‹ Nos saintsChapitre 85 sur 105 · II MAI. — B. THOMAS ILI.YRTCUS · texte numérisé non relu

II MAI. — B. THOMAS ILI.YRTCUS

sements coupables cessaient, les scandales disparaissaient. Il exerçait sur lui-même, avec une extrême rigueur, la pénitence qu'il prêchait aux autres, portait un rude cilice, mangeait peu, et crucifiait son corps de toute manière. »

I/Italie ne suffisant plus au zèle infatigable de Thomas , il traversa, en effet, les Alpes, se dirigea vers le midi de la France, s'arrêta d'abord à Toulouse, puis à Bordeaux. « Cet homme, dit la Semaine catholique de Toulouse, demeuré célèbre dans nos Annales, attirait autour de sa chaire une foule si nombreuse et si empressée, que l'Eglise des Cordeliers, malgré ses vastes dimensions, était beaucoup trop petite pour la contenir. On fut obligé d'élever une chaire sur la place Saint-Georges et de construire tout autour des bancs en amphithéâtre, pour toutes les compagnies de la ville. C'est là que cet homme apostolique fit entendre la parole de Dieu. . . Les pécheurs se convertirent en grand nombre, et le bien qu'il opéra dans les âmes fut immense. Il fit défendre les jeux de hasard, et abolit l'usage des masques, que les jeunes gens, et particulièrement les étudiants portaient dans les rues, non seulement au carnaval, mais même pendant l'année. Ce fut aussi à l'instigation de ce grand serviteur de Dieu que les (^apitouls firent placer, au-dessus des jjrincipales portes de cette ville, des marbres sur lesquels on avait gravé le saint Nom de Jésus. » (Année 1865.)

Pendant son séjour à Toulouse, le Bienheureux évangélisa également le pays de Foix. Il se fit entendre à Condom où il eut, un jour, plus de trente mille auditeurs.

En quittant la capitale du Languedoc, le B. Thomas Illyricus se rendit à Bordeaux, et sa parole y produisit des fruits abondants de salut. Un chroniqueur du temps dit, en parlant de lui : « Quand il arrivait en quelque ville, toutes sortes de jeux, débauches et dissolutions, en étaient bannis ; tout ne respirait plus que piété et dévotion ; le peuple accourait de dix lieues à la ronde, pour voir ce saint homme, de sorte qu'il fallait ouvrir les places publiques pour les sermons. »

C'est au B. Thomas qu'est due la fondation du pèlerinage de Notre-Dame dArcachon. Après ses prédications de Bordeaux, le vaillant apôtre s'était retiré sur les bords du bassin d'Arcachon, pour procurer à son âme une solitude complète. Priant un jour sur la plage, il aperçoit deux navires prêts à sombrer. Il prie pour les infortunés que l'abîme menaçait d'engloutir. La mer s'apaise aussitôt, et, au même moment, les vagues déposent sur le rivage une statue en marbre de la sainte Vierge. Le B. Thomas reçut avec respect l'image miraculeuse et la plaça dans une chapelle en bois, qu'il bâtit en ce lieu : ce fut l'origine du sanctuaire.

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Le serviteur de Dieu continua encore sa mission de réformateur des mœurs et de défenseur de la foi, par la parole et par la plume. Les écrits du H. 'l'homas ne dénotent pas moins que ses prédications, une âme d'apôtre, (juc navre et tourmente la vue prophétitjue des calamités et des scissions qui menactriit de disperser le troupeau de Jésus-Christ.

Bien cjue le B. Thomas n'ait jamais eu de culte approuvé par l'Eglise, les Bollandistes et les Annalistes de l'Ordre donnent à Thomas Illyricus le titre de Bienheureu.x, (jue, de temps immémorial, la voi.x du peuple lui avait décerné.

B. 3can Bonvtôio

Frère lai, Franciscain (1409-1473)

Jean Bonvisio appartenait à une famille de Lucques, qui comptait parmi ses membres, des cardinaux et d'autres hommes remarquables. Sa jeunesse fut innocente et pieuse. Il se livra d'abord au commerce, comme c'était la coutume parmi les nobles d'Italie. Dans un voyage qu'il fit en Espagne, il établit ses Courtiers en Aragon et en Portugal, et son nom devint célèbre au point que les princes eux-mêmes recherchèrent son amitié.

Mais au sein de la prospérité, Jean ne trouvait pas le calme dont son âme avait besoin, ni la nourriture spirituelle qu'il lui fallait. Il va donc frapper à la porte d'un couvent de Frères Mineurs, et dès ce jour, il commence le sacrifice de sa vie, par une immolation continuelle de lui-même, pour ne l'achever qu'à son dernier soupir. Il s'efforcera de faire croître dans le jardin fermé de son âme, les vertus séraphiques, en ayant soin de les protéger par le rampart d'une profonde humilité.

