‹ Nos saintsChapitre 55 sur 105 · OCTOBRE. — LE SERAPHIQUE PERE S. FRANÇOIS · texte numérisé non relu

OCTOBRE. — LE SERAPHIQUE PERE S. FRANÇOIS

de mieux que de transcrire ses paroles, dans l'Encyclique Auspicato.

Après avoir rapidement dépeint la situation de l'Eglise au xii'' siècle, décrit ses malheurs, et montré ses plaies, Léon XIII continue :

" C'est à la fin de ce siècle que parut saint François d'Assise. Avec une constance admirable et une simplicité égale à son couiage, il s'efforça par ses paroles et par ses actions de placer sous les yeux du monde vieillissant une image sincère de la perfection chrétienne. En effet, de même que le Bienheureux Père saint Dominique de Gusman défendait à cette époque l'intégrité des célestes doctrines et confondait par la lumière de la sagesse chrétienne les erreurs perverses des hérétiques, ainsi saint François, que Dieu poussait aux grandes choses, obtint la grâce d'exciter les chrétiens à la vertu et de ramener à l'imitation du Christ ceux qui s'en étaient écartés davantage et depuis longtemps. Ce n'est certes point par hasard qu'arrivèrent aux oreilles de l'adolescent ces paroles de l'Evangile : « Ne possédez ni or, « ni argent, ne portez point de monnaie dans votre bourse, ne (( prenez pour la route ni besace, ni double vêtement, ni chaus- (( sure, ni bâton.» (Math, x, g-io.) Et encore: «Situ veux (f être parfait, va et vends ce que tu possèdes, donnes-en le « prix aux pauvres et sui.s-moi. « (Math, xix, 21.)

(f Interprétant ces conseils comme adressés personnellement à lui-même, il se défait à l'instant de tout, change d'habit, épouse la pauvreté, la prend pour son associée, sa compagne tout le reste de sa vie, et décrète que ces préceptes sublimes des vertus évangéliques, qu'il embrasse avec courage et grandeur d'âme, seront les règles fondamentales de son Ordre. Depuis ce temps, au milieu de la mollesse si grande du siècle et de la délicatesse exagérée des mondains, il se montrait avec un extérieur pauvre, rude et négligé, et mendiait son pain de porte en porte ; les moqueries d'une populace insensée, les injures les plus grossières non seulement ne lassaient pas sa patience, mais excitaient au contraire ses désirs et son avidité. Assurément, il avait goûté la folie de la Croix du Christ, il l'avait embrassée comme la perfection de la sagesse ; et après avoir pénétré bien avant dans l'intelligence des augustes mystères du crucifiement, il comprit qu'il ne pouvait nulle part ailleurs mieux placer sa gloire.

(f Avec l'amour de la Croix, une ardente charité pénétra le cœur de François, le poussant à propager avec zèle le nom chrétien jusqu'à mettre sa vie manifestement en péril.

« Il embrassait tous les hommes dans cette charité : mais il chérissait particulièrement les pauvres ; et les plus rebutants,

È'i^ (&^t^ (^t^ ^ta) («^te ^t^ ^t^ (^t<

4 OCTOKRE. — l.E SÉRArilIt.>UE l'îlRK S. KRAN«,"OIS 237

rcux qui étaient un objet d'horreur ou de mépris, faisaient ses délices. C'tst ainsi (ju'il a mérité de cette vraie Fraterniti' (jut- Jésus-Christ a réparée, a sanctifiée, pour faire de tout le genre humain une seule famille placée sous l'iiulorité de Dieu, père commun de tous.

