‹ Nos saintsChapitre 60 sur 105 · OCTOBRE. — S. DANIEL ET SES COMPAGNONS · texte numérisé non relu

OCTOBRE. — S. DANIEL ET SES COMPAGNONS

S. Léon.

S. Hgolin.

A ces mots ils tressaillirent de joie. Rentrés dans leur prison, les six religieux se jetèrent aux pieds de saint Daniel, leur supérieur, le remercièrent de les avoir conduits sur cette plage fortunée et le prièrent de les bénir. Voici leurs paroles : « Nous « rendons grâces à Dieu et à VC'US, mon père, de nous avoir « conduits à la couronne du martyre. Bénissez-nous et mourez ; « le combat finira bientôt et nous aurons une paix éternelle, w

Daniel embrassa en pleurant ces héros de Jésus-Christ puis il les bénit et les convia en ces termes au festin du Père de famille : « Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes fidèles cornet pagnons ; voici pour nous un jour de fête. Les anges viennent « au-devant de nous, pour conduire nos âmes dans les tabernacles « éternels. Aujourd'hui les martyrs nous recevront dans leurs (( saintes phalanges. Les Cieux s'ouvrent déjà sur nos têtes, « bientôt nous serons en possession de l'éternelle béatitude. »

C'est le 10 octobre qu'eut lieu le dernier combat et la dernière victoire de ces vaillants Frères Mineurs. Ils s'avancèrent tout radieux, on aurait cru qu'ils allaient s'asseoir à un banquet nuptial. Tout le long de la route, ils chantèrent des cantiques d'actions de grâces. Parvenus à l'endroit de l'exécution, ils tombèrent à genoux, prièrent le Seigneur d'agréer leur sacrifice et de changer leur sang en une semence de futurs chrétiens, puis, ils se recommandèrent à Dieu, à la Vierge et aux Saints et présentèrent leur tête au glaive du bourreau. Aussitôt leurs âmes

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IJOCroBRK. —s. DANIKI. ET SES ( O.MI'Ac;NONS

S. Nicolas.

+++^.+++++++++++++^.*++++ bienheureuses, prenant leur

essor vers le ciel, s'en allèrent recevoir la couronne des martyrs, couronne de gloire et d'immortalité. Immédiatement, la multitude se rua sur leurs corps et les mit en pièces. Leurs membres sacrés devinrent le jouet des enfants et des impies. Ce ne fut qu'à grand peine que des chrétiens inconnus parvinrent à retirer des mains des infidèles ces précieuses reliques et à leur donner une sépulture convenable. Autorisé par l'empereur du Maroc, un prince portugais les fit transporter en Espagne. Des prodiges éclatants et nombreux attestèrent d'une façon irrécusable la gloire dont jouissaient au ciel ces intrépides confesseurs. En 15 16, Léon X leur décerna l'honneur des autels. En ce jour le Martyrologe romain en fait mémoire et l'Ordre Séraphique tout entier célèbre leur fête.

L'historien Fleury semble vouloir contester à ces vaillants athlètes du Christ leur titre glorieux de martyrs, parce qu'il se seraient présentés d'eux-mêmes à la mort. — Saint François de Sales n'a pas le même scrupule. — Après avoir rapporté différents exemples de personnes qui se sont offertes spontanément au martyre il dit : « Mille des anciens martyrs firent de même, et pouvant également éviter et subir le martyre sans pécher, ils choisirent de le subir généreusement plutôt que de l'éviter loisiblement. En ceux-ci donc le martyre fut un acte héroïque de la force et constance qu'un saint excès d'amour leur donna. Mais quand on est forcé d'endurer le martyre ou de renoncer à la foi, le martyre ne laisse pas d'être martyre et un excellent acte d'amour et de force ; néanmoins je ne sais s'il faut le nommer acte héroïque, n'étant pas choisi par aucun excès d'amour, mais par la nécessité de la loi, qui en ce cas le commande. » Ainsi, selon ce grand maître et juge des vertus chrétiennes, les martyrs de Ceuta et de Maroc, que l'Eglise honora comme de véritables martyrs et que Dieu a glorifiés par un grand nombre de miracles, auraient même une préférence sur les autres.

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S. pierre

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Prêtre, Franciscain (1499- 1562)

C'est au couvent de Manjarès, situé sur le versant des montagnes qui séparent la Castille du Portugal, qu'en 1515, les Franciscains donnèrent l'habit religieux à ^^;i^^^^^^^^^^^^4.^^^^^^ Pierre Garavito, dont Dieu

prétendait faire le grand saint Pierre d'Alcantara, l'une des plus belles figures de l'Ordre Séraphique.

