‹ Nos saintsChapitre 87 sur 105 · C.MI'CIN, I KKKK 1 M (I · texte numérisé non relu

C.MI'CIN, I KKKK 1 M (I

Le vénérable André niuiuit à Kurgio en Sicile ; ses parents étaient de modeste condition, mais pieux ; aussi dès ses plus tendres années André montra ce qu'il devait être un jour. On le citait comme un modèle à tous les enfants de son âge, et ceux qui le connaissaient disaient de lui : « S'il reste dans le monde, ce sera un parfait homme de bien ; mais ce sera un saint, s'il entre dans un Ordre religieux. » C'est la seconde supposition qui se réalisa.

Ayant perdu successivement son père, sa mère, ses sœurs et son frère aine, il vint frappera la porte du couvent des Capucins de Burgio. Son noviciat achevé, il prononc^a ses vœux en (jualité de frère lai. Ennemi de l'oisiveté, il ne perdait pas un moment ; le jour, il s'adonnait aux plus durs travaux ; la nuit, il passait de longues heures à méditer devant le Très-Saint-Sacrement. Depuis ce temps aussi, jusqu'à sa mort, il ne vécut que de pain et d'eau. Dieu devait récompenser une vertu si éminente ; il le fil d'une façon digne de Lui, il lui accorda le don des miracles.

Un jour il rencontre un pauvre boiteux, François Niceli, que son infirmité rendait la risée de tous les mauvais garnements du pays. André lui dit : « Pourquoi ne te tiens-tu pas droit ? — Comment le pourrais-je, je suis ainsi dès mon enfance, répond François. — Lève-toi et marche, dit André, je te l'ordonne au nom de Jésus. » — Et le boiteux se leva et se mit à marcher.

Un autre jour, un enfant se mourait, atteint dune maladie incurable: sa mère voyant passer le Frère André, lui cria : « Mon fils se meurt, mon fils est mort ! — Il vit, répond André, et tenez, le voilà qui vient à vous et qui vous tend les bras. » L'enfant en effet accourait parfaitement guéri.

Dans l'espoir de cueillir la palme du martyre, il partit pour le Congo, et là encore il put montrer le crédit dont il jouissait près de Dieu. A sa prière une tempête effroyable est apaisée, à sa prière encore, le vice-roi de Cadix est guéri d'une longue et terrible maladie. Il consacra dix-sept ans de son zèle vraiment

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374 15 JUIN. — VÉN. ANDRÉ DE BURGIO

apostolique à la conversion du Congo, et il y serait mort si l'obéissance ne l'eût pas rappelé en Europe. — Quand on lui annonça qu'il devait quitter sa chère mission : « Je savais bien, dit-il avec tristesse, que Dieu ne me permettrait pas de mourir pour lui, mais que sa volonté soit faite ! « Et il se mit en route.

Arrivé à Lisbonne, il fut reçu avec joie : « Grâce à Dieu, lui dit la reine, vous voilà de retour pour ne plus nous quitter. »

— André sourit : « Non, Madame, répondit-il, ce n'est pas ici que je dois mourir. — En effet, il reçut l'ordre de partir pour la Sicile. Il partit un jour à dix heures du matin, et le même jour, à la même heure, il frappait à la porte du couvent de Palerme : « Qui êtes-vous ? lui dit le (iardien. — Je suis le Frère André de Burgio et je viens de Lisbonne en Portugal. — Avez-vous une lettre d'obédience ? — Oui, en voici une du Général de l'Ordre. )-

— Tout est bien, dit le (iardien, mais à quelle heure êtes-vous parti de Lisbonne ? — A dix heures. — Quel jour ? — Aujourd'hui. — Que me dites-vous là. Aujourd'hui à dix heures ? ^^ous êtes un menteur, allez vous donner la discipline. «

André allait obéir, mais le Gardien, qui connaissait sa sain teté, retira son ordre et remercia Dieu avec lui.

Les années que frère André passa à Palerme furent une suite non interrompue de miracles qu'il serait trop long de raconter ici.

Enfin le 1 1 juin 1772, le Frère André rendit sa belle âme à Dieu et alla recevoir au ciel la récompense due à ses vertus et à ses mérites.

La cause de sa béatification a été introduite en cour de Rome.

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l-RANt iscAiN, Cardinal Ak< hk\ f.ijuE UE Tours (1422-14.S4)

Ce saint prélat na(iuit vers l'an 1422, au château de Bourdeille, en Périgord. Renonc^ant aux honneuis que sa haute naissance et sa rare intelligence lui promettaient, il entra, à peine âgé de 10 ans, chez les Franciscains de Périgueux. Etudiant remarquable, il fut novice exemplaire, avant de devenir un saint religieux et un savant théologien. Ravis de ses heureux talents, ses supérieurs le destinèrent à la prédication ; ce fut alors qu'il parcourut tout le midi de la France. Bientôt il reçut l'ordre de se rendre au couvent de Limoges. Chemin faisant, il dut traverser le Périgord et bientôt lui et son compagnon se trouvent sur les terres dépendantes du château de Bourdeille. Sur le soir, ils s'en vont demander l'hospitalité au château. Pour ne pas être reconnu, le frère Elie marchait derrière, la tête couverte du capuce ; un serviteur les conduit dans un hangar et leur apporte un pain, comme à des mendiants. Le lendemain matin, le compagnon du Frère Elie se présente à la porte, remercie la pieuse baronne et les deux religieux continuent leur voyage. Or, à quelque distance, une vielle femme reconnaît le frère Elie de Bourdeille, elle se jette à ses pieds, fond en larmes et court en porter la nouvelle au château. Quelque diligence qu'on fît, on ne put rejoindre nos voyageurs.

Frère Elie aima particulièrement son couvent de Limoges en souvenir de saint Antoine qui en avait été le premier gardien, et devenu archevêque de Tours il aimera à venir s'y retirer dans la retraite et la solitude.

