DECEMBRE. — VEN. INNOCENT DE CHIUSI
nos âmes. Et lorsque les pécheurs refusaient de se rendre à ses exhortations, il y joignait souvent des miracles pour les contraindre en quelque sorte à .se convertir. C'est ainsi qu'un usurier, qu'il pressait de sauver son âme, lui ayant demandé de s'expliquer, le saint religieux répondit : « Prenez votre mouchoir, et vous le verrez. » Cet homme obéit et trouve son mouchoir tout dégouttant de sang : « Ce que je veux dire, reprit alors le frère, le voici : tout ce que vous possédez est le sang des pauvres. » Ce miracle confondit le pécheur qui, rentrant en lui-même, embrassa sérieusement la vie chrétienne.
Cependant, le Seigneur devait enfin appeler à l'éternel bonheur le vaillant soldat qui avait soutenu tant de luttes contre l'enfer, le monde et la chair, à la gloire de Dieu. Innocent mourut à Rome, le jour.de l'octave de l'Immaculée Conception, comme il l'avait annoncé trois mois d'avance. A peine sa mort fut-elle connue qu'une foule immense accourut pour le voir et vénérer ses restes. Les cardinaux, les évêques et les plus grands seigneurs de Rome demandaient quelques morceaux de ses habits, ou d'autres objets qui avaient été à son usage. On arracha même les clous et on enleva le bois de sa cellule ; la paille de son lit, les pierres de sa chambre furent enlevées pour satisfaire la piété des fidèles. Un grand nombre de miracles s'opérèrent par ces reliques.
Le procès de canonisation d'Innocent, après avoir été entamé à diverses reprises, n'est pas encore terminé.
^ 'è^\^)i^ '^\^^' '^\^^' ^^iài^ ^iàii^ ^<t-
:1S. 3acoponc bc îToM
l-Klkl. l.Al, I' K.\N( IM AIN fiJOÔ)
Le B. Jacopone était de Todi, petite ville de l'Ombrie en Italie. 1 )escendant de la tamille des Benedetti, il reçut au saint baptême le nom de Jacques, qui fut changé plus tard, par dérision, en celui de Jacopone, qui veut dire insensé.
lacques était l'un des avocats les plus célèbres de son temps. Mais la gloire humaine lui avait fait oublier celle de la vertu et de la sainteté. Dieu se servit de la mort de son épouse pour lui ouvrir les yeux. Un grand spectacle était un jour donné, auquel assistaient les dames nobles parmi lesquelles se trouvait l'épouse de notre avocat. Soudain, les gradins s'écroulent, un grand nombre de spectateurs sont tués. Jacopone accourt, retrouve sa femme sur le point d'expirer, et la fait transporter dans une mai son voisine. Mais quelle ne fut pas la stupeur du malheureux lorsque, en enlevant les parures brillantes qu'il faisait porter à sa femme, il trouva sur elle un cilice ! cette vue le fit réfléchir sur les vertus de l'épouse qu'il venait de perdre ; c'était comme une voix de la tombe qui lui prêchait le renoncement et la vanité des plaisirs du monde. 11 était converti. C'est ainsi que se réalisait encore une fois le mot de saint Paul, dans un sens un peu •différent : « Un mari infidèle est sanctifié par une femme fidèle.»
Notre Bienheureux vendit donc tous ses biens, en donna le prix aux pauvres, et, s'étant engagé dans le Tiers-Ordre de saint François, il commença à faire pénitence. Il menait une vie si extraordinaire cjue presque tout le monde crut cjue la mort de sa femme lui avait fait perdre la raison. Bien loin de détruire cette fausse opinion, Jacopone fit tous ses efforts pour s'attirer le mépris des hommes et ne le pas craindre. Un jour, que sur le marché on offrait au public le spectacle d'une comédie intéressante, il se dépouilla de ses vêtements jusqu'à la ceinture, prit sur son dos la selle d'un mulet, mit un frein à sa bouche, puis il parut devant les spectateurs, marchant sur les mains et les pieds, comme les bêtes, pour détourner leur attention et attirer sur sa personne toutes sortes de moqueries.