Hélas ! ce n'est pas dans une courte notice comme celle-ci que nous pourrons faire connaître la vie de ce grand Saint. Toutefois, nous essaierons de faire ressortir au moins les traits saillants de cette grande et austère physionomie.

Tout d'abord, on peut dire que la pénitence fut la vertu caractéristique de saint Pierre d'Alcantara. Sa nourriture consistait en quelques bouchées de pain noir, auxquelles il ajoutait des herbages aux jours de fête ; jamais il ne prenait de vin ; pendant quarante ans, comme nous l'affirme sainte Thérèse, il ne dormit qu'une heure et demie par jour ; au cœur de l'hiver, il laissait la porte et la croisée de sa cellule ouvertes, ou bien descendait au jardin, allait se jeter dans un étang glacé et endurait cette espèce de martyre pendant deux ou trois heures ; pendant quarante-six ans, il prit toutes les nuits deux fois la discipline et ses flagellations étaient si rigoureuses que le pavé et les murs de sa cellule en étaient ensanglantés ; enfin, pendant l'espace de vingt ans, il porta sur les reins un cilice métallique dont les pointes lui déchiraient la chair. Comme on l'invitait, dans sa vieillesse, à diminuer ses austérités, il s'y refusa en disant : « Entre mon corps et moi (c il y a un pacte ; le corps a promis de se laisser maltraiter sur « la terre, et j'ai promis de le laisser se reposer dans le ciel. »

Crucifié dans son corps, saint Pierre d'Alcantara le fut aussi dans son âme. Il serait bien difficile de rapporter combien il fut calomnié, persécuté, maltraité ; combien il eut d'afflictions et d'épreuves ; combien il rencontra de difficultés et d'obstacles

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S. flEKKK DALCANTAKA

ilans la direction des âmes et dans la prédication de l'Evangile et surtout dans ses généreux efforts pour produire dans la famille franciscaine un nouvel épanouissement de l'esprit séraphinue. Cependant jamais on ne l'entendit se plaintlre. A tel point (|ue dans la suite les l'^spagnols disaient, par forme de proverbe : " Pour supporter un tel affront, il faudrait avoir la patience de saint Pierre d'Alcantara. »

Après la pénitence, ce (jui brille le plus en ce grand serviteur de Dieu, c'est l'esprit d'Oraison. Le démon fit des efforts inouïs afin de le détourner de ce saint exercice. Quelcjucfois il se montra à lui dans de hideuses apparitions, d'autres fois il fit pleuvoir sur lui des pierres si gros.ses et en si grand nombre ((ue le bruit en éveillait les religieux et que le plancher se couvrait de ces projectiles peu rassurants. Mais, loin de s'incjuiéter de ces attaques, il ne faisait (jue se livrer avec plus d'ardeur à la prière et à la contemplation. Il écrivit lui-même un Traité de F Oraison^ qui après avoir fait l'admiration de tous les saints et savants personnages de l'époque, nous découvre qu'il fut vraiment un des plus grands maîtres de la vie spirituelle, aussi remarquable par sa discrétion que par ses ardeurs séraphiques. « On en trouve, ditil, qui après avoir reçu de Dieu quelque faveur dans l'oraison ne savent plus mesurer le temps, ni garder la discrétion dans les exercices de piété ; c'est là, à mon avis, un danger. Ils s'adonnent sans modération aux oraisons, aux veilles, aux macérations, jusqu'à ce que la nature succombe, de cette manière ils finissent par se rendre incapables de tout travail extérieur et de l'exercice même de l'oraison. Il importe donc d'user en ces choses d'une grande discrétion, surtout dans les commencements, où l'on a beaucoup de ferveur et peu d'expérience et de retenue. » Ses oraisons étaient parfois accompagnées des ravissements les plus prodigieux.

Un jour, se trouvant dans le jardin du couvent de Pédroso, il contemplait de loin une grande croix qu'il avait fait planter sur le sommet d'une montagne voisine ; tout à coup, au souvenir de la Passion, il est ravi en extase, s'élève de terre, traverse l'espace, arrive au sommet de la montagne, et s'arrête devant la croix, soutenu en l'air et les bras étendus. De ses yeux jaillissent des rayons, qui illuminent le signe de notre délivrance, et de la croix aussi partent des rayons qui vont frapper le visage du Saint. En même temps apparaît au-dessus de sa tête une nuée lumineuse qui s'étend peu à peu et finit par former un riche pavillon. De cette nuée se détachent des jets de lumière plus resplendissants que le soleil et toute la montagne et une partie de la plaine en sont éclairées. Les religieux, présents à cette scène unique peut-être dans les fastes de l'Eglise, sont à genoux dans le respect et la crainte ; c'est le Thabor renouvelé.

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