NOVEMBRE. — S. LÉONARD DE PORT-MAURICE
nant que nous sommes jeunes, disait-il à ses frères, nous ne tenons point compte des petites choses, et que nous les négligeons de propos déliVjéré, lorsque nous serons plus avancés en âge, et que nous aurons plus de liberté, nous nous permettrons de transgresser des points plus importants. »
A cette époque, notre Saint s'offrit à M^"' Tournon, qui cherchait des ouvriers évangéliques pour les mener en Chine, mais des obstacles survinrent et il dut renoncer à son projet, épreuve dont il ne put jamais se consoler, et qui devait lui faire dire souvent dans la suite : « Oh moi, je n'ai pas été jugé digne de verser mon sang pour Jésus-Christ ! »
Devenu prêtre, Léonard fut nommé lecteur de philosophie. Mais bientôt une longue maladie, qui défiait tous les remèdes humains, s'étant déclarée, il fit vœu à la très sainte Vierge que, si elle lui rendait la santé, il se consacrerait à l'œuvre des missions et emploierait sa vie entière à convertir les pécheurs. Marie le prit au mot ; sa vocation véritable lui était donc révélée.
Il inaugura son ministère évangélique dans son propre pays : à Port-Maurice, au bourg d'Artallo, à Caramagna et dans quelques autres localités; mais son prodigieux apostolat dans toute l'Italie ne commença guère avant l'année i 709. C'est alors seulement qu'il entreprit sa campagne ouverte contre l'enfer, et cette campagne dura quarante ans.
Pour assurer les fruits de ses missions, saint Léonard avait dressé un Règlement pour lui et pour les Religieux qui l'accompagnaient. Le voici en abrégé :
Ils devaient garder un jeûne perpétuel et un silence rigoureux, ne coucher que sur des planches ; annoncer, dès le premier sermon, qu'ils vivaient d'aumônes comme leur Séraphique Père ; avoir avec eux un frère lai, chargé de quêter les ahments et de préparer leurs repas; ne jamais prendre ni viande, ni œufs, ni laitage d'aucune sorte ; ne faire aucune visite, si ce n'est aux malades ; n'aller diner chez personne, pas même chez l'évêque.
Après les grandes vérités de la Religion, qu'ils prêchaient avec un saint zèle, Léonard de Port-Maurice et ses disciples faisaient ordinairement trois autres sermons. Le premier sur le Saint Nom de Jésus, et lorsqu'ils en montraient toutes les douceurs et toutes les tendresses, les larmes du peuple venaient souvent interrompre leur discours. Aussi, dans les villes où ils avaient prêché, cet adorable Nom était peint ou gravé sur presque toutes les portes.
Le second était sur la très sainte Vierge. « Ce que ne fait pas la crainte de l'enfer et du jugement, disait le saint Missionnaire, je l'obtiens toujours du sermon de Marie, notre divine Mère. » Dans une des processions de pénitence qu'ils organisaient sur le
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soir, ils faisaient porter une image de cette Souveraine, sur un char splcmlideniL-nt illuminé, et lu faisaient acclamer avec frénésie par un peuple enthousiaste.
Le troisième était sur les j)auvres âmes du Purgatoire. Après ce sermon, ils faisaient faire une (luête pour elles, et les sommes recueillies étaient distribuées aux prêtres de la ville comme honoraires de messes pour les défunts.
l)ans leurs missions, ils devaient encore introduire partout le pieux exercice du Chemin de la Croix, et certes, on peut l'affirmer, saint Léonard en est le propagateur dans le monde. C'est sur sa demande, que les Souverains l'ontifes permirent aux Franciscains d'en ériger les Stations, en dehors de leurs églises et des lieux soumis à leur juridiction. C'est à ses instances également que sont dûs les Averfissefiienfs et les Décrets de la Sacrée Congrégation qui règlent ce qui en concerne l'érection et la pratique. Après l'avoir établi dans plus de six cents paroisses, il pouvait bien écrire ces paroles que l'on trouve dans une de ses
exhortations : « J'en appelle à l'expérience Tous les jours,
« j'ai eu l'occasion de constater (|ue là où cette sainte pratique « a été mise en vigueur, on a remarqué aussitôt une amélioration « très sensible dans les mœurs. «
Enfin, saint Léonard et ses disciples devaient réconcilier tous les ennemis et terminer leur mission par la communion générale et la bénédiction papale.
C'est par ces mesures pleines de sagesse que notre Saint opéra un bien immense dans toutes les contrées qu'il parcourut.