La ville de Périgueux ayant perdu son évêque, le chapitre décida de demander frère Elie pour lui succéder ; malgré son jeune âge (il n'avait que vingt-cinq ans), frère Elie dut accepter, sur un ordre formel du pape, Eugène IV. A peine revêtu du caractère sacré, Elie commença ses courses épiscopales : c'est là que Dieu l'attendait pour le soumettre à l'épreuve, il tomba entre les mains des i\nglais et fut emmené prisonnier en Angleterre. Sa captivité dura plusieurs années, sans lasser son courage et sans

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B. ELIE DE BOUKDEILLE

qu'il oubliât son troupeau. A son retour, son zèle ne fit que redoubler. On le voyait tour à tour entendre les confessions, administrer les sacrements, prêcher la parole de Dieu, veiller à la réparation ou à la construction des églises et donner au culte divin toute kl splendeur possible. Il pratiqua, sous la mitre, la pauvreté séraphique dans toute sa rigueur et ne voulut jamais quitter l'habit de son Ordre.

Louis XI instruit de son mérite le fit transférer au siège archiépiscopal de Tours et le choisit pour son confesseur. Le zélé pontife fut auprès du prince ce qu'il avait été partout : le défenseur de la vérité. Les droits du Saint Siège étant attaqués dans le concile de Bâle et par la pragmatique sanction de Bourges, il les combattit ouvertement et jamais considération humaine n'influa sur sa conduite dans les graves circonstances où il put se trouver.

Elevé par Sixte IV au cardinalat, il recrut cette auguste distinction sans témoigner aucun sentiment de joie. A partir de ce jour, il résolut de se dérober aux regards des hommes et se retira dans la retraite. C'est là qu'il mourut, le 5 juillet 1484, étendu sur la cendre, à l'exemple de son Séraphique Père.

Des miracles avaient illustré sa vie, des miracles eurent lieu à son tombeau. Quarante-deux ans plus tard, en 1526, un évêque de Périgueux fit prendre des informations sur la vie et les vertus de ce grand et illustre prélat. Il recueillit avec un soin religieux les prodiges attribués à son intercession, se proposant de solliciter auprès de la cour de Rome un décret qui le placerait au nombre des saints. Les malheurs de TEglise, les agitations de la France pendant le xvf siècle ne permirent pas de donner suite à cette affaire. Le nom d'Elie de Bourdeille n'en est pas moins resté inscrit au rang des gloires les plus pures de TEglise de France, et l'Ordre Séraphique l'a toujours compté parmi ses plus grandes illustrations : son Martvrolos:e lui donne le titre de Bienheu-

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CuRK, uu Tiers-Ordre (1200-1295)

Ce Bienheureux naquit à l'oggi Honzi en'iToscane et passa son enfance et sa jeunesse dans la pratique de la piété. Entré dans le Tiers-Ordre Séraphique, il se pla(;a sous la direction du B. Luchesio, premier tertiaire admis dans l'Ordre par saint Fran- ■çois, et fit, sous un tel maître, de rapides progrès dans la perfection. Mais Dieu l'avait appelé à le servir dans le sacerdoce : après avoir fait de solides études, il fut ordonné prêtre et nommé curé de la petite paroisse de Sainte-Lucie au diocèse de Florence. Là, pendant près de soixante-dix ans, la vie de ce digne et excellent pasteur fut partagée entre la prière, la pénitence et le soin de son troupeau.

Le Seigtieur daigna glorifier son serviteur par d'éclatants miracles.

L'homme de 1 )ieu destinait aux pauvres le revenu des terres de sa cure, ne s'en réservant qu'une faible part, indispensable à son entretien. Il avait recommandéà son disciple de donner à tous les pauvres qui se présenteraient. Or celui-ci remarqua à son grand étonnement que plus il donnait aux indigents, plus la provision augmentait ; il vint raconter le prodige à son vénérable maître qui lui répondit, en souriant : <( Il n'y a pas lieu de s'émerveiller, mori fils, ne savez-vous pas ce que dit le Seigneur : « Donnez et il vous sera donné ? »

Un pauvre se présenta un jour à la cure, demandant un peu de vin ; le Bienheureux appelle son clerc et le prie de servir ce pauvre. <' Mon père, répond le jeune homme, nous n'avons plus de vin depuis quatre mois. — Allez, mon fils, lui dit le serviteur de Dieu, faites ce que je vous dis. — J'obéirai, reprit le disciple, mais je sais d'avance que le tonneau est à sec. » Il descend néanmoins à la cave, et, à «a grande surprise, il trouve le tonneau rempli d'un excellent vin. Joyeux, il s'empresse de remplir le va.se de l'indigent, et publie le prodige en bénissant Dieu.

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7 JUILLET. — B. DAVANZAT

Dans une autre circonstance, plusieurs prêtres du voisinage étant venus à l'église Sainte-Lucie, pour assister à une fête de la paroisse, le saint curé offrit à ses confrères une modeste réfection. Le vin manquait cette fois encore, le saint prêtre ordonna au jeune clerc d'aller puiser de l'eau à une fontaine voisine et d'en remplir quelques vases ; à l'instant même où les convives versèrent cette eau dans leurs verres, elle se trouva changée en un vin exquis.

Ce saint pasteur mourut le 7 juillet 1295, à l'âge de quatrevingt-quinze ans ; au moment de son bienheureux trépas, une merveilleuse clarté illumina l'appartement et l'on entendit des concerts angéliques : de sa bouche sortit un lis d'une éclatante blancheur. Dieu ayant voulu, par ce prodige, manifester et glorifier la pureté de son serviteur. La fête de ce Bienheureux se célèbre en ce jour, dans l'église où repose son tombeau.