Loin de fuir les humiliations et les contrariétés, il paraissait les provoquer, au contraire. Plusieurs fois, il demanda l'autorisation de changer de résidence, a'fin d'être placé sous la direction de supérieurs austères et sévères, qui contenteraient sa soif de l'hu-

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milité. « Soyons humbles, avait-il coutume de dire, parce que sans cette vertu, il n'y a pas de perfection : mais, avec elle, nous pouvons avancer dans la connaissance de Dieu, beaucoup plus que par trente années de méditations ; sans elle, nous aurons ■. beau élever nos yeux vers le Seigneur, nous serons aveuglés. » — iÇ^ Il attribuait également à cette vertu la faveur dont saint François |^^ avait été honoré, lorsqu'il reçut l'impression des Stigmates. « C'est | une présomption, disait-il encore, de s'exercer de préférence aux 1 autres vertus : car le moyen d'arriver à la vie éternelle, c'est la ç connaissance de notre abjection : nous devenons des démons j par la présomption, et des anges, par le mépris de nous- ^^ mêmes. » \c=)\

Jean passa les trois premières années de sa vie religieuse en ^^ Aragon, chargé de l'office de réfectorier. Il parcourut divers couvents de l'Espagne, visitant les sanctuaires vénérés en ce pays. T Il retourna ensuite en Italie, car en Espagne le peuple commençait à soupçonner sa sainteté et Jean craignait d'y trouver un ^^ aliment pour la vaine gloire. S^

Arrivé en Italie il fut nommé maître des novices, au couvent ^ de Cési, bien qu'il eut quitté j'Espagne pour échapper à ces honneurs. Cependant, plein de confiance en Dieu, il s'acquitta de j ses devoirs avec /èle et succès, conduisant ses novices par la |gvoie de l'humilité, dont il était lui-même un modèle si accompli. i

Le temps de sa charge expiré, il fut nommé gardien du cou- :^ vent de la Grotte, au miheu des montagnes de Narni, emplace- jument de la grotte où saint François reçut les sacrés Stigmates. jÇr; Il se fit remarquer par son zèle pour la discipline, tout en se montrant large et facile pour les légères infractions. Il voulait surtout que la sainte pauvreté fût scrupuleusement observée. Un jour de grande fête, il eut un grand ravissement de sorte qu'il oublia de faire préparer pour ses religieux une nourriture un peu plus copieuse qu'à l'ordinaire. Ceux ci étaient mécontents; il leur fit alors une si belle instruction sur la pauvreté, qu'ils ne voulurent pas d'autres mets que des légumes. |,

Ami du silence et du recueillement, il vivait le plus souvent ,^ dans le ciel. La vue du firmament, des fleurs de la nature, le plongeait dans le ravissement ; pendant la récitation du saint m Office, il versait toujours des larmes de joie ; (juelquefois même ^ son visage pâlissait, et une clarté céleste l'entourait. Mais sa S ferveur éclatait surtout pendant la sainte Messe : il y était pour ainsi dire transfiguré. 1&

Ce n'étaient pas là les seules faveurs que Jean reçût du ciel ; !*■ ce vénérable serviteur de Dieu opéra de nombreux miracles ^1 pendant sa vie, et son âme fut souvent enlevée dans l'extase et I*â le ravissement. ~

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21 MAI. — B. JEAN BONVISK»

Sur 11' point de mourir, il s'écria tout à coup : " O jugement de Dieu ! je ne puis expli(iuer le cpie je vois maintenant, cela surpasse l'intelligeiKe humaine. Le Seigneur me fait voir comment il éprouve les âmes fortes en cette vie et de cjuelle manière il distribue à chacun selon ses forces les peines et les afflictions. Il est impossible (|ue celui (jui souffre vaillamment la contradiction par amour iK)ur Dieu ne soit pas reeu dans sa gloire. »

Jean avait été du nombre de ces âmes fortes ; aussi, en s'endormant de son dernier sommeil, put-il dire au jeune frère qui soutenait sa tête : « adieu, mon cher ami, je m'en vais auprès de Dieu. »

Le Martyrologe de l'Ortlre lui donne, de temps immémorial, le titre de Bienheureux.

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-IVn. Ittaric cr^f)vcda, (îonccptionni^tc

Marie d'Agréda vient au monde, en Espagne, sur les confins de r Aragon et de la Nouvelle-Castille. Son corps est frêle, sa santé délicate, et son enfance maladive est ruinée par des fièvres ardentes.

Bien jeune encore, elle donne l'exemple d'une piété sans égale et tellement sympathique, qu'à l'âge de quinze ans, dévorée du désir de se consacrer à la vie religieuse, elle entraine à sa suite sa mère et sa sœur, qui se vouent avec elle aux austérités du cloître dans la maison paternelle. Son père et son frère sont également vaincus par ses exhortations : ils renoncent à leurs biens temporels et à leur patrie et partent s'enfermer ensemble dans un humble couvent franciscain de la province de Burgos.

