir un jour part à sa gloire. Ainsi soit-il.

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Prêtre, Capucin (1559-1619)

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De la race des Bernardin § de Sienne et des Jean de Ca- •| pistran, Laurent de Brindes 'p. exerça une grande influence ^- sur l'Europe de son temps.

W. Né dans le royaume de Na- ^ pies, il entra à l'âge de 16 ''^ ans chez les Capucins de Vérone.

Fervent chrétien dans le monde, il fut, dans le cloître, le modèle de ses frères, tant que durèrent son noviciat et ses études qui furent brillantes. !'>=-"

Ordonné prêtre, il n'eut plus de repos : l'Italie, l'Allemagne et plusieurs autres contrées de l'Europe, furent le théâtre de son zèle infatigable. Tour à tour, lecteur de théologie. Gardien du couvent de Venise, Provincial des provinces de Toscane et de Venise, définiteur général de son Ordre, jamais, malgré ces occupations accablantes, on ne vit diminuer en rien son zèle d'apôtre. Vers Tan 1606, à la demande de Rodolphe, empereur d'Allemagne, menacé par les Turcs, il va auprès des princes catholiques solliciter leur secours ; il marche même à la tête des armées, pour soutenir le courage des soldats et les e.xciter au comba:t. Quelque temps après, envoyé comme nonce apostolique auprès de Rodolphe, il réconcilie ce prince avec son père l'archiduc Mathias et rend de grands services à la religion, en combattant le protestantisme.

Une dernière mission allait enfin couronner la carrière de notre infatigable apôtre. Il fut envoyé vers le roi d'Espagne, pour lui porter les plaintes des Napolitains contre leur vice-roi. Notre Saint venait de terminer heureusement son ambassade, lorsqu'il tomba malade à Lisbonne. Sachant par révélation qu'il touchait à la fin de son existence, il avertit aussitôt ses deux compagnons, que cette maladie serait la dernière. En effet, après quelques jours passés dans l'extase de la prière, il s'endormit dans le baiser du Seigneur, le 22 juillet 16 19, en la 60"" année de son âge et la 45'"" de sa vie religieuse. Léon XIII l'a inscrit au catalogue des saints, le 18 octobre 1881.

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l'hilippe m, roi d'Aragon, àt était déjà depuis longtemps k en querelle avec le roi Jac- « ques r"", son grand-père, au '^ grand détriment de leurs y sujets, qui souffraient cruel- '■-.i^-^^ïiii^g^-.^-- -=^«*^^=«~g*-~g*=-? lement de ces divisions intestines, lorsque la naissance d'une enfant vint rétablir la paix dans le royaume ; en effet, la joie que causa sa venue dans le monde suffit pour faire succéder laconcordeàla division et l'on put comprendre, dès lors, que cette enfant serait plus tard l'heureuse pacificatrice des rois et des royaumes. Elle passa sa jeunesse dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Son père, ravi d'admiration en voyant se développer le bon naturel de sa fille, disait, qu'à elle seule, Elisabeth surpasserait de beaucoup en vertu toutes les autres femmes issues du sang des rois d'Aragon. Contemplant avec respect sa vie toute céleste, son mépris des parures, son empressement à fuir la volupté, à pratiquer les jeûnes, à prier Dieu sans cesse, à s'employer à toutes les œuvres de charité, il rapportait au seul mérite de sa fille sa prospérité particulière et celle de son royaume. Bientôt, la réputation d'Elisabeth fut répandue partout ; beaucoup de princes recherchèrent son alliance, et elle fut enfin mariée à Denis, roi de Portugal.

Dans son nouvel état, notre sainte s'appliqua, avec un soin égal, à pratiquer la vertu et à élever ses enfants, ne négligeant aucun moyen de plaire à son époux, mais songeant encore davantage à se rendre agréable au Seigneur. Cependant la vertu de la sainte, ne devait pas tarder à passer par le creuset. Denis, il est vrai, était un prince doué d'excellentes qualités ; mais, aveuglé par le faste des grandeurs humaines, il oublia malheureusement les premiers devoirs d'un époux, pour abreuver d'amertume l'âme de la sainte princesse, et se livra aux plus honteuses passions. Elisabeth endura tout avec un calme héroïque et la fermeté d'une âme invincible. Bien loin de se laisser abattre, comme tant

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