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Martyrs de Damas

IKA.NC ISlAINS

Le temps (]ui emporte tant de souvenirs, n'a pas encore effacé de notre mémoire les tragiques événements dont la Syrie fut le théâtre en i86o. Ces scènes de carnage et d'horreur donnèrent lieu aux plus émouvantes péripéties. Nous n,e dépeindrons pas en détail chacun de ces lugubres tableaux, ce serait trop long et trop triste. S'élan^ant de leurs montagnes, les Druses, ennemis irréconciliables du nom chrétien, fondent sur les villages comme un torrent dévastateur : partout sur leur passage les récoltes sont saccagées, les demeures incendiées, les habitants cruellement égorgés. Ni l'innocence de l'enfant, ni les cheveux blancs du vieillard n'obtiennent grâce à leurs yeux.

Affolées, les tristes épaves de cette tourmente, accourent dans les villes, comptant y trouver secours et protection". Mais hélas ! encouragés par la coupable connivence des autorités, les Musulmans au cri de : « Qu'il est doux de tuer des chrétiens ! w achèvent ces lamentables débris. Qui peindra jamais les scènes navrantes de ce drame sanglant qui rappellent les plus tristes époques de l'histoire du genre humain? On évalue à 12.000 le nombre des victimes qui tombèrent dans ces jours néfastes. Les Franciscains ne furent pas épargnés dans ce conflit général. Les consuls les firent prévenir de quitter leur maison pour aller se réfugier chez Abd-el-Kader, demeure française. Mais les vaillants religieux, remerciant de leur attention les consuls européens, leur répondirent : « Que craindrions-nous ? nous n'avons jamais fait que du bien aux Musulmans, pourquoi nous feraient-ils du mal ? Nous avons dans nos classes, leurs enfants qui nous regardent comme leurs pères. Si la maison d'Abd-elKader est française, la nôtre l'est aussi. Nous sommes paroisse française, et qui nous touche, touche à la France. » Nobles paroles, généreux sentiments, mais hélas ! illusion fatale. Laissons passer la

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3S0 9 JUILLET. — VÉN. EMMANUEL RTIZ ET SES SEPT COMI'AGXONS

nuit, nuit de désolation, de ruines et de meurtres, et tout aura changé de face. Ne demandez plus l'église : ne cherchez plus le couvent : ne parlez plus d'école, on ne vous montrerait que quelques débris de murailles noircis par le feu.

Le désastre matériel est donc complet : mais dans ce total effondrement de leur habitation, que vont devenir les religieux ? C'est ce que nous allons voir en retraçant en quelques mots l'histoire de ces saints martyrs, au milieu de la tempête qui grondait autour d'eux.

Vén. Emmanuel Ruiz. — Le Révérend Père Emmanuel Ruiz était le gardien du couvent de Damas, lorsque sonna l'heure néfaste du drame en question.

Il naquit en 1803, à la montagne de Rinosa, dans la catholique Espagne. A l'âge de 22 ans, obéissant à l'attrait qui le poussait vers la vie religieuse, il va frapper au couvent des Frères- Mineurs et demande son admission parmi les fils du Séraphin d'Assise. Ses désirs sont exaucés et il revêt le saint habit en 1828, dans la province de l'Immaculée Conception. Après un noviciat des plus fervents, le jeune religieux commence ses études. Doué d'une intelligence remarquable, Emmanuel fournit avec éclat le cycle des cours de philosophie et de théologie. Malgré son amour pour l'étude il ne se relâche en rien de sa première ferveur ; et à l'acquisition des sciences humaines, il s'efforce toujours de joindre la science des saints. Le flambeau de la foi éclaire son esprit et le feu de la charité embrase son cœur. Mais c'est peu de brûler lui-même de cette flamme céleste, s'il n'en répand autour de lui la douce et puissante influence. Le feu est communicatif de sa nature : aussi les bornes de sa patrie ne suffisent bientôt plus à son zèle : il lui faut de plus vastes horizons, il lui faut des rivages lointains à parcourir. Comme François il brûle du désir de convertir à la foi les disciples du Coran et comme François aussi, il soupire après le martyre. Mourir pour son Dieu, voilà son unique ambition. Il demande la permission daller prêcher l'Evangile sur la terre baignée du Sang de Notre-Seigneur. Ses Supérieurs ont reconnu l'appel de Dieu, et dans le courant de Tannée 1831, il s'embarque pour la Terre-Sainte.

Au comble de ses vœux, le fervent missionnaire se livre avec toute l'ardeur de sa foi à la sanctification de ces populations asiatiques. Dieu bénit les travaux de son fidèle serviteur et des fruits abondants de salut viennent couronner ses efforts. Mais un obstacle s'oppose à la réalisation de tout le bien qu'il pro-

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9 JUILLET. — VKN. RXMANUEL RUIZ KT SES SBPT COMPAGNONS 381

jette. Si (|uelcjues personnes comprennent les langues européennes, la généralilé des iiahitants ne pjarle (|Ue l'arabe. Il se met à l'étutle et bientôt il possède le mécanisme de la langue du pays. Dès lors rien ne peut l'arrêter.

Toujours sur la brèche, s'il s'agit d'une âme à gagner à Jésus- Christ, il ne connaît ni fatigue ni repos. L'amour de Dieu le soutient dans cette campagne contre l'enfer. Cependant après 1 2 années consécutives de travaux pénibles et accablants, ses forces s'épuisent, et il est obligé de prendre quelque repos. Notre vaillant athlète revient donc en Europe prendre ce repos qu'il a si bien mérité et puiser au sein de la patrie une vigueur que son corps exténué ne possède plus. xMais à peine se .sent-il revivre qu'il prend de nouveau le bâton de missionnaire et retourne en Orient. Quelque temps ajjrès, il est nommé gardien de Damas.

I )epuis quelques jour? il voyait monter l'orage et se préparait à une attaque prochaine. Dès qu'il a la certitude du danger, il fait exposer le très Saint Sacrement. Mais voici que l'ennemi approche. Le généreux confesseur est prêt à livrer sa vie, mais que va devenir son Dieu? Il ouvre donc le Tabernacle, consomme à la hâte les saintes espèces, et déjà les infidèles sont à ses côtés. Ils le pressent d'embrasser le mahométisme ; mais lui s'écrie : " Je suis chrétien et je mourrai chrétien ; » puis appuyant son front sur la pierre où tant de fois il avait oflfert la divine victime : « Coupez, » dit-il aux assassins ; déjà sa tête vénérable roulait sur la table de l'auguste sacrifice. Il était âgé de 57 ans.