Maintenant faisons connaître le théâtre sur lequel saint Léonard exerça son zèle. Ce fut d'abord la Toscane. Il y parcourut successivement plus de 15 diocèses ; ce furent ensuite les autres provinces de l'Italie, il évangélisa Rome, Velletri, Orvieto, Civita-Vecchia, Rieti, Naples, (lênes etc. etc. ;' ce fut enfin l'île de Corse qu'il aurait pacifiée tout entière, si une blessure qu'il reçut dans la paroisse d'Isolaccia ne l'avait contraint de retourner à Cènes. Dès son rétablissement, il alla continuer ses missions dans les diocèses de Ferrare, de Bologne, de Ravenne, de Spolète, de Terni etc. etc. — En 1749, sur l'ordre de Benoît XIV, il vint préparer les Romains aux grâces que Dieu devait répandre sur leur ville durant l'année sainte. Tandis que d'ordinaire il prêchait à des foules immenses, cette fois ce fut au Sacré- Collège et au Pape lui-même qu'il adressa la parole. C'est à cette occasion qu'il établit au Colisée les Stations du Chemin de la Croix devenues fameuses.
Saint Léonard partit recevoir la récompense de ses travaux et de ses fatigues au mois de novembre de l'année 1751.
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Vierge, du Tiers-Ordre (12S4-1358)
Delphine vint au monde sous le beau ciel de Provence.
Privée de son père et de sa |ï mère à Tâge de sept ans, elle ^ fut élevée par une de ses ^ tantes, abbesse de Sainte- ^^■^-y(r^Ér^% Catherine-de-Sorbs, au diocèse de Riez.
Volontiers, la sainte enfant eût fait le sacrifice de son immense fortune pour appartenir à Dieu seul, mais le Seigneur lui fit connaître clairement qu'il la voulait dans le monde. C'est pourquoi assurée de l'assistance de la Reine des Anges, elle consentit à épouser Elzéar de .Sabran, comme le désirait si fort Charles II, roi de Sicile.
Toutefois, le soir même des noces, elle déclara à son époux qu'elle avait fait vœu de virginité perpétuelle ; elle lui fit ensuite si bien ressortir les avantages de cette vertu que le jeune comte réengagea à en être, jusqu'à sa mort, le témoin et le gardien fidèle et fit lui aussi le même vœu.
Pour tenir plus facilement leur sainte résolution, ils entrèrent tous deux dans le Tiers-Ordre de saint François. Et dès lors, leur sainteté édifia grandement leur entourage, leur exemple entraîna les autres et bientôt la Religion fleurit dans tous leurs domaines, la paix rentra dans chaque demeure et la charité fit sentir partout sa douce présence. Ils passèrent ainsi quelques années, s'excitant l'un l'autre à la vertu, s'adonnant aux bonnes œuvres et s'affermissant chaque jour dans le bien. Mais un jour, Delphine reçut une nouvelle foudroyante : elle apprit la mort de son époux Elzéar, que le roi de Naples avait envoyé en France pour une importante mission.
La Bienheureuse, perdant ainsi ce qu'elle avait de plus cher au monde, fut en proie à une douleur immense. La crainte que son pieux époux ne fût en purgatoire augmentait encore sa peine. Sous le poids de cette pensée, elle multipliait ses prières et ses aumônes, mais rien ne lui rendait la joie. Par bonheur, Elzéar
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lui-même vin* la rassurer : « Vous avez tort, 1 )elphine, d'être « ainsi inconsolable de mon absence : eh quoi ! vous plaignezt( vous donc lie mon bonheur? Dieu m'a fait miséricorde, il a « rompu mes liens et je suis dans la société des bienheureux. Et « vous, également affranchie de tout lien terrestre, vous n'avez « plus qu'à servir 1 )ieu le reste de votre vie. »
Excitée à une perfection plus haute par ces paroles de son époux triomphant, elle vendit tous ses biens pour secourir les indigents, fit vceu de pauvreté, foula aux pieds les vanités humaines, échangea ses hal)its superbes contre de vrais haillons, fréquenta les églises, visita les malades et porta secours à tous ceux ijui en avaient besoin. On la vit même, la besace sur l'épaule, parcourir les grandes rues et mendier pour elle ou pour les autres le pain de la charité.
Sa conduite opéra un bien immense à la cour de Naples et parmi la noblesse de la contrée. A la vue de cette femme, naguère dans la splendeur et à cette heure volontairement réduite à un tel genre de vie, une foule de personnes, adonnées aux plaisirs, eurent honte d'elles-mêmes, réformèrent leurs mœurs et embrassèrent l'état religieux.
Mais, si les personnes sages admiraient un tel héroïsme, d'autres la taxaient de ridicule et d'insensée. Plus d'une fois, la servante de Dieu eut à subir des insultes et des avanies indignes, de la part de gens grossiers et sans religion. Heureusement, jamais elle ne s'arrêta aux vains jugements des hommes, aussi perse véra-t-el le jusqu'à la mort dans sa manière de vivre.