« Avec tant de vertus et surtout avec une rare austérité chrétienne, cet homme très pur s'appliqua à reproduire en lui-même, autant ipi'il le pouvait, l'image de Jésus-Christ. Une marque de la divine Providence brille en outre dans certaines ressemblances, même extérieures, de saint Fran(^;ois avec le divin Rédempteur. A l'imitation de Jésus-Christ, il lui fut donné de naître dans une étable, et d'avoir pour berceau, comme autrefois Jésus, la terre couverte de paille. A ce moment, dit-on, les chœurs célestes des anges, et leurs douces mélodies dans les airs, rendaient complète la ressemblance de Bethléem. Ainsi que le Christ avait choisi ses apôtres, il s'adjoignit pareillement pour disciples (.}uelques hommes d'élite, leur ordonnant de parcourir la terre comme messagers de paix et de salut éternel. Dénué de tout, bafoué, renié parles siens, il eut encore cette ressemblance avec Jésus-Christ, qu'il ne voulut même pas avoir où reposer sa tête. Pour dernier trait de conformité, sur le Mont Alverne, son Calvaire, il fut pour ainsi dire mis en croix, par un prodige nouveau jusque-là, et il reçut dans ses membres l'impression divine des Sacrés Stigmates.

« Nous rapportons ici un fait non moins éclatant en lui-même par le miracle, que rendu célèbre par la voix des siècles. Un jour saint François était plongé dans une ardente contemplation des plaies de Notre-Seigneur, et aspirait pour ainsi dire, faisait passer en lui-même leur poignante amertume, qu'il semblait boire comme s'il eût eu soif; alors un ange, descendu du ciel, se montra tout à coup, puis une vertu mystérieuse ayant aussitôt brillé, saint François sentit ses mains et ses pieds percés de clous et son côté traversé par une lance aiguë. Depuis, il ressentit dans son âme une immense ardeur de charité ; et sur son corps il porta jusqu'à la fin l'empreinte vivante des plaies de Jésus-Christ.

« De pareils prodiges qui devraient être célébrés par les Anges plutôt que par les hommes, montrent assez combien était grand, combien était saint, l'homme choisi par Dieu pour rappeler ses contemporains aux mœurs chrétiennes. Certes, dans l'église de Saint- Damien, c'était une voix plus qu'humaine qui se fit entendre à saint François, lui disant : « Va, soutiens ma maison chancelante. » Ce n'est pas un fait moins digne d'admiration que cette apparition céleste où Innocent III voyait François soutenant de ses épaules les murs ébranlés de la basilique de Latran. Le sens de ces prodiges est manifeste : c'était l'annonce de la

^^^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^WW;,

238 4 OCTOBRE. — LE SÉRAPHKjUE PÈRE S. FRANÇOIS

destinée de saint François, soutien futur et appui de la république chrétienne. En effet, il ne tarda pas à se mettre à l'œuvre.

« Les douze disciples, qui se placèrent les premiers sous sa direction, furent une petite semence ; mais par la grâce de Dieu et sous les auspices du Souverain Pontife, on en vit bientôt sortir une moisson abondante. Après les avoir saintement formés sur les exemples du Christ, François leur distribua les différentes contrées de l'Italie et de l'Europe, pour y porter l'Evangile : il chargea même quelques-uns d'entre eux de passer jusqu'en Afrique. Et de suite, quoique pauvres, ignorants et incultes, ils se mêlent au peuple ; dans les carrefours et sur les places, sans appareil extérieur, ni pompe de langage, ils se mettent à exhorter les hommes, à leur inculquer le mépris des choses humaines et la pensée de la vie future. On s'étonne de voir des ouvriers, en apparence si impuissants, travailler avec tant de succès. Les foules avides de les entendre accouraient de tous côtés ; alors chacun se mit à pleurer ses fautes, à oublier les injures et à revenir par l'apaisement des discordes à des sentiments de paix.