Un coup de cloche retentit aussitôt : c'était le signal convenu entre les sicaires et aussitôt les bandits ivres de sang s'écrient : « Première messe, à Napoléon. »

Vén. Carmel Botta. — Il est écrit : « Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées. »• Ces paroles vérifiées dans la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de ses disciples trouvent aussi leur application dans la personne du Père Carmel Botta et des fidèles de Damas.

Né à Real de (iandie, province de Valence, en l'année 1802, le Vénérable Carmel Botta fit profession dans l'Ordre Séraphique en 1825. Du même âge que le \'énérable Emmanuel Ruiz son Supérieur, dont nous venons d'esquisser à grands traits la vie, comme lui il fut favorisé d'une intelligence d'élite et comme lui aussi fit de brillantes études. Son application ne s'étant jamais démentie, il arriva au terme de ses cours orné de con naissances variées qui pouvaient lui assurer une carrière distin-

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j 382 9JriI,LET. — VÉN. EMMAMEI. RUIZ ET SES SEPT COMPAGNONS

^^ guée. Jeune, actif, d'un caractère sympathique, d un commerce j^ doux et agréable,il voyait l'avenir lui sourire et se présenter ;^ j devant lui, riche de promesses. Ijj^

^\ Mais lui aussi a entendu cette parole venue du ciel : « Sors I de ta patrie, quitte ta famille et la maison de ton père et viens \ dans la terre que je te montrerai. » Sa famille, il y a longtemps ^ î^ qu'il lui a dit adieu, la maison de son père, voici plusieurs années ;^

qu'il en a franchi le seuil pour n'y plus revenir. Mais un dernier [^ "^ sacrifice lui est demandé : quitter sa patrie. Une âme vulgaire ;:ç^ j^ aurait reculé, mais une âme généreuse ne sait pas transiger avec "' l'appel de Dieu ; il part donc sans hésiter, laissant tout pour la

terre étrangère qui lui est montrée.

5,, A son arrivée à Damas, le Père Carmel reçoit le soin de la pa- ^

"^ roisse, la charge des âmes. Pasteur plein de sollicitude, il se fait ^ ^ tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. Aussi les habi- ^ ^ tants de Damas lui ont-ils voué la plus grande vénération et a^ ^i sa mort sera-t-elle un deuil pour la ville tout entière. A ne juger les choses qu'au point de vue humain, il semblerait qu'un homme si dévoué à la gloire de Dieu, dût fournir ici-bas une ^ î^ longue existence. Mais que les jugements de Dieu diffèrent des ^^^ ^ nôtres ! La couronne était tressée : le fidèle serviteur appelé ^ "^ à la ceindre. ^Ç^

^ A l'arrivée de la soldatesque, le Père Carmel se retire dans un

réduit obscur ; mais bientôt un Turc le découvre et s'écriant : " Celui-là vit encore, » il lui assène un vigoureux coup de bâton. ^ j; — Cependant notre saint religieux n'est pas mort. Deux heures ^

~^ plus tard se montrent d'autres Turcs qui lui demandent de se ^ -v^ faire disciple de Mahomet : «Non jamais,» répondit avec indigna- w^ tion le vaillant confesseur, et aussitôt il est assommé d'un coup '^ de massue. La cloche alors retentit pour la deuxième fois, et les bandits de s'écrier : « Seconde messe, pour le consul de France. )> ^

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^ Vén. Angelbert Kollard. — Ce rehgieux, dont le caractère

'^'~ jovial contrastait avec les deux figures que nous venons d'esquisser, naquit à Ramsan, dans le Tyrol allemand, en 1827. Dieu se 5^^ fit entendre de bonne heure à son cœur. A ce moment où la vie ^^ "^ se présente au jeune homme avec ses mirages et ses séductions, \^ ^ il avait déjà compris que tout est vanité, hormis aimer Dieu et ^ C le servir lui seul. Désabusé de tout ce qui passe, avant d'en avoir 2^ ^ connu les charmes trompeurs, notre adolescent revêtait à vingt 'vv ans les livrées du pauvre d'Assise, dans la province de St-Léopold. Gai dans le monde, il fat encore gai dans le cloître. Qui

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donc pourra l'en blâmer? Disons-le sans crainte, il avait le don de saisir le côté original des choses et de le faire ressortir avec finesse. Sa correspondance est émaillée de traits picjuants cjui font naître le sourire sur les lèvres, on cite de sa jeunesse monacale des certains faits (jui lui ont plus d'une fois attiré des réprimandes et même des punitions de la part de ses supérieurs, lesquels, tout en admirant sa vertu, auraient alors aimé à le voir plus austère observateur de la gravité religieuse. Mais qu'y faire ? Nul n'est enfant comme un moine : comme il possède une âme tranquille et sans souci, le moindre incident provociue chez lui une joie candide.

Le Père Engelbert avait donc ses moments d'hilarité, mais il avait surtout ses heures de recueillement. Qu'on le regarde au saint autel, qu'on l'examine pendant l'oraison, partout et toujours on croirait voir un ange descendu sur la terre. Homme d'oraison, il est encore un homme d'étude. Il étudie donc les sciences sacrées, mais il ne néglige point les connaissances profanes. Polyglotte distingué, il parle sept langues. Prêtre, notre Vénérable, dans sa patrie, exerce le ministère paroissial. Mais Dieu le veut en Terre-Sainte. Il demande en effet, 7 ans après son ordination à la prêtrise, d'aller évangéliser les infidèles, ses supérieurs le laissent partir en 1855. On le nomma de famille à Damas.

