‹ Nos saintsChapitre 33 sur 105 · ERMITE DU TIERS ORDRE · texte numérisé non relu

ERMITE DU TIERS ORDRE

Les amusements, les jeux, les courses folâtres à travers la campagne, voilà d'ordinaire le rêve et l'occupation des enfants. Notre bienheureux fit exception à cette règle générale ; tandis que ses camarades ne pensaient qu'à jouer, lui s'entretenait déjà de pensées sérieuses et songeait à un genre de vie plus parfait. Les souffrances des martyrs et les austérités des anachorètes excitaient sa pieuse envie, et au récit que sa mère lui faisait des traits les plus édifiants de la vie des saints, il ne répondait que par des larmes de désir. Parfois même, on l'entendait s'écrier : « Pourrai-je, moi aussi, aimer Dieu comme ils l'ont aimé ? »

L'an 1300, tout jeune encore, il entrait dans le Tiers-Ordre de saint François, décidé à mener la vie érémitique, loin du commerce des hommes. Brûlant du désir de copier la vie de notre Séraphique Père, il voulut, à son exemple, bâtir trois chapelles qu'il dédia à l'auguste Reine des Anges ; l'une, près de la ville de Fano, à laquelle il joignit un petit hospice où les voyageurs pauvres et les plèerins trouvaient un asile assuré. Les deux autres étaient situées près de la ville de Pésaro, l'une sur le mont Granario où il acheva sa course et l'autre sur le mont Saint-Barthélémy, qu'il habita longtemps, parce qu'elle était plus favorable à la contemplation. Notre Bienheureux passait sa vie dans la prière et les pratiques de la plus rigoureuse "pénitence ; il portait un rude cilice et souvent une lourde cuirasse de fer ; sa nourriture ordinaire consistait dans un peu de pain, des herbes crues et quelques fruits sauvages. Furieux des nombreuses conversions qu'opérait notre Bienheureux, le démon voulut le détourner de sa manière de vivre ; mais François, fort de la force de Dieu, triompha toujours de ses terribles assauts. Ne pouvant le faire succomber, le démon résolut de le faire mourir. Un jour donc, un immense quartier de roche se détacha du

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sommet df la montagne, roulant vers le pauvre ermitage et nieiia(;ant de le détruire ; mais Dieu détourna le rocher et, cette fois encore, le démon dut s'avouer vaincu. Bientôt, des disciples vinrent se mettre sous sa conduite, et, quelque temps après, le mont Saint- Harthélemy se peupla de pieux solitaires qui retracèrent la vie lies anachorètes de la Thébaide. François les réunissait à des jours déterminés, pour leur donner des conseils et les exciter de plus en plus à marcher dans la voie de la perfection. Il se chargeait lui-même d'aller cjuêter les vivres nécessaires pour ses disciples ; en retour des aumônes qu'il recevait, il donnait des conseils et des exhortations qui ramenaient de leurs égarements les pécheurs les plus endurcis. Bientôt même les dons spontanés devinrent si considérables que le serviteur de Dieu put entretenir plusieurs hôpitaux, délivrer ceux qui étaient détenus pour dettes, doter les jeunes filles pauvres, afin de leur procurer un mariage honnête et préserver ainsi leur innocence, réparer ou rebâtir des églises tombant en ruines. C'est ainsi que la charité se multiplie et fait souvent tout avec rien : le doigt de Dieu est là.

Chaque fois que l'homme de Dieu sortait de sa solitude, le peuple se pressait sur ses pas ; on s'estimait heureux de loucher ses habits, de baiser ses pieds et de recevoir sa bénédiction. Un jour cependant qu'il entrait dans son ermitage chargé des aumônes qu'il avait reçues des fidèles, deux jeunes insensés le poursuivirent en l'accablant d'injures et de coups. Bientôt, ils ajoutent la calomnie aux mauvais traitements et accusent le Bienheureux de garder pour lui-même les secours qu'il demande en faveur des malades. Son innocence ne tarda pas à être manifestée au grand jour et les calomniateurs furent, sur le champ, frappés d'un terrible châtiment. L'un perdit la parole et l'autre vit tous ses membres se dessécher l'un après l'autre. Bon à l'excès pour les autres, F'rançois était très dur pour lui-même, et lorsqu'il lui arrivait de céder à quelque mouvement de la nature, il s'en punissait sévèrement. Un jour, se trouvant chez un riche habitant de Pésaro, il vit servir à table un rôti succulent. La vue d'un pareil mets excita en lui la tentation d'en manger. Mais s'apercevant de sa gloutonnerie, comme il disait, il pria le maître de la maison de lui en donner une portion. Rentré à son ermitage, il attendit que cette viande fût tombée en décomposition et remplie de vers ; alors, malgré l'extrême répugnance qu'il en éprouvait, notre Bienheureux eut le courage de la porter à sa bouche en disant : « Mange, gourmand, ce que tu as souhaité avec une ardeur si immodérée. » Cependant, François avait achevé sa course ; arrivé à une vieillesse avancée, il était mûr pour le ciel. La mort vint le cueillir en 1550-