(f On ne saurait croire avec quelle ardente sympathie, qui allait jusqu'à l'impétuosité, la foule se portait vers François. Partout où il allait, un grand concours de peuple le suivait, et il n'était pas rare que dans les petites villes, dans les cités les plus populeuses, des hommes de toute condition lui demandassent de vouloir bien les admettre sous sa Règle. C'est la raison qui détermina ce grand Patriarche à établir son Troisième Ordre, destiné à comprendre toutes les conditions, tous les âges de l'un et de l'autre sexe, sans que pour cela les liens de famille ou de société soient rompus. Il l'organisa sagement, moins avec des règles particulières, que d'après les lois évangéliques, qui ne sauraient paraître trop dures à aucun chrétien.

« On comprend facilement quels immenses services a dû rendre une institution aussi salutaire en elle-même qu'opportune

pour le temps Des derniers rangs de la société jusqu'aux

rangs les plus élevés, il y eut un empressement unanime et une généreuse ardeur pour s'affilier à ce Tiers-Ordre des Franciscains. Entre tous, Louis IX, roi de France, et Elisabeth, reine de Hongrie, ambitionnèrent cet honneur »

Avant d'instituer le Troisième Ordre, le Séraphique Patriarche avait fondé le Deuxième, celui des Pain'?-es- Dames ou Ciarisses. Ce fut en 1212 que François prêchant à Assise fit la conquête de l'illustre et noble vierge Claire à laquelle il communiqua son enthoisiaste amour pour la Pauvreté. Il la revêtit lui-même des livrées de la pénitence dans l'humble chapelle de Notre- Dame des Anges, et dès lors, plantée dans le parterre de l'Eglise, Claire devint la souche prodigieusement féconde d'un Ordre

4 OCTOBRE. — i.E SKRAl'HKjUE PÈRE S. FRANÇOIS 239

adiiiirahle |)ar son héroïque pauvreté et son incomparable austérité.

I^ mort de François arrivée le 4 octobre 1226, fut accompagnée et suivie île prodiges éclatants. Le Séraphin de la terre était devenu le Séraphin du ciel par sa profonde et incomparable humilité. Plus tard, Notre Seigneur fit entendre à sainte Marguerite de Cortone ces paroles : « Ce trône resplendissant que tu as vu dans l'Ordre des Séraphins fut celui de Lucifer; ton Bienheureux Père, mon élu François, y est assis aujourd'hui tout éclatant de gloire ; le vaste espace (jui l'environne sera rempli par les membres de son Ordre (jui auront imité ses vertus. »

La mort ne mit pas fin à l'action que cet homme pauvre et humble avait exercée sur l'Eglise et sur le monde. Il laissait derrière lui Trois Ordres ([ui devaient durer jusqu'à la fin des temps, suivant la promesse du Christ à son serviteur, et perpétuer son esprit et ses vertus.

Ne vous contentez pas, chers lecteurs, de ce court résumé, si parfait qu'il soit, lisez une de ces Fies de Saint François d'Assise iju'à chaque instant, surtout de nos jours, des écrivains et des poètes offrent à la piété des fidèles et à l'admiration des ignorants eux-mêmes. Lisez et relisez les gracieuses légendes des Fioretti. Puisse notre résumé vous en avoir inspiré le désir, et puissiez-vous, devenus ses enfants du moins dans le Troisième Ordre, mériter la récompense promise par Dieu à ceux (jui auront imité ses vertus.

^m m^mm mmm mmm m^-

pf^sf^of^f^?^ îecseeeeeee^)^?

^wmm^ 8

B, 3ean be pcnna

Prêtre. Franxiscain (1271)

Né au diocèse de Fermo, dans la ]\Iarche d'Ancône, le bienheureux Jean fit entrevoir dès son enfance quel grand serviteur de Dieu il deviendrait un jour. Il était encore fort jeune quand un messager céleste d'une remarquable beauté l'avertit de se rendre à l'église de San Stéfano, d'écouter les paroles du prédicateur et de les mettre résolument en pratique. « Ensuite, ajouta l'envoyé de Dieu, une voie bien longue s'ouvrira devant vous, mais quand vous l'aurez parcourue vous arriverez au ciel, votre patrie. »