A l'approche du danger, le Père Engelbert prend un déguisement et se réfugie dans une maison voisine du couvent ; mais bientôt reconnu par ses sandales il est assailli par les assassins ; on veut le faire apostasier, mais peine perdue, à tous les mauvais traitements il n'oppose qu'une seule réponse : « Je suis chrétien et ministre de Jésus-Christ. Mahomet est un imposteur ! plutôt mille morts que de le reconnaître pour un prophète inspiré de Dieu. » Désespérant de vaincre sa résistance, les bourreaux qui lui avaient déjà porté six coups de hache, lui en assènent un septième qui lui ouvre les portes du ciel.

La cloche sonne pour la troisième fois ; et les fils du Coran de s'écrier ! « Troisième messe, pour Lanusse, chancelier du consulat de France. »

Vén. Nicanor Mianio. — Le Père Gardien, le Père Curé et le Père Vicaire, l'Etat Major de la pieuse cohorte est tombé 'tout entier. Privée de ses guides spirituels, que va devenir la petite troupe ? Le danger est pressant : le combat est engagé, la mêlée est terrible ; mais ne craignons rien : les soldats sont dignes de leurs chefs et pas un ne manquei^a à son devoir. Ils sont entrés

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8 dans la lice, tous les huit triompheront dans un glorieux trépas : mais continuons notre récit.

Le Père Nicanor Ascagne Mianio, vit le jour en 1840, dans la ville de Reios d'Albassès en Castille. Nous ne connaissons pas de détails sur ses jeunes années. A lâge de 16 ans, mis en demeure de se prononcer sur le choix d'une carrière il s'écria : « Le Seigneur est la part qui m'est échue et la portion de mon héritage ; » il revêtit quelque temps après l'habit des Frères Mineurs. Bientôt cependant, la guerre civile vient disperser les religieux, voilà donc notre jeune profès de nouveau lancé au milieu de l'agitation du monde. Que ce départ du couvent dut lui être pénible 1 il se soumit toutefois et prit le chemin de son pays natal : après de fortes études ecclésiastiques, il fut promu au sacerdoce.

Alors à la suite de son Séraphique Père, le jeune religieux prend le bâton du missionnaire, et le voilà qui parcourt les villes et les bourgades, exposant à tous les vérités de la foi, rappelant avec force « l'unique chose nécessaire » le salut de son âme. Ses discours sont pénétrés du feu qui l'embrase lui-même, sa parole est onctueuse et décisive ; les indifférents sont remués, les pécheurs brisent leurs chaînes et les justes se sentent fortement portés à devenir meilleurs.

Voilà déjà 20 ans qu'il exerce le ministère évangélique. Contraint de vivre en dehors de la discipline religieuse, il souffre, son âme est inquiète et son cœur est privé d'un aliment nécessaire à son bonheur. Si la catholique Espagne interdit la vie claustrale et ferme les couvents, les pays musulmans acceptent les religieux et leur permettent l'exercice de leur règle. Il partira donc vers ces régions lointaines. Il en demande l'autorisation à ses supérieurs et s'embarque pour la Terre-Saintë en 1852.

En 1860, il allait quitter le couvent de Damas pour se rendre à Jérusalem afin de commencer en ces lieux sa carrière apostolique. Mais déjà les routes ne sont plu's sûres : les Druses et les Bédouins infestent les campagnes :■ dans certaines localités même les massacres ont commencé. Sur l'avis de ses supérieurs, il reste donc ; quand le couvent est envahi, notre Vénrable religieux va chercher asile dans une maison voisine. Que se passa-t-il alors ? c'est le secret de Dieu ; nous n'avons aucun détail sur sa mort. Mais Dieu ne voulut point que le triomphe de son serviteur fût caché au monde, et ce furent ses propres bourreaux qu'il chargea de le publier. La cloche voisine tinta de nouveau, et les assassins de s'écrier : « Quatrième messe, pour les chiens qui fréquentent ce lieu maudit. »

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9 JUILLET. — VÉN. KMMANUEL RUIZ KT SBS SKI'T COMPAGNONS 3S5

Vén. Nicolas Alberca. — L'ennemi ravage la vigne: il en a déjà mis à mort les ouvriers les plus expérimentés : assistons maintenant au sacrifice îles plus jeunes.

Le Père Nicolas Alberca, était né en 1830, à Cordoue, dans la province d'Andalousie. De bonne heure, le Seigneur fit entendre à son âme candide ces paroles inspirées : « Ecoute, ma fille, et prête à ma voix l'oreille de ton cœur : oublie ton peuj)le et la maison de ton père et le roi sera épris de ta beauté, parce qu'il est le Seigneur ton Dieu. » L'n double renoncement lui est ici demanilé : sortie de la maison paternelle et abandon de la patrie. Heureux qui entend cette voix, mais plus heureux mille fois qui en suit les inspirations! L'ordre est donné, l'héroïque jeune homme n'hésite pas, mais au sortir du toit qui l'a vu naitre, de quel côté doit-il porter ses pas ? (]uelle forme de vie est-il appelé à embrasser ? 1 )ieu parle de nouveau à son cœur : « Si vous voulez être parfait, lui dit une voix intérieure, vendez tout ce que vous avez et le donnez au pauvre et vous aurez un trésor dans le ciel : puis venez et suivez- moi. » Le doute est résolu, c'est la vie religieuse, c'est la pauvreté absolue qui doit être son partage, et cette pauvreté, ce complet détachement de toute chose, où les trouverait-il plus absolus que dans la famille de François d'Assise?

Le jeune Alberca n'oppose aucune résistance à la grâce, et s'il est triste, ce n'est pas dans la perspective de tout quitter, c'est dans la crainte de ne pouvoir obéir à l'appel du ciel, car l'Espagne sa patrie ne comprend plus l'héroïsme du dévouement religieux. Livrée aux inspirations impies d'un gouvernement haineux, elle a proscrit tous les foyers de perfection chrétienne, a fermé tous les cloîtres et interdit toute vocation à ces asiles de sainteté. Mais si le bien des âmes ne l'intéresse plus, le souci de son prestige national la préoccupe encore. Elle sait qu'au loin l'habit religieux relève son influence, et pour ne pas perdre le lambeau qui lui reste de son ancienne grandeur, elle tolère sur son sol un réduit oîi chaque famille monastique pourra former des missionnaires pour les pays étrangers. Heureuse inconséquence ! Alberca pourra donc aller frapper à cette porte. A peine promu au sacerdoce, il part pour la Terre-Sainte où il est dirigé sur Damas ; il brûle du désir d'assister les catholiques, ses frères en Jésus-Christ, il rêve même de convertir les infidèles et de travailler à la réunion du troupeau sous un même pasteur. Généreuses aspirations ! qui ne devaient pas se réaliser. Dieu s'est contenté du bon vouloir de .son serviteur, il l'appelle à la récompense avant même le travail.

