NOVEMBRE. — SAINTE ELISABETH DE HONGRIE
silence. Le noble cœur du prince Louis comprenait les belles et touchantes vertus de sa future épouse, et lorsqu'il aperçut tout le monde contre elle, il se rangea hautement de son côté. En 1221, à l'occasion de son mariage, il fit déployer une magnificence extraordinaire, voulant montrer par là combien il estimait les qualités incomprises de sa sainte compagne et combien il méprisait les injures dont elle avait été trop longtemps la victime.
Dans l'affliction, Elisabeth ne s'était pas laissé abattre, dans la prospérité elle ne se laissa pas non plus éblouir. Elle redoubla ses austérités et ses prières et s'acquitta parfaitement de tous ses devoirs d'état. Les deux saints époux, bien faits pour s'entendre et pour marcher à pas égal dans le chemin de la vertu, se portèrent toujours la plus vive affection. Trois enfants, que le ciel leur envoya, vinrent encore les unir davantage et augmenter leur bonheur.
En ce nouvel état de choses, sainte Elisabeth pouvait donc suivre à son aise les désirs de son tendre cœur, pratiquer le bien sous toutes ses formes. Et certes, elle en profita. Une inépuisable charité, pour les membres souffrants du Sauveur, devint la vertu caractéristique de l'illustre princesse.
Un jour un malheureux se présente à elle, la tête couverte de plaies hideuses, elle le tire à part, lui coupe les cheveux, lave ses ulcères, y applique quelques remèdes et lui permet de reposer quelques instants sur son sein sa tête abattue par la souffrance. Aperçue par quelques femmes de sa suite et reprise assez âprement, elle ne répond à leurs reproches que par un sourire des plus gracieux. Le Jeudi-Saint, elle lavait humblement les pieds à douze pauvres, et leur donnait ensuite une abondante aumône. En ce même jour, elle réunit une fois plusieurs lépreux, leur lava les pieds et les mains et baisa leurs plaies avec tendresse. En 1225, pendant que le duc de Thuringe était en Italie, une famine s'étant fait sentir en Allemagne, Elisabeth considéra comme son devoir de venir en aide aux besoins de tous et de ne laisser aucune infortune sans secours. Elle prit à sa charge des familles entières, fit construire plusieurs hospices et distribuer des sommes énormes pour fournir le nécessaire à tous ses sujets, sans exception.
Tant de générosité aurait dû gagner tous les cœurs à la charitable princesse ; or, ce fut le contraire qui arriva. A son retour, le duc fut assiégé des plaintes de ses divers administrateurs ; à les entendre, Elisabeth l'avait ruiné par ses aumônes indiscrètes. « Mon château est encore debout, leur répondit le prince ; laissez ma sœur (c'est ainsi qu'il appelait sa sainte épouse) continuer ses bonnes œuvres ; le pain ne manquera pas, tant que nous lui permettrons de venir en aide aux malheureux. « En effet. Dieu se
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plut à approuver même par ses prodiges l'inépuisable charité de sa fidèle servante. Un jour (lu'elle descendait à Eisenach portant dans son manteau du pain, de la viande et d'autres provisions pour les pauvres, elle se trouva tout-à-coup en face de son mari, (.jui revenait île la chasse. Etonné de la voir ployant de la sorte sous le fardeau, le prince voulut voir ce qu'elle portait, il ouvrit son manteau, mais il n'y avait plus que des roses blanches et rouges, les j)lus belles qu'il eût vues de sa vie. Une autre fois, elle donne un bain à un pauvre lépreux, lave ses plaies avec soin, et le couche dans le lit même du duc. Celui-ci, arrivant contre toute attente, apprend bien vite ce qui se passe et s'élance vers sadiambre à coucher : un homme en effet s'y trouve, mais il n'a pas de lèpre, une douce lumière environne son front, une majesté ineffable se reflète sur chacun de ses traits ; il repose sur une croix, des clous retiennent ses pieds et ses mains, c'est le lépreux chargé des fautes du peuple, le Fils unique de Dieu abaissé jusqu'à rhumiliation du Calvaire. A ce spectacle, Louis de Thuringe demeure sans parole ; et tombant à genoux, il comprend, mieux que jamais, la merveilleuse sainteté de son épouse.
Sa sollicitude pour les pauvres volontaires ne fut pas moindre. Les Frères Mineurs surtout trouvèrent en elle la plus dévouée des protectrices. Elle leur bâtit un couvent, choisit parmi eux son directeur et suivit scrupuleusement les règles du Tiers-Ordre. Pour lui témoigner sa reconnaissance, François d'Assise lui envoya son pauvre manteau qu'elle conserva comme le plus précieux des trésors. Cependant Elisabeth était trop chère au Seigneur, avant de terminer sa carrière elle devait boire à la coupe de toutes les amertumes. Ce fut une cruelle séparation d'avec son époux partant pour la croisade ; ce fut la foudroyante nouvelle de la mort de ce prince : ce furent les bassesses de Henri, son beau-frère, qui la chassa du palais ; ce furent enfin l'ingratitude et la cruauté des habitants d'Eisenach qui lui fermèrent leur porte et l'obligèrent à se réfugier dans une étable. Des moqueries, des injures et des coups, voilà ce qu'on lui rendit pour ses libéralités ; mais elle voulut en bénir le ciel et lorsque à minuit les Franciscains sonnèrent Matines elle alla leur demander un Te Deuvi d'actions de grâces !