A l'église, frère Philippe, un des premiers disciples de saint François, annonçait la parole de vérité dans un langage étranger à la sagesse humaine, mais plein de la vertu du Saint-Esprit. Jean courut immédiatement pour l'entendre, et touché jusqu'au fond du cœur, il supplia le missionnaire de vouloir bien lui donner l'habit de son Ordre. Envoyé à Récanati, le jeune aspirant fut, en effet, admis chez les Frères Mineurs. Dès cette époque, sa mortification, sa pauvreté, son recueillement et son amour de la prière montrèrent en lui un véritable serviteur de Dieu. Aussi, fut-il bientôt jugé digne d'annoncer aux autres la doctrine du salut.

Vers 121 7, le Séraphique Père l'envoya dans la Gaule Narbonnaise, pour s'y dépenser à la conversion des âmes et à l'extension de rOrdre. Par sa douceur inaltérable, par sa patience invincible, et par sa parfaite pureté, il s'y concilia vite tous les cœurs, et pendant vingt-cinq ans il y opéra un bien immense. Rappelé ensuite dans sa province par le Ministre Général, Aymon de Faversham, il rentra en Italie et eut à gouverner un grand nombre de communautés. Enfin, une nuit qu'il se trouvait en contemplation, un ange lui annonça que sa course touchait à son terme, et lui offrit de choisir entre sept jours d'expiation en ce monde ou bien un seul jour en purgatoire. Jean choisit l'expiation dansce monde et après 7 jours de souffrances, il partit pour le Ciel.

^^ ^\li^ ^ii^^ ^iè^^ ^iè^^ __.^iè/^ ^^

()KXXXXX}O0OCXXXXXyXXXX)M< 6 OCTOBRE

S^e noaric-jf rançoi^c ^C6(Iilu^ Iplaict?

VlEKliE, DU 'l'iEkS-OKURK (1715-I79I)

Cette illustre vierge originaire de Naples, donna dès ses plus tendres années des signes non équivoques de sa sainteté futuce. Pour avoir refusé une alliance avanta- ^^^^> ' JŒ^^3eî^^Kf geuse, elle s'attira toutes sor-

tes de persécutions de la part de son père. Mais par bonheur celui-ci, éclairé par un Religieux Franciscain de l'Observance, reconnut enfin ses torts ; il permit à sa fille d'entrer dans le Tiers-Ordre séculier de saint François et de porter extérieurement les saintes livrées de la pénitence.

♦ A partir de ce moment, notre Bienheureuse se fit remarquer davantage encore par sa grande dévotion envers les Plaies du Sauveur. Il ne se passait pas de jour qu'elle ne les méditât, en parcourant les stations de la voie douloureuse. Aussi puisa-t-elle dans la contemplation de ces douloureux mystères une soif insatiable de sacrifices et de mortifications. C'est pourquoi à des douleurs physiques, à des tracasseries de personnes jalouses, à la sévérité de ses confesseurs, à des désolations intérieures de son céleste Epoux, elle voulut ajouter encore des pénitences volontaires ; ses jeûnes étaient rigoureux, ses veilles prolongées, des cilices, des flagellations et d'autres austérités macéraient son corps.

La considération incessante de Jésus crucifié n'eut pas seulement pour effet d'allumer dans le cœur de cette Sainte un vif désir et un incroyable amour des souffrances, elle excita encore un très grand amour pour le prochain. Les indigents, les malades, les pauvres pécheurs et les âmes du purgatoire étaient Tobjet de sa compassion et avaient tous des titres à ses bienfaits. Pour soulager les uns, elle allait jusqu'à se priver du nécessaire, et pour venir en aide aux autres, elle offrait toutes les souffrances qu'elle s'imposait, les messes qu'elle entendait, les communions qu'elle faisait et toutes les indulgences qu'elle pouvait

^vy^ ^tm. ^9\^ ^ffm ^m'^

Page 1