D'après un témoin oculaire qui se trouvait au couvent, au moment même du carnage, le Père Alberca fut invité à renier la foi de Jésus-Christ. A cette proposition impie son cœur se révolte :

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« Plutôt souffrir mille morts dans les tourments, » s'écrie-t-il. Les musulmans enragés tirent sur lui un coup de fusil qui le couche par terre : il était mort, il n'avait que 30 ans.

Et la cloche annonce encore ce que les bandits appellent la cinquième messe.

Vén. Pierre Soler. — Pierre Soler vint au monde à Orca, dans la province de Murcie, en 1827. Il offre avec le père Nicolas Alberca plus d'un trait de ressemblance. Comme lui et en même temps que lui, il entendit cet appel divin qui jeta les Bérard et ses compagnons sur les plages du Maroc, les Pierre-Baptiste et ses frères sur les rives du Japon, les Odoric et tant de religieux à sa suite sur les côtes de l'Asie-Mineure, en Arménie, en Perse et jusque dans les Indes et la Chine.

Le jeune Pierre a donc entendu aussi cette voix, par laquelle le divin Maître a prescrit à ses envoyés de ne rien porter en chemin qu'un bâton seulement, pas de sac ni d'argent dans leur bourse, d'avoir des sandales aux pieds et de ne point se pourvoir de deux habits. » Il brûle d'exécuter l'ordre divin. Avec Nicolas, il ira frapper au couvent des Frères Mineurs. Ensemble ils s'y exerceront à la pratique des vertus séraphiques, ensemble ils s'y formeront à la science du missionnaire, ensemble ils partiront pour la terre lointaine qui leur est échue en partage : ils y débarqueront simultanément et se rendront de compagnie au couvent de Damas.

Au moment oîi les Turcs envahissaient la maison de tous les côtés à la fois, le père Pierre prit avec lui un jeune garçon de 12 ans. Ne possédant que très imparfaitement encore l'intelligence de la langue arabe, il pensait que cet enfant pourrait lui être d'un secours précieux comme interprète. Mais après le premier moment de saisissement, il comprit à quel danger sérieux il exposerait ainsi son compagnon et courut le cacher dans un réduit obscur sous un escalier, tandis que lui-même se retirait dans l'école. Cet acte d'abnégation sauva l'adolescent.

Bientôt un Turc aperçoit le religieux d'une terrasse voisine ; il appelle d'autres bandits à son secours, et interrompant alors leur triste besogne, ils courent sur lui. Leur première pensée est de lui demander de l'argent. De l'argent, un enfant de saint François n'en possède pas, mais il possède un trésor bien autrement précieux que tous les métaux de la terre. Il a le don de la foi, il a les paroles de vie : écoutez-le et vos yeux s'ouvriront, et vous aurez trouvé la véritable richesse. Ne pouvant rien obtenir, les fils du Coran lui crient avec fureur : « Fais-toi musulman. » —

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«Je suis chrétien, répond il alors avec fermeté : plutôt mourir cjue de renoncer à ma foi, » et il fait résolument le signe de la croix. C'en est trop : un lurc exaspéré lui [)orte un coup tle cimeterre, et les autres lui assènent d autres coups (jui l'achèvent, l'ne nouxtilf sonnerie protlanie ce sixième exploit.

Vén. François Pinazzo. — Nous avons épuisé la liste des religieux honorés du sacerdoce. Mais outre les Pères, le couvent de Damas possédait encore deux frères convers ; eux aussi cueilleront glorieusement la palme du martyre. Nommons d'abord le frère Frantjois IMnaz/.o.

Né à Alpuente dans la province de \'alence en 1812, de parents dont la foi se transmet de génération en génération, notre Bienheureux su(;a avec le lait maternel les principes cjui seront le guide de toute sa vie. Les premières années de son existence se passent dans la pratique des vertus chrétiennes et l'accomplissement des devoirs de la piété filiale. A l'âge de 19 ans, il veut choisir un état de vie. Son cœur, qui a toujours appartenu à Dieu, n'hésite pas longtemps, et il va se présenter au couvent des Franciscains pour solliciter l'habit de l'Ordre dans l'humble condition de frère convers.

Plus modeste, mais non moins méritoire, est la condition de ■^ ces religieux employés aux travaux matériels de la maison, leur rôle est effacé et leurs bonnes actions ne sont connues que de i^ Dieu seul. Mais, au service du Seigneur rien n'est petit ni méprii|i| sable. Aussi le divin Maître se plait souvent a élever aux honneurs des autels ceux dont la vie s'est écoulée ignorée de tous, dans ces emplois que l'orgueil mondain dédaigne.

Le frère François passa 1 2 ans dans l'exercice de ces modestes occupations, travaillant sous l'œil do Dieu, ennoblissant son emploi par la pureté de ses intentions, et amassant ainsi un trésor '^\ de mérites pour l'autre vie. Tout en vaquant aux soins de sa *1 charge, il aimait à méditer les souffrances de Notre-Seigneur, et I son âme trouvait dans cette contemplation un aiguillon qui soutenait et stimulait son courage. Mais comme il aurait aimé à vénérer les Lieux Saints, où s'étaient accomplies les scènes déchirantes de la Passion ! Cette consolation devait lui être accordée. Il partit pour la Terre Sainte en 1843 et demeura plusieurs années à Jérusalem, après lesquelles ses supérieurs l'envoyèrent au couvent de Damas. Etre éloigné de sanctuaires si chers à sa dévotion, fut un sacrifice pour son cœur, mais le religieux .sait s'imposer la privation des jouissances les plus légitimes. Il part f^ donc .sans hésiter pour la destination où Dieu d'appelle.