Cette faible jeune fille préludait de la sorte à cette vie du cloitre, qui est vraiment la vie des courageux et des forts.

C'est le 13 janvier i6ig qu'elle entre chez les Conceptionnistes, religieuses édifiantes, qui après avoir suivi quelque temps la Règle de sainte Claire, en reçurent une autre du pape Jules II et furent mises sous la juridiction des Frères Mineurs. Alors commencent contre les démons des luttes épouvantables que notre pauvre recluse devra soutenir pendant son existence entière. C'est seulement avec le bouclier de la foi, le casque du salut et le glaive de la mortification, qu'elle tient ferme et qu'elle finit par terrasser son redoutable adversaire.

Les âmes qu'il plait à Dieu d'établir dans l'état surnaturel le plus élevé, celui des révélations divines, savent bien que la chair est un obstacle à l'abondance des influences célestes, elles savent bien que le corps doit être châtié comme un esclave rebelle, qu'il faut l'anéantir, pour ainsi dire, le spiritualiser en quelque sorte afin que le vol de l'esprit soit plus libre.

Ainsi s'expliquent les pieuses cruautés de Marie d'Agréda. Le Seigneur, qui la destinait à écrire l'histoire mystique de la Mère de son adorable Fils, qui voulait lui donner une claire connaissance des conseils éternels qui avaient préparé la rédemption du monde, qui voulait en quelque sorte la faire assister aux délibérations

24 MAI. — VKN. M AKIK DAf.KKIiA ^0}

diviiK-sdi- l'auguste lI iiuomprclu-iisihle Trinité, (k\ ait purifier cette âme, comme on purifie l'or le plus pur.

Dès l'âge de dix-huit ans, cette sainte religieuse a des rêvé- •^^ latioiis et îles visions extati(iues tellement tré(|uentes, tjue cet ^)Ç^ état surnaturel devient pour elle prescju'une habitude, et (ju'il i lui est impossible de le dissimuler aux yeux de ses compagnes. Dans une de ses visions les plus surprenantes, elle est transportée dans le Nouveau-Mexiiiue. \' fut-elle transportée en es[)rit ou en %^ corps ? yi* rignori\ Dieu le sait^ pourrait-elle dire avec saint Paul ; ^5£ mais ce fut probablement en son corps. En effet, plus tard, des j;iÇ«^ missionnaires franciscains venant évangéliser ces peuples, les trouvèrent catéchisés, puis dans une circonstance quelconque, le | portrait de Marie d'Agréda ayant été montré aux habitants de ces régions, ils la reconnurent aussitôt et affirmèrent (pie cette humble religieuse avait été leur ai)ôtre.

A l'âge de trente-cinq ans, dans une de ses visions extatiques, elle reçoit du ciel l'ordre d'écrire l'histoire de la Mère de Dieu. Elle cherche longtemps et par toutes sortes de moyens, à se soustraire à une mission (qu'elle se croit impropre à remplir, mais finalement la volonté de Dieu se manifeste de manière à ne lui laisser aucun doute, et alors, en fille soumise, elle écrit cet admirable livre de la Citl- mystù/ue, où la main du Dieu de toute science semble avoir elle-même dirigé la plume de l'écrivain. C'est sous la dictée de la Mère de Jésus-('hrist, qu'elle retrace l'histoire de sa vie mortelle et des incompréhensibles faveurs dont elle fut favorisée.

Lorsque les docteurs de l'Université de Toulouse donnèrent leur approbation motivée à Y Al>régé d'Examen de la Cité mystique de Dieu par Grenier, ils n'hésitèrent pas à dire :

«... Nous ne disconvenons pas qu'il n'y ait, dans cet ouvrage, des faits nouveaux dont nous n'avions point ouï parler, et des révélations extraordinaires, qui vont au delà de ce que nous avions cru jusqu'à présent ; mais, ni dans ces nouveaux faits, ni dans ces révélations extraordinaires nous ne voyons rien (|ui choque les principes de la foi ou des bonnes mœurs, rien même qui soit au-dessus des grandeurs de Marie et qui ne s'accorde parfaitement avec l'idée confuse et générale que nous avons de l'excellence de la Mère de Dieu, que les Pères traitent d'incompréhensible et que l'Eglise regarde toujours comme la créature la plus distinguée et la plus privilégiée qui fut jamais, de sorte que cet ouvrage, à le bien prendre, ne fera que développer cette idée confuse et générale, en nous faisant voir plus distinctement et en détail ce que nous ne voyons que confusément et en gros, c'est-à-dire la conduite de la Mère de Dieu, et les merveilles surprenantes qu'il a plu au Seigneur d'opérer en elle. C'est un secours qu'elle nous

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