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B. Jean

be l'Hlverne

Prêtre, FRANCiscAi?i (1259-1322)

Le B. Jean de rAIverne naquit à Fermo, ville de la ^ Marche en Italie. I^s Vâge de 7 ans, il fuyait les enfants M de son âge, pour se retirer en e^^^Œe^^ee,^ des lieux solitaires et méditer les souffrances du Sauveur.

Jaloux de garder la pureté de l'âme et du corps, il s'exerçait déjà aux plus rigoureuses austérités, jeûnait trois fois la semaine, prenait la discipline, portait sur sa chair innocente un rude cilice et une chaîne de fer. Aie ans il fut admis chez les Chanoines Réguliers de Fermo. Trois ans plus tard, mû par une inspiration divine, il se présenta chez les Frères Mineurs et s'enrôla avec joie sous l'étendard de la sainte pauvreté.

La vie de notre Bienheureux ne fut dès lors qu'une suite d'extases et de ravissements. Altéré de pénitences, comme le mondain de plaisirs, Jean habitait une cellule qu'il s'était construite dans le flanc du Mont-Alverne, où il se trouvait exposé à toutes les intempéries. Dans cette solitude, lesprit détaché de toute préoccupation mondaine, il cultivait en secret, dit son biographe, les belles fleurs de toutes les vertus, soutenu qu'il était par les visites fréquentes que lui faisaient les anges et la bienheureuse Vierge Marie.

Il semble avoir possédé, au plus haut degré, toutes les vertus religieuses. Patient, humble, infatigable, il ne se rebutait devant aucun ouvrage manuel, si pénible ou si désagréable qu'il pût être. Il remplissait à la fois les fonctions de jardinier, de portier, de cuisinier, servait à table les autres religieux, racommodait leurs vêtements, nétoyait leurs cellules, s'occupait de l'entretien de la sacristie, et tout cela sans murmure, sans une réclamation, toujours prêt à rendre service à ses frères.

Il était pauvre comme saint François lui-même. Un jour, dans une lecture faite au réfectoire, il apprit que le saint Patriarche regardait la pauvreté comme le fondement de toutes les

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vertus religieuses, et en particulier de l'humilité ; le lendemain même il se débarrassa de ([ueUiues menus objets c]u'il avait encore à son usage et depuis lors ne conserva plus qu'un mauvais habit tout usé, la corile dont il se seignait les reins et le bréviaire dont il se servait pour chanter les louanges de Dieu.

Retiré dans sa petite cellule, il y vivait dans les jeûnes rigoureux, les longues veilles, couchant sur la dure, avec une pierre pour oreiller ; il crucifiait enfin son corps par des disciplines sanglantes, usant d'instruments de pénitence qui mettaient ses chairs en lambeaux. Un jour qu'il était en oraison, saint Fran <;ois lui apparut et lui ordonna de modérer ses austérités et de conserver ses forces, pour le service de Dieu et du prochain ; puis, le saint patriarche lui fit toucher les plaies de ses pieds, de ses mains et de son côté, et le laissa inondé de consolations. Notre Bienheureux avait une grande compassion pour les pauvres âmes du purgatoire ; aussi adressait-il à Dieu de ferventes prières pour leur délivrance.

Les dernières années de notre saint furent consacrées au ministère apostolique. Il ne fai.sait pas grand étalage d'élégance de style ; ses discours étaient simplement le saint épanchement d'un cœur plein de Dieu ; il se faisait tout à tous. Un jour, le Père (lardien lui ordonna de composer ses sermons et de les apprendre par cœur, avant de parler aux foules. Parfait obéissant, Jean courut à la bibliothètjue et, après bien des peines, il parvint à composer un sermon qu'il apprit par cœur. En montant en chaire, saisi de crainte il invoquait tous les saints du paradis ; sa voix était tremblante, il hésitait, bref, il ne sut rien dire. On le crut indisposé, mais lui alla trouver le Père Gardien, le pria de retirer son ordre et s'en vint ensuite au jardin y chanter le Te Deiiin de l'humilité. Il se trouvait au couvent de Cortone, lorsqu'il apprit de Notre Seigneur que sa mort était proche ; il se hâta de retourner à sa chère demeure de l'Alverne et, le lo août 1322, son âme allait recevoir au ciel la récompense de ses travaux. Il était âgé de 63 ans, et faisait partie de l'Ordre de saint François depuis cinquante ans.