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Mais voici l'heure du sacrifice. A l'arrivée des bandes sanguinaires, le frère François se réfugia sur le faîte du couvent ; il y fut bien vite découvert, et alors s'établit un dialogue entre lui et ses bourreaux. Quelles paroles furent échangées ? La distance ne permit pas aux témoins de cette scène de percevoir les sons de la voix. On le vit seulement élever les mains au ciel et prier tandis que les barbares le frappaient à coup de maillet. Bientôt on le précipite d'en haut sur le sol et il meurt dans sa chute. Il était âgé de 49 ans.

La cloche annonce encore cette mort et ce triomphe.

Vén. Jean-Jacques Fernandez. — A'oici le dernier joyau de cette sainte couronne dont l'Espagne a le droit de revendiquer avec un noble orgueil sept fleurons.

Jean-Jacques Fernandez naquit en 1808 de parents chrétiens qui dès le bas âge lui inculquèrent la crainte et l'amour de Dieu. Le jeune homme grandit dans ces pieux sentiments, et la voix de l'Esprit-Saint parlant à son cœur, à l'âge de 2t, ans, il se présentait au couvent des Franciscains, sollicitant son admisssion dans la famille séraphique au rang des frères convers.

Dès le début de sa carrière religieuse, notre Bienheureux sentit dans son cœur un vif attrait pour les Lieux-Saints. Depuis l'an 12 19, où saint François conduisit lui-même ses frères en Orient, son Ordre garde les sanctuaires sanctifiés par la présence du Sauveur. Nombreuses sont les vexations et les peines de tout genre qu'ont eues à endurer ces intrépides reHgieux pour acquérir d'abord, pour conserver ensuite au monde chrétien ces Lieux vénérables entre tous.

Cette perspective si peu attrayante pour la nature, loin d'arrêter notre jeune religieux, ne fait qu'enflammer son ardeur. Mais Dieu, pour éprouver notre confiance, pour augmenter nos désirs, pour nous faire mieux apprécier la faveur de la grâce que nous requérons, se plait parfois à prolonger notre attente. Il y avait 28 ans que le frère Jean-Jacques renouvelait en vain ses instances, quand en 1H59 ses vœux sont enfin comblés. Il part pour la Terre-Sainte que ses ardents soupirs demandent depuis si longtemps et se . rend directement à Jésusalem. Il n'y fait que passer, mais ce passage est de ceux qui laissent après eux des traces ineffaçables. De là, il est envoyé à Damas, oh. il arrive quelques mois seulement avant la catastrophe.

Au moment de l'invasion du couvent, le frère Fernandez s'était réfugié avec le frère Pinazzo sur la terrasse du clocher. Tous les deux furent découverts en même temps et subirent le

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même sort. Cependant, grièvement blessé et meurtri de coups, il est précipité sur le sol, mais il ne succombe point dans sa chute. Combien dut lui paraître longue cette cruelle agonie. Souffrant cruellement et couché sur la terre nue, il unissait ses douleurs à celles du divin Crucifié, il le priait d'agréer son sacrifice et demandait (lue son sang fût le dernier répandu. Le lendemain matin, i)endant qu'il demandait à Dieu pardon pour ses bourreaux, un Turc laperc^ut et lui porta un coup de couteau qui acheva de rompre ses liens terrestres. Il avait 58 ans, et en avait passé 21) en religion.

Et la cloche sonna pour la dernière fois, annonc^ant à la terre la mort et le triomphe du dernier fils de François au couvent de Damas.

Les fidèles, ne doutant nullement que ces huit généreuses victimes ne fussent des martyrs de la foi, se mirent aussitôt à les honorer connue tels et les prirent comme intercesseurs auprès du trône de Dieu. De son côté, le Seigneur se plut à révéler la gloire de ces héroïques champions en opérant des prodiges au lieu où reposent leurs restes vénérés.

Leur cause de béatification a été introduite en cour de Rome.

B. Bcvolon bc ffaensa

Artisan, iju Tikrs-Ordre (1200- 1280)

Névolon, né à Faenza en Italie, exerçait la modeste profession de cordonnier. Jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, il mena une vie qui était loin d'être chrétienne. Il tomba malade, et la grâce toucha son cœur ; après de sérieuses réflexions sur sa conduite passée, résolu de changer de vie, il entra dans le Tiers-Ordre et se consacra tout entier aux œuvres de piété et de charité.

Le fruit de son travail était consacré au soulagement des pauvres, il ne se réservait de son avoir que la part absolument indispensable à son entretien et à celui de sa femme. Il prenait de sanglantes disciplines, pratiquait des jeûnes rigoureux et employait de longues heures à la contemplation. Il plut au Seigneur de le favoriser du don des miracles. Un pauvre s'étant présenté pour lui demander l'aumône, le Bienheureux pria sa femme de lui donner un peu de pain : celle-ci lui répondit qu'il n'y en avait pas dans la maison. « Je te le demande au nom du Seigneur, reprit le serviteur de Dieu, donne du pain à ce pauvre. » Celle-ci ouvre l'armoire où elle gardait le pain et la trouve miraculeusement remplie. Depuis ce jour, cette femme, à qui la conversion de son mari avait déplu, devint elle-même pieuse et bonne et s'associa aux œuvres de charité de Névolon.

Notre Bienheureux fit une fois le pèlerinage de Rome et dix fois celui de saint Jacques de Compostelle. Après avoir édifié pendant cinquante-six ans la ville de Faenza, par l'exemple des plus héroïques vertus, le B. Névolon s'endormit dans le Seigneur, le 27 juillet 1280. (Le clergé du diocèse de- Faenza récite l'office et célèbre la messe du B. Névolon, le 27 Juillet; son corps repose dans la cathédrale de cette ville où sa fêle se célèbre tous les ans avec beaucoup de solennité. D'après les leçons du bréviaire, il naquit en 1200 et mourut en 1280.) Les cordonniers ont choisi ce Bienheureux pour patron. Son culte a été approuvé par Pie VII, en 1817.