La justice, il est vrai, ne se fit pas attendre. Les enfants de la sainte virent leurs droits reconnus et elle-même fut rétablie dans ses Etats. Mais c'était trop tard, elle avait entrevu le bonheur d'une vie humble et obscure et ne voulut plus en mener d'autre. C'est pourquoi elle passa les dernières années de sa vie à Marbourg dans une humble cabane, près d'un couvent de Frères Mineurs.
Elle mourut le 19 novembre 1231 et fut canonisée en 1236.
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la Bonne
Vierge,
DU Tiers-Ordre Régulier
Ysàdle 25
Elisabeth naquit a sée, ville de Souabe, novembre 1386 : ses parents étaient de modeste condition, mais vertueux. Dans son jeune âge, on l'appelait déjà /a Bon7u. A quatorze ans, elle commença à observer la Règle du Tiers-Ordre dans la maison paternelle ; bientôt, avide d'une plus grande perfection, elle se mit au service d'une pieuse Tertiaire. Le démon, jaloux de sa ferveur, lui livra de rudes assauts et Dieu permit qu'elle tombât dans la misère. Après trois années de cette dure épreuve, elle entra dans une maison du Tiers-Ordre Régulier que son confesseur venait d'ouvrir. Là, elle vécut durant trois ans sans prendre de nourriture ; ses austérités ne faisaient qu'augmenter la rage de Satan qui fit sentir à cette douce vierge toute sa fureur. Il l'attaqua de diverses manières ; il la fit passer pour voleuse et alla jusqu'à transporter lui-même dans sa cellule des objets appartenant aux autres sœurs. Quand une visite amena la découverte de ces objets, loin de se disculper, Elisabeth accepta d'être traitée comme coupable, elle souffrit tout sans se plaindre, jusqu'au jour où la supérieure soupçonna la vérité, et lui ordonna de parler. En d'autres circonstances, le démon lui appparaissait sous des formes visibles, soit pour la tenter, soit pour la maltraiter cruellement. Enfin elle tut frappée d'une lèpre horrible et repoussante ; au milieu de ses cruelles souffrances elle goûtait, nous disent les historiens du temps, un bonheur inconnu à la terre, bonheur qu'elle puisait au pied de la croix de son Jésus.
Dieu se plut à montrer combien il avait pour agréable l'héroïsme de sa servante et lui accorda les faveurs les plus signalées. — Elle reçut dans son corps les sacrés stigmates qui n'apparaissaient que par intervalles, bien qu'elle en souffrît sans cesse. Après une vie si extraordinaire, elle quitta cet exil à Fàge de 34 ans, le 25 novembre 1420.
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,,^ Saint Léonard de Portât Maurice, que saint Alphonse .^ de Liguori a surnommé le ^^?-aud Missionnaire du XVIir sihk, eut des parents bien plus distingués par leur piété que par leur noblesse. Leurs trois fils entrèrent dans l'Ordre des f>ères Mineurs et leur fille prit le voile dans un monastère.
Pour ce qui regarde notre Saint, il se distingua, dès son enfance, par une piété précoce et une filiale dévotion à Marie. C'était ravissant de le voir s'entretenir avec le bon Dieu, et de l'entendre exhorter ses petits condisciples à la pratique des vertus. xV treize ans, il fut envoyé à la Ville Eternelle, pour y suivre les cours du Collège Romain. Là, il se fit remarquer par la vivacité de son esprit et ses succès littéraires, mais surtout per l'innocence et la .sainteté de sa vie : l'admirable Louis de Conzague paraissait de retour dans cette sainte maison.
Voulant à tout prix s'unir étroitement à son Dieu, travailler au salut du prochain, et parvenir de la sorte à une perfection élevée, Léonard de Port- Maurice songea bientôt à se faire reUgieux. Vainement un de ses oncles fit des efforts incroyables pour le retenir à ses côtés ; ni caresses, ni menaces ne purent arrêter le pieux jeune homme dans son dessein et il alla demander l'habit chez les Observants Réformés, dont il admirait surtout la modestie et l'extrême pauvreté.
Dès son entrée en Religion jusqu'à la fin de sa carrière, il n'eut rien plus à cœur que d'imiter en tout les sublimes exemples de François, son Séraphique Père.
Après avoir fait son noviciat au couvent de Ponticelli, dans la Sabine, Léonard fut rappelé à Rome, au couvent de Saint-Bonaventure, pour s'y livrer à l'étude de la philosophie et de la théologie. Là, il se montra singulièrement attentif à garder les moindres observances de la Règle et des Constitutions. « Si mainte-
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