L'humilité de la Bse Delphine ne l'empêchait pas de donner fréquemment d'utiles et précieux conseils. Eléonore, sœur de saint Louis d'Anjou et reine de Sicile, protita plusieurs fois de ses lumières ; et à la mort de Robert, roi de Naples, la Bse Sanche ne manqua pas de demander à la bonne comtesse des consolations à sa douleur.
Après avoir ainsi partagé son temps entre la prière, le travail et les bonnes œuvres, durant de longues années, purifiée davantage encore par le martyre d'une maladie de plusieurs mois, la Bse Delphine rendit son âme à Dieu, le 27 novembre 1358. Elle fut inhumée dans l'église des Franciscains d'Apt, près du corps de saint Elzéar.
« Seigneur qui, parmi tant d'autres dons, avez accordé à la Bse Delphine, votre servante, la gloire de la virginité dans le mariage, daignez nous faire participer un jour à la béatitude de celle dont nous célébrons ici-bas la mémoire. »
(Oraison de l'Ofificè de la Bienheureuse.)
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Martyr,
DU Tiers-Ordre.
Ce Bienheureux appartenait à la noble famille des Lulle de Barcelone, qui vint s'établir à Majorque quand Jacques d'Aragon en eut fait ^ la conquête. Né à Palma, il fut '^=^=^=^=^m ^=^ mm=^^=$^=^^ appelé de bonne heure à la
cour de son souverain. Malheureusement, il s'y livra aux plaisirs et à la débauche plus qu'à la pratique des vertus : il y devint même le lâche esclave de la honteuse volupté.
Toutefois, le Seigneur qui avait de grands desseins sur ce nouveau prodigue, abaissa sur lui un regard de compassion. Un jour il se montra à lui crucifié comme sur le Calvaire et lui dit : (' Raymond, suis-moi. »
Raymond, âgé de trente ans et engagé dans les liens du mariage, hésite d'abord : la pauvreté lui fait horreur, les humiliations le font trembler. Mais la tendresse du père pour le prodigue n'a pas de bornes : cinq jours de suite, le Sauveur revient à la charge et il finit par triompher.
Confus de sa propre malice et de la bonté de son Dieu, Raymond se donne à Lui corps et âme. Du consentement de son épouse, il vend ses biens, fait la part de sa famille et la part des pauvres, embrasse le Tiers-Ordre de saint François et quitte son pays avec l'intention de se consacrer tout entier au service de son Vainqueur.
Durant neuf années, il demeura sur une montagne, dans une solitude complète, où il fut favorisé de célestes visions et reçut cette science infuse qui devait lui valoir plus tard le titre de Docteur illumine.
Au sortir de son désert, il remplit sa mission véritable, établissant une foule de couvents où l'on enseignait les langues des nations infidèles et composant des livres spéciaux pour la conversion de ces peuples. Il mourut en 13 15, à la suite des mauvais traitements que lui avaient infligés les infidèles d'Afrique.
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l'Kl" TKK, I'RANCISCAIN (I39I-I476)
Après avoir achevé ses cours dune façon brillante et obtenu à Pérouse le titre de docteur en droit canoni- <]ue et civil, Jacques de la ^if\ ift i^\ ^t i^\ i^t i^\ t^\ if\ t^y rft «|« /ft >ft^ Marche parvenait au comble
de ses vœux en recevant un emploi honorable dans la magistrature de Florence.
Le plus bel avenir souvrait devant ce jeune homme de 24 ans, lorsque Dieu lui inspira tout-à-coup le mépris du monde et le désir irrésistible de la vie religieuse.
Sa première pensée fut de se faire Chartreux, mais le Seigneur, qui l'avait choisi pour la propagation de la Foi et pour la conversion des âmes, dirigea ses pas vers un couvent des F'rères Mineurs.
Jacques de la Marche reçut l'habit franciscain à Sainte- Marie des Anges, des mains du bienheureux Nicolas Uzzanio, et alla faire son noviciat au couvent solitaire des Carceri. Pendant son année de probation, il praticjua si bien l'obéissance, la pauvreté et toutes les vertus qu'il fit l'étonnement de la communauté et qu'il apparut bientôt comme un parfait modèle de perfection religieuse. Content de trois heures de sommeil, il consacrait le reste de la nuit à méditer les biens futurs, à louer le Seigneur et à se flageller cruellement. C'est alors qu'il mettait cette terrible cotte de mailles de fer, armée de pointes aiguës, qu'un ordre exprès de son directeur fut seul capable de lui faire enlever, vingt ans plus tard. Quant à sa nourriture, c'était à peine s'il prenait un peu de pain et quelques herbes sauvages.
Après sa profession Jacques de la Marche se livra quelque temps à l'étude de la théologie. Ensuite il reçut l'onction sacerdotale et fut institué prédicateur par saint Bernardin de Sienne lui-même.
Aussitôt, il commença son ministère apostolique, qu'il devait poursuivre pendant plus de cinquante ans. Sans se préoccuper