ENFANTS PRODIGES
Tous les grands siècles scientifiques ont eu leurs enfants prodiges, non point seulement de ceux dont on a dit qu'ils restent toute leur vie des enfants de grande espérance, mais de ces têtes carrées, développées avant l'âge par la plus solide instruction scientifique, et soutenant au delà de l'âge mûr les espérances qu'ils avaient fait concevoir presque dès le berceau.
Le grand siècle de Louis XIV admira cet enfant qui, avec des ronds et des barres , avait inventé à nouveau la géométrie. L'antiquité nous a conservé le nom d'une des gloires précoces de la science. Le géomètre Cratistus fut en effet un homme fort extraordinaire, car la géométrie lui était comme innée, et il n'y avait aucun problème de cette science, si difficile fùt-il, qu'il ne résolût avec sa géométrie naturelle.
Ces merveilleuses dispositions obtiennent d'autant plus créance à notre époque, que notre siècle a eu pareillement
^ J. Bertrand, Éloges, p. 276.
son Pascal. Il n'était encore qu'un enfant, à onze ans, quand il fut autorisé à prendre part, à titre d'essai, au concours d'admission à l'École polytechnique; il y fut classé le second. Trop jeune encore pour endosser l'uniforme, il prépara sa licence es sciences, puis son doctorat.
Joseph Bertrand, une fois entré à l'École polytechnique, n'en sortit plus. Voici plus de cinquante ans qu'il y enseigne tous les secrets de l'analyse. Entre temps, il rédige les comptes rendus de l'Académie des sciences comme secrétaire perpétuel, et il honore l'Académie française, à laquelle il appartient également par des ouvrages fort appréciés des lettrés.
M. Pasteur lui disait en le recevant à l'Académie française: « A l'inverse de ce qui attend d'ordinaire les enfants prodiges, votre vie a réalisé les promesses de votre enfance. Vous étiez, à vingt- cinq ans, un de nos plus grands mathématiciens. En géométrie vous avez constitué plusieurs théories nouvelles, et les nombreuses propositions que renferment vos mémoires méritent d'être placées à côté des plus belles d'Euler et de Monge. »
Dieu seul a le travail facile.
L'univers est toujours dispos Sous ses doigts et toujoui's docile , Et Dieu n"est jamais en repos.
(De Laprade.)
Le génie est une longue patience. — Si les savants ont travaillé. — Comment ils travaillaient. — Longévité de plusieurs savants. — Hygiène du travail.