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disait : » Si un frère a péché dans le monde, quelle que soit la grièveté de sa faute, une fois qu'il aura paru devant vous, qu'il ne se retire jamais sans avoir éprouvé votre miséricorde. S'il ne demandait pas son pardon, demandez-lui, vous, s'il le désire.
(' Loin de vous, frère bien-aimé, d'agir contre la Règle et de vous rendre coupable en considération d'un homme quel qu'il soit. »
Soumis avec humilité à son bienheureux maître, Pierre gouverna sa famille avec sagesse, vigilance et charité : il dirigea ses frères dans la voie droite et mérita leur confiance par ses douces vertus. En lui ils voyaient l'image de leur vénéré Père, ils reconnaissaient son esprit, sa prudence et sa simplicité. François gouvernait par son disciple.
Pierre ne tarda pas à succomber à ses travaux et à ses austérités. En 1221, au mois de mars, ce vénérable fils du grand Patriarche s'endormit, avant son Père, du sommeil des justes. D'éclatants miracles illustrèrent son tombeau, jusqu'au jour où François, redoutant pour les siens la dissipation causée par de continuelles visites, lui commanda en vertu de l'obéissance de ne plus opérer de prodiges ; ce fut fini, les miracles cessèrent. L'obéissance est la vertu des Saints, au ciel comme sur la terre.
Le troisième disciple de notre Père fut le Bienheureux Egide d'Assise, nous en avons raconté la vie au 23 avril, son culte a été approuvé par l'Eglise.
Que dire de Rufin, le (luatrième disciple de saint François? — Il appartenait à Tune des principales familles d'Assise et était parent de sainte Claire. Dieu révéla à son serviteur François la haute vertu de ce nouveau disciple : « Je ne crains pas de l'appeler un saint, disait-il, car son âme, le Seigneur me l'a révélé, est dès maintenant canonisée dans le ciel. »
Rufin marcha à pas de géant dans les sentiers de la perfection ; il devint terrible aux esprits infernaux par la pureté de son âme, son humilité, son oraison persévérante, sa tendre charité et sa rigoureuse pénitence. Cependant il faillit être victime des illusions de Satan et succomber au désespoir. L'esprit de mensonge lui apparut sous la forme de Jésus crucifié et lui annonça sa damnation, ainsi que celle de François et de ses disciples.
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Effrayé, Rufin voulait fuir, mais Fran<;ois le fait venir et lui dit : « Hélas ! frère Rufin, coinineiit avc/.-vous été assez simple pour vous laisser tromper par le diable?. . . Les visions de Dieu i)roduisent la paix, et celles du démon apportent la tristesse ... Si l'esprit pervers vous apparaît de nouveau, accablez-le d'injures ou de reproches, il s'évanouira honteux de voir sa fourberie démas(iuée. En attendant réjouisse/.-voiis dans le Seigneur. »
Vnc humble obéissance à ces paroles rendit la paix au bon religieux (lui ne fut jjIus tenté. Il fut le témoin assidu de la vie de son Hienheureux Père, et plus tard il recrut l'ordre, avec Léon et Ange de Riéti, d'écrire cette Légende des Trois Coinpagmms, dont le texte complet vient enfin d'être heureusement mis au jour. L'appariti(Mi en sera saluée avec bonheur par tous ceux qui désirent connaître plus intimement la vie de Notre Séraphiciue Père.
Rufin vécut juscju'à une vieillesse très avancée, sans rien relâcher de sa ferveur, de son humilité et de sa contemplation. Dieu lui révéla le moment de sa mort (jui arriva en 1270 ; il avait passé environ soixante ans dans les travaux de la pénitence sous la Rètrle franciscaine.
Léon d'Assise était bien jeune tjuand il prit le joug du Seigneur. Il le porta soixante et un ans dans l'Ordre Séraphique. Saint François disait de lui : « Celui-là serait un vrai Frère Mineur, qui aurait la pureté et la simplicité de frère Léon, w II le choisit pour son confesseur et il le menait souvent avec lui. Léon fut témoin des ravissements de son bienheureux Père, il connut les grâces merveilleuses dont son âme était enivrée et il comprit combien est libérale la bonté du Seigneur envers ses amis. La vue de ces prodiges l'inondait lui-même de consolations, il s'humiliait, versait des larmes embrasées, et conjurait I )ieu de lui faire miséricorde à cause de son serviteur François.
Léon était au Mont Alverne, (|uand saint François y reçut les Stigmates. Il lui fut donné de contempler à plusieurs reprises ces signes sacrés et vénérables de la Passion. Ce spectacle fut pour lui un aiguillon pénétrant, il se sentit brûler d'une ardeur nouvelle, la vertu lui parut sans obstacle, quand il la vit laisser de telles empreintes sur le corps même de son Père.
Il fut témoin également de la mort du serviteur de Dieu et reçut sa dernière bénédiction.
Des temps d'épreuves arrivèrent ; Elie, le successeur du Saint, n'avait pas son esprit ; Léon en souffrit, chassé d'Assise, de
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Sainte-Marie-des-Anges, il fut contraint de se retirer à Fabriano.
