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VOCATIONS DE .MARIN

On sait comment le géomètre Lacroix fut amené à étudier les mathématiques. Son rêve d'enfant et d'adolescent fut de

' Fontenellc, Éloge de Jacques Bernouilli, - Élie de Beaumont.

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rechercher l'île où vécut Robinson Crusoé pour y reprendre sa libre existence. La traversée supposait pour lui la construction d'un vaisseau. Il alla demander, au cours de géométrie professé au Collège de France par Mauduis, les connaissances théoriques qu'il devait ensuite réduire en pratique.

A dix-sept ans, Lacroix enseignait les mathématiques à l'École des gardes de marine, établie à Rochefort. Ses travaux prirent ensuite une autre direction.

Dupuy de Lame fut assez heureux pour faire avec gloire toute sa vie ce qui séduisait davantage son imagination d'enfant. Élevé sur le bord de la mer, il ne devint ni amiral ni même marin ; mais, ingénieur, il éleva un jour notre marine au premier rang parmi toutes les puissances navales. Ecoutons M. J. Bertrand nous parler de ses débuts :

« M. Henri Dupuy de Lôme fit ses études au collège de Lorient, d'abord un peu mollement; sans connaître la méthode du xvin' siècle \ il s'efforçait de la suivre. Le port était sur la route du collège ; bien souvent avant, après, quelquefois pendant la classe, questionnant les marins et les navires, l'enfant s'y oubliait à écouter ou à regarder les réponses. On pouvait Taccuser de paresse, non d'oisiveté : aucun livre pour lui ne valait un bateau. Pilote audacieux, il réalisait ses rêves, entraînait quelques camarades ; voguant à vaule-vent, la jeune troupe, doublement joyeuse, fuyait les leçons et bravait la tempête. Vaincu par elle un jour, la bourrasque le jeta sur une plage presque déserte. Lorsque après trente- six heures le jeune naufragé reparut à Lorient, ses parents le pleuraient, et le principal du collège, moins prompt à s'alarmer, avait inscrit sur la liste des punitions l'élève Dupuy, absent sans motif,

« L'écolier indocile était un bon élève. Agile à l'étude comme à la manœuvre, il se préparait aux compositions comme à un coup de vent, et chaque année^ à la distribution

• La vie des Gloarecs bretons nous a été décrite par Jules Simon, l'uu de leurs derniers survivants et non le moins illustre.

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des prix, remportait une abondante moisson. Son père, malgré tant de succès, ne s'habituait pas à sa méthode de travail.

« Couché un jour sur un mur surmonté d'un grillage qui séparait le jardin de son père de la plage de Ploermeur, le jeune Henri, pensif et silencieux, écoutait le bruit des vagues. Son père survint.

« — Henri, va travailler, lui dit-il.

(( — Mais, papa, je travaille.

« — Où sont tes livres ? demanda la père.

« — Dans ma chambre, » dit l'enfant.

(( n fallut les y rejoindre.

« Studieux par raison plus que par goût, de brillants examens lui ouvrirent les portes de l'École navale; mais son père, retraité avant l'âge, gardait rancune à la marine. Il ordonna au jeune Henri de se préparer à l'École polytechnique. Ce lui fut chose aisée ; à l'âge de dix-neuf ans, en 1835, il obtint le dixième rang sur la liste d'admission ^ »

Dupuy de Lôme reviendra à Lorient pour s'initier aux constructions navales qui devaient lui donner la célébrité. Le Napoléon fut son chef-d'œuvre.

« Le soir du lancement de ce magnifique navire, l'amiral Hamelin, préfet maritime de Toulon, recevait dans un grand dîner une députation présidée par M. Dufaure. Le héros de la fête se faisait attendre. On ne le retrouva que vers la fin du repas, immobile et pensif devant son œuvre splendidement pavoisée et repassant, pour ne les oublier jamais, les joies de cette belle journée ^ » Point de doute que, dans cette longue rêverie, l'illustre ingénieur n'ait aimé à rapprocher ses débuts nautiques de Ploermeur des grandioses constructions de Toulon.

1 J. Bertrand, Éloges, p. 315.

2 Ibid., ]). 328.

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