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Cai'I'cine (1687-1737)

Le dimanche de la Septuagésime, 29 juin 1899,3 été rendu le décret de Tiito^ pour la prochaine canonisation de la Vén. Marie-Madeleine Martinengo. Le document pontifical débute, selon l'usage, par l'éloge de la future Bienheureuse.

« Entre les vierges qui ont suivi sur la terre le Christ pauvre, en désirant les noces éternelles, brille d'une éminente vertu, Madeleine, de la noble race des Martinengo, née à Borgo, près de Brescia, en l'année 1687. Dès sa plus tendre enfance, méprisant le faste du siècle et les délices de sa maison, elle alla chercher le Christ parmi les Religieuses Capucines, et se montra dans leur monastère le modèle de toutes les vertus. D'un zèle" admirable pour la discipline régulière et enflarhmée pour Dieu d'un amour ardent, elle ne recula pas devant les travaux les plus rudes, ni devant les emplois les plus humbles. Elle souffrit avec une grande patience une longue maladie, désirant encore de plus cruels tourments, pour arriver plus sûrement au sommet des vertus. »

Elle mourut enfin, pleine de mérites et ornée des dons divins, le 27 juillet 1737. Loin de s'affaiblir à sa mort, la renommée de sa sainteté ne fit que se répandre. Aussi commença-t-on à traiter de sa béatification, et après avoir accompli les formalités d'usage prescrites par le Saint Siège, on proposa deux miracles qui reçurent l'approbation du Souverain Pontife.

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l'RKTKE. Franciscain (1729-1804)

• Ce serviteur de Dieu naquit le 24 août 1729, dans la petite ville de Premosello, de parents pauvres, mais vertueux. Ses parents, témoins de ses vertus précoces, lui permirent d'entrer au séminaire : bientôt avide d'une plus haute perfection il alla frapper, en 1750, à la porte des Frères Mineurs d'Assise. Après un an de noviciat, il prononça ses vœux et fut envoyé à Pérouse pour y terminer sa théologie. — Vers 1756, il dut se rendre à Milan et c'est au couvent de cette ville qu'il eut la terrible vision qu'on va lire. Il donnait depuis quelques instants, quand tout à coup, il lui sembla qu'il était mort et qu'on le conduisait avec cinq autres Frères Mineurs, dans un grand palais où le Christ se tenait assis sur un tribunal. Les cinq Frères Mineurs s'approchèrent, furent déclarés indignes de porter l'habit de l'Ordre et honteusement chassés. Le Père ( Généreux s'avançait à son tour, tout tremblant ; le bruit de la cloche le réveilla alors, il se rendit au chœur, où ses frères virent avec stupeur que ses cheveux, de noirs qu'ils étaient, étaient devenus tout blancs.

C'était un religieux austère dans ses vêtements et sa nourriture, toujours vêtu d'un ciHce, se soumettant à de longues veilles et à de plus longs jeûnes, se donnant la discipline. Son amour pour les âmes ne connaissait ni obstacles, ni limites. Pendant trente-six ans qu'il demeura au couvent d'Ameria, il se chargea des malades et du soin d'instruire les enfants. Pour cela plusieurs fois la semaine il faisait un trajet de plus de 1 2 kilomètres.

Dieu le favorisa de différentes faveurs, ses frères le virent souvent en extase pendant sa messe : des rayons partaient alors de sa tête comme d'un autre soleil.

C'est dans son cher couvent d'Ameria que le B. Généreux termina sa glorieuse vie, le 17 juin 1804.

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Grand Pardon d'Assise — Indulgence de la Portioncule.

La ville d'Assise, qui fut le berceau de saint François et de sainte Claire, est bâtie sur une colline qui domine la belle et riante vallée de l'Ombrie. Le sanctuaire de Sainte-Marie-des- Anges s'élève à ses pieds, dans la plaine qui s'étend des hauteurs de Spolète à la montagne de Pérouse. On désigne sous le nom de Portioncule soit ce sanctuaire privilégié, soit l'indulgence que \otre-Seigneur daigna lui-même y attacher, à la demande de saint François d'Assise. .

]{ii 1207, saint François répara ce sanctuaire (jui lui fut donné en 1210, Le Séraphitiue Patriarche choisit l'église de Sainte- Marie-des-Anges, pour être comme le berceau de son Ordre, c'est là en effet qu'il en jeta les premiers fondements ; il déclara en outre que ce sanctuaire, si cher à son cœur, serait F Eglise Alere et chef de son Ordre. Cette humble chapelle qui appartient aux Frères Mineurs, se trouve aujourd'hui renfermée dans une vaste basilique, construite par le Pape S. Pie \'.

Voici quelle fut l'origine de la célèbre Indulgence de la Portioncule qui est appelée aussi le Grand Pardon d' Assise. Une nuit que saint F>ançois était en prière- dans sa cellule, demandant avec ardeur le salut des âmes, il lui fut miraculeusement annoncé que Jésus-C'hrist et sa divine Mère, environnés d'une grande multitude d'anges, étaient dans la chapelle de la Portioncule. Transporté d'une indicible joie à cette nouvelle, le Saint se lève à l'instant ; il entre avec un profond respect dans l'enceinte sacrée et à peine a-t-il aperçu l'ineffable majesté et la gloire du Fi's de Dieu, qu'il se prosterne en sa présence et l'adore avec tous les pieUx sentiments dont un cœur tel que le sien était capable. Notre-Seigneur Jésus-Christ, abaissant sur lui un regard de bonté toute divine, lui adressa ces paroles : « François, le zèle que vous et les vôtres avez pour le salut des âmes, fait qu'il vous est permis de me demander quelque chose

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