Recueillons comme un bouquet spirituel cette parole profonde que le B. Jean de l'Alverne mourant adressa à ses frères et qu'il développa ensuite dans un langage tout céleste : « Voulezvous avoir une bonne conscience, ne désirer savoir que Jésus- Christ, parce qu'il est la voie. Voulez-vous posséder la sagesse, ne désirer savoir que Jésus-Christ, parce qu'il est la vérité. Voulez-vous enfin parvenir à la gloire, ne désirer savoir que Jésus- Christ, parce (ju'il est la vie. »

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Ste Claire

Fondatrice DES CLARISSES

La ville d'Assise, déjà si heureuse d'avoir donné naissance au chef de la famille Séraphique, eut encore l'honneur d'être la patrie de sainte Claire. Son nom de Claire lui fut donné, par suite d'une révélation faite à sa mère, avant sa naissance. Enfant de prédilection, la petite Claire montra dès son plus jeune âge qu'elle ne devait pas démentir le nom que le ciel avait suggéré à sa pieuse mère. En effet, les écrivains de sa vie font ressortir parmi les autres vertus de son enfance, la franchise parfaite de son caractère et la délicate sincérité de ses paroles. Jamais on ne surprit sur ses lèvres le plus léger mensonge : l'amour de la vérité brillait en elle d'une clarté qui ne permettait jamais à ses auditeurs de concevoir le moindre doute, lorsqu'elle avait affirmé quelque chose. Elle aimait la prière, et recherchait déjà les œuvres de pénitence et de charité. Dès les premières années de sa jeunesse, alors qu'elle était obligée de paraître dans le monde, elle portait sous les habits que son rang lui imposait, un dur cilice par le moyen duquel elle s'humiliait intérieurement, tandis que ses amies admiraient l'éclat de sa parure et la fraîcheur de sa beauté.

Claire était encore bien jeune, lorsqu'elle vit pour la première fois François d'Assise. Lui ayant demandé la permission d'aller le voir à son couvent de la Portioncule, elle eut avec lui plusieurs entrevues, dans lesquelles elle lui exposa les sentiments de son âme, et le désir qu'elle avait de se consacrer à Jésus- Christ, par le vœu de virguiité perpétuelle. Saint François trouvant cette enfant admirablement propre à le seconder dans le projet qu'il avait formé, d'instituer pour les femmes un Ordre semblable à celui des Frères Mineurs, l'encouragea dans son dessein, et après l'avoir instruite des obligations qu'elle allait contracter, il la revêtit de la bure'franciscame, le 19 mars 12 12.

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Ixjisquc les parents tic Claire eurent connaissance de ce fait, ils en furent indignés, et voulurent l'arracher par la violence du couvent des liénédictines. où l-ianc^ois l'avait placée. Mais elle embrassa l'autel avec tant tic force, qu'on n'osa l'enlever par respect pour le saint li<.u. Sa sceur Agnès la rejoignit peu api es : les |)arents firent de nouvelles tentatives pour s'emparer des deux jeunes filles ; mais cette fois, ils furent arrêtes par des prodiges si manifestes, qu'ils ne purent s'empêcher d'y reconnaître le doigt de Dieu, et ils laissèrent les deux S(eurs accomplir en paix la volonté divine.