Cependant, il vit des jours meilleurs se lever pour son Ordre, et il travailla lui-même à en guérir les plaies. Il concourut à rédiger la pieuse vie de saint François. Il prit part aussi à la canonisation de sainte Claire, il connaissait mieux que personne les vertus de cette illustre servante de Dieu, ce fut pour son cœur une douce consolation d'avoir à en rendre témoignage en face de l'Eglise.
Le Seigneur accorda au frère Léon le don des miracles et étendit au loin la renommée de ses mérites. Enfin le 15 novembre 127 I, l'heureux vieillard sentit ses liens terrestres se briser, et l'un de ses frères vit son âme s'élever radieuse vers la demeure céleste.
Frère Pacifique est digne de compter parmi les illustres enfants de saint François, aux premiers jours de la grande famille. Le monde lui avait souri, il avait accordé à ses chants poétiques la récompense la plus propre à flatter l'orgueil d'un poète. La cour impériale l'avait surnommé le roi des vers : mais le monde ne donnait rien à son âme avide de vérité. Le poète vit François l'an 12 [2, alors que sa réputation était déjà répandue dans toute l'Italie, il entendit sa parole et il sentit bien vite combien cette parole, simple, ardente, remplie d'amour de Dieu, était supérieure aux agencements de la poésie mondaine, combien les choses dont elle traitait l'emportaient sur l'objet de ses vers. Un prodige acheva ce que la grâce avait commencé, le poète vit un double glaive sortir lumineux de la bouche de François, inonder sa personne de ses rayons et marquer sur son corps l'image sacrée de la croix dont le Saint annonçait alors les gloires et la puissance.
C'en fut assez. Le poète dit adieu à ses chants profanes, à ses espérances passagères, et il s'attacha au prédicateur pour devenir, lui aussi, un disciple de la croix. La conversion était totale et, en peu de temps, il se montra tellement maitre de lui-même, il domina si complètement tous les mouvements de son esprit et de son cœur que François, charmé de ses triomphes, lui donna le nom de Pacifique.
A l'école d'un tel maitre, le bon frère s'affermissait de jour en jour dans toutes les pratiques de la vie religieuse, il recevait ses enseignements avec une douce humilité et les acceptait comme la règle la plus parfaite de sa conduite. Il l'accompagnait dans ses voyages, partageait ses fatigues et s'efforçait d'imiter sa ferveur dans la peine. Un jour, il fut ravi en extase et entre pia-
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sieurs sièges iju'il vit dans le ciel, il en remarqua un plus élevé, orné de pierres précieuses et environné d'une gloire plus éclatante. Transporté d'admiration à la vue de ce trône magnifique, il se demandait à qui il était destiné, quand une voix se fit entendre qui lui dit : « Ce trône était celui d'un des anges qui sont tombés, et maintenant il est réservé à l'humble François. » Revenu à lui-même, Pacifuiue sortit de l'église, avec son bienaimé l'ère.
Dans le chemin, le frère toujours plein de sa vision fut curieux de savoir cjuel sentiment le Saint avait de lui-même. Fran(^ois lui répondit : « Je crois être le plus grand des pécheurs. » Et comme le frère soutenait qu'il ne pouvait parler de la sorte en conscience, le saint homme ajouta : « Si Jésus-Christ avait témoigné, au plus scélérat des hommes, autant de miséricorde qu'à moi, cet homme se serait, sans aucun doute, rendu plus agréable à ses yeux que je ne l'ai fait. »
Telle était l'école de François d'Assise, école d'humilité, d'abaissement, comme aussi d'abnégation et de sacrifice. Quand ce grand serviteur de Dieu voulut envoyer des missionnaires en France, il jeta les yeux sur Pacificjue, comme sur un des religieux les plus aptes à remplir le ministère de la parole, à concilier à son Ordre l'affection des hommes par ses douces vertus. Il l'associa aux frères Ange et Albert de Pise, et en 1 2 1 7 ils fondèrent un couvent à Paris.
La douceur du pieux Pacifique, nommé ministre Provincial de France, n'empêchait pas en lui l'énergie et la puissance de la volonté. Il avait le zèle des intérêts divins. Il étendit son Ordre d'année en année jusqu'aux extrémités de la France et de la Belgique. Dans plus d'une circonstance, le Seigneur glorifia ses œuvres par des miracles, et quand il mourut au miUeu des fonctions de son ministère, il emporta avec lui les regrets de ses frères et la vénération de la France le suivit à son tombeau.
En i2ig, il avait fondé à Lens, au diocèse d'Arras, un couvent qui devint célèbre, c'est là qu'il mourut vers 1229, quelques années après saint François, son maître bien-aimé.
Frère Junipère. Ce frère, aux yeux des hommes et de plus d'un religieux, fut peut-être regardé comme un insensé. Ainsi n'en jugeait pas François. « Non seulement, dit-il, je ne rougis pas de la simplicité de ce frère ; mais faisant allusion à son nom qui signifie genévrier, je souhaite ardemment que Dieu me donne un grand nombre de genévriers semblables. ».
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