^^ my^ m\% m\^ m\^ m\^. ^^
25 DECEMBRE. B. JACOl'ONE DE TODI
Jacopone vécut pendant dix ans de cette vie pauvre et insensée. Il comprit alors qu'il aurait encore plus de mérite à vivre dans l'obéissance, sous un supérieur. C'est pourquoi il demanda à entrer dans le Premier-Ordre de saint François. Il eut beaucoup de difficulté à faire agréer sa demande par les supérieurs de l'Ordre, qui le regardaient, eux aussi, comme un insensé. Mais pendant qu'on éprouvait sa constance de diverses manières. Dieu lui inspira décrire un petit traité sur le mépris du monde, et les religieux (]ui lurent ce livre, ne tardèrent pas à se convaincre qu'il ne sortait pas d'un cerveau dérangé, et que la folie apparente de l'auteur était le fruit d'une véritable sagesse. Aussi Jacopone futil admis comme frère lai, condition qu'il avait choisie par humilité. Par humilité aussi il voulut conserver le nom de Jacopone, qui lui avait été donné par raillerie dans le monde.
Comme il s'était méprisé dans le monde, il continua à se mépriser dans son nouvel état, et il demandait sans cesse les lumières de l'Esprit-Saint pour se connaître de plus en plus. Il fut exaucé, et bientôt la persuasion de sa bassesse lui fit faire les plus grands progrès dans la vertu. En considérant que Dieu est le souverain bien, il l'aima d'une manière plus parfaite, non par crainte de l'enfer ou dans l'espérance de la récompense éternelle, mais parce qu'il est la bonté infinie et seul digne de tout amour : puis tournant ses regards sur son propre néant, et réfléchissant sur ses péchés, se rappelant que Dieu s'est fait homme et a souffert par amour envers une créature si misérable, il tournait sa haine contre lui-même, se regardait comme le rebut du monde, et rougissait de paraître devant les hommes. Comme pour son Séraphique Père saint François, ces sentiments étaient si profonds dans son âme, qu'ils éclataient au dehors et se traduisaient par la poésie. Ses ravissements étaient presque continuels, et souvent dans ses transports il chantait d'une voix émue les vers qu'il avait écrits ; mais bientôt sa pâleur et sa faiblesse, jointes à une légère maladie, firent présumer qu'il n'avait plus désormais beaucoup de temps à vivre, d'autant plus qu'il était épuisé par la vieillesse et les austérités.
Ses frères, craignant qu'il ne mourût promptement, l'engagèrent à recevoir les derniers sacrements. Jacopone s'y refusa, affirmant qu'il attendait son ami le Père Jean d'Alverne, qui se trouvait alors dans un couvent très éloigné. Les Religieux étaient dans la consternation ; pour notre Bienheureux, il excitait son âme à la venue de son Bien-Aimé, lorsque soudain on vit arriver le Père Jean d'Alverne, averti par révélation divine de l'état de son ami.
Après que les deux saints Religieux eurent passé quelques instants à s'entretenir des merveilles célestes, Jacopone reçut les
30 l>|!:i KMItRK. — \ I N. MAKIK-ANTONIA BKL1.0NI 45I
derniers sacrements, puis se mit à chanter son cantique : « Jésus luitrt' espérante, l'époux île notre cteur. » 11 expira peu après, au moment oîi le prêtre, célébrant la messe de minuit, commen- <^ait léchant du Gloria in excelsis. Ceux (jui furent témoins de sa mort crurent (ju'il avait succombé, moins à la maladie, cju'à la violence de l'amour divin qui consumait son cœur.
En 1596, on lui érigea un magnifique tombeau avec cette inscription (jui rappelle sa vie en deux mots : « Ici reposent les ossements du B. Jacopone Benedetti, qui, insensé pour Jésus- Christ, par un artifice nouveau, trompa le monde et ravit le ciel.» Sa tête, déposée dans une belle châsse, est conservée avec les reliques de l'église de Todi, dont il est un des patrons.
Notre Bienheureux a laissé un certain nombre de poésies en italien et en latin. La plus connue de celles qu'il composa dans cette dernière langue est celle cjui traite de la vanité du monde. Le Stabat Mater Dolorosa, dont la seule lecture nous arrache des larmes de compassion sur les douleurs de Marie au pied de la croix de son divin Fils, est aussi attribué au Bienheureux Jacopone.
\ikki;e, Clarisse (1635-1779)
Le dimanche de la Septuagésime, 29 janvier 1899, a été rendu le décret constatant rhéroïcité des vertus pratiquées par la Vén. servante de Dieu, Marie-Antonia Belloni, vierge de l'Ordre de sainte Claire. Le document pontifical débute, selon l'usage, par l'éloge de la future Bienheureuse :
« Renoncer aux biens terrestres, aux plaisirs que promet le monde et lui dire un adieu éternel pour s'ensevelir avec Jésus- Christ et mener, sous son regard, une vie digne des anges, telle est, de la part des vierges qui se consacrent au service de Dieu, une conduite qui mérite d'être d'autant plus louée et exaltée,
»^ ^■f^'îs m^'% ^-^w. ^-^^ ^^