Entrées au couvent de Saint Damien cjue Fran(^ois leur avait préparé, les nouvelles religieuses commencèrent cette vie d'austérités et de privations que mènent encore les filles de sainte Claire, et qui offre un contraste si frappant avec la mollesse de notre sciècle. (Claire eut bientôt de nombreuses compagnes, entr'autres sa mère et ses sœurs. Elle eut bien de la répugnance à accepter la dignité d'abbesse, mais Fran(;ois la contraignit de se charger de Cl tte fonction qu'elle conserva toute sa vie. Le caractère distinctif de l'Ordre de sainte Claire est la pratique absolue delà pauvreté ; les sœurs ne doivent avoir d'autres moyens de subsistance que les aumônes volontaires des fidèles, et Claire était si bien pénétrée de l'esprit du Pauvre d'Assise et de son amour pour sa dame Pauvreté, (jue lorsque le Pape Grégoire IX lui proposa de changer ce point de la Règle, elle ne voulut jamais y consentir. Ce cachet de pauvreté est si bien imprimé sur l'Ordre de sainte Claire, que le peuple n'a jamais donné aux religieuses d'autre nom que celui de « Pauvres Dames» ou, plus récemment, de (f Pauvres Clarisses. » Le bon Dieu montra par plusieurs miracles combien lui était agréable la naïve confiance que Claire avait en sa Providence. Plus d'une fois le pain et l'huile se multiplièrent dans le couvent, et les sœurs qui avaient été sur le point de manquer du nécessaire, se trouvèrent dans l'abondance. Les austérités de Claire étaient tellement rigoureuses que nous n'osons les dépeindre de peur de jeter nos frères çt nos sœurs dans le découragement, à cause de leur peu de ressemblance avec le modèle que nous leur proposons. Qu'il suffise donc de dire que cette vraie fille de la pénitence pratiquait les plus effrayantes mortifications : les jeûnes, les disciplines, les cilices, les chaînes de fer ; et elle poussait si loin sa rigueur contre elle-même, que saint François lui-même crut devoir employer l'intervention de l'évêque, pour modérer les ardeurs de sa fille spirituel'e. Sainte Claire avait une admirable dévotion au Très Saint Sacrement de l'Eucharistie, aussi veillait-elle avec soin à la propreté et même à la richesse de tout ce qui regardait le service de l'autel ; et lorsqu'elle était malade, elle se faisait asseoir

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sur son lit et s'occupait à la confection de corporaux pour les églises, utilisant ainsi pour Notre Seigneur le temps qu'elle ne pouvait consacrer à ses travaux ordinaires.

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus lui était également chère. Ce Cœur adorable n'était pas encore honoré dans l'Eglise par un culte spécial et public, mais le Seigneur en avait révélé l'amour à quelques âmes choisies. Sainte Claire ne passait jamais aucun jour, sans adresser à ce divin Cœur de ferventes prières, et son céleste Epoux, pour lui témoigner combien ces hommages offerts à son Cœur sacré lui étaient agréables, comblait .sa servante de douceurs spirituelles, pendant tout le temps qu'elle consacrait à ce saint exercice. La méditation de Jésus souffrant et la contemplation de ses plaies adorables, fournissaient à Claire une source inépuisable de tendresse et de larmes. Elle avait un grand zèle pour la sainte parole de Dieu et ne se lassait jamais d'ententre les prédications. Pleine de foi, elle ne se souciait pas de la forme, mais faisait ses délices du fond, et ses biographes disent d'elle : « Qu'elle aurait cueilli des roses sur des ronces. » Elle était si fidèle à l'oraison que Notre Seigneur récompensait souvent sa ferveur par des miracles, lui apparaissant sous la forme d'un petit enfant et lui accordant les autres faveurs qu'il tient en réserve, pour ses épou'^es privilégiées.

Toute la vie de sainte Claire est signalée par les prodiges les plus éclatants. Chacun sait comment elle délivra la ville d'Assise, de l'invasion des Sarrasins. Ces barbares engagés au service de l'impie Frédéric II, étaient venus mettre le siège devant Assise. Ils avaient foimé le projet d'envahir d'abord le monastère de Saint-Damien, situé hors des murs ; déjà à la faveur des ténèbres ils en escaladent les murs en poussant d'af freux hurlements. Les religieuses éperdues viennent se grouper autour de leur Mère que la maladie clouait sur son grabat. Pleine de confiance elle se lève, court à l'église, prend en main le Saint Sacrement et s'avance vers les Sarrasins en répétant cette prière du Psaume : « Ne livrez pas aux bêtes. Seigneur, celles qui ont mis leur confiance en vous. » Les Sarrasins aveuglés par les rayons qui s'échappent du saint Ciboire sont saisis d'une panique générale et prennent la fuite, en s'écrasant les uns sur les autres dans leur déroute. Le monastère était sauvé et la ville délivrée.

La mort la plus sainte couronna dignement cette belle vie. Elle fut assistée dans ses derniers moments par le Pape Innocent I"V, par plusieurs cardinaux et prélats, par les frères Junipère, Léon et Ange, tous trois, compagnons de saint François ; c'était le